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Archive for the ‘Recension d’ouvrages’ Category

Radio: Aude Vidal, Égologie, 2017

6 août 2019 Laisser un commentaire

Aude Vidal présente son livre Égologie, écologie, individualisme et course au bonheur (éd. Le Monde à l’envers, 2017) lors d’une soirée à librairie libertaire La Gryffe à Lyon en janvier 2018.

Développement personnel, habitats groupés, jardins partagés, etc., face au désastre capitaliste, l’écologie se présente comme une réponse globale et positive, un changement de rapport au monde appuyé par des gestes au quotidien.

Comme dans la fable du colibri, «chacun fait sa part». Mais en considérant la société comme un agrégat d’individus, et le changement social comme une somme de gestes individuels, cette vision de l’écologie ne succombe-t-elle pas à la logique libérale dominante, signant le triomphe de l’individualisme ?

Elle anime Mon Blog sur l’écologie politique.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°54, diffusée sur Radio Zinzine en août 2019.

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Matthieu Amiech, En attendant les robots?, 2019

9 juillet 2019 Laisser un commentaire

Pas besoin d’automatisation totale
pour que la technologie éclipse l’humain

 

L’ouvrage d’Antonio Casilli, En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic (éd. Seuil), suscite un concert de louanges dans les médias mainstream (libéraux-progressistes), depuis sa parution en janvier 2019. Cela peut paraître surprenant, si l’on considère qu’il propose une enquête assez sérieuse sur l’envers du décor d’Internet, la sombre réalité sociale qui permet le fonctionnement des plateformes numériques comme Youtube, Amazon Mechanical Turk, Deliveroo, Uber…

La thèse de Casilli peut ainsi à première vue sembler une défense de l’être humain face à l’hypothèse d’une robotisation et d’une déshumanisation totales de notre monde : il montre par maints exemples que les processus d’automatisation en cours induisent structurellement beaucoup de travail humain. Pas seulement celui d’ingénieurs et d’experts en intelligence artificielle, qui conçoivent ces processus, mas aussi énormément de travail subalterne – travail de tâcherons, comme aime à dire l’auteur. Donc, contrairement à ce que claironnent les communicants de la Silicon Valley, relayés par le chœur des médias, nous ne serions pas entrés dans une phase d’élimination massive du travail humain par les robots, car ces robots ont besoin de ce travail pour fonctionner. Lire la suite…

Radio: Une autre histoire des « Trente Glorieuses », 2013

12 juin 2019 Laisser un commentaire

Comme était doux le temps des « Trente Glorieuses » ! La démocratisation de la voiture et de la viande ! L’électroménager libérant la femme ! La mécanisation agricole éradiquant la famine ! La Troisième Guerre mondiale évitée et la grandeur nationale restaurée grâce à la dissuasion nucléaire ! Etc. Telle est aujourd’hui la vision dominante de cette période d’« expansion », objet d’une profonde nostalgie passéiste… au risque de l’aveuglement sur les racines de la crise contemporaine.

À rebours d’une histoire consensuelle de la modernisation, cet ouvrage dévoile l’autre face, noire, du rouleau compresseur de la « modernité » et du « progrès », qui tout à la fois créa et rendit invisibles ses victimes : les irradié.e.s des essais nucléaires en Algérie et en Polynésie, les ouvrier.ère.s de l’amiante ou des mines d’uranium contaminé.e.s, les rivières irrémédiablement polluées, les cerveaux colonisés par les mots d’ordre de la « croissance » et de la publicité…

Les conséquences sociales et environnementales des prétendues « Trente Glorieuses », de leur mythologie savamment construite par les « modernisateurs » eux-mêmes, de leurs choix technico-économiques et de leurs modes de vie, se révèlent aujourd’hui très lourdes. Il nous faut donc réévaluer la période et faire resurgir la voix des vaincu.e.s et des critiques du « progrès » (de l’atome, des pollutions, du productivisme et du consumérisme) antérieures à 1968. L’enjeu est non seulement de démonter les stratégies qui permirent alors de les contourner, mais aussi de les réinscrire dans les combats politiques et écologiques contemporains. Lire la suite…

Mathieu Gaulène, Le nucléaire en Asie, 2016

Auteur de nombreux articles sur Fukushima et ses suites, la politique énergétique du Japon ou l’opposition au nucléaire, le journaliste Mathieu Gaulène vient de publier un livre intitulé Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? aux éditions Picquier. L’auteur dresse un bilan très documenté sur le nucléaire en Asie, cinq ans après la catastrophe. L’occasion pour le blog de Fukushima de lui poser quelques questions.

