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Archive for the ‘Article en Archive’ Category

Antoine Costa, Gilets jaunes & Or noir, 2019

19 septembre 2020 Laisser un commentaire

« Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. »

Dominique Strauss-Kahn, La Flamme et la Cendre, 2002.

 

LE SOIR DU 5 MAI 2017, à deux heures du début de la période de réserve de l’élection présidentielle qui interdit aux médias et aux partis politiques de s’exprimer (Macron sera élu deux jours plus tard) le site de Wikileaks publie ce qui s’appellera par la suite « les Macronleaks », 15 gigaoctets d’e-mails échangées entre 2009 et 2017 par l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Deux ans après, l’enquête ne donne rien, personne ne sait véritablement qui est l’origine du piratage, même si Le Monde affirme que « toutes les pistes mènent vers l’Est », un euphémisme pour désigner la Russie.

Il aura fallu du temps pour décortiquer les informations. Le 25 décembre 2018, un peu plus d’un mois après le démarrage du mouvement des Gilets jaunes, Wikileaks annonce via son compte twitter que « dès le début, la taxe carbone a été conçue pour compenser l’allègement des cotisations patronales ». Juan Branco, l’auteur du best-seller Crépuscule reprend l’information en la qualifiant d’ « exclusive ». En vérité cette information n’est pas un scoop et elle n’était pas secrète, mais le mouvement des Gilets jaunes va mettre en lumière l’insolence de cette politique : la fiscalité verte pèse lourdement sur les plus pauvres et elle ne sert que partiellement à financer la transition écologique, la majeure partie étant destiner à compenser des exonérations faites aux plus riches. Lire la suite…

David Cayley, Sur la pandémie actuelle, 2020

17 septembre 2020 Laisser un commentaire

d’après le point de vue d’Ivan Illich

 

David Cayley est écrivain et animateur de radio à Toronto (Canada). Proche d’Ivan Illich, il a participé à la publication de certains de ses livres. Dans cet article, il part des thèses d’Illich pour analyser les réactions à la pandémie de coronavirus, l’évolution de la médecine occidentale et ses dérives ainsi que le devenir « statistique » des êtres humains.

 

La semaine dernière, j’ai commencé à écrire un texte au sujet de la pandémie du Covid-19. J’ai essayé de dégager la question principale que cette pandémie soulève, à mes yeux : l’effort massif et coûteux déployé pour endiguer et limiter les maux causés par le virus est-il le seul choix qui s’offre à nous ? Cet effort est-il une sorte de réponse évidente, inévitable, dictée par la simple prudence, afin de protéger toutes les personnes les plus vulnérables ? Ou bien n’est-il pas une forme désastreuse, qui cherche à contrôler ce qui est clairement hors-contrôle ? Un effort qui doublera les dégâts provoqués par la maladie d’autres problèmes, qui auront une incidence dans un futur plus ou moins éloigné ? Il ne m’a pas fallu bien longtemps pour me rendre compte que la plupart des hypothèses que j’énonçais étaient très éloignées de celles qui avaient court autour de moi. Il m’a fallu avouer que la plupart de ces hypothèses découlaient de ma conversation prolongée avec les travaux d’Ivan Illich. J’en ai déduit qu’avant de pouvoir parler clairement des faits actuels, il me faudrait d’abord présenter le rapport qu’a entretenu toute sa vie durant Ivan Illich à la santé, la médecine et la question du bien-être. Dans ce qui va suivre, je commencerai donc par présenter de façon succincte l’évolution de la critique qu’Illich a établie à l’endroit de la bio-médecine, après quoi j’essaierai de répondre aux questions que j’ai posées plus haut. Lire la suite…

David Cayley, Preguntas sobre la pandemia actual, 2020

17 septembre 2020 Laisser un commentaire

desde el punto de vista de Ivan Illich

 

La semana pasada comencé un ensayo sobre la pandemia actual en el que trato de abordar lo que considero es la pregunta central que nos plantea: ¿El esfuerzo masivo y costoso para contener y limitar el daño que el virus provocará es la única opción que tenemos? ¿Se trata de un ejercicio de prudencia obvio e inevitable emprendido para proteger a los más vulnerables? ¿O es un esfuerzo desastroso por mantener el control de lo que obviamente está fuera de control, un esfuerzo que agravará el daño causado por la enfermedad con nuevos problemas que repercutirán en el futuro? Ni bien había comenzado empecé a darme cuenta de que muchos de los supuestos de mi análisis estaban muy alejados de los que se expresaban a mi alrededor. Estos supuestos provenían principalmente, reflexioné, de mi prolongado diálogo con el trabajo de Iván Illich. Lo que esto me sugería era que, antes de poder hablar de manera inteligible sobre nuestras circunstancias actuales, primero tendría que esbozar la actitud hacia la salud, la medicina y el bienestar que Illich desarrolló durante toda una vida de reflexión sobre estos temas. En consecuencia, en lo que sigue, comenzaré con un breve resumen de cómo evolucionó la crítica de Illich a la biomedicina y luego trataré de responder a las preguntas que acabo de plantear… Lire la suite…

David Cayley, Questions about the current pandemic, 2020

16 septembre 2020 Laisser un commentaire

from the point of view of Ivan Illich

 

Last week I began an essay on the current pandemic in which I tried to address what I take to be the central question that it raises: Is the massive and costly effort to contain and limit the harm that the virus will do the only choice we have? Is it no more than an obvious and unavoidable exercise of prudence undertaken to protect the most vulnerable? Or is it a disastrous effort to maintain control of what is obviously out of control, an effort which will compound the damage being done by the disease with new troubles that will reverberate far into the future? I hadn’t been writing for long before I began to realize that many of the assumptions I was making were quite remote from those being expressed all around me. These assumptions had mainly come, I reflected, from my prolonged conversation with the work of Ivan Illich. What this suggested was that, before I could speak intelligibly about our present circumstances, I would first have to sketch the attitude towards health, medicine and well-being that Illich developed over a lifetime of reflection on these themes. Accordingly, in what follows, I will start with a brief account of the evolution of Illich’s critique of bio-medicine and then try to answer the questions I just posed in this light. Lire la suite…

Jérôme Baschet, Une juste colère, 2019

16 juin 2020 Laisser un commentaire

Introduction

Ceci n’est pas un livre sur le soulèvement des Gilets Jaunes. Il a été écrit alors que je me sentais pris dans le tsunami qui a déferlé à partir du 17 novembre 2018, même si je n’y ai pas participé directement, me trouvant alors au Chiapas. Et c’est sous le coup de l’intense émotion ressentie en lisant les premiers récits des journées de décembre ou en découvrant l’Appel de Commercy que j’ai jeté sur mon écran la lettre reprise en tête de ce livre. A cet égard, je persiste à revendiquer les vertus de l’enthousiasme qui ne me semble pas nécessairement conduire à abandonner tout esprit critique ni à renier l’exercice de la raison.

Je ne livre pas ici une analyse du soulèvement des Gilets Jaunes. Il en a été produit en abondance et d’autres encore viendront. J’ai plutôt cherché à aborder quelques questions qui pourraient être pertinentes dès lors qu’on se demande comment un tel mouvement pourrait amplifier encore sa dynamique. Des questions telles que : comment mieux identifier les racines des problèmes suscitant une si large colère? Quelles sont les formes de lutte les plus adéquates ? A quel mur se heurte-t-on ? Contre qui ou contre quoi s’agit-il de se battre ? Et que peut-on vouloir ?

S’il est impossible de qualifier de manière univoque le mouvement des Gilets Jaunes, et s’il faut bien reconnaître qu’il a été affecté par les dérives xénophobes ou racistes de certain.e.s et par les ambitions personnelles de quelques-un.e.s, il a balayé bien des idées reçues et ouvert des perspectives largement imprévues. Une véritable irruption populaire a fait vaciller le pouvoir. Celles et ceux qui avaient toujours tout accepté sans sourciller ont pu éprouver la force collective que leur confère leur capacité à dire non. Dynamitant les cadres de la politique classique et récusant avec une impressionnante clairvoyance toutes les formes de la représentation, ils ont pu, à travers les modalités de lutte qu’ils inventaient, retrouver l’expérience d’une véritable communauté et atteindre un haut degré de critique en acte des formes habituelles de la vie atomisée et appauvrie.

