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Posts Tagged ‘médecine’

Radio: Céline Lafontaine, La bioéconomie, stade ultime du capitalisme, 2014

6 août 2018 Laisser un commentaire

Dans son livre Le Corps-Marché, la sociologue québequoise Céline Lafontaine, professeure à l’université de Montréal, dénonce la “bioéconomie”, une économie fondée sur la marchandisation du corps.

S’attachant en particulier à l’industrie biomédicale, Céline Lafontaine délivre une enquête documentée et pragmatique sur les enjeux de la bioéconomie. Elle éclaire les règles d’un marché mondialisé du corps humain, dont les éléments (sang, ovules, cellules, tissus…) sont de plus en plus marchandisés, comme dans l’industrie de la procréation. Par-delà les clivages éthiques que tous ces débats suscitent entre les citoyens – par exemple au sujet de la gestation pour autrui –, elle consigne précisément les enjeux réels de cette bioéconomie souveraine. Un éclairage à partir duquel les positions éthiques de chacun peuvent s’ajuster en fonction de plusieurs conceptions possibles de la liberté et de l’égalité… Lire la suite…

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André Pichot, La santé et la vie, 2008

13 juillet 2018 Laisser un commentaire

Résumé : La santé et la vie. – Les mots « santé » et « maladie » ne s’emploient que par métaphore dans le cas des objets inanimés. Seuls les êtres vivants peuvent être en bonne santé, comme seuls ils peuvent être malades. En outre, la santé sous-entend la possibilité de la maladie, et l’inéluctabilité de la mort exclut même tout absolu de santé. Quelles sont, plus explicitement, les relations qu’entretiennent la santé et la vie ?

La santé a manifestement quelque rapport avec la vie. En effet, cette notion (comme celle de maladie) ne s’emploie guère que par métaphore dans le cas des objets inanimés. Seuls les êtres vivants peuvent être en bonne santé, comme seuls ils peuvent être malades.

Ainsi Bichat écrivait-il :

« Il y a deux choses dans les phénomènes de la vie, 1° l’état de santé, 2° celui de maladie : de là deux sciences distinctes ; la physiologie, qui s’occupe des phénomènes du premier état ; la pathologie, qui a pour objet ceux du second. […] La physiologie est aux mouvements des corps vivants, ce que l’astronomie, la dynamique, l’hydraulique, l’hydrostatique, etc., sont à ceux des corps inertes ; or, ces dernières n’ont point de sciences qui leur correspondent comme la pathologie correspond à la première. Par la même raison, toute idée de médicament répugne dans les sciences physiques. Un médicament a pour but de ramener les propriétés à leur type naturel ; or, les propriétés physiques, ne perdant jamais ce type, n’ont pas besoin d’y être ramenées. » [Bichat 1994, 232]

La santé ne se réduit pas à un état physico-chimique, et elle sous-entend la possibilité de la maladie ; n’est en santé que ce qui peut être malade (l’inéluctabilité de la mort excluant même tout absolu de santé). Particularité que n’ont pas les simples objets physiques. L’explication vitaliste qu’en donnait Bichat n’est plus acceptable aujourd’hui. Comment alors en rendre compte ? Lire la suite…

Radio: Philippe Baqué, D’Alzheimer au transhumanisme, 2018

Ma mère a passé quelques années dans une petite unité fermée d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ce que j’y ai vu n’a fait qu’alimenter mes doutes sur la maladie d’Alzheimer. La maltraitance institutionnelle latente, l’omniprésence des laboratoires pharmaceutiques dans sa médicalisation et dans son accompagnement, l’échec des différentes politiques censées y répondre, la surenchère médiatique… Qu’est-ce qui se cache derrière ce qu’on nous présente comme une épidémie ?
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Radio: Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse joyeuse, 2013

24 avril 2018 Laisser un commentaire

Une histoire du risque technologique

Introduction

Les petites désinhibitions modernes

Ce livre étudie les racines historiques de la crise environnementale contemporaine. Il s’agit d’une enquête sur le passé de l’agir technique, sur les manières de le penser, de le questionner, de le réguler et, surtout, de l’imposer comme seule forme de vie légitime. Il décortique des pouvoirs, des torsions subtiles du réel et certaines dispositions morales qui, au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, nous ont fait prendre le chemin de l’abîme. Il démontre que le « siècle du progrès » n’a jamais été simplement technophile. L’histoire du risque technologique qu’il propose n’est pas l’histoire d’une prise de conscience, mais l’histoire de la production scientifique et politique d’une certaine inconscience modernisatrice. Lire la suite…