Question : Où étiez-vous en mars 2011 et qu’avez-vous ressenti lors du début de la catastrophe nucléaire ?

Mathieu Gaulène : En mars 2011, j’étais encore à Paris et je me préparais à aller vivre au Japon. Cet évènement m’a beaucoup choqué et dès les premières heures j’ai pensé au risque d’un accident nucléaire. J’avais en fait réalisé un mémoire sur le mouvement antinucléaire japonais en 2009, et durant mes recherches à Tokyo et Rokkasho-mura, où une usine de retraitement a été construite par la France, j’avais pu constater l’incurie de l’industrie nucléaire nippone, son arrogance alors même que de nombreux signaux d’alertes étaient déjà au rouge. Lire la suite…

Jacques Luzi, Au rendez-vous des mortels, 2019

25 avril 2019 Laisser un commentaire

Les éditions La Lenteur viennent de publier un ouvrage critique sur le transhumanisme. Ci-dessous la préface de l’auteur.

En France, l’ouvrage de référence sur (et contre) le transhumanisme est le Manifeste des chimpanzés du futur de Pièces et main d’œuvre (2017). Le présent livre n’en est pas une alternative, mais un complément. Il n’est pas une nouvelle enquête sur les acteurs du transhumanisme, leur influence financière et politique grandissante, mais plutôt une analyse des tenants et aboutissants philosophiques de leur projet. En premier lieu, il s’agit de mettre en évidence le caractère nécrophobe de la civilisation moderne: sa hantise et son déni de la mort. Lire la suite…

James C. Scott, Agriculture, villes, gouvernements, 2013

2 avril 2019 Laisser un commentaire

Le texte qui suit est une critique écrite par l’anthropologue et politologue de Yale James C. Scott du livre Le monde jusqu’à hier : Ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles de Jared Diamond.

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On peut raisonnablement estimer qu’une culture est dans le pétrin lorsque ses meilleurs intellectuels commencent à piller l’inventaire culturel de ses ancêtres et de ses subalternes contemporains afin de trouver des conseils sur l’art de vivre. Le malaise est d’autant plus remarquable lorsque la culture en question est la déclinaison américaine moderne du rationalisme des Lumières et du Progrès, qui n’est pas connue pour sa capacité à douter ni pour son manque de sang-froid. Plus le trouble est profond, plus nous semblons nous être égarés, plus nous devons chercher loin, spatialement et temporellement, pour trouver des modèles culturels en mesure de nous aider. Dans les plus puissantes versions de cette quête, il y a un endroit – un Shangri-La – ou une époque, un âge d’or, qui promet de réorienter notre boussole culturelle. L’anthropologie et l’histoire recèlent implicitement la possibilité de fournir de tels modèles. L’anthropologie peut nous présenter des formes radicalement différentes et satisfaisantes de rapports humains et de coopération sociale qui ne dépendent pas de la famille nucléaire ou de la richesse héritée. L’histoire nous montre que les arrangements sociaux et politiques que nous tenons pour acquis sont le résultat d’une conjoncture historique unique. Lire la suite…

James C. Scott, Crops, Towns, Government, 2013

2 avril 2019 Laisser un commentaire

Jared Diamond, The World until Yesterday:
What Can We Learn from Traditional Societies?,
Penguin, September 2013.

