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Archive for the ‘Recension d’ouvrages’ Category

Xavier Noulhianne, Le Ménage des champs, 2016

2 décembre 2017 Laisser un commentaire

Après l’interview de Yannick Ogor qui présentait son ouvrage Le Paysan impossible, voici – dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle – une interview en deux parties de Xavier Noulhianne qui présente son livre Le Ménage des champs. Tous deux publiés par les éditions du Bout de la Ville.

Ci-dessous la présentation de l’ouvrage par l’éditeur:

Il est devenu banal de voir des ouvrages fustigeant « les dérives du productivisme » pour vendre les bienfaits d’une agriculture fonctionnant selon les principes de la science écologique. Ces livres, tous écrits par des spécialistes aux mains blanches, partagent la même condescendance, quand ce n’est pas du mépris, pour les agriculteurs. Ces derniers y sont décrits comme de stupides producteurs incapables de saisir la réalité des nuisances dont ils seraient la cause ; seule une petite minorité d’entre eux agirait pour le futur, héros purs, hors du temps et hors du monde. Dans ce livre, Xavier Noulhianne change le regard que nous portons habituellement sur le monde agricole. Lire la suite…

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Yannick Ogor, Le Paysan impossible, 2017

30 novembre 2017 Laisser un commentaire

« J’ai choisi une vie d’éleveur de brebis et de maraîcher. Avant tout, je voulais fuir le néant du salariat. Devant l’horizon saturé de la société industrielle, j’aurais pu me satisfaire d’une discrète fréquentation du vivant : un petit jardin, une petite basse-cour, deux ou trois brebis, quelques fruitiers… […] Mais j’ai eu ce pressentiment tenace : qu’à ces petites fréquentations de la nature quelque chose manque, ou plutôt, que d’une fréquentation, on peut toujours s’absenter ; et que cela, confusément, je n’en voulais pas. Au contraire, je cherchais à être pris. »

Yannick Ogor, ancien animateur de la Confédération paysanne, éleveur et maraîcher en Bretagne, retrace la contestation agricole en France depuis soixante ans, ses tentatives et ses impasses. Mêlant récit autobiographique et histoire, il revient aux racines de la question agricole, éclaire les lieux de pouvoir et les faux-semblants qui structurent l’alimentation des masses. Pour qu’on puisse enfin se départir de l’immuable et mensongère figure du « paysan » qui ne sert qu’à justifier l’asservissement de l’agriculteur à la logique capitaliste et industrielle. Lire la suite…

Céline Lafontaine, Le corps cybernétique de la bioéconomie, 2014

23 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

La molécularisation du corps à travers la déconstruction de ses composantes biologiques constitue le socle épistémologique sur lequel s’est instituée la bioéconomie. Cette dernière repose sur un modèle cybernétique du vivant et de l’économie. De manière tangible, le corps ne disparaît évidemment pas, mais la vision moléculaire participe de sa dématérialisation et de sa décomposition technoscientifique camouflant ainsi les nouvelles logiques d’appropriation économique dont il est l’objet. Lire la suite…

Céline Lafontaine, La condition postmortelle, 2008

13 novembre 2017 Laisser un commentaire

Du déni de la mort
à la quête d’une vie sans fin

Résumé

Qu’en est-il d’une société engagée dans une lutte pour en finir avec la mort, à tel point que chaque décès prend les allures d’une défaite scientifique ? Où le vieillissement est considéré comme une maladie ? Où la volonté de prolonger la vie ici-bas se substitue au désir d’immortalité dans l’au-delà ?

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Limite infranchissable fondant l’ordre symbolique, la mort est un « phénomène social total » 1. Premier principe universel, elle pose l’identité de l’humanité à travers toutes les croyances, tous les mythes et toutes les pratiques. Ainsi, en définissant l’homme comme mortel, les Anciens instituaient l’universalité emblématique de la condition humaine : tous les hommes sont mortels 2. La conscience de la mort et les réponses socialement élaborées pour contenir l’inévitable angoisse qu’elle soulève ponctuent le rapport de l’individu à la société. L’anthropologie de la mort nous enseigne, en ce sens, que le statut de la subjectivité est étroitement lié à celui de la mortalité 3. Face à l’inéluctabilité de la fin, l’individu trouve refuge dans la forteresse idéelle de l’immortalité que chaque société dresse afin d’assurer sa continuité. L’histoire des sociétés humaines peut ainsi se lire comme l’ensemble des récits visant à donner vie au rêve d’immortalité. Des mythologies primitives aux grandes religions historiques, de l’immortalité de l’âme à la postérité immémoriale des héros, de la résurrection au Nirvana, le désir d’éternité marque la frontière entre l’ici-bas et l’au-delà. Il trace l’horizon du sens que l’on donne collectivement à l’existence humaine. Il assure la pérennité de l’ordre social à travers le passage des générations. Bref, il est au fondement même de la civilisation. Lire la suite…

