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Posts Tagged ‘progrès’

Jacques Grinevald, Progrès et entropie, cinquante ans après, 2000

8 octobre 2020 Laisser un commentaire

Cinquante ans après les pages célèbres de Norbert Wiener [1950, ch. 2 : “Progress and Entropy”], il me semble opportun de faire le point sur le « problème » [Adams, 1919, ch. 1] du progrès et de l’entropie [Grinevald, 1978], qui intéresse la « problématique de l’évolution » [voir “La question du progrès” dans la thèse de Meyer, 1954, p. 155-172 ; et E. O. Wiley, “Evolution, progress, and entropy”, in Nitecki (éd.), 1988, p. 275-291]. Ce débat est actuellement en pleine évolution ! Évidemment, on ne peut traiter ici que sommairement une affaire aussi complexe, difficile et controversée, et qui demanderait des détails et des arguments plus techniques, mais qui nous prendraient trop de place, et surtout pour lesquels je n’ai pas toutes les compétences requises. Il ne s’agit ici que de quelques notes à propos d’un work in progress. Lire la suite…

José Maria Sbert, Progrès, 1992

8 août 2020 Laisser un commentaire

Le Dictionnaire du développement,
un guide de la connaissance comme pouvoir

 

Avec l’avènement du monde moderne, une foi précisément moderne – la foi dans le progrès – s’est affirmée pour justifier et donner une ultime signification aux nouvelles notions et institutions devenues dominantes. Notre profond respect envers la science et la technique a été inextricablement lié à cette foi dans le progrès. Le renforcement universel de l’État-nation s’est opéré sous la bannière du progrès. La soumission croissante à la science économique et le fort attachement à ses lois sont encore des ombres de cette foi éclairée.

Bien qu’aujourd’hui la foi dans le progrès soit largement désavouée, et probablement plus faible qu’à tout autre moment de l’histoire contemporaine, un abandon définitif en la validité de cette foi – considéré par beaucoup comme ayant déjà eu lieu – confirmerait un tournant crucial dans la culture moderne et une grave menace pour la survie spirituelle des gens.

L’érosion progressive de l’idéal de développement et la soudaine implosion du socialisme bureaucratique d’État représentent certainement une réduction de la prééminence, autant que des expressions concrètes, de la foi dans le progrès. Car se sont le « développement » et la « révolution » qui sont sensées avoir incarné le progrès durant la plus grande partie du XXe siècle. Lire la suite…

José María Sbert, Progress, 1992

8 août 2020 Laisser un commentaire

The Development Dictionary,
A Guide to Knowledge As Power

With the rise of the modern world, a distinctly modern faith – faith in progress – arose to make sense of, and give ultimate meaning to, the new notions and institutions that were now dominant. Our deep reverence for science and technology was inextricably linked up with this faith in progress. The universal enforcement of the nation-state was carried out under the banner of progress. And increasing conformity with the rule of economics, and intensified belief in its laws, are still shadows of this enlightened faith.

Though today faith in progress is largely unacknowledged, and probably weaker than at any other time in contemporary history, a definite breakdown in the plausibility of this faith – which many people think has already occurred – would confirm a crucial turning point in modern culture, and one pregnant with threats to the spiritual survival of persons.

The gradual obsolescence of the development ideal and sudden implosion of bureaucratic state socialism certainly represent a reduction in the pre-eminence, as well as concrete manifestations, of faith in progress. For it has been “development” and “revolution” which were supposed to actually embody progress during the greater part of the twentieth century. Lire la suite…

José María Sbert, Progreso, 1992

8 août 2020 Laisser un commentaire

Diccionario del desarrollo,
Una guía del conocimiento como poder

 

La fe del hombre moderno

Con el surgimiento del mundo moderno, una nueva fe – la fe en el progreso – dio significado y sentido a las nociones, métodos y sistemas que han llegado a dominar el mundo. Así la profunda reverencia que se profesa a la ciencia y la tecnología está estrechamente ligada a la fe en el progreso. La inclusión forzosa de todos los rincones de la tierra dentro de estados nacionales se llevó a cabo en nombre del progreso. La cada vez mayor aceptación del imperio de la economía y la creciente confianza en la validez de sus leyes, son sombras que todavía arroja aquella fe ilustrada.

Aunque hoy día la fe en el progreso es poco reconocida abiertamente, y es quizás más débil que en ningún otro momento de la historia contemporánea, un derrumbe definitivo de su plausibilidad – que muchos piensan que ya ha ocurrido – confirmaría los indicios de un giro crucial en la cultura moderna, cargado de nuevas amenazas a la supervivencia espiritual del hombre como persona.

