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Posts Tagged ‘anti-industriel’

Radio: Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares, 2018

27 juin 2018 Laisser un commentaire

Interview de Guillaume Pitron qui présente son livre La Guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique paru aux éd. Les Liens qui Libèrent, 2018. Ce livre, fort bien documenté, est très intéressant pour saisir les enjeux écologiques et géopolitiques autour des métaux rares. Concernant la prétendue « transition énergétique », il permet de comprendre toute l’esbroufe et le caractère mensonger de ce concept ; en fait de transition, c’est seulement la pollution due à la production d’énergie qui est délocalisée dans les pays producteurs des métaux rares. Lire la suite…

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Samuel Butler, Le livre des machines, 1870

Introduction

Ce fut pendant mon séjour dans la Cité des Collèges de Déraison – cité dont le nom érewhonien est si cacophonique que j’en fais grâce au lecteur – que j’appris l’histoire de la révolution qui avait eu pour résultat d’anéantir un si grand nombre des inventions mécaniques en usage auparavant.

M. Thims m’emmena faire visite à un monsieur qui avait une grande réputation de savant, et qui était en même temps, à ce que me dit M. Thims, un homme assez dangereux, car il avait tenté d’introduire un adverbe nouveau dans le langage hypothétique. Il avait entendu parler de ma montre et il avait vivement désiré me voir, car il passait pour le plus savant archéologue de tout Erewhon en ce qui concernait l’ancienne mécanique. Notre conversation tomba sur ce sujet, et en partant il me donna un exemplaire d’une réédition du livre qui avait provoqué la révolution.

Elle avait eu lieu environ cinq cents ans avant mon arrivée, et il y avait beau temps que les gens s’étaient faits à ce changement, bien qu’au moment où il se produisit tout le pays se fût trouvé plongé dans la détresse la plus profonde et qu’une réaction qui s’ensuivit faillit presque réussir. La guerre civile fit rage pendant de nombreuses années et on dit qu’elle détruisit la moitié de la population. Les deux partis s’appelaient les Machinistes et les Antimachinistes, et à la fin, comme je l’ai dit, les Antimachinistes eurent le dessus, et traitèrent leurs adversaires avec une dureté tellement inouïe que toute trace d’opposition fut anéantie. Lire la suite…

Le Postillon, Numérique: mais qu’est-ce qu’on attend?, 2018

A propos de l’incendie de
la Casemate à Grenoble

« S’opposer au numérique inclusif, c’est s’opposer à la liberté des esprits. » C’est un tweet de Mounir Mahjoubi, député En Marche et secrétaire d’État chargé du numérique. Il l’a écrit pour réagir à l’incendie de la Casemate, un centre de culture scientifique technique et industriel (CCSTI), qui a eu lieu fin novembre à Grenoble. C’était juste pendant le bouclage du dernier Postillon, alors on n’a presque rien écrit dessus. Pendant la distribution du journal, beaucoup de gens nous en ont parlé, interloqués, dubitatifs, voire en colère.

Moi, franchement, la liberté des esprits, je suis pour. Et c’est pour ça que je me pose plein de questions autour de l’invasion actuelle du « numérique inclusif » dans toutes les sphères de la vie, et du « grand remplacement » des humains par les robots. Des questions qui ne sont portées que par quelques esprits chagrins rompant l’enthousiasme général autour du tsunami numérique, et qui n’existent quasiment pas dans les centres de culture scientifique comme la Casemate, alors que cela devrait être leur raison d’être. Avec ces questions, je suis allé au festival Transfo, « le premier festival du numérique 100 % alpin », et à une rencontre avec la nouvelle directrice de la Casemate. Et j’en reviens avec la certitude que s’opposer au déferlement numérique est une nécessité impérieuse. Lire la suite…

Il est temps de défendre d’autres manières d’habiter, 2018

9 avril 2018 Laisser un commentaire

A la veille de la destruction annoncée d’habitats sur la ZaD dans une gigantesque opération policière, une centaine d’architectes, urbanistes, et autres penseurs publient un appel à « la défense d’autres manière d’habiter ». Ils y mettent en avant la richesse des habitats auto-construits de la ZaD, la réappropriation des savoirs et l’expérience d’architecture vernaculaire qui s’y met en œuvre depuis plusieurs années. Ils affirment à quel point cette vision de l’habiter correspond profondément et positivement à la recherche de nouveaux choix de société nécessaires aujourd’hui. Ils s’y opposent à « l’expulsion des habitants de la ZaD ainsi qu’à la destruction des formes d’organisation collective et des constructions atypiques qui s’y sont développées et s’y développent ». Lire la suite…

Radio: Aude Vidal, On achève bien les éleveurs, 2017

10 mars 2018 Laisser un commentaire

Aude Vidal (dir.), On achève bien les éleveurs, éd. L’Echappée, 2017.

