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Archive for the ‘Actualité’ Category

Collectif de l’Appel de Beauchastel, Sous les masques, un nouveau pas dans l’école du désastre, 2021

29 avril 2021 Laisser un commentaire

Une journée d’école en 2021.

Élève de CP, je revêts mon masque une dizaine de mètres avant la grille de l’école. Parents, instituteurs, directeurs le portent aussi. Plus tard, après l’avoir partiellement ôté plusieurs fois, penché sur ma feuille en classe, je devrai demeurer parqué dans ma zone dédiée dans la cour, avant de manger au garde-à-vous. Même pas l’occasion de respirer. Collégien, j’ai déjà préparé mon masque dans la rue. Me tenant à la barre du bus, je toucherai ensuite mon masque, l’ôterai à moitié, histoire de jouer aux grands, de faire la bise à mes camarades, ou autres découvertes de mon âge. A la fin de la journée, j’aurai sans doute mal à la tête et mon accessoire de survie sera en mauvais état, mais il paraît que c’est ce qu’il faut faire. Lycéen et interne, je suis tenu de porter le masque en continu. J’oublierai d’en changer toutes les quatre heures. Plusieurs fois, je serai près d’enlever ce bâillon, moi qui suis, comme le savent ceux qui s’intéressent aux apprentissages du corps, traversé par des émotions contradictoires qu’il me faut apprendre à maîtriser par ma respiration. Comme tous mes camarades, j’attendrai d’être agglutiné à la cantine pour respirer en ingérant. De retour dans ma chambre, ma tête sera lourde, mais au moins aurai-je respecté les protocoles. Sinon pour moi, du moins pour les autres. Lire la suite…

Philippe Descola, Amazonie & Coronavirus, 2019

26 avril 2021 Laisser un commentaire

En Amazonie, c’est d’abord le milieu de vie des Amérindiens qui est détruit

 

Dans cet entretien, l’anthropologue rappelle que dans la forêt amazonienne cohabitent près de 600 ethnies. Il propose d’en faire une personnalité juridique de façon à mieux protéger ce trésor de biodiversité.

 

Anthropologue, spécialiste des Jivaro achuar, en Amazonie équatorienne (Les Lances du crépuscule, Plon, 1993), Philippe Descola est professeur au Collège de France et titulaire de la chaire d’anthropologie de la nature, succédant à Françoise Héritier. Disciple de Claude Lévi-Strauss, médaille d’or du CNRS (en 2012) pour l’ensemble de ses travaux, Philippe Descola développe une anthropologie comparative des rapports entre humains et non-humains qui a révolutionné à la fois le paysage des sciences humaines et la réflexion sur les enjeux écologiques de notre temps (Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005). Alors que les feux de forêt ont augmenté de 84 % depuis le début de l’année en Amazonie et sont l’enjeu d’une crise internationale, Philippe Descola explique comment il serait possible, pour les préserver, de conférer une personnalité juridique à des milieux de vie tels que celui de la forêt amazonienne. Lire la suite…

Laura Raim, Contre la résilience, 2020

4 avril 2021 Laisser un commentaire

La mise en avant de la « résilience », nom donné à l’opération militaire anti-Covid de Macron, est symptomatique d’une idéologie qui compte sur les individus pour surmonter les catastrophes engendrées par un système qu’on ne veut pas remettre en cause. Généalogie d’un concept fort utile pour ceux qui ne veulent rien vraiment changer.

 

On ne sait pas encore très bien comment la mobilisation de deux navires de guerre contribuera à faire face à l’épidémie de Covid-19, mais peu importe. Le nom de l’opération militaire, « Résilience », qu’Emmanuel Macron a annoncée le 25 mars 2020 en dit d’ores et déjà long sur sa politique. Après « développement durable », « résilience » est devenu depuis une dizaine d’années le nouveau terme à la mode, à saupoudrer sur les politiques publiques de toutes natures. Que ce soit face au terrorisme, au dérèglement climatique, aux catastrophes naturelles, aux crises financières ou aux épidémies, il ne s’agit plus de nier que le désastre guette, ni qu’il est déjà là pour certains, mais d’enjoindre les individus et les communautés politiques à renforcer leur « résilience » pour y survivre. Lire la suite…

Jacques Chastaing, Inde, Asie du Sud, paysans, ouvriers, femmes : en avant !, 2021

