José Ardillo, Anarchisme et science, 2010

La philosophie anarchiste a dès l’origine littéralement vénéré la science – aucun doute n’est possible à cet égard. Et pourtant, il ne faut pas oublier que Bakounine lui-même fut un des premiers à attirer l’attention sur les dangers encourus à partir du moment où l’on place une confiance aveugle dans le pouvoir de la science et des scientifiques. Soulignant le risque d’attribuer un trop grand pouvoir à certains groupes d’experts au détriment des capacités de jugement de la majorité des gens, il entrevoyait déjà à son époque comment la science pouvait faire alliance avec les ennemis du peuple en vue de le soumettre toujours plus. Lire la suite »

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José Ardillo, La respuesta del anarquismo a la ciencia, 2010

Resulta un lugar común señalar la veneración que desde sus inicios sintió la filosofía anarquista por la Ciencia. Sin embargo, conviene no olvidar que fue el mismo Bakunin uno de los primeros en alertarnos sobre los peligros que podríamos correr al abandonarnos confiadamente al poder de la ciencia y los científicos.
Supo vislumbrar Bakunin el peligro que había en conceder demasiado poder a unos determinados grupos de expertos en detrimento de la capacidad de juicio de las mayorías, anunciando, ya en sus inicios, como la ciencia podía aliarse con los enemigos del pueblo para someter a éste a un mandato más férreo. Pero además, para Bakunin la ciencia tiranizaba la misma realidad, con sus conceptos disecados, aplastando la vitalidad del espíritu humano y su espontaneidad creadora. Lire la suite »

Nicolas Bonanni, A propos du Manifeste conspirationniste, 2022

Note de lecture

Le Manifeste conspirationniste, publié anonymement (éditions du Seuil, janvier 2022), reprend certaines caractéristiques et thématiques des livres du Comité invisible (L’insurrection qui vient, A nos amis, Maintenant, et réputé proche de Tiqqun et l’Appel). Entres autres, même verve et même propension assumée à poser des propos clivants et péremptoires – un ton qu’on pourra à bon droit trouver pédant et surplombant, mais auquel il faut reconnaitre un certain style. Le jour de la publication du livre, le Comité invisible publie ce message sur Twitter : « Les livres du Comité invisible sont signés Comité invisible ». Dont acte. Reste que le Manifeste (peut-être écrit par d’anciens membres du Comité invisible) reprend une partie du raisonnement où l’avaient laissé les livres de ce dernier, c’est à dire une réflexion sur le Pouvoir et sur les forces qui s’opposent à lui.

Sur la question du Pouvoir, on sent une inflexion vers les thèmes techno-critiques, d’une façon intéressante qui prolonge certains passages d’A nos amis. Ce qui conditionnerait notre obéissance ce seraient les infrastructures logistiques, technologiques, dans lesquelles nous sommes pris, ainsi que des technologies d’ingénierie sociale (donc de manipulation). D’où le titre du livre : en effet ce livre prête des intentions au Pouvoir, cherche à qui profite le crime, parfois de manière outrancière (on y reviendra). Prolongement aussi sur la réflexion sur la cybernétique, sur le « libéralisme existentiel », sur la mentalité « démocratique »… Lire la suite »

Chris Mowry, Le vaccin contre le changement climatique ?, 2021

Dans un article à la gloire de la fusion nucléaire publié dans le magazine scientifique Pour la Science n°534 d’avril 2022 [1], on peut en conclusion lire ceci :

Non seulement l’industrie privée de la fusion s’appuie sur des années d’investissements publics dans des projets tels qu’ITER [réacteur expérimental en construction en Provence ; coût 44 milliards d’euros], mais elle bénéficie également de l’intérêt des gouvernements – c’est pourquoi le gouvernement britannique et le ministère américain de l’Énergie investissent également dans des entreprises comme Tokamak Energy, Commonwealth Fusion Systems et General Fusion. Chris Mowry [directeur général de General Fusion] pense que ces partenariats entre public et privé sont la voie à suivre – comme ils l’ont été pour les vaccins contre le Covid-19. Et, comme les vaccins, la fusion sera nécessaire dans le monde entier, d’autant plus que la consommation d’énergie va augmenter dans les pays à faible revenu. La mise au point des vaccins contre le Covid-19 a montré «ce que l’on peut réaliser si l’on dispose des ressources nécessaires, déclare Melanie Windridge [physicienne et communicatrice scientifique des plasmas britannique]. Si nous avions ce genre de mobilisation dans le domaine de l’énergie, ce qu’on pourrait réaliser serait incroyable ». Le monde a désespérément besoin de davantage de sources d’énergie propres et décarbonées. « C’est un défi existentiel, déclare Chris Mowry. La fusion est le vaccin contre le changement climatique. »

Traduit en bon français, cela veut dire que selon ses promoteurs la fusion nucléaire nous protègera (peut-être) des formes graves du changement climatique, mais n’empêchera pas la circulation du virus du capitalisme industriel dont la voracité énergétique est, entre autres dégradations, à l’origine du changement climatique. Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, La « transition énergétique », de l’utopie atomique au déni climatique, 2022

USA, 1945-1980

Résumé

Le climato-scepticisme et les stratégies de production d’ignorance des compagnies pétrolières ont déjà fait l’objet d’importants travaux. Cet article contribue à cette question mais en décalant le regard. Il s’intéresse moins au climatoscepticisme qu’à une forme plus subtile, plus acceptable et donc beaucoup plus générale de déni du problème climatique : la futurologie de « la transition énergétique », au sein de laquelle l’histoire, un certain type d’histoire de l’énergie, a joué un rôle fondamental. La force de conviction de la transition tient de son caractère ambigu, ambidextre, à cheval entre histoire et prospective, dans cette manière de projeter un passé imaginaire pour annoncer un futur qui pourrait l’être tout autant. Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une histoire des symbioses énergétiques et matérielles, 2021

Avec l’urgence climatique, l’expression « transition énergétique » a acquis un tel prestige que les historiens en sont venus à l’employer pour décrire toutes sortes de processus, y compris ceux qui furent, à rigoureusement parler, des additions énergétiques. Le problème de la « transition énergétique » est qu’elle projette un passé qui n’existe pas sur un futur pour le moins fantomatique. Cet article propose une nouvelle façon d’aborder l’histoire de l’énergie en tant que dynamique d’accumulation symbiotique.

 

Ces dernières années ont vu paraître de nombreux ouvrages portant sur l’histoire de l’énergie. On peut se réjouir de ce renouveau d’intérêt, on peut aussi regretter que ces ouvrages se soient placés sous la bannière de la « transition ». Avec l’urgence climatique, ce mot a acquis un tel prestige, une telle centralité, que les historiens en sont venus à l’employer pour décrire toutes sortes de processus, y compris ceux qui furent, à rigoureusement parler, des additions énergétiques [1].

La révolution industrielle est ainsi présentée comme une « transition » du bois vers le charbon, comme le passage d’une « économie organique » à une « économie minérale ». On peut lire dans un ouvrage de référence récent que le pétrole et l’électricité au XXe siècle furent des « transitions énergétiques » – alors que l’électricité accroît la consommation de houille et que le pétrole ne la réduit pas forcément [2]. La vision « phasiste » du monde matériel est si profondément ancrée que des historiens opposent un XIXe siècle du charbon à un XXe siècle du pétrole – et en tirent des conclusions hasardeuses sur l’histoire et la nature du pouvoir [3]. La prodigieuse lenteur de l’actuelle « transition énergétique » n’a pas non plus annulé les présomptions sur celles qui sont supposées avoir eu lieu par le passé [4]. Lire la suite »

Sébastien Dutreuil, L’hypothèse Gaïa : pourquoi s’y intéresser ?, 2012

même si l’on pense que la Terre n’est pas un organisme

Résumé

L’hypothèse Gaïa est généralement présentée comme une analogie vague entre la Terre et un organisme. On s’empresse de la discréditer en faisant remarquer qu’elle est partie liée aux mouvements New Age et en rappelant la critique théorique de Dawkins (1982) qui montre que la Terre, ne se reproduisant pas et ne pouvant dès lors être soumise au processus de sélection naturelle, ne peut être comparée à un organisme. Une clarification de l’explanandum me permet de montrer que l’analogie ne joue qu’un rôle limité (heuristique et non théorique) et que la critique de Dawkins n’atteint qu’une des trois questions que soulève l’hypothèse Gaïa. Je mentionne ensuite les avancées théoriques et empiriques qui ont eu lieu depuis 1982 puis m’attache à montrer la nécessité qu’il y aurait à ce que la philosophie de la biologie s’intéresse en détail à certaines questions posées par cette hypothèse, aussi bien que les bénéfices que la philosophie de la biologie pourrait retirer de cet exercice. Lire la suite »