La gradual obsolescencia del ideal del desarrollo y la súbita implosión del socialismo constituyen una reducción drástica del campo y las manifestaciones de la fe en el progreso. En la mayor parte del mundo del siglo veinte “revolución” y “desarrollo” de hecho representaron al progreso mismo, y a un progreso que pretendía beneficiar a toda la humanidad en un tiempo previsible. Lire la suite…

Otto Ullrich, Technologie, 1992

2 août 2020 Laisser un commentaire

Le Dictionnaire du développement,
un guide de la connaissance comme pouvoir

 

Le célèbre discours de Harry S. Truman du 20 janvier 1949 peut être considérée comme la proclamation officielle de la fin de l’ère coloniale. Il a annoncé un plan de croissance économique et de prospérité pour le monde entier, incluant explicitement les « zones sous-développées ».

« Nous devons nous lancer dans un nouveau programme audacieux pour mettre les bénéfices de nos avancées scientifiques et de nos progrès industriels au service de l’amélioration et de la croissance des zones sous-développées. […] Le vieil impérialisme – l’exploitation pour le profit de la métropole – n’a pas sa place dans nos plans […] Une production accrue est la clé de la prospérité et de la paix. Et la clé d’une production accrue est une application plus large et plus vigoureuse des connaissances scientifiques et techniques modernes. » [1]

Une plus grande prospérité exige une augmentation de la production, et une production accrue nécessite une technologie scientifique – depuis lors ce message a été repris dans d’innombrables déclarations des élites politiques de l’Ouest et de l’Est. John F. Kennedy, par exemple, a demandé avec insistance au Congrès, le 14 mars 1961, d’être conscient de sa tâche historique et d’autoriser les moyens financiers nécessaires à l’Alliance pour le progrès :

« Dans toute l’Amérique latine, des millions de personnes luttent pour se libérer des liens de la pauvreté, de la faim et de l’ignorance. Au Nord et à l’Est, ils voient l’abondance que peut apporter la science moderne. Ils savent que les outils du progrès sont à leur portée. » [2]

Avec l’ère du développement, la science et la technologie ont occupées le devant de la scène. Elles étaient considérées comme la raison de la supériorité du Nord et la garantie de la promesse de développement du Sud. En tant que « clé de la prospérité », elles devaient ouvrir la voie à l’abondance matérielle et, en tant qu’ « outils de progrès », conduire les nations du monde vers les hautes terres ensoleillées de l’avenir. Il n’est pas étonnant que pendant des décennies, de nombreuses conférences dans le monde entier, et en particulier aux Nations unies, se soient focalisées, dans un esprit d’espérance quasi religieuse, sur les « puissantes forces de la science et de la technologie ». Lire la suite…

Otto Ullrich, Technology, 1992

2 août 2020 Laisser un commentaire

The Development Dictionary,
A Guide to Knowledge As Power

 

Harry S. Truman’s famous statement of 20 January 1949 can be regarded as the official proclamation of the end of the colonial age. He announced a plan for economic growth and prosperity for the entire world, explicitly including the “underdeveloped areas”.

“We must embark on a bold new program for making the benefits of our scientific advances and industrial progress available for the improvement and growth of underdeveloped areas. … The old imperialism – exploitation for foreign profit – has no place in our plans.… Greater production is the key to prosperity and peace. And the key to greater production is a wider and more vigorous application of modern scientific and technical knowledge.” [1]

Greater prosperity calls for increased production, and more production requires scientific technology – this message has been proclaimed ever since in countless statements by the political elites of both West and East. John F. Kennedy, for example, emphatically challenged Congress on 14 March 1961, to be conscious of its historical task and authorize the financial means necessary for the Alliance for Progress:

“Throughout Latin America millions of people are struggling to free themselves from the bonds of poverty and hunger and ignorance. To the North and East they see the abundance which modern science can bring. They know the tools of progress are within their reach.” [2]

With the age of development, science and technology took over the leading role altogether. They were regarded as the reason for the superiority of the North and the guarantee of the promise of development. As the “key to prosperity” they were to open up the realm of material surplus and, as the “tools of progress”, to lead the countries of the world towards the sunny uplands of the future. No wonder that for decades numerous conferences all over the world, and particularly in the United Nations, focused, in a spirit of near religious hopefulness, on the “mighty forces of science and technology”. Lire la suite…

Otto Ullrich, Tecnología, 1992

2 août 2020 Laisser un commentaire

Diccionario del desarrollo,
Una guía del conocimiento como poder

 

La famosa declaración de Harry S. Truman del 20 de enero de 1949 puede ser considerada la proclamación oficial del fin de la era colonial. Anunció un plan para el crecimiento económico y la prosperidad del mundo entero, incluyendo explícitamente a las “áreas subdesarrolladas”.

“Debemos embarcarnos en un audaz programa nuevo para poner a disposición los beneficios de nuestros avances científicos y progreso industrial para la mejora y crecimiento de las áreas subdesarrolladas… El viejo imperialismo -la explotación para el beneficio foráneo- no tiene lugar en nuestros planes… Una producción incrementada es la clave para la prosperidad y la paz. Y la llave a la mayor producción es una aplicación mas amplia y mas vigorosa del conocimiento científico y técnico moderno.” [1]

La mayor prosperidad demanda una producción incrementada y más producción requiere tecnología científica – este mensaje ha sido proclamado desde entonces en incontables declaraciones por las élites políticas tanto de Occidente como de Oriente. John F. Kennedy, por ejemplo, enfáticamente retó al Congreso el 14 de marzo de 1961 a ser consciente de su tarea histórica y autorizar los medios financieros necesarios para la Alianza para el Progreso:

“Por toda América Latina millones de personas luchan por liberarse de las ataduras de la pobreza, del hambre y de la ignorancia. En el Norte y en el Este ellos ven la abundancia que la ciencia moderna puede traer. Saben que las herramientas del progreso están a su alcance.” [2]

Con la era del desarrollo, la ciencia y la tecnología asumieron plenamente el papel conductor. Se les consideró como la razón de la superioridad del Norte y la garantía de la promesa del desarrollo. Como la “clave de la prosperidad” ellas iban a abrir el reino del excedente material y, como las “herramientas del progreso” iban a conducir a los países del mundo a las soleadas altiplanicies del futuro. No es sorprendente que por décadas numerosas conferencias en todo el mundo y particularmente en las Naciones Unidas, se enfocaran, en un espíritu de esperanza casi religiosa, en las “poderosas fuerzas de la ciencia y la tecnología”. Lire la suite…

Michel Barrillon, Révolution : le mot et la chose, 2019

12 juillet 2020 Laisser un commentaire

de Copernic à la ZaD de Notre-Dame des Landes

Résumé

La « révolution » au sens de « commencement de quelque chose de nouveau » (Arendt), relève-t-elle de la nécessité historique (Marx, 1859) ? Ou de l’imagination sociale radicale des hommes (Castoriadis) ? D’une loi objective, immanente, indépendante de leur volonté ? Ou au contraire, de l’action collective volontaire de femmes et d’hommes animés par un idéal (Landauer, Arendt) ? Faut-il croire, avec Hannah Arendt, que, dès l’instant où la « question sociale » s’immisce dans un processus révolutionnaire, celui-ci est « dévoyé » et s’achève inévitablement en « régime de terreur » ?… Au-delà des débats théoriques, la question n’est pas tant de savoir ce que désigne le « concept » de révolution, que de s’interroger sur ce qu’il conviendrait de faire pour en finir avec l’ordre social existant et édifier une société « saine » (Fromm). À l’évidence, on ne saurait espérer un « dépassement progressiste » du capitalisme : contrairement à ce que prédisait Marx (1848, 1859, 1867), l’histoire a montré que le Progrès sans fin assure la perpétuation du système et non sa disparition. Il semble plus réaliste de rompre radicalement et globalement avec une civilisation industrielle mortifère qui s’évertue à dévaster la planète et à rendre l’humanité obsolète. Lire la suite…

François Partant, La crise s’est aggravée, 1987

7 juillet 2020 Laisser un commentaire

Je vais vous dire quelques mots de mon dernier livre qui s’appelle La fin du développement et, en sous-titre, Naissance d’une alternative ?, avec un gros point d’interrogation. La fin du développement, ce n’est pas du tout ce que beaucoup de gens ont cru, surtout des critiques qui ont fait état de ce livre et qui ne l’avaient pas lu. Ils ont cru que c’était la fin du développement dans le tiers-monde, mais il ne s’agit pas de ça. Il s’agit de la fin de ce qu’on appelle le « développement », c’est-à-dire du développement des forces productives, qui sont sensées permettre, grâce à l’amélioration de la productivité du travail, et de l’augmentation de la production en volume, un croissant bien-être matériel pour la société.

Il faut rappeler que le capitalisme et le socialisme ont une origine commune : c’est l’Europe. Ils ont aussi un objectif commun : le développement. (Ils ont exactement le même objectif officiel, c’est d’améliorer les conditions d’existence de la société). Très curieusement, d’ailleurs, jusqu’à maintenant on a toujours vu que ce développement implique une accumulation capitalistique, qui se fait au détriment du plus grand nombre. Cet objectif prétendu national ou social, disons, se fait toujours au détriment de la plupart des gens. Lire la suite…

François Partant, Retour à l’autonomie ?, 1982

Résumé :

On s’accorde généralement à penser que la terre peut nourrir la totalité de la population mondiale, mais que la progression exponentielle de cette dernière, qui augmentera encore pendant une trentaine d’années, doit être rapidement stoppée (son alimentation n’étant pas seule en cause). La faim et la malnutrition pourraient donc être éliminées si les productions agricoles étaient orientées dans ce but. Quant à l’autorégulation des naissances, sans doute serait-elle également possible, si chaque société était consciente des limites dans lesquelles elle peut se reproduire, limites que fixe le milieu dans lequel elle vit, qui n’est pas extensible et doit pouvoir se reconstituer. C’est donc le rapport de l’homme à la terre, à son milieu physique qui est aujourd’hui malsain. Malsain, il l’est en effet, à deux niveaux liés : au plan mondial et, dans la plupart des pays, au plan local. Lire la suite…