25 mars 2021 Laisser un commentaire

En Inde, la lame de fond du mouvement paysan s’est d’abord centralisée contre le pouvoir de Modi à Delhi, et a franchi l’étape dangereuse du 26 janvier en se redéployant et en s’approfondissant dans toute l’Inde du Nord au moins, et au-delà. La contribution de Jacques Chastaing de fin février, publiée dans Anticapitalisme et Révolution puis sur notre site et qui a nourri la discussion de la visioconférence internationale du 28 février 2021, à laquelle nous avons eu l’honneur et la joie de rencontrer Nodeep Kaur récemment libérée, permet de distinguer trois étapes dans la montée du mouvement, conduisant au moment actuel :

– la coordination de centaines de groupements paysans, AIKSCC (Coordination de Tous les Paysans en Lutte de l’Inde), impose une grève générale d’un jour aux directions syndicales de salariés, le 26 novembre 2020, et renouvelle ce succès le 8 décembre,

– le SKM (Front Uni Paysan), qui regroupe une partie « en pointe » de l’AIKSCC, appelle à marcher sur Delhi, créant l’évènement permanent qu’est le campement de centaines de milliers de paysans aux portes de la capitale : une place Tahir, un Maïdan, un Occupy Wall Street, une place Taksim, mais en plusieurs exemplaires et non au centre de la capitale, mais tout autour. La phase ainsi ouverte aboutit à la marche du 26 janvier.

– le pouvoir l’a autorisée tout en lui opposant des provocations pour discréditer et lancer la répression. Le flottement dangereux qui se produit alors est surmonté notamment par l’action de Rakesh Tikait, qui organise la résistance, prenant alors la forme de l’affrontement direct avec les bandes du BJP et du RSS (le BJP est le parti ethno-nationaliste-religieux au pouvoir, le RSS sont ses milices, de nature fasciste), et appelle à un, puis plusieurs, Mahapanchayats, assemblées organisées de dizaines voire de centaines de milliers de paysans, structurés en villages (Panchayats) et ouvertes aux ouvriers, aux étudiants, aux Dalits et aux femmes. Lire la suite…

Radio: Jacques Chastaing, Le soulèvement paysan en Inde n°2, 2021

25 mars 2021 Laisser un commentaire

Ce qui se passe en Inde est déterminant pour le monde

L’Inde est certainement parmi les grands pays de la planète, celui qui concentre le pire du capitalisme et du féodalisme. C’est aussi en conséquence un pays en ébullition permanente et aux millions de révoltes.

De plus, avec 28 États et 8 territoires, près de 1 400 millions d’habitants (trois fois l’Union Européenne) et ses 27 États, autant que la Chine, mais avec une démographique galopante, l’Inde est le pays à la population la plus nombreuse de la planète. Presque un habitant du globe sur 6 habite en Inde. L’agglomération de Delhi a presque autant d’habitants que l’Espagne.

Le soulèvement paysan actuel qui dure depuis presque 3 mois dans le cadre d’un mouvement plus large de 15 mois est un laboratoire vivant du processus révolutionnaire en cours dans le monde.

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Radio : Jacques Chastaing, Le soulèvement paysan en Inde n°1, 2021

27 février 2021 Laisser un commentaire

Le premier ministre, Narendra Modi (et grand ami d’un certain Emmanuel Macron), péniblement élu à la tête d’une coalition conservatrice en 2014, cristallise toutes les colères. Depuis sa prise de fonctions, il a accentué la destruction de la protection étatique qui entourait les paysans, voie ouverte par la gauche dans les années 1990. Il a exacerbé les conflits entre les communautés religieuses. Sa politique réactionnaire contre la condition des femmes a également suscité des mouvements de contestation.

Tout s’arrête le 24 mars à cause du Covid. Modi, dans la sidération générale, décide de privatiser tout, de la défense aux écoles, en passant par la santé et les transports. Avec un temps de retard, les grèves s’étendent dans le pays, métier par métier, province par province, sans trouver de réponse. Les femmes et les paysans imposent aux directions syndicales un appel à la grève générale le 26 novembre 2020 qui mobilisera 250 millions d’Indiens. C’est la grève générale la plus massive de toute l’histoire ! Et c’est de là que tout est parti. Lire la suite…

Mathieu Quet, Le pangolin pris au piège de la marchandisation de la nature, 2020

13 février 2021 Laisser un commentaire

La consommation et le trafic du pangolin sont aujourd’hui montrés du doigt parmi les causes probables de la pandémie. Au-delà des pratiques et croyances liées à sa consommation locale, c’est plus généralement la marchandisation de la nature et la globalisation des marchés qu’il faut reconsidérer.

 

Pas loin de 35 ans après les excuses que lui avait présentées Pierre Desproges pour avoir dit de lui qu’il ressemblait à un artichaut à l’envers, le pangolin s’est trouvé une nouvelle fois sous le feu des projecteurs au début du mois de février. Le 7 de ce mois, l’équipe de recherche de Shen Yongyi et Xiao Lihua (South China Agricultural University, Guangzhou) a émis l’hypothèse que l’animal avait pu jouer le rôle d’hôte intermédiaire du coronavirus entre la chauve-souris et l’humain. Quelques semaines plus tard, rien ne permet encore de confirmer cette hypothèse. Le coronavirus identifié chez le pangolin partage environ 90 % de son ADN avec le virus transmis par les humains, une similarité insuffisante pour lier les deux. À titre de comparaison, le génome du SRAS était identique à 99,8 % au coronavirus présent chez la civette masquée. Mais si le débat scientifique n’est pas tranché, il a au moins rappelé la dimension zoonotique de l’épidémie de covid-19, de même qu’il a ramené dans les discussions la question des relations entre humains et non-humains dans une société industrielle mondialisée. Ainsi que les nombreuses interventions à ce sujet en témoignent, les différentes options de régulation ne sont pas politiquement neutres, de l’interdiction pure et simple qui s’appuie plutôt sur des considérations sanitaires à l’autorisation, notamment des marchés, basée sur des considérations sociales, économiques et culturelles. De ce point de vue, il est devenu urgent de reposer la question : s’agit-il seulement de bannir la consommation et l’utilisation médicale d’animaux sauvages menacés ? Ou n’est-il pas aussi urgent de s’attaquer aux conséquences néfastes de la marchandisation de la nature et de la globalisation des marchés ? La situation actuelle du pangolin, animal menacé, soumis à des usages multiples et objet d’un commerce transnational, montre à quel point l’industrialisation de la consommation et l’expansion internationale des marchés sont de plus en plus incompatibles avec le maintien de notre existence. Lire la suite…

Richard Horton, Le COVID-19 n’est pas une pandémie, 2020

9 février 2021 Laisser un commentaire

Alors que le monde approche le million de décès dus au COVID-19, nous devons nous rendre compte que nous avons adopté une approche beaucoup trop étroite pour gérer cette épidémie due a un nouveau coronavirus. Nous avons considéré que la cause de cette crise était une maladie infectieuse. Toutes nos interventions se sont focalisées sur la réduction des lignes de transmission virale, en vue de contrôler la propagation de l’agent pathogène. La « science » qui a guidé les gouvernements a été principalement conduite par des modélisateurs en épidémiologie et des spécialistes de maladies infectieuses qui, de manière tout à fait compréhensible, ont envisagé l’urgence sanitaire actuelle dans les termes séculaires de la peste. Mais ce que nous avons appris jusqu’à présent nous indique que l’histoire de COVID-19 n’est pas si simple. Lire la suite…

Richard Horton, COVID-19 is not a pandemic, 2020

9 février 2021 Laisser un commentaire

As the world approaches 1 million deaths from COVID-19, we must confront the fact that we are taking a far too narrow approach to managing this outbreak of a new coronavirus. We have viewed the cause of this crisis as an infectious disease. All of our interventions have focused on cutting lines of viral transmission, thereby controlling the spread of the pathogen. The “science” that has guided governments has been driven mostly by epidemic modellers and infectious disease specialists, who understandably frame the present health emergency in centuries-old terms of plague. But what we have learned so far tells us that the story of COVID-19 is not so simple. Lire la suite…

Pilmis & Castel, Le virus des biais, 2020

3 octobre 2020 Laisser un commentaire

Peut-on vraiment prendre au sérieux ces approches comportementalistes. Réponse aussi solide qu’argumentée de deux sociologues à travers l’analyse d’une vidéo à succès publiée sur YouTube par Olivier Sibony, professeur associé à HEC, et titrée « Biais cognitifs et crise du Covid-19 ».

Depuis sa parution sur Youtube le 7 avril 2020, la vidéo d’un séminaire en ligne d’Olivier Sibony, professeur associé à HEC, est devenue « virale » (s’agissant de la captation d’un séminaire académique d’une durée d’une heure), jusqu’à être vue près de 275 000 fois deux mois après sa mise en ligne. L’auteur a par ailleurs développé des arguments similaires dans la presse écrite (tribune dans le journal Le Monde du 25 avril 2020) ou en ligne (conférence diffusée sur la page Facebook de Boma France en partenariat avec l’édition française du Huffington Post et une série d’articles sur LinkedIn). Lire la suite…