Céline Lafontaine, La vieillesse, une maladie mortelle, 2010

25 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

Sans doute l’une des plus profondes et des plus durables révolutions ayant marqué l’histoire humaine, la transition démographique caractérisant notre époque entraîne une redéfinition complète de notre rapport au temps et à la mort. Associée à la mort et à la dégénérescence, la vieillesse apparaît désormais comme une tare, comme un fléau contre lequel il faut absolument lutter. Traçant un parallèle entre les statuts des personnes âgées et les avancées biomédicales liées à la lutte anti-âge, cet article analyse les conséquences sociales et éthiques de la volonté de vaincre scientifiquement la mort, de vivre sans vieillir et d’étendre indéfiniment la durée de vie. Lire la suite…

Céline Lafontaine, Le corps cybernétique de la bioéconomie, 2014

23 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

La molécularisation du corps à travers la déconstruction de ses composantes biologiques constitue le socle épistémologique sur lequel s’est instituée la bioéconomie. Cette dernière repose sur un modèle cybernétique du vivant et de l’économie. De manière tangible, le corps ne disparaît évidemment pas, mais la vision moléculaire participe de sa dématérialisation et de sa décomposition technoscientifique camouflant ainsi les nouvelles logiques d’appropriation économique dont il est l’objet. Lire la suite…

Céline Lafontaine, La condition postmortelle, 2008

13 novembre 2017 Laisser un commentaire

Du déni de la mort
à la quête d’une vie sans fin

Résumé

Qu’en est-il d’une société engagée dans une lutte pour en finir avec la mort, à tel point que chaque décès prend les allures d’une défaite scientifique ? Où le vieillissement est considéré comme une maladie ? Où la volonté de prolonger la vie ici-bas se substitue au désir d’immortalité dans l’au-delà ?

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Limite infranchissable fondant l’ordre symbolique, la mort est un « phénomène social total » 1. Premier principe universel, elle pose l’identité de l’humanité à travers toutes les croyances, tous les mythes et toutes les pratiques. Ainsi, en définissant l’homme comme mortel, les Anciens instituaient l’universalité emblématique de la condition humaine : tous les hommes sont mortels 2. La conscience de la mort et les réponses socialement élaborées pour contenir l’inévitable angoisse qu’elle soulève ponctuent le rapport de l’individu à la société. L’anthropologie de la mort nous enseigne, en ce sens, que le statut de la subjectivité est étroitement lié à celui de la mortalité 3. Face à l’inéluctabilité de la fin, l’individu trouve refuge dans la forteresse idéelle de l’immortalité que chaque société dresse afin d’assurer sa continuité. L’histoire des sociétés humaines peut ainsi se lire comme l’ensemble des récits visant à donner vie au rêve d’immortalité. Des mythologies primitives aux grandes religions historiques, de l’immortalité de l’âme à la postérité immémoriale des héros, de la résurrection au Nirvana, le désir d’éternité marque la frontière entre l’ici-bas et l’au-delà. Il trace l’horizon du sens que l’on donne collectivement à l’existence humaine. Il assure la pérennité de l’ordre social à travers le passage des générations. Bref, il est au fondement même de la civilisation. Lire la suite…

Georges Duhamel, La querelle du machinisme, 1933

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S’il est un personnage ingrat, fâcheux, pénible à soutenir dans une société tantôt enorgueillie de ses succès et tantôt déconcertée par ses échecs, c’est celui que j’appellerai « le contempteur du progrès ».

Le contempteur du progrès ne laisse pas de présenter des variétés. J’en distingue deux principales. En premier lieu, je vois l’homme qui, tel M. Thiers, ne croit pas au progrès, parce qu’il pense que l’on n’aura jamais assez de fer, ou jamais assez de charbon, ou de radium, ou d’ondes courtes. C’est une variété qui tend à disparaître.