It’s a good bet a culture is in trouble when its best-known intellectuals start ransacking the cultural inventory of its ancestors and its contemporary inferiors for tips on how to live. The malaise is all the more remarkable when the culture in question is the modern American variant of Enlightenment rationalism and progress, a creed not known for self-doubt or failures of nerve. The deeper the trouble, the more we are seen to have lost our way, the further we must go spatially and temporally to find the cultural models that will help us. In the stronger versions of this quest, there is either a place – a Shangri-la – or a time, a Golden Age, that promises to reset our compass to true north. Anthropology and history implicitly promise to provide such models. Anthropology can show us radically different and satisfying forms of human affiliation and co-operation that do not depend on the nuclear family or inherited wealth. History can show that the social and political arrangements we take for granted are the contingent result of a unique historical conjuncture. Lire la suite…

Radio: Émilie Hache, Reclaim écoféminisme ! 2016

C’est l’angle mort de l’écologie à la française : l’écoféminisme. À la fois mouvement militant dans les États-Unis des années 1980 et courant intellectuel, littéraire, politique, ce n’est pas une idéologie. Ce n’est pas une doctrine. Ce n’est pas non plus un projet politique unifié. Mais plutôt un mouvement de réappropriation de soi, de son corps et de son milieu de vie, comme l’explique la philosophe Émilie Hache dans la belle introduction de Reclaim, première anthologie en français de textes écoféministes, publiée dans la collection « Sorcières » des éditions Cambourakis.

Pour les écoféministes, la domination des femmes et celle de la nature sont étroitement liées. Les textes montrent comment des femmes ordinaires se sont soulevées contre ce qui venait détruire leur environnement et leur avenir à travers les exemples du mouvement Chipko en Inde, du Women’s Pentagon Action aux États-Unis, des communautés lesbiennes séparatistes en Oregon ou encore du paganisme de Starhawk.

Le choix du titre n’est pas anodin, Reclaim, signifiant le fait de se réapproprier, illustre parfaitement l’âme du mouvement. Les écoféministes se réapproprient la nature, leur nature de femmes, parfois même l’image de la sorcière, afin de renverser le pouvoir. Lire la suite…

Recension: A. Pichot, Histoire de la notion de gène, 1999

17 février 2019 Laisser un commentaire

André Pichot,
Histoire de la notion de gène,
éd. Flammarion, coll. Champ, 1999.

 

Le concept de gène, gros d’une dimension à la fois virtuelle et effective, a mûri longuement, et mûrit encore. Cette Histoire l’ignore et tombe à plat.

Sous le prétexte que la notion de gène et celle d’hérédité ne se présentent pas d’une manière simple à comprendre et univoque, André Pichot en propose une histoire qui tient plutôt du réquisitoire et où le jugement de valeur sans fondement tient lieu d’examen rigoureux des faits. Lire la suite…

André Pichot, La valeur médicale de la génétique est surestimée, 2000

17 février 2019 Laisser un commentaire

L’historien des sciences rédige un ouvrage pamphlet dans lequel il s’en prend à l’enthousiasme démesuré provoqué par la biologie moléculaire

Agacé. André Pichot, historien des sciences – des «concepts scientifiques» – et chercheur au CNRS (Centre national français de recherche scientifique), s’énerve contre l’émerveillement des biologistes, du public et des journalistes pour la génétique. Gène de ceci, gène de cela, prédisposition génétique pour telle maladie, thérapie génique contre telle autre affection… Les chercheurs inondent les plages d’actualité avec leurs découvertes, les journalistes les répercutent allègrement et le public tente de suivre tant bien que mal, nourri des espoirs les plus fous. Cet enthousiasme général, selon André Pichot, friserait la naïveté et l’aveuglement coupable, il ne serait pas sans rappeler la mouvance scientiste du XIXe et du début du XXe siècle. Une époque qui a vu se développer et s’appliquer l’eugénisme et les théories «scientifiques» du racisme.

Son dernier livre, La Société pure, de Darwin à Hitler, a pour objectif de rafraîchir la mémoire collective sur des événements pas si anciens. Pour éviter, avec un peu de chance, que certaines erreurs ne se répètent. Lire la suite…