Pour les raisons que l’on évoquera plus loin, il y a lieu de penser que ce soulèvement – tout comme les mobilisations pour le climat qui ont pris leur essor au même moment – est annonciateur de nouvelles formes d’explosion sociale appelées à se multiplier dans les années à venir. Ce livre est écrit depuis le désir que les aspirations les plus aiguës qui se sont manifestées alors puissent gagner encore en puissance et frayer des chemins vraiment libérateurs. Lire la suite…

Collectif, Covid-19 et les circuits du capital, 2020

Résumé

Dans cet article du Monthly Review publié à la fin du mois de mars 2020, les auteurs proposent une analyse de la pandémie avec les outils d’une géographie marxiste nourrie des apports de la political ecology. Une géographie absolue, mâtinée de culturalisme, accuse certaines zones, certains groupes, certaines pratiques (la consommation de viande de brousse ou d’animaux sauvage…) d’être à l’origine des pandémies. Une géographie relationnelle doit lui succéder. Celle-ci constate que ce qui transforme des circulations locales et bénignes de virus en pandémie menaçant en quelques semaines des milliards de personnes, ce sont les circuits globaux du capital. En suivant ceux-ci, on constate notamment que la maire adjointe de New York a précédemment travaillé chez JP Morgan. Or, cette entité financière a ces dernières années investi dans l’entreprise Smithfield, leader mondial de la production industrielle de porcs, et dans d’autres mégafermes près de Wuhan, cette concentration chassant de petits éleveurs de la filière porcs et les conduisant à partir plus loin grossir le nombre (20 000) des fermes d’élevage d’animaux sauvages en Chine. Si l’on prend en compte cette géographie relationnelle, la pandémie est-elle partie de New York ou de Wuhan ?

Dans les circuits globaux du capital, le terreau de l’apparition répétée et la diffusion massive de virus pathogènes, révélé par l’analyse systémique et relationnelle de l’écologie politique du capitalisme contemporain, est la radicalisation de ce qu’Anna Tsing a nommé le plantationocène : un mode d’habiter la Terre qui enrégimente les vivants en populations homogènes, dont la production (dans des espaces de monoculture et en cycle court) est séparée de la reproduction. C’est l’aliénation des vivants standardisés et coupés de leurs attachements écologiques complexes, sains, et privés de leur diversité. Dès lors, « une intervention réussie pour empêcher l’un des nombreux agents pathogènes, qui font la queue au bout du circuit agro-économique, de tuer un milliard de gens, implique nécessairement d’entrer en conflit global avec le capital et ses représentants locaux » et d’en finir avec cette mise au travail et cette aliénation généralisée des vivants. Lire la suite…

Jérôme Baschet, Le XXIe siècle commence maintenant, 2020

20 avril 2020 Laisser un commentaire

Qu’est-ce qu’il nous arrive ?

Beaucoup de questions et quelques perspectives par temps de coronavirus

 

Il n’est sans doute pas faux de dire que le Covid-19 est une maladie du Capitalocène et qu’il nous fait entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. Pour la première fois sans doute, il nous fait éprouver de façon tangible la véritable ampleur des catastrophes globales des temps à venir 1.

 

Le monde sera collaboratif et non compétitif ou ne sera pas

Mais encore faut-il tenter de comprendre plus précisément ce qu’il nous arrive, en ce qui concerne tant l’épidémie provoquée par le SARS-CoV-2 que les politiques sanitaires adoptées pour l’endiguer, au prix d’une stupéfiante paralysie de l’économie ; car on ne peut, sans ces préalables, espérer identifier les opportunités qui pourraient s’ouvrir dans ces circonstances largement inédites. La démarche n’a cependant rien d’assurée. Pris dans le tourbillon d’informations chaque jour plus surprenantes ou déconcertantes que suscite l’événement, on titube. On n’en croit parfois ni ses yeux ni ses oreilles, ni nul autre de ses sens. Mieux vaut admettre que bien des certitudes vacillent. Bien des hypothèses aussi. Mais il faut bien commencer à tenter quelque chose, provisoirement et partiellement, en attendant que des élaborations collectives mieux assurées ne prennent le relais. Lire la suite…

L’économie matérielle de la France (1830-2015)

25 janvier 2020 Laisser un commentaire

L’histoire d’un parasite ?

 

Résumé

Cet article explore les dynamiques de long terme de l’usage de matière en France sur une période de 185 ans. Il se base sur des comptes de flux de matières qui sont parfaitement cohérents avec les standards de l’Analyse des Flux de Matières à l’échelle économique nationale. Ce travail – qui couvre l’extraction domestique, les importations et les exportations – est la première étude sur le temps long des flux de matières pour la France, avec des données annuelles et nationales pour la plus grande partie de la période. Notre base de données nous permet d’étudier l’évolution du métabolisme français au cours de l’industrialisation du pays, synonyme de dépendance croissante aux matières abiotiques. Nous mettons en évidence une trajectoire métabolique singulière : celle d’un État qui profite de système-monde successifs pour se développer économiquement via des importations massives de matières. Dans un premier temps, nous revenons sur les sources et la qualité des données récoltées. Nous présentons ensuite les grandes caractéristiques de long terme de l’économie matérielle française. Enfin, nous proposons une lecture socio-historique inspirée par la notion d’écologie-monde au sens de Moore (2015).

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Nelo Magalhães, Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Gaëtan Levillain, Margot Lyautey, Thomas Le Roux, Guillaume Noblet, Christophe Bonneuil,

Ecological economics, juillet 2018.

The physical economy of France (1830-2015)

25 janvier 2020 Laisser un commentaire

The history of a parasite ?

Abstract

This article explores long-term trends and patterns of material use in France for a 185-year period. It is the first long-term study of material flows for France with national and yearly data for most of the period. Based on a material flow analysis (MFA) that is fully consistent with current standards of economy-wide MFAs and covers domestic extraction, imports, and exports of materials, we investigated the evolution of the French metabolism from industrialization to financialized capitalism. Over the whole period, there is a 9-fold increase in domestic material consumption, an expansion of material use per capita, and a spectacular addition of abiotic resources (fossil fuels and minerals) to biotic materials. Using a world-ecology framework, we exhibit a specific metabolic path: that of a state benefiting from successive world-systems for its economic development through massive material imports.

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Nelo Magalhães, Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Gaëtan Levillain, Margot Lyautey, Thomas Le Roux, Guillaume Noblet, Christophe Bonneuil.

Ecological economics, november 2018.

Jacques Philipponneau, Quelques éclaircissements sur le mouvement des Gilets jaunes, 2019

2 novembre 2019 Laisser un commentaire

Les éclaircissements contenus dans cette lettre de Jacques Philipponneau, destinée, à l’origine, à quelques-uns de ses amis étrangers, nous ont paru mériter une plus large diffusion. La lettre était accompagnée de tracts et communiqués d’origines très diverses, parus tout au long du mouvement, que nous reproduisons dans le document téléchargeable en fin d’article.

 

Le mouvement des Gilets Jaunes, totalement imprévisible dans son prétexte, ses formes, sa durée et l’ébranlement qu’il a provoqué, est d’ores et déjà reconnu comme la plus grave crise sociale survenue en France depuis 1968 [1].

Je ne m’étendrai pas sur tout ce qui est communément admis sur ce mouvement et sa sociologie ou les spécificités typiquement françaises et aussi personnelles de l’exécutif actuellement au pouvoir (provocateur, bureaucratique, méprisant et particulièrement répressif), facteur contingent qui a largement contribué à exacerber le conflit [2]. Les quelques documents cités, assez éclectiques, en donnent globalement, malgré leurs limites ou leurs parti-pris, une vision assez claire. Il paraît plus important d’essayer de dégager, au-delà des clichés laudatifs ou critiques, ce qu’il signifie pour l’avenir des conflits et des enjeux de notre temps. Lire la suite…