L’autre contempteur sait bien que le fer et le charbon ne manqueront pas et il le déplore. Considérant avec horreur un avenir tout de fer et de charbon, il adjure l’humanité de revenir à l’état de nature. Ce contempteur s’appelait hier Jean-Jacques, et ce matin Gandhi.

S’il est vrai qu’un poète est sauvé du néant quand il peut faire passer un vers, un seul vers à la postérité, je pense que Paul Valéry mérite le salut pour avoir écrit, entre mille choses excellentes, ces trois petits vers mélancoliques et railleurs :

Ni lu ni compris ?
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises !

A vrai dire, le poète succombe aux délices de la négation et du défi. Ne pas être compris si l’on n’est pas lu, c’est une chose dont on peut se consoler. Un destin plus fâcheux est sans aucun doute d’être lu, mais mal compris.

Des personnes qui lisent trop vite et très mal ont voulu me faire jouer ce rôle de contempteur du progrès [Duhamel fait ici référence à son récit de voyage aux USA, Scènes de la vie future, paru en 1930 ; NdE]. Parmi ces lecteurs infidèles se trouvent d’ailleurs des contempteurs du progrès qui souhaitent vivement, ce qui m’honore beaucoup, de me compter dans leurs rangs, et des progressistes de tout plumage qui désespèrent, non sans raison, de m’attirer dans leur parti. Il est une chose moins excusable à mes yeux que de louer vainement le passé, c’est de flatter l’avenir dans le dessein de se concilier ses bonnes grâces. Les écrivains, et même les plus illustres, ne sont pas toujours exempts de cette faiblesse.

Je refuse donc également les deux rôles. Délivré des naïves idéologies du XIXe siècle, c’est-à-dire d’une confiance excessive dans l’évolution actuelle de l’espèce, j’use de mon droit et je remplis mon devoir d’homme vivant : je veux librement connaître, comprendre, juger, critiquer le temps dans lequel je vis. Lire la suite…

Richard C. Lewontin, Les causes et leurs effets, 1991

17 février 2016 Laisser un commentaire

« Il faudra que certains aient le courage d’intervenir sur la lignée germinale [humaine] sans être sûrs du résultat. De plus, et personne n’ose le dire, si nous pouvions créer des êtres humains meilleurs grâce à l’addition de gènes (provenant de plantes ou d’animaux), pourquoi s’en priver ? Où est le problème ? »

Déclaration de James Watson,
– codécouvreur de la structure en double hélice de l’ADN en 1953 –
lors d’une conférence à l’université de Californie en 1998.

Ce qui suit est un ensemble d’extraits adaptés et commentés du chapitre III (Causes and their effects) du livre de Richard C. Lewontin, Biology as Ideology, the doctrine of DNA (1991). Les passages que nous avons réécrits, parce que Lewontin considère que son lecteur possède déjà des connaissances en biologie, sont entre points (•…•) et les commentaires que nous avons ajoutés, parce qu’il ne va pas toujours au bout de ses raisonnements, sont entre crochets et en italiques ([…]) ; toutes les notes de bas de page ont été ajoutées par nous. Lewontin, en tant que scientifique, emploie le “nous” pour parler des travaux et des activités des chercheurs. Dans nos commentaires et nos corrections, notre point de vue étant différent, nous avons employé d’autres tournures. Lire la suite…

Les savants mélanges du docteur Vandermonde, 1756

23 novembre 2015 Laisser un commentaire

Charles-Augustin Vandermonde,

Essai sur la Manière de perfectionner l’espèce humaine,

Édition établie par Rudy Le Menthéour,

Classiques Garnier, 403 p., 49 euros.

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Pour la première fois depuis sa publication en 1756 reparaît l’Essai sur la manière de perfectionner l’espèce humaine du docteur Charles-Augustin Vandermonde. Le jeune médecin n’a pas encore trente ans qu’il croit déjà fermement à la dégénérescence de l’homme : son ouvrage renferme un traité d’hygiène et un système inédit par lesquels il espère rendre à l’espèce humaine force et beauté. Cette réédition critique fait de ce livre un jalon important dans l’étude et la compréhension du mouvement complexe et ambigu que furent les Lumières. Lire la suite…