À l’origine de ce livre, le dessinateur Guillaume Trouillard. Loin de se contenter d’illustrer les entretiens qui sont ici retranscrits et mis en forme, il a ouvert les premières pistes de ce qui est devenu On achève bien les éleveurs. C’est lui que la lecture de La Liberté dans le coma, ouvrage du groupe Marcuse, a convaincu de la nécessité d’aborder la question du puçage des bêtes, du contrôle et plus globalement de l’administration du métier d’éleveur… et des résistances à cette lame de fond. C’est encore lui qui, après avoir découvert la chercheuse Jocelyne Porcher et l’éleveur Xavier Noulhianne dans l’émission de Ruth Stegassy sur France Culture, « Terre à terre », a souhaité que nous les rencontrions. Lire la suite…

Les justes alarmes de la classe ouvrière au sujet des mécaniques, 1830

28 septembre 2017 Laisser un commentaire

Par un vieux typographe, victime de l’arbitraire

À la faveur de la révolution de 1830, les ouvriers typographes s’insurgent contre les mécaniques et brisent plusieurs d’entre elles. En réaction à ces attaques luddites, le mathématicien et ingénieur Charles Dupin (1784-1873) rédige une affiche destinée à apaiser la colère des ouvriers. Le texte qui suit a manifestement été rédigé par l’un des ouvriers incriminés par Dupin, et il répond à ses attaques. Néanmoins, son actualité est criante quand on perçoit que les arguments avancés en faveur de l’industrialisation de la chaîne du livre étaient les mêmes que ceux qui accompagnent aujourd’hui la déferlante de l’e-book et de la numérisation.

François Jarrige

Loin de nous la perfide pensée de vouloir exciter à la rébellion cette nombreuse classe ouvrière qui, par sa valeur et sa prudence, vient d’abattre les cent têtes de l’hydre infernale de la tyrannie qui dévorait les Français, de cette tyrannie qui fournissait à une poignée d’insensés les moyens aveugles de se croire pétris d’une autre boue que celle des ouvriers, qui considéraient comme des bêtes de somme tous ceux qui ne sortaient pas de leur caste.

Loin de nous l’idée d’engager la classe ouvrière à ternir la gloire immortelle qu’elle vient d’acquérir, en l’excitant à détruire elle-même ces instruments anti-humains qui, depuis plus de quinze ans, la plongent, avec sa famille, dans la plus poignante des misères.

Loin de nous l’égoïste intention d’exciter la classe ouvrière contre ces publicistes qui, tout en se disant ses amis, sont les premiers à vouloir conserver dans leurs ateliers des mécaniques qui, depuis de longues années, réduisent des milliers de familles à la mendicité, et ne sont d’aucune utilité publique.

Loin de nous le coupable projet de vouloir exciter la haine de la classe ouvrière contre ces esprits ingénieux dont les inventions font quelquefois la gloire de leur siècle.

Enfin, loin de nous l’intention criminelle de porter la classe ouvrière à désobéir aux lois de l’État, et encore moins à la voix paternelle de l’autorité suprême que la nation s’est donnée.

Nous déclarons ici à la face du monde que l’humanité, la seule humanité guide notre plume. Lire la suite…

Groupe HUKO, iPads et iPocrisie, 2014

14 septembre 2017 Laisser un commentaire

« L’internaute après tout n’est que l’aboutissement délirant d’un long processus d’isolement des individus et de privation sensorielle ; et la cybervie qu’on lui propose n’est jamais destinée que pour quelque temps à quelques pour cent du genre humain, tout le reste se voyant versé sans attendre au Tartare de ce XXIe siècle. »

Baudouin de Bodinat, La vie sur Terre, 1996.

« Après s’être contenté de l’image, on se passera de la réalité. »

Étienne Gilson, La société de masse et sa culture, 1975.

L’introduction des iPads et autres tablettes dans les établissements scolaires, dont François Hollande, alors député de la Corrèze, a été le fer de lance en France, ne suscite guère de réactions indignées. Seuls ceux que les médias ont pris la déplorable habitude de classifier comme « technophobes » s’y opposent. Hélas, la « crainte de la technologie » ne porte en elle rien de positif, puisqu’elle s’inscrit d’emblée dans le registre de la peur, dont on sait qu’elle peut produire le pire. Rien de mieux, pour discréditer toute critique, que de la réduire à une crainte irrationnelle et réactionnaire. C’est une autre attaque, beaucoup plus profonde, qui est portée ici, contre le tout-numérique à l’école.

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Matthieu Amiech, Les énergies renouvelables entretiennent le mythe de l’abondance énergétique, 2016

Le problème majeur qu’ont éludé tous les discours tenus dans le cadre de la COP21 – mais aussi de nombreux discours tenus autour d’elle –, c’est que la croissance permanente des quantités d’énergie nécessaires au fonctionnement ordinaire des sociétés industrialisées n’est ni possible ni souhaitable. Pour être précis : c’est cette croissance qui a amené aux divers dérèglements qui se manifestent depuis quelques décennies, et sa poursuite n’est possible qu’au prix de pollutions, de guerres et de contraintes politiques intolérables… bien que nous ayons pris l’habitude de les tolérer, notamment quand elles se produisent ailleurs. Lire la suite…

Jocelyne Porcher, Défendre l’élevage, un choix politique, 2012

25 octobre 2016 Laisser un commentaire

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En Europe et plus largement dans les pays occidentaux, