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Posts Tagged ‘histoire des sciences’

Peter Schöttler, Scientisme sur l’histoire d’un concept difficile, 2013

18 octobre 2020 Laisser un commentaire

Résumé

Aujourd’hui, « scientisme » est un concept péjoratif dans toutes les langues. Mais ne s’agit-il pas plutôt d’une projection qui sert à exploiter la peur de « la science » ? L’article développe l’idée que le scientisme est un courant historique qui peut être analysé de manière concrète. Il montre que le concept apparaît au XIXe siècle et reçoit son accentuation négative lorsque le spiritisme « scientifique » d’une part et l’église catholique de l’autre se mettent à combattre les prétentions « exagérées » des sciences de la nature.

Note de Sniadecki : L’auteur prétend que le scientisme est quelque chose de mal défini, alors qu’il l’est fort bien par ceux qui se sont proclamés scientistes. Cet article a néanmoins le mérite de faire un retour historique sur la genèse de ce mot. Lire la suite…

Jacques Grinevald, Progrès et entropie, cinquante ans après, 2000

8 octobre 2020 Laisser un commentaire

Cinquante ans après les pages célèbres de Norbert Wiener [1950, ch. 2 : “Progress and Entropy”], il me semble opportun de faire le point sur le « problème » [Adams, 1919, ch. 1] du progrès et de l’entropie [Grinevald, 1978], qui intéresse la « problématique de l’évolution » [voir “La question du progrès” dans la thèse de Meyer, 1954, p. 155-172 ; et E. O. Wiley, “Evolution, progress, and entropy”, in Nitecki (éd.), 1988, p. 275-291]. Ce débat est actuellement en pleine évolution ! Évidemment, on ne peut traiter ici que sommairement une affaire aussi complexe, difficile et controversée, et qui demanderait des détails et des arguments plus techniques, mais qui nous prendraient trop de place, et surtout pour lesquels je n’ai pas toutes les compétences requises. Il ne s’agit ici que de quelques notes à propos d’un work in progress. Lire la suite…

Renaud Bécot et Céline Pessis, Rencontres improbables mais fécondes, 2015

31 juillet 2020 Laisser un commentaire

entre scientifiques critiques et syndicalistes dans les « années 1968 »

 

Ce qu’il est convenu d’appeler le « consensus fordiste » désigne un régime économique reposant notamment sur une forte croissance, obtenue au moyen de « la science », générant des gains de productivité qui étaient largement partagés avec les travailleurs. Comme le présentent d’autres articles dans ce numéro cet arrangement institutionnel a joui d’une forte légitimité, engendrant ainsi une grande stabilité. Les années 1968 sont en France et dans d’autres pays industrialisés le moment d’une remise en cause qui à certains égards pouvait être jugée salutaire. Les formes concrètes prises par les mouvements sociaux ont conduit des populations habituellement séparées à se rencontrer et à échanger. Cet article examine le cas des scientifiques critiques et des syndicalistes et exposent l’existence de différents lieux de rencontre, de la santé au travail aux alternatives rurales. Lire la suite…

Céline Pessis, Petit panorama de la critique des sciences des années 1970, 2014

29 juillet 2020 Laisser un commentaire

Dans la foulée de Mai 68, de nombreuses grèves de technicien.ne.s, vacataires et contractuel.le.s, chercheur.se.s, documentalistes, secrétaires et dactylos, éclatent dans les laboratoires tandis que se multiplient les formes d’insubordination quant aux hiérarchies instituées et aux normes professionnelles (expériences de socialisation des salaires, critique de la taylorisation du travail et du paternalisme des « grands patrons », contestation des « hiérarchies de l’intelligence » ou de « l’idéologie du mérite », du « mythe de la thèse », etc.).

Le Cri des Labos (1969-1971), bulletin de lutte et de réflexion des travailleurs de la recherche, fondé par des technicien.ne.s de la faculté des Sciences de Paris, puis Labo-Contestation (1970-1973), fondé par des travailleur.se.s de la biologie à Lyon et ouvert à des laboratoires de toute la France, se font l’écho de ces luttes internes. Ouvrant grand ses colonnes aux subalternes, aux femmes et aux anonymes de la recherche, Labo-Contestation se revendique de la critique de la vie quotidienne :

« dès qu’il est décrit anonymement, le vécu quotidien se dépersonnalise et révèle l’existence de problèmes de structures, d’organisation et de division du travail. » [1]

En rupture avec la « bureaucratie syndicale » et sa représentation mythifiée de la recherche comme « communauté de pairs », ces contestations basistes entendent mettre à jour et approfondir la lutte des classes qui traverse le milieu scientifique. La psychanalyse s’affirme également comme nouvelle grammaire contestataire, particulièrement à Impascience (1975-1977), dernière venue des revues de critique de la science. Lire la suite…

Georges Canguilhem, La décadence de l’idée de Progrès, 1987

3 avril 2020 Laisser un commentaire

Résumé

Les philosophes du siècle des Lumières ont conçu le Progrès comme manifestation de la perfectibilité naturelle de l’humanité. Le XIXe siècle a vu se ternir cette image d’avenir sous l’effet de ruptures épistémologiques et de surprises techniques. Conséquences imprévisibles de l’invention et de l’emploi de la machine à vapeur, les principes de dégradation énergétique en physique, les analyses révolutionnaires des rapports d’inégalité socio-économique dans les sociétés industrielles ont entraîné la dislocation d’une idée qui avait joué le rôle d’un principe de conservation des valeurs. Chez Freud et chez Lévi-Strauss le principe de Carnot est devenu principe de jugement de l’histoire. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, La médecine et le « tribunal du public » au XVIIIe siècle, 2015

19 février 2020 Laisser un commentaire

Résumé

Cet article étudie la figure du « tribunal du public » dans le champ médical du XVIIIe siècle. En se centrant sur la controverse de l’inoculation variolique, il montre que le « public » possède des fonctions multiples : établir les réputations médicales, produire et certifier des faits et juger les innovations. En annonçant l’entrée dans une ère nouvelle de réflexivité technologique et en promouvant l’heuristique des controverses sociotechniques, la littérature contemporaine sur la démocratie technique réactive, à deux siècles d’écart, présente la vision d’une sphère publique dont la fonction critique s’étendrait aux sciences et aux techniques. Lire la suite…

Miguel Amorós, Minuit dans le siècle, 2012

1 février 2020 Laisser un commentaire

Notes contre le Progrès

« Il faut que la mémoire parvienne à renouer le fil du temps, pour rejoindre le point de vue central d’où peut se découvrir le chemin. Au-delà commence la reconquête d’une puissance d’un jugement critique qui réponde, sur tous les faits constatables, à l’avilissement de la vie, et qui précipite la scission dans la société, préliminaire à une révolution, sur la question historique par excellence qu’est la question du Progrès. »

“Histoire de dix ans”, Encyclopédie des Nuisances n°2, février 1985.

Popularisée par les Lumières, à l’origine l’idée de Progrès était presque subversive. L’Église avait imposé les dogmes de la création et du fixisme qui établissait l’immuabilité des êtres vivants, créés par Dieu tels que nous les voyons, ce qui explique pourquoi il y a très peu de lignes dans l’Encyclopédie à l’article “progrès”, qui est simplement défini comme un « mouvement vers l’avant ». D’autre part, Diderot et les autres encyclopédistes ne considéraient pas la société civilisée comme supérieure aux sociétés « primitives », bien au contraire, c’est pourquoi leur position à l’égard du Progrès était pour le moins sceptique ou réservée. Pour diverses raisons, l’idée s’est imposée en Europe au cours de la révolution industrielle. Comme l’a dit Mumford : « le progrès est l’équivalent dans l’histoire du mouvement mécanique à travers l’espace ». Il est l’interprétation du changement comme quelque chose qui va seulement dans un sens, et excluant explicitement tout retour en arrière, qu’il s’agisse de déclin ou de régression [par analogie avec l’irréversibilité des phénomènes physico-chimiques ; NdT]. La pensée des Lumières a fait de la production par les machines l’emblème d’un monde exempt de préjugés religieux et gouverné par la Raison, où le bonheur serait à la portée de tout le monde. Lire la suite…

Miguel Amorós, Media noche en el siglo, 2012

1 février 2020 Laisser un commentaire

Apuntes contra el progreso

“…hace falta que la memoria consiga retomar el hilo del tiempo para recobrar el punto de vista central desde donde descubrir el camino. A partir de ahí comienza la reconquista de la capacidad de un juicio crítico que basándose en hechos constatables dé respuesta al envilecimiento de la vida, y que precipite la escisión de la sociedad, momento preliminar de una revolución, planteando la cuestión histórica por excelencia, a saber, la cuestión del progreso.”

Historia de diez años, Encyclopédie des nuisances, nº 2.

Dada a conocer por la Ilustración, en sus orígenes la idea de Progreso era casi subversiva. La Iglesia imponía los dogmas de la creación y el fijismo que sentaban la inmutabilidad de los seres vivos, creados por la divinidad tal como eran, por lo que en la Enciclopedia hubo pocas líneas bajo la rúbrica “Progreso”, definido simplemente como “movimiento hacia delante.” Por otra parte, Diderot y otros enciclopedistas no consideraban la sociedad civilizada como superior a la salvaje sino bien lo contrario, por lo que su posición relativa al progreso sería cuando menos escéptica o precavida. Sea por una cosa o por la otra, la idea se fue imponiendo en Europa a partir de la revolución industrial. Como dice Mumford, “el progreso era el equivalente en historia del movimiento mecánico a través del espacio.” Era la interpretación del hecho del cambio como algo unidireccional, donde la marcha atrás, o sea, la decadencia o el retroceso, quedaban explícitamente excluidos. El pensamiento ilustrado interpretaba la producción industrial como el anuncio de un mundo libre de prejuicios religiosos y gobernado por la Razón, donde todos tendrían la felicidad al alcance de la mano. Lire la suite…

Miguel Amorós, Midnight in the Century, 2012

1 février 2020 Laisser un commentaire

notes against progress

An examination of the history and significance of the concept of “progress”, its origins as an expression of the Enlightenment’s battle against religious bigotry and ignorance, its transformation into a “new [scientific] superstition” characterized by indifference to nature and the worship of technological change, and its current status as “a threat to the survival of the human species”.

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“Memory needs to reestablish the thread of time to recover the central point of view from which the road forward may be discovered. From that point begins the reconquest of the capacity for critical judgment that will be based on verifiable facts, that will be able to respond to the degradation of life, and that will precipitate the split in society, the preliminary moment for a revolution, proposing the historical question par excellence, that is, the question of progress.”

“History of Ten Years”, Encyclopédie des Nuisances, No. 2

Made famous by the Enlightenment, in its origins the idea of Progress was almost subversive. The Church imposed the dogmas of creation and permanence that established the immutability of living beings, created by the divinity just as they were, which is why there are very few lines in the Encyclopedia under the caption of “Progress”, which is simply defined as “forward movement”. On the other hand, Diderot and the other Encyclopedists did not consider civilized society to be superior to the society of the savages—quite the contrary—which is why their position with regard to progress was sceptical or reserved, to say the least. For one reason or another, the idea was imposed in Europe during the Industrial Revolution. As Mumford said, “progress was the equivalent in history of mechanical motion through space”. It was the interpretation of the fact of change as something that only went in one direction, in which going backwards, or decline or regression, were explicitly excluded. Enlightenment thought interpreted industrial production as the herald of a world free of religious prejudices and ruled by Reason, where happiness would be within the reach of everyone. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Les «bébés éprouvettes» de 1800, 2016

9 novembre 2019 Laisser un commentaire

Enfants trouvés et expérimentation humaine
aux débuts de la vaccination en France

 

Résumé

Il y eut aux origines de la vaccination antivariolique (1800) une modification profonde du rôle de l’expérimentation humaine en médecine. Autrefois adossée au pouvoir de vie et de mort du souverain, l’expérimentation s’est banalisée dans les hospices des enfants trouvés. Ces derniers servirent à la fois de terrain d’expérimentation et de moyen de production : pour conserver et transmettre le virus protecteur, les médecins durent organiser des chaînes vaccinales. Tout au long du XIXe siècle, les enfants trouvés en constituèrent les maillons indispensables. Lire la suite…