Gerald Joyce, La définition de la vie par la NASA, 2013

La définition de la vie par la NASA et cette interview qui en retrace l’histoire sont symptomatiques de la confusion de la pensée qui se prétend scientifique sur les notions et concepts généraux qui devraient être au fondement de la réflexion sur ce que sont les êtres vivants en tant qu’objets physiques, c’est-à-dire les bases mêmes de la biologie. Nous en proposons une traduction inédite et une analyse critique.

 

Qu’est ce que la vie ?

C’est une question apparemment simple qui mène à des réponses complexes et à des discussions philosophiques et scientifiques passionnés. Certains se concentrent sur le métabolisme comme la clé de la vie, d’autres sur la génétique, et il a même été suggéré que nous avons besoin d’un tout nouveau domaine de la science afin d’arriver à une définition satisfaisante.

Si jamais nous espérons identifier la vie ailleurs dans l’univers, nous devons comprendre ce qui sépare les créatures vivantes de la matière non vivante. Une définition récemment utilisée par la NASA est :

« La vie est un système chimique auto-entretenu capable d’évolution darwinienne. »

“Life is a self-sustained chemical system capable of Darwinian evolution”.

Lire la suite »

Gerald Joyce, Forming a Definition for Life, 2013

The definition of life by NASA and this interview that traces its history are symptomatic of the confusion of the thought that claims to be scientific on the general notions and concepts that should be at the basis of the reflection on what are living beings as physical objects, that is to say the very foundations of biology. We propose a critical analysis.

 

What is life?

It’s a seemingly simple question that leads to complex answers and heated philosophical and scientific arguments. Some focus on metabolism as the key to life, others on genetics, and there has even been a suggestion that we need a whole new field of science in order to come up with a satisfactory definition.

If we ever hope to identify life elsewhere in the universe, we need to understand what separates living creatures from non-living matter. A working definition lately used by NASA is that “life is a self-sustaining system capable of Darwinian evolution.”

[With such a definition, it is not certain that life on Earth really exists!]
Lire la suite »

Jean-Pierre Berlan, En finir avec la gratuité, 2006

En rédigeant une lettre à mon député sur la coexistence entre chimères génétiques et cultures ordinaires (que le Parlement va discuter), je me suis rendu compte que nous sommes confrontés à une offensive soigneusement coordonnée de l’Etat, des transnationales des nécrotechnologies, et bien entendu, de la Commission. Il n’y a guère de doute que cette offensive ne concerne pas seulement la France et qu’elle est planétaire.

Cette offensive dont la dernière manifestation est l’envoi d’huissiers au domicile de Gilles Lemaire (et certainement à celui des autres faucheurs volontaires), vise à disperser les opposants aux nécrotechnologies sur une série de fronts (étiquetage et taux de contamination tolérable ; coexistence avec ses différents leurres comme les distances devant séparer les cultures, le taux de pollution génétique admissibles pour les semences – comme par hasard sort une étude Inra/Union Européenne qui montre que la coexistence peut-être aisément organisée !), l’indemnisation des victimes des contaminations, la transparence et l’information du public ; les controverses interminables sur les risques, comme si dans un domaine où la science est ignorance, il fallait s’en remettre aux opinions de scientifiques sous influence et comme s’il s’agissait d’une question de sound science comme le voudrait le gouvernement US ; les procès à répétition, les poursuites des faucheurs, les amendes à la Conf’ ; la campagne de publicité pour les agrotoxiques, etc). Lire la suite »

André Pichot, Se connaître et s’inventer, 2015

Cet éclairage philosophique ne fera pas de mal à la vision biologique de l’Homme dans son propre musée, bien évidemment très lié au Muséum national d’histoire naturelle ; le fil historique que décrit joliment André Pichot, fil comprenant la situation actuelle et ses modes, vous conduit parfaitement à la spécificité de notre genre humain qui se distingue en effet de ce qui le précède, car de toute façon, dans l’Univers, tout change tout le temps et donne naissance chaque fois à une situation par définition inattendue. Le nouveau musée se doit aussi de faire état de cette particularité du sujet dont il prétend traiter, « un être à la recherche de ce qu’il est » en attendant la surprise de ce qui lui succédera.