Radio: Barbara Stiegler, L’idéologie du libéralisme autoritaire, 2020

Barbara Stiegler, professeure de philosophie politique à l’université Bordeaux-Montaigne, analyse comment les cabinets de conseil comme McKinsey ou la BVA Nudge Unit, se basant sur les sciences comportementales ont inspiré la gestion de l’épidémie de Covid-19 ces dernières années. Et plus généralement comment l’idéologie des biais cognitifs et des « nudges » constituent des éléments pseudo-scientifiques servant à justifier la forme autoritaire que prend le libéralisme aujourd’hui.

Conférence tenue dans le cadre de la Fabrique du citoyen le 7 avril 2022, animée par Manon Delobel.

SOMMAIRE DES QUESTIONS :

03:26 Qu’entendez-vous par l’idéologie des biais cognitifs ?
16:58 Que deviens la démocratie face à un discours qui dévalorise es capacités de jugement politique des populations ?
22:20 Y a-t-il des bons et des mauvais usages des biais cognitifs ? Que sont les « nudges » ?
41:49 Gérald Bronner, la commission « les lumières à l’ère numérique » et réseaux sociaux
51:48 Fin

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°77,
diffusée sur Radio Zinzine en juillet 2022. Lire la suite »

Nicolas Bonanni, Que défaire ?, 2022

Nicolas Bonanni a publié un petit ouvrage intitulé Que défaire ? pour retrouver des perspectives révolutionnaires aux éditions Le Monde à l’envers en mars 2022 (100 pages, 6 euros). Voici quelques extraits de l’introduction.

Nous sommes nombreux et nombreuses à fréquenter les manifs rituelles «salaires, retraites, pouvoir d’achat» qui rythment la vie militante, pour empêcher le gouvernement de détricoter le système de retraites ou le droit du travail. On se retrouve aussi dans les manifs contre l’extrême droite, pour le droit au logement, dans les AG à la Bourse du travail, les rassemblements pour les droits des sans-papiers, les manifs à vélo en soutien à Notre-Dame-des-Landes, la défense des services publics, etc. L’étiquette qui réunit toutes ces luttes, qui nous réunit: l’anticapitalisme. On conteste le règne du capital sur le monde, on voudrait défaire le capitalisme, on voudrait établir d’autres rapports sociaux, plus égalitaires; ne pas laisser les profits et le «chacun pour soi» prendre toute la place. À la froide rationalité des actionnaires, nous préférons les valeurs de liberté, d’égalité, de dignité et de justice. […]

Mais on a surtout l’impression de limiter la casse. On a du mal à dessiner un espoir au milieu de la glaciation libérale : l’horizon semble bouché, et s’incarne par des duels Macron / Le Pen au deuxième tour. Nous nous sentons coincés entre les partisans du chacun pour soi et ceux du chacun chez soi. L’enfer. […] Lire la suite »

Jean-Marc Lévy-Leblond, Objecteur de science, 2018

Entretien

Jean-Marc Lévy-Leblond occupe une place singulière dans le paysage intellectuel français. Physicien de formation, professeur à l’université de Nice Sophia Antipolis, il s’est également pris au jeu de la philosophie et de l’histoire des sciences, s’est investi avec une énergie considérable dans l’édition et, au fil d’un parcours iconoclaste et éclectique, a proposé des réflexions stimulantes sur les rapports entre science et culture. À l’occasion d’un entretien qu’il nous a accordé à l’automne 2017, à Nice, nous avons souhaité l’interroger sur sa trajectoire intellectuelle, ses prises de position critiques sur l’état de la science ainsi que sur son important travail d’éditeur scientifique. Il en résulte des développements éclairants sur la « mise en culture » d’une « critique de science », pour reprendre des expressions qui lui sont chères [1]. Lire la suite »