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Posts Tagged ‘nucléaire’

Thierry Ribault, Contre la résilience, 2021

5 avril 2021 Laisser un commentaire

À Fukushima et ailleurs

deux interviews

 

La résilience entend nous préparer au pire sans jamais en élucider les causes

 

Alors que le projet de loi Climat et résilience est examiné à l’Assemblée nationale, le chercheur en sciences sociales Thierry Ribault se livre à une critique virulente de la « technologie du consentement » visant, selon lui, à rendre acceptable le désastre par tous.

 

Face à l’épidémie de Covid-19, au changement climatique ou au terrorisme, la société française est invitée à renforcer sa résilience. Dix ans après la catastrophe de Fukushima et l’adoption par le Japon d’un plan de « résilience nationale », l’Assemblée nationale examine le projet de loi Climat et résilience.

Chercheur en sciences sociales au CNRS, coauteur avec Nadine Ribault des Sanctuaires de l’abîme. Chronique du désastre de Fukushima (L’Encyclopédie des nuisances, 2012), Thierry Ribault vient de publier Contre la résilience. A Fukushima et ailleurs (éd. L’Echappée). Une critique radicale d’un concept qu’il décrit à la fois comme une idéologie de l’adaptation et une technologie du consentement qui vise à rendre acceptable le désastre en évitant de nous interroger sur ses causes. Lire la suite…

Sezin Topçu, Organiser l’irresponsabilité ?, 2014

19 mars 2021 Laisser un commentaire

La gestion (inter)nationale des dégâts d’un accident nucléaire comme régime discursif

 

Résumé

Cet article décortique le processus historique relatif à l’organisation internationale des responsabilités et à la gestion des dégâts en cas d’accident nucléaire. L’auteure montre que les dispositifs politico-juridiques sur lesquels se base le discours de « régime international de responsabilité civile », forgé depuis les années 1960, ont globalement visé, et visent encore, à maintenir un « fossé historique et spectaculaire » entre les dommages juridiquement pris en charge par les exploitants nucléaires et les dégâts réellement provoqués par l’accident nucléaire majeur. Elle argue qu’un tel « fossé » est constitutif même de l’industrie nucléaire, qu’il est une forme de gouvernement (des affaires économiques et de l’espace public) historiquement constituée, et que son maintien est une condition sine qua non de la survie même du secteur nucléaire. La notion de « responsabilité » dans le domaine nucléaire opère dans ce cadre avant tout en tant que régime discursif, en tant que moyen d’organiser autant de responsabilités que d’irresponsabilités, quelle que soit l’échelle géographique (nationale ou internationale) à laquelle elles se déploient. Lire la suite…

Sezin Topçu, Minimiser les impacts catastrophiques d’un accident nucléaire, 2019

10 mars 2021 Laisser un commentaire

« Il est possible de mener une vie normale » dans les zones contaminées par la radioactivité, assure le ministre japonais de la Reconstruction, huit ans après l’accident nucléaire majeur de Fukushima. Ce discours de « normalisation », qui vise à minimiser le risque nucléaire et les conséquences d’un accident n’est pas l’apanage des autorités japonaises : on le retrouve en France depuis le lancement du programme nucléaire ou en Biélorussie après Tchernobyl. Sezin Topçu, historienne et sociologue des sciences, décrypte cette stratégie de communication, qui accompagne des politiques exonérant les exploitants de centrales nucléaires de leurs responsabilités. Entretien. Lire la suite…

Thierry Ribault, Tchernobyl, les archives du malheur, 2020

24 janvier 2021 Laisser un commentaire

À propos du livre Manual for Survival – A Chernobyl guide to the future

 

Alors que la catastrophe de Tchernobyl a commencé il y a 34 ans, qu’un feu de forêt incontrôlé menace le confinement de ses anciennes installations et que le discours officiel sur le contrôle de la situation rappelle les plus belles heures de l’URSS, nous publions cette recension de l’important ouvrage de Kate Brown, Manual for Survival – A Chernobyl guide to the future par Thierry Ribault. Il s’agit ici de contribuer à « une meilleure compréhension des processus de production d’ignorance en situation de catastrophe industrielle et sanitaire ».

 

Au printemps 2019, Kate Brown, historienne et membre du programme de recherche Science, Technologie et Société du Massachusetts Institute of Technology (MIT), a fait paraître Manual for Survival – A Chernobyl guide to the future [1]. Si ce volumineux ouvrage de référence a déjà fait l’objet d’une édition espagnole, en France, en revanche, il reste non seulement non traduit, mais aussi privé de tout compte rendu dans les revues scientifiques ou les médias. Seule la page Wikipédia en français de l’auteur en rend brièvement compte, avec toutefois cette singularité surprenante : alors que la version anglaise de cette page mentionne l’ensemble des critiques suscitées par l’ouvrage, dont de nombreuses appréciations positives, les auteurs de la version française ont opéré un tri sélectif aboutissant à faire figurer exclusivement les critiques émanant de ses détracteurs. Lire la suite…

Groupe Grothendieck, Avis aux chercheurs, aux professeurs, aux ingénieurs, 2020

8 janvier 2021 2 commentaires

Dix thèses sur la technoscience

 

À l’apparence de calme élégiaque des universités et campus, où bourgeonne sur l’arbre de la connaissance les cerveaux de demain, correspond en réalité une machinerie infernale pompant nerfs, force de travail et ressources terrestres, avec rigueur et discipline, dans des laboratoires et des instituts où l’on transforme et désagrège plus que l’on étudie. Ces nouveaux temples, où les prêtres-experts propagent les mantras de la Vérité́ sous le nom de « connaissance scientifique », sont en liaison avec les autres arcanes du pouvoir que sont les militaires et les industriels et tout ceci forme la religion de notre époque. Cette religion, c’est la technoscience.
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Philippe Oberlé, La pandémie est nucléaire, 2020

22 novembre 2020 Laisser un commentaire

Dans un épisode de la série de vidéos « Il est temps » d’Arte (3 août 2020), Jean-Marc Jancovici, ingénieur français diplômé de l’École Polytechnique, fondateur et président de The Shift Project – « le think tank de la transition carbone » – et associé fondateur de Carbone 4 – « premier cabinet de conseil spécialisé sur la transition énergétique et l’adaptation au changement climatique » – n’ a pas peur de déclarer:

« Et gros, je vois le nucléaire comme un amortiseur de la décroissance, plus efficace que l’éolien ou le solaire. Et amortir la décroissance, quand on est dans un monde instable, c’est diminuer les risques, parce que sinon, la décroissance subie et rapide, ça se termine en barbarie. »

Cette déclaration est à classer parmi les nombreuses absurdités défendues avec vigueur par les nuisibles et autres parasites proches du pouvoir cherchant par tous les moyens à maintenir l’ordre socio-économique et technologique dominant, même au prix de la vie sur Terre. Lire la suite…

John von Neumann, Pourrons-nous survivre à la technologie ?, 1955

23 octobre 2019 Laisser un commentaire

En 1955, deux ans avant de crever d’un cancer des os, l’abominable scientifique John von Neumann (1903-1957), écrivit un article pour la revue Fortune, intitulé “Pourrons-nous survivre à la technologie ?”. C’était poser la question à l’un des pires ennemis de l’humanité que le Livre Noir de la Science ait connu, et l’un des mieux à même d’y répondre.

Son collègue Richard Feynman, précurseur des nanotechnologies, l’évoquait ainsi, à propos des beaux jours passés ensemble à Los Alamos alors qu’ils participaient au projet Manhattan, à la réalisation de la bombe atomique :

« Et puis, j’ai connu von Neumann, le célèbre mathématicien. […] Je dois à von Neumann d’avoir compris que nous n’avons pas à nous sentir responsables du monde dans lequel nous vivons. Depuis lors, je n’ai cessé de me sentir “socialement irresponsable”, et je me suis toujours bien porté. Cette irresponsabilité active qui est la mienne est née de ces conseils que von Neumann me donnait lors de nos promenades. »

Que John von Neumann, juif hongrois né Janos Lajos Neumann en 1903, naturalisé américain en 1937, ait combattu l’Allemagne nazie et l’Union soviétique sur le front militaro-scientifique, cela va de soi. Il fit ce que faisaient ses collègues, dans tous les camps ; quitte à en changer quand on ne leur donnait plus les moyens de leurs passionnantes recherches. Von Neumann y apporta cependant un génie démoniaque et une insouciance allègre, de l’ordre de l’instinct de mort tel que décrit par Freud dans Malaise dans la civilisation. Ce n’est pas rien que d’être considéré à la fois comme « le père » de la bombe H, de la « théorie des jeux », de l’architecture des ordinateurs et même, de la « singularité technologique ». C’est-à-dire de cette théorie du développement exponentiel des technologies et du dépassement de l’homme par les « machines intelligentes ». Lire la suite…

John von Neumann, Can We Survive Technology?, 1955

23 octobre 2019 Laisser un commentaire

For the kind of explosiveness that man will be able to contrive by 1980, the globe is dangerously small, its political units dangerously unstable.

 

« The great globe itself » is in a rapidly maturing crisis — a crisis attributable to the fact that the environment in which technological progress must occur has become both undersized and underorganized. To define the crisis with any accuracy, and to explore possibilities of dealing with it, we must not only look at relevant facts, but also engage in some speculation. The process will illuminate some potential technological developments of the next quarter-century.

In the first half of this century the accelerating industrial revolution encountered an absolute limitation — not on technological progress as such but on an essential safety factor. This safety factor, which had permitted the industrial revolution to roll on from the mid-eighteenth to the early twentieth century, was essentially a matter of geographical and political Lebensraum: an ever broader geographical scope for technological activities, combined with an ever broader political integration of the world. Within this expanding framework it was possible to accommodate the major tensions created by technological progress. Lire la suite…

Radio: Une autre histoire des « Trente Glorieuses », 2013

12 juin 2019 Laisser un commentaire

Comme était doux le temps des « Trente Glorieuses » ! La démocratisation de la voiture et de la viande ! L’électroménager libérant la femme ! La mécanisation agricole éradiquant la famine ! La Troisième Guerre mondiale évitée et la grandeur nationale restaurée grâce à la dissuasion nucléaire ! Etc. Telle est aujourd’hui la vision dominante de cette période d’« expansion », objet d’une profonde nostalgie passéiste… au risque de l’aveuglement sur les racines de la crise contemporaine.

À rebours d’une histoire consensuelle de la modernisation, cet ouvrage dévoile l’autre face, noire, du rouleau compresseur de la « modernité » et du « progrès », qui tout à la fois créa et rendit invisibles ses victimes : les irradié.e.s des essais nucléaires en Algérie et en Polynésie, les ouvrier.ère.s de l’amiante ou des mines d’uranium contaminé.e.s, les rivières irrémédiablement polluées, les cerveaux colonisés par les mots d’ordre de la « croissance » et de la publicité…

Les conséquences sociales et environnementales des prétendues « Trente Glorieuses », de leur mythologie savamment construite par les « modernisateurs » eux-mêmes, de leurs choix technico-économiques et de leurs modes de vie, se révèlent aujourd’hui très lourdes. Il nous faut donc réévaluer la période et faire resurgir la voix des vaincu.e.s et des critiques du « progrès » (de l’atome, des pollutions, du productivisme et du consumérisme) antérieures à 1968. L’enjeu est non seulement de démonter les stratégies qui permirent alors de les contourner, mais aussi de les réinscrire dans les combats politiques et écologiques contemporains. Lire la suite…

Mathieu Gaulène, Le nucléaire en Asie, 2016

Auteur de nombreux articles sur Fukushima et ses suites, la politique énergétique du Japon ou l’opposition au nucléaire, le journaliste Mathieu Gaulène vient de publier un livre intitulé Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? aux éditions Picquier. L’auteur dresse un bilan très documenté sur le nucléaire en Asie, cinq ans après la catastrophe. L’occasion pour le blog de Fukushima de lui poser quelques questions.

Question : Où étiez-vous en mars 2011 et qu’avez-vous ressenti lors du début de la catastrophe nucléaire ?

Mathieu Gaulène : En mars 2011, j’étais encore à Paris et je me préparais à aller vivre au Japon. Cet évènement m’a beaucoup choqué et dès les premières heures j’ai pensé au risque d’un accident nucléaire. J’avais en fait réalisé un mémoire sur le mouvement antinucléaire japonais en 2009, et durant mes recherches à Tokyo et Rokkasho-mura, où une usine de retraitement a été construite par la France, j’avais pu constater l’incurie de l’industrie nucléaire nippone, son arrogance alors même que de nombreux signaux d’alertes étaient déjà au rouge. Lire la suite…