Yves Coppens

 

Le Musée de l’Homme relève du Muséum national d’Histoire naturelle, dont la partie la plus visible est la Grande Galerie de l’Évolution. On pouvait craindre que ce cadre académique impose une vision un peu trop étroitement naturaliste, et ne réduise l’homme au statut de singe évolué ayant survécu dans la lutte pour la vie. Crainte d’autant plus forte qu’une grande partie de ce qui, dans ce musée, relevait de l’anthropologie culturelle se trouve maintenant au musée du quai Branly, et que le palais de Chaillot a conservé, entre autres, les restes d’une anthropologie physique de fâcheuse réputation (de la Vénus hottentote à la craniologie). Lire la suite »

Carl R. Woese, Une nouvelle biologie pour un nouveau siècle, 2004

Résumé

La biologie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Le paradigme moléculaire, qui a guidé avec succès la discipline tout au long de la majeure partie du XXe siècle, n’est plus un guide fiable. Maintenant que sa vision de la biologie est réalisée, le paradigme moléculaire est en bout de course. La biologie, par conséquent, a un choix à faire, entre continuer à suivre le chemin confortable tracé par la biologie moléculaire ou prendre la voie plus revigorante qui consiste à rechercher une vision nouvelle et stimulante du monde vivant, celle qui aborde les problèmes que la biologie du XXe siècle – la biologie moléculaire – ne pouvait pas appréhender et qu’elle a donc éludés. La première voie, bien que très productive, va transformer la biologie en une discipline d’ingénierie. La seconde recèle la promesse de faire de la biologie une science encore plus fondamentale, celle qui, avec la physique, examine et définit la nature de la réalité. Il faut choisir entre une biologie qui est uniquement aux ordres de la société et une biologie qui enseigne à la société. Lire la suite »

Christophe Bonneuil, La biologie dans l’ère du soupçon, 2000

La question du « risque génétique » remonte au début des années 1970, alors que la biologie moléculaire donnait naissance aux biotechnologies modernes. Qu’est-elle devenue depuis, et comment le public a-t-il été amené à donner son avis ?

 

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux physiciens, parmi lesquels Francis Crick ou Léo Szilard, se reconvertirent dans ce qui allait devenir la biologie moléculaire. Ils abandonnaient une discipline mise sur la sellette par l’opinion internationale suite à l’explosion de la bombe atomique et l’irruption du risque nucléaire global, pour rejoindre un domaine inoffensif et prometteur de découvertes susceptibles d’améliorer la santé de l’humanité [1]. Cependant, à peine trente ans plus tard, la biologie moléculaire entrait à son tour dans l’ère du risque et du soupçon. Lire la suite »

André Pichot, Le sang, le souffle, la race, la vie, 2006

Contrairement à ce qu’on imagine un peu trop rapidement – et par approximation –, la tradition n’a guère associé le sang et la vie, et encore moins le sang et l’hérédité.

Le sang a certes souvent été considéré comme le symbole de la vie, mais c’était alors le symbole de la vie qui s’en va, la vie qui quitte le corps en même temps que le sang s’en écoule. Il symbolisait la vie, dans la mesure où l’hémorragie entraînait la mort. Mais si la perte du sang signifiait la mort (et plus spécialement la mort violente), la présence du sang dans le corps ne représentait pas vraiment la vie (le sang ne se voit pas tant qu’il est dans le corps, il faut blesser celui-ci, l’ouvrir, pour le faire apparaître). Le latin distingue d’ailleurs sanguis, “le sang dans le corps”, et cruor, “le sang coulant hors du corps”, ou coagulé (cruor signifie aussi “meurtre”).

