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Archive for the ‘Critique de la biologie moderne’ Category

André Pichot, Le sang, le souffle, la race, la vie, 2006

25 avril 2021 Laisser un commentaire

Contrairement à ce qu’on imagine un peu trop rapidement – et par approximation –, la tradition n’a guère associé le sang et la vie, et encore moins le sang et l’hérédité.

Le sang a certes souvent été considéré comme le symbole de la vie, mais c’était alors le symbole de la vie qui s’en va, la vie qui quitte le corps en même temps que le sang s’en écoule. Il symbolisait la vie, dans la mesure où l’hémorragie entraînait la mort. Mais si la perte du sang signifiait la mort (et plus spécialement la mort violente), la présence du sang dans le corps ne représentait pas vraiment la vie (le sang ne se voit pas tant qu’il est dans le corps, il faut blesser celui-ci, l’ouvrir, pour le faire apparaître). Le latin distingue d’ailleurs sanguis, “le sang dans le corps”, et cruor, “le sang coulant hors du corps”, ou coagulé (cruor signifie aussi “meurtre”).

Selon Empédocle, le sang est le siège de la conscience, ou de l’âme [1]. Dans la Bible, le sang est associé à la vie, du moins pour les bouchers qui doivent saigner l’animal à blanc, en faire disparaître toute trace de sang, car manger du sang, ce serait manger la vie [2]. Mais ce sont des exceptions car, dans l’Antiquité et jusqu’aux Temps Modernes, c’était le souffle, le pneuma, qui symbolisait la vie, ou plutôt qui était la vie même: la vie dans la vie, et non, comme le sang, la vie dans la mort. Le souffle était ce qui animait le corps, ce qui le rendait vivant. C’était son âme, en tant que principe moteur. D’ailleurs, à la mort il quittait le corps (comme l’âme s’en envolait), même lorsque le sang y demeurait. Lire la suite…

André Pichot, L’étrange objet de la biologie, 1987

25 décembre 2020 Laisser un commentaire

Biologie, physico-chimie et histoire

 

Résumé

En s’abstenant de chercher la définition de la notion de vie, la biologie moderne, en tant que science autonome (mais non séparée) des sciences physico-chimiques, se ruine, en rendant impossible la construction d’un objet qui lui serait propre. Cet article fait le point sur cette question, en analysant comment le néo-darwinisme pallie l’insuffisance de l’explication physico-chimique de l’être vivant par une explication historique, sous le couvert de la théorie de l’information ; et comment il échoue dans l’articulation de ces deux explications, en raison d’une mauvaise prise en considération de la notion de temps. Lire la suite…

André Pichot, The strange object of biology, 1987

25 décembre 2020 Laisser un commentaire

Biology, Physico-chemistry and History

 

Abstract

By abstaining from seeking to define the concept of life, modern biology, as a science autonomous (but not separate) from physico-chemical sciences, is ruining itself, by rendering impossible the construction of a specific objet. This article restates this question, by studying how neo-darwinism palliates the deficiency of the physico-chemical explanation of the living being with an historical explanation, under cover of the theory of information; and how it fails to articulate these two explanations, owing to a misappreciation of the concept of time. Lire la suite…

Barbara Duden, Le gène au quotidien, 2009

1 décembre 2020 Laisser un commentaire

Du pouvoir de coercition du « gène » sur les représentations du Moi et du Toi, sur l’hérédité, la parenté et l’avenir

 

En peu d’années, le terme de gène a acquis droit de cité dans la langue courante. Il remue les sensibilités, détermine des comportements, est devenu un mot-choc à l’Église, dans les journaux et les débats de l’Assemblée Nationale. Quant à nous qui sommes, l’une historienne du sens commun [Babara Duden], l’autre généticienne de l’humain formée en sciences sociales [le document original ne permet pas d’identifier cette seconde auteure, peut-être la traductrice Nicole Papaloïzos ; NdE], nous nous sommes demandé ce que le mot signifie, prescrit et provoque dans la conversation familière ou publique, car tout se passe comme si le terme de « gène », initialement terminus technicus d’une discipline scientifique particulière – ce qui est à discuter –, était sorti de sa cage et revendiquait de dire son mot sur tout ce que sont les hommes et les femmes, qui ils sont et ce qui est bon pour eux. Le « gène » en est venu à affecter toutes les représentations et perceptions du Moi, du Toi et du Prochain, à prétendre nous renseigner sur notre hérédité, le genre de maladies que l’avenir nous tiendrait en réserve, notre destin. Le « gène » est en passe de devenir la grande réponse à toute question sur l’ « être humain ».