Jan Waclav Makhaïski, Anciens et nouveaux maîtres, 1905

8 novembre 2017 Laisser un commentaire

Le centenaire de la Révolution Russe

Voici cent ans, la révolution russe mettait à bas le régime tsariste. En octobre 1917 la prise du pouvoir par les bolchéviks, avec à leur tête Lénine instaura ce qu’il appelait le « communisme », en fait un capitalisme d’État.

Ces événements eurent un retentissement mondial, ne serait-ce que parce que, après la mort de Lénine et la prise du pouvoir par Staline, le mouvement ouvrier né de la révolution industrielle du XIXe siècle et son aspiration à l’émancipation sociale furent identifiés aux partis politiques et aux régimes staliniens soutenus par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Frères ennemis, le « monde libre » et le « camp soviétique », patrie du « socialisme réel », furent bien d’accord pour réprimer dans le sang toutes les révoltes populaires, de la révolution espagnole jusqu’au printemps de Prague, et noyer sous les mensonges et les calomnies les aspirations à un monde libéré de toutes les formes de domination hiérarchique et d’exploitation capitaliste. Lire la suite…

Recension: Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, 2003

7 novembre 2017 Laisser un commentaire

Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise,
éd. Denoël, 2003, 298 pages.

« TOTAL – le totem de Tantale. »

Michel Leiris

Il y a deux choses que je trouve infiniment précieuses dans un essai de philosophie politique : la clarté et la précision. Ces deux qualités sont largement absentes du texte complexe et rebutant d’Anselm Jappe. Les Aventures de la marchandise prétendent formuler, à la suite de Marx (1818-1883), une nouvelle théorie critique de la valeur, dont l’actualité serait plus criante que jamais, et tirer les implications polémiques de cette reformulation, c’est-à-dire que Jappe entend confondre ceux qui imaginent une forme de critique sociale sans se référer à ce point central.

La théorie de la valeur de Marx n’est pas facile à comprendre. L’exposé le plus connu de la théorie se trouve au chapitre I du Capital (il existe d’autres sources, Jappe fait le point sur la question, pp. 72-73). L’intérêt de son livre aurait pu être d’éclaircir une question épineuse et centrale. Il se montre, malheureusement, très insatisfaisant sur ce point. Lire la suite…

Thomas Le Roux, Comment industrialiser la France ?, 2013

14 juillet 2017 Laisser un commentaire

Qu’elle ait été rapide ou progressive, la « révolution industrielle » ou l’industrialisation a été, en tout état de cause, un changement suffisamment important pour remettre en cause un certain nombre de caractéristiques des sociétés d’Europe occidentale de l’Ancien Régime, même dans sa première phase, entre 1750 et 1830. En quelques générations, le rapport de l’homme à l’environnement s’est transformé sous la poussée de l’accroissement de la production artisanale et industrielle. Les réticences de nombreux citadins et la vigilance exercée par les autorités locales à l’encontre de certaines activités de production réputées dangereuses ou insalubres ont du céder le pas, dans le champ de l’expertise, à une approche différente beaucoup plus conciliante avec le processus d’industrialisation. Quand les autorités locales se fondaient sur des pratiques et des savoirs « policiers » (selon le terme de l’époque, repris dans cet article) ancrés dans la jurisprudence et l’ordre judiciaire, la nouvelle expertise relevait davantage de la science au sein d’un ordre de plus en plus administratif.

C’est cette mutation que cet article entend exposer, en soulignant qu’elle n’a pas été forcément linéaire, et qu’elle s’est finalement réalisée au profit d’une expertise sur l’autre. Les rapports de force entre instances liées au pouvoir ont été déterminants pour construire les nouvelles légitimités et inscrire l’industrialisation à l’ordre du jour officiel, malgré des nuisances déjà reconnues par nombre de contemporains. Trois principales phases rythmèrent le processus, avec ses à-coups et accélérations déterminantes. A partir des années 1770, les reconfigurations s’ancrèrent sur l’industrie chimique naissante, notamment celle des acides. Puis, avec la Révolution française, les secteurs stratégiques pour l’État furent à leur tour touchés par la concurrence des expertises. Enfin, le régime napoléonien inscrivit dans le marbre les nouvelles régulations de l’industrie, qui discréditèrent les anciennes préventions contre les pollutions et participèrent à l’industrialisation. Lire la suite…

Recension : G. N. Amzallag, La révolution du cuivre, 2008

2 juillet 2017 Laisser un commentaire

Gérard Nissim Amzallag,
La révolution du cuivre.
Les fonderies de Canaan et le début de la civilisation,
(texte en hébreu), Shani-Livna (Israël),
éd. Hameara Publishing House, 2008.

Sous ce titre courageux Gérard Nissim Amzallag, de l’université de Béershéva, propose une thèse de grande amplitude sur l’origine de la civilisation comme ensemble des acquisitions d’une société humaine, par opposition soit à la nature soit à la barbarie. Ce fondement lointain, postérieur cependant à la révolution liée à la découverte de la céramique, ne serait autre que l’invention de la métallurgie du cuivre, c’est-à-dire de la transformation d’un minerai, d’une terre, en une coulée brûlante de métal, utilisable ensuite directement ou par alliage pour créer des objets. C’était un prodige, qui fut vite entouré de secrets et de récits mythologiques. Plus précisément, cette découverte aurait eu lien en Canaan, et la Bible en porte de nombreuses marques. Cependant, observons tout de suite, avant même de présenter l’ouvrage, que les indices scripturaires qui étayent ou illustrent la thèse sont assez nets, mais à l’état de vestiges difficiles à dater, et ceci pour deux raisons : d’une part, la narration biblique se rattache à l’âge du Fer, où les références ont profondément changé, comme on va le voir ; d’autre part et surtout, la Bible bouscule tout ce qui paraît expressément cananéen, sauf peut-être la langue elle-même. Typiquement, les récits affirment que depuis Abraham les Israélites sont d’origine lointaine (Mésopotamie ou Égypte) et ne professent qu’une très faible estime pour les cananéens et leurs dieux. Lire la suite…

Matthew B. Crawford et Matt Feeney, Une société divisée, 2016

25 juin 2017 Laisser un commentaire

Matthew Crawford est philosophe et réparateur de motos. Il enseigne à l’université de Virginie et a publié récemment l’Éloge du carburateur, puis Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver 1. Matt Feeney est essayiste, et il vit à Oakland en Californie. Chroniqueur pour le New Yorker et Slate, il a enseigné la philosophie politique aux États-Unis et en Allemagne. Dans ce dialogue conduit pour Esprit, les deux philosophes s’interrogent sur les dynamiques de fragmentation actuelle de la société américaine – retour du nativisme, ce mélange d’hostilité aux nouveaux arrivants, qui font changer la culture et les valeurs du pays, et de réaffirmation de son identité propre, enracinée dans les valeurs du travail, de la communauté civique et des responsabilités individuelles. Ils dénoncent l’aveuglement d’une élite progressiste déconnectée des insécurités de l’« Amérique du milieu ».

Matthew Crawford – Où en sont les États-Unis ? Lire la suite…

Dwight Macdonald, Le socialisme sans le progrès, 1953

20 juin 2017 Laisser un commentaire

Présentation des éditeurs

Cet ouvrage est la traduction de “The Root is Man”, article publié en 1946 dans la revue new-yorkaise Politics. Il comprend les notes et les trois appendices ajoutés par l’auteur lors de sa republication sous forme de livre en 1953.

Dwight Macdonald, journaliste et écrivain américain, est né à New York en 1906. Contributeur de Time puis de Fortune dans les années 1920, il s’intéressa aux idées marxistes dans le contexte de la Grande Dépression. En 1937, il devint membre du comité de rédaction de la Partisan Review, proche du Parti communiste américain, puis du Parti trotskiste auquel il adhéra en 1939. Mais, à partir de 1941, il se démarqua de ce courant et adopta une position résolument pacifiste en réaction à l’entrée en guerre de son pays.

En 1944, il fonda sa propre revue, Politics, qui devint une référence pour la gauche anti-stalinienne aux Etats-Unis. Cette revue accueillit les contributions de bon nombre de « non-conformistes » de cette époque : Daniel Bell, Charles Wright Mills, George Orwell, Albert Camus, Hannah Arendt, Karl Jaspers, Bruno Bettelheim, Victor Serge, Ignazio Silone ou encore Simone Weil. Les trois articles les plus importants qu’y signa Macdonald furent : “The Responsability of Peoples” (1944), “The Bomb” (1945) (1) et “The Root is Man”. Lire la suite…