Selon Empédocle, le sang est le siège de la conscience, ou de l’âme [1]. Dans la Bible, le sang est associé à la vie, du moins pour les bouchers qui doivent saigner l’animal à blanc, en faire disparaître toute trace de sang, car manger du sang, ce serait manger la vie [2]. Mais ce sont des exceptions car, dans l’Antiquité et jusqu’aux Temps Modernes, c’était le souffle, le pneuma, qui symbolisait la vie, ou plutôt qui était la vie même: la vie dans la vie, et non, comme le sang, la vie dans la mort. Le souffle était ce qui animait le corps, ce qui le rendait vivant. C’était son âme, en tant que principe moteur. D’ailleurs, à la mort il quittait le corps (comme l’âme s’en envolait), même lorsque le sang y demeurait. Lire la suite »

André Pichot, L’étrange objet de la biologie, 1987

Biologie, physico-chimie et histoire

 

Résumé

En s’abstenant de chercher la définition de la notion de vie, la biologie moderne, en tant que science autonome (mais non séparée) des sciences physico-chimiques, se ruine, en rendant impossible la construction d’un objet qui lui serait propre. Cet article fait le point sur cette question, en analysant comment le néo-darwinisme pallie l’insuffisance de l’explication physico-chimique de l’être vivant par une explication historique, sous le couvert de la théorie de l’information ; et comment il échoue dans l’articulation de ces deux explications, en raison d’une mauvaise prise en considération de la notion de temps. Lire la suite »

André Pichot, The strange object of biology, 1987

Biology, Physico-chemistry and History

 

Abstract

By abstaining from seeking to define the concept of life, modern biology, as a science autonomous (but not separate) from physico-chemical sciences, is ruining itself, by rendering impossible the construction of a specific objet. This article restates this question, by studying how neo-darwinism palliates the deficiency of the physico-chemical explanation of the living being with an historical explanation, under cover of the theory of information; and how it fails to articulate these two explanations, owing to a misappreciation of the concept of time. Lire la suite »

Barbara Duden, Le gène au quotidien, 2009

Du pouvoir de coercition du « gène » sur les représentations du Moi et du Toi, sur l’hérédité, la parenté et l’avenir

 

En peu d’années, le terme de gène a acquis droit de cité dans la langue courante. Il remue les sensibilités, détermine des comportements, est devenu un mot-choc à l’Église, dans les journaux et les débats de l’Assemblée Nationale. Quant à nous qui sommes, l’une historienne du sens commun [Babara Duden], l’autre généticienne de l’humain formée en sciences sociales [le document original ne permet pas d’identifier cette seconde auteure, peut-être la traductrice Nicole Papaloïzos ; NdE], nous nous sommes demandé ce que le mot signifie, prescrit et provoque dans la conversation familière ou publique, car tout se passe comme si le terme de « gène », initialement terminus technicus d’une discipline scientifique particulière – ce qui est à discuter –, était sorti de sa cage et revendiquait de dire son mot sur tout ce que sont les hommes et les femmes, qui ils sont et ce qui est bon pour eux. Le « gène » en est venu à affecter toutes les représentations et perceptions du Moi, du Toi et du Prochain, à prétendre nous renseigner sur notre hérédité, le genre de maladies que l’avenir nous tiendrait en réserve, notre destin. Le « gène » est en passe de devenir la grande réponse à toute question sur l’ « être humain ».

Mais cette façon qu’ont « les gènes » d’avoir réponse à tout laisse sans réponse une question essentielle : quel est son rapport avec le sens commun ? Ce questionnement doit être mené dans la langue du vécu quotidien. On ne peut pas abandonner ce débat si nécessaire à des experts, car il s’agit d’une question dont les implications éthiques sont fondamentales. Il est donc décisif de savoir ce qu’on entend, au quotidien, par le mot « gène ». Aussi, nous nous sommes attachées à dégager ses significations dans la langue quotidienne, autrement dit, à clarifier les conséquences sociales de la compréhension populaire du « gène » et de la « génétique ». Lire la suite »