Mais cette façon qu’ont « les gènes » d’avoir réponse à tout laisse sans réponse une question essentielle : quel est son rapport avec le sens commun ? Ce questionnement doit être mené dans la langue du vécu quotidien. On ne peut pas abandonner ce débat si nécessaire à des experts, car il s’agit d’une question dont les implications éthiques sont fondamentales. Il est donc décisif de savoir ce qu’on entend, au quotidien, par le mot « gène ». Aussi, nous nous sommes attachées à dégager ses significations dans la langue quotidienne, autrement dit, à clarifier les conséquences sociales de la compréhension populaire du « gène » et de la « génétique ». Lire la suite…

Recension: A. Pichot, Histoire de la notion de gène, 1999

17 février 2019 Laisser un commentaire

André Pichot,
Histoire de la notion de gène,
éd. Flammarion, coll. Champ, 1999.

 

Le concept de gène, gros d’une dimension à la fois virtuelle et effective, a mûri longuement, et mûrit encore. Cette Histoire l’ignore et tombe à plat.

Sous le prétexte que la notion de gène et celle d’hérédité ne se présentent pas d’une manière simple à comprendre et univoque, André Pichot en propose une histoire qui tient plutôt du réquisitoire et où le jugement de valeur sans fondement tient lieu d’examen rigoureux des faits. Lire la suite…

André Pichot, La valeur médicale de la génétique est surestimée, 2000

17 février 2019 Laisser un commentaire

L’historien des sciences rédige un ouvrage pamphlet dans lequel il s’en prend à l’enthousiasme démesuré provoqué par la biologie moléculaire

Agacé. André Pichot, historien des sciences – des «concepts scientifiques» – et chercheur au CNRS (Centre national français de recherche scientifique), s’énerve contre l’émerveillement des biologistes, du public et des journalistes pour la génétique. Gène de ceci, gène de cela, prédisposition génétique pour telle maladie, thérapie génique contre telle autre affection… Les chercheurs inondent les plages d’actualité avec leurs découvertes, les journalistes les répercutent allègrement et le public tente de suivre tant bien que mal, nourri des espoirs les plus fous. Cet enthousiasme général, selon André Pichot, friserait la naïveté et l’aveuglement coupable, il ne serait pas sans rappeler la mouvance scientiste du XIXe et du début du XXe siècle. Une époque qui a vu se développer et s’appliquer l’eugénisme et les théories «scientifiques» du racisme.

Son dernier livre, La Société pure, de Darwin à Hitler, a pour objectif de rafraîchir la mémoire collective sur des événements pas si anciens. Pour éviter, avec un peu de chance, que certaines erreurs ne se répètent. Lire la suite…

Céline Lafontaine, L’économie du vivant, 2015

14 février 2019 Laisser un commentaire

De la cybernétique au vivant pensé comme information

La Cause du désir : Votre premier sujet de recherche était la cybernétique. Pourriez-vous nous dire quelques mots de cette passion pour l’informationnel qui anime la science contemporaine ?

Céline Lafontaine : J’ai étudié ces questions dans mon travail de thèse. À l’époque, à la fin des années 1990, on commençait à parler de cyberespace. J’ai essayé de comprendre l’origine de cette révolution technoscientifique, et c’est ainsi que je suis remontée à la cybernétique. Très peu de gens s’y intéressaient alors, parce que la discipline cybernétique a disparu au tournant des années 1980, tout le monde étant devenu cybernéticien. Cette science a perdu sa crédibilité du fait d’un trop grand engouement. Lire la suite…

André Pichot, Sur la notion de race, 2018

21 juillet 2018 Laisser un commentaire

La Commission des Lois de l’Assemblée Nationale vient de voter la suppression du mot « race » de la Constitution, avec des justifications pour le moins bizarres, et notamment avec la reprise du débat à répétitions sur l’existence ou l’inexistence des races 1. Ce qui appelle quelques commentaires. Lire la suite…

André Pichot, La santé et la vie, 2008

13 juillet 2018 Laisser un commentaire

Résumé : La santé et la vie. – Les mots « santé » et « maladie » ne s’emploient que par métaphore dans le cas des objets inanimés. Seuls les êtres vivants peuvent être en bonne santé, comme seuls ils peuvent être malades. En outre, la santé sous-entend la possibilité de la maladie, et l’inéluctabilité de la mort exclut même tout absolu de santé. Quelles sont, plus explicitement, les relations qu’entretiennent la santé et la vie ?

La santé a manifestement quelque rapport avec la vie. En effet, cette notion (comme celle de maladie) ne s’emploie guère que par métaphore dans le cas des objets inanimés. Seuls les êtres vivants peuvent être en bonne santé, comme seuls ils peuvent être malades.

Ainsi Bichat écrivait-il :

« Il y a deux choses dans les phénomènes de la vie, 1° l’état de santé, 2° celui de maladie : de là deux sciences distinctes ; la physiologie, qui s’occupe des phénomènes du premier état ; la pathologie, qui a pour objet ceux du second. […] La physiologie est aux mouvements des corps vivants, ce que l’astronomie, la dynamique, l’hydraulique, l’hydrostatique, etc., sont à ceux des corps inertes ; or, ces dernières n’ont point de sciences qui leur correspondent comme la pathologie correspond à la première. Par la même raison, toute idée de médicament répugne dans les sciences physiques. Un médicament a pour but de ramener les propriétés à leur type naturel ; or, les propriétés physiques, ne perdant jamais ce type, n’ont pas besoin d’y être ramenées. » [Bichat 1994, 232]

La santé ne se réduit pas à un état physico-chimique, et elle sous-entend la possibilité de la maladie ; n’est en santé que ce qui peut être malade (l’inéluctabilité de la mort excluant même tout absolu de santé). Particularité que n’ont pas les simples objets physiques. L’explication vitaliste qu’en donnait Bichat n’est plus acceptable aujourd’hui. Comment alors en rendre compte ? Lire la suite…

André Pichot, La Philosophie zoologique de Lamarck, 1994

12 avril 2018 Laisser un commentaire

Portrait de LamarckLa Philosophie zoologique passe souvent pour un livre confus. Ce jugement est injuste. Il est vrai que le style de Lamarck est parfois assez relâché ; il est également vrai que l’ouvrage comprend quelques répétitions fastidieuses, et que son plan n’est pas parfait. Mais ces défauts cèdent assez facilement dès qu’on y met un peu de bonne volonté. Les principales difficultés tiennent surtout à ce que Lamarck se réfère à la biologie et à la chimie du XVIIIe siècle, et que celles-ci sont un peu oubliées de nos jours. En effet, bien que ses principaux ouvrages datent du début du XIXe, Lamarck est un homme du XVIIIe siècle (il a 65 ans quand paraît la Philosophie zoologique), et plus spécialement du XVIIIe siècle matérialiste et sensualiste (avec, en arrière-plan, un vague déisme). Pour bien saisir sa démarche et ne pas se méprendre sur ce qu’il écrit, il convient de le replacer dans ce cadre historique.

Un autre point important pour comprendre la Philosophie zoologique est de ne pas la limiter à un exposé du transformisme (Lamarck n’emploie ni le mot de transformisme, ni celui d’évolution qui n’avait pas à l’époque le sens que nous lui donnons aujourd’hui). Le transformisme n’occupe, avec la taxonomie, que la première des trois parties de l’ouvrage. Lamarck dit même s’être surtout intéressé aux deuxième et troisième parties, qui sont consacrées, respectivement, à une biologie générale, où sont établies les caractéristiques organisationnelles qui différencient les êtres vivants et les objets inanimés, et à une sorte de psychophysiologie, où la psychologie est présentée dans le prolongement de la biologie grâce aux présupposés évolutionnistes. Le projet de Lamarck était bien plus large que la seule transformation des espèces ; il entendait, par sa Philosophie zoologique, jeter les bases d’une biologie en tant que science autonome, et d’une psychologie continuant cette biologie ; l’invention du transformisme y est subordonnée. Lire la suite…