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Archive for the ‘Actualité’ Category

Joëlle Zask, La communication virtuelle : le nouvel opium du peuple ?, 2020

9 juillet 2020 Laisser un commentaire

Il ne s’agit pas de mégoter sur les services réels que rendent les échanges à distance mais fonder un projet de société sur des relations virtuelles par l’intermédiaire de l’internet, c’est détruire la société. Analogue à la cité construite dans les airs dont se moquait Aristophane dans Les Oiseaux, celle que nous construisons dans les « nuages » est une anti-société. Les relations en face-à-face, dont l’importance est de fait relativisée, sont absolument essentielles. Il faut y revenir. Lire la suite…

Enzo Traverso, Les déboulonneurs de statues n’effacent pas l’histoire, 2020

2 juillet 2020 Laisser un commentaire

ils nous la font voir plus clairement

 

Dans le sillage du mouvement global contre le racisme et les violences policières né en réaction au meurtre de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis, de nombreuses statues symbolisant l’héritage de l’esclavage et de la colonisation ont été prises pour cible un peu partout dans le monde.

Dans cet article, traduit du site Jacobin, Enzo Traverso soutient que la vague iconoclaste à laquelle nous assistons, loin de nier le passé, est au contraire porteuse d’une « nouvelle conscience historique » qui vise à libérer le passé du contrôle des oppresseurs.

 

L’anti-racisme est une bataille pour la mémoire. C’est l’une des caractéristiques les plus remarquables de la vague de protestations qui a déferlé sur le monde après l’assassinat de George Floyd à Minneapolis. Partout, les mouvements antiracistes ont remis le passé en question en ciblant des monuments qui symbolisent l’héritage de l’esclavage et du colonialisme : le général confédéré Robert E. Lee en Virginie ; Theodore Roosevelt à New York ; Christophe Colomb dans de nombreuses villes américaines ; le roi belge Léopold II à Bruxelles ; le marchand d’esclaves Edward Colston à Bristol ; Jean-Baptiste Colbert, ministre des finances de Louis XIV et auteur du tristement célèbre Code noir en France ; le père du journalisme italien moderne et ancien propagandiste du colonialisme fasciste, Indro Montanelli, etc.

Qu’elles soient renversées, détruites, repeintes ou tagées, ces statues incarnent une nouvelle dimension de la lutte : le lien entre droits et mémoire. Elles soulignent le contraste entre le statut des noirs et des sujets postcoloniaux en tant que minorités stigmatisées et brutalisées, et la place symbolique accordée dans l’espace public à leurs oppresseurs – un espace qui constitue également l’environnement urbain de notre vie quotidienne. Lire la suite…

Enzo Traverso, Tearing Down Statues Doesn’t Erase History, 2020

2 juillet 2020 Laisser un commentaire

It Makes Us See It More Clearly

 

The protesters tearing down monuments to slaveholders and perpetrators of genocide are often accused of “erasing the past.” But their actions are bringing closer scrutiny on the figures these monuments celebrate — allowing history to be retold from the viewpoint of their victims.

 

Anti-racism is a battle for memory. This is one of the most remarkable features of the wave of protests that has arisen worldwide after the killing of George Floyd in Minneapolis. Everywhere, anti-racist movements have put the past into question by targeting monuments that symbolize the legacy of slavery and colonialism: the Confederate general Robert E. Lee in Virginia; Theodore Roosevelt in New York City; Christopher Columbus in many US cities; the Belgian king Leopold II in Brussels; the slave trader Edward Colston in Bristol; Jean-Baptiste Colbert, Finance Minister for Louis XIV and author of the infamous Code Noir in France; the father of modern Italian journalism and former propagandist for fascist colonialism, Indro Montanelli, and so on.

Whether they are toppled, destroyed, painted, or graffitied, these statues epitomize a new dimension of struggle: the connection between rights and memory. They highlight the contrast between the status of blacks and postcolonial subjects as stigmatized and brutalized minorities, and the symbolic place given in the public space to their oppressors — a space which also makes up the urban environment of our everyday lives.
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Atecopol, Lettre aux salarié.e.s de l’aéronautique toulousaine, 2020

Nous faisons partie de l’Atécopol [1], un collectif de plus d’une centaine de scientifiques de la région toulousaine, de multiples disciplines et de presque tous les établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Comme beaucoup de Toulousaines et Toulousains, nous nous interrogeons sur l’avenir de l’industrie aéronautique, et nous souhaiterions partager quelques réflexions avec vous, salarié.e.s de ce secteur stratégique.

La crise du covid-19 provoque un ébranlement immense et touche de plein fouet votre domaine d’activité. Aujourd’hui drastiquement réduit, le trafic aérien pourrait être affecté pour longtemps par le ralentissement du commerce et du tourisme à longue distance, ou par des restrictions réglementaires face aux risques pandémiques présents et futurs. Rebondira-t-il ou pas, et à quelle échéance, personne ne peut encore le dire. Dans ce contexte d’extrême incertitude, et sans doute de rupture, nous souhaitons souligner par ce courrier combien cette crise peut être l’occasion d’affronter également et conjointement les enjeux écologiques cruciaux auxquels fait face le monde tributaire de l’aviation. Lire la suite…

Collectif, Covid-19 et les circuits du capital, 2020

Résumé

Dans cet article du Monthly Review publié à la fin du mois de mars 2020, les auteurs proposent une analyse de la pandémie avec les outils d’une géographie marxiste nourrie des apports de la political ecology. Une géographie absolue, mâtinée de culturalisme, accuse certaines zones, certains groupes, certaines pratiques (la consommation de viande de brousse ou d’animaux sauvage…) d’être à l’origine des pandémies. Une géographie relationnelle doit lui succéder. Celle-ci constate que ce qui transforme des circulations locales et bénignes de virus en pandémie menaçant en quelques semaines des milliards de personnes, ce sont les circuits globaux du capital. En suivant ceux-ci, on constate notamment que la maire adjointe de New York a précédemment travaillé chez JP Morgan. Or, cette entité financière a ces dernières années investi dans l’entreprise Smithfield, leader mondial de la production industrielle de porcs, et dans d’autres mégafermes près de Wuhan, cette concentration chassant de petits éleveurs de la filière porcs et les conduisant à partir plus loin grossir le nombre (20 000) des fermes d’élevage d’animaux sauvages en Chine. Si l’on prend en compte cette géographie relationnelle, la pandémie est-elle partie de New York ou de Wuhan ?

Dans les circuits globaux du capital, le terreau de l’apparition répétée et la diffusion massive de virus pathogènes, révélé par l’analyse systémique et relationnelle de l’écologie politique du capitalisme contemporain, est la radicalisation de ce qu’Anna Tsing a nommé le plantationocène : un mode d’habiter la Terre qui enrégimente les vivants en populations homogènes, dont la production (dans des espaces de monoculture et en cycle court) est séparée de la reproduction. C’est l’aliénation des vivants standardisés et coupés de leurs attachements écologiques complexes, sains, et privés de leur diversité. Dès lors, « une intervention réussie pour empêcher l’un des nombreux agents pathogènes, qui font la queue au bout du circuit agro-économique, de tuer un milliard de gens, implique nécessairement d’entrer en conflit global avec le capital et ses représentants locaux » et d’en finir avec cette mise au travail et cette aliénation généralisée des vivants. Lire la suite…

Écran Total, Des lits, pas des applis!, 2020

28 avril 2020 Laisser un commentaire

Les services de réanimation des hôpitaux sont actuellement surchargés, pour plusieurs raisons : parce que les malades atteints le plus gravement par le Covid-19 nécessitent un séjour très long, trois semaines, parfois un mois ; parce que le nombre de lits d’hôpital et de personnel est en constante diminution depuis des décennies, et enfin parce que la politique de prévention est presque inexistante (elle se limite au confinement, faute de mieux – et de tests).

Malgré tout, l’hôpital a « tenu ». Pourquoi ? Un peu grâce au confinement, un peu parce qu’on a réorienté certains malades depuis les régions les plus touchées par le coronavirus vers celles qui l’étaient moins, beaucoup grâce à l’abnégation du personnel, et aussi, et peut-être surtout, parce que la technocratie a, contrainte et forcée par la situation, desserré sa contrainte sur l’organisation du travail à l’hôpital et laissé un peu de marge de manœuvre aux soignants. Lire la suite…

Écran Total, Ne laissons pas s’installer le monde sans contact, 2020

27 avril 2020 Laisser un commentaire

Appel au boycott de l’application Stop-COVID19

 

Ne nous y trompons pas, la distance sociale a commencé il y a des années.

Du point de vue sanitaire, l’épidémie de COVID-19 mettra du temps à livrer tous ses mystères. Le brouillard qui entoure l’origine de la maladie, sa diffusion et sa létalité ne pourra se dissiper que lorsqu’elle cessera de frapper dans autant de pays à la fois. A ce jour, personne n’a l’air de savoir quand une telle accalmie se produira. D’ici là, pour continuer de vivre, nous ne devons ni sous-estimer, ni surestimer cette épidémie en tant que telle.

Par contre, ce que nous sentons très clairement, c’est que la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il paraît en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement. Lire la suite…

Jérôme Baschet, Le XXIe siècle commence maintenant, 2020

20 avril 2020 Laisser un commentaire

Qu’est-ce qu’il nous arrive ?

Beaucoup de questions et quelques perspectives par temps de coronavirus

 

Il n’est sans doute pas faux de dire que le Covid-19 est une maladie du Capitalocène et qu’il nous fait entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. Pour la première fois sans doute, il nous fait éprouver de façon tangible la véritable ampleur des catastrophes globales des temps à venir 1.

 

Le monde sera collaboratif et non compétitif ou ne sera pas

Mais encore faut-il tenter de comprendre plus précisément ce qu’il nous arrive, en ce qui concerne tant l’épidémie provoquée par le SARS-CoV-2 que les politiques sanitaires adoptées pour l’endiguer, au prix d’une stupéfiante paralysie de l’économie ; car on ne peut, sans ces préalables, espérer identifier les opportunités qui pourraient s’ouvrir dans ces circonstances largement inédites. La démarche n’a cependant rien d’assurée. Pris dans le tourbillon d’informations chaque jour plus surprenantes ou déconcertantes que suscite l’événement, on titube. On n’en croit parfois ni ses yeux ni ses oreilles, ni nul autre de ses sens. Mieux vaut admettre que bien des certitudes vacillent. Bien des hypothèses aussi. Mais il faut bien commencer à tenter quelque chose, provisoirement et partiellement, en attendant que des élaborations collectives mieux assurées ne prennent le relais. Lire la suite…

Un postier répond au lynchage médiatique, 2020

14 avril 2020 6 commentaires

Depuis le début de la crise, les postiers subissent un lynchage médiatique, accusés de ne pas assez se sacrifier pour l’effort de « guerre ». Lettre d’un non-héros du quotidien, postier grenoblois à la presse.

Je suis postier en CDI, et je continue de bosser pendant le confinement. Le 28 mars dernier, Le Daubé (surnom du quotidien régional Le Dauphiné Libéré) a publié un grand article, pour une fois non signé et énervé, intitulé « Quand La Poste vous prive de votre journal  ». Et tous les journaux se sont passé le mot criant à une « rupture de service public préjudiciable à l’information et aux entreprises » et critiquant le choix de la direction de La Poste de ne distribuer le courrier pendant le confinement plus que trois jours par semaine, les mercredis, jeudis et vendredis. Pour rajouter au drame les journaux interrogeaient des retraités émus de ne plus pouvoir lire leur journal le matin. Puis la télévision a emboîté le pas, même TF1 était outrée par les fermetures de nombreux bureaux de Poste et les pauvres retraités qui ne peuvent plus retirer leurs économies.

Et puis la déferlante médiatique s’est transformée en lynchage en règle contre les postiers. Tandis que les infirmières et les caissières étaient des héroïnes, nous, les postiers, on était des salauds, des déserteurs et en plus la fente des boites aux lettres est trop petite pour mettre les grosses enveloppes. Alors tout ça m’a mis en colère. Lire la suite…

Il n’y a pas de «continuité pédagogique»: éteignez les tablettes!, 2020

11 avril 2020 5 commentaires

Confinement oblige, l’Éducation nationale invite à la « continuité pédagogique », possible grâce au numérique. Or, selon les auteurs de cette tribune, « la pédagogie virtuelle n’existe pas », et « seuls les élèves éveillés, enfermés avec des parents désœuvrés au fort niveau d’études vont bénéficier d’une pédagogie efficace : l’instruction en famille ».

 

Alors que le pays se claquemure et bascule dans la vie virtuelle, l’Éducation nationale invite à la « continuité pédagogique ». En clair, comme dans tous les secteurs, accélération de la numérisation : plateformes, tablettes, webcams, classe virtuelle, espaces numériques de travail, WhatsApp, Pearltrees, etc.

Cela dans un contexte où vont simultanément augmenter l’isolement et la promiscuité, où ont toutes les chances de se multiplier incompréhensions, conflits, angoisses et dépressions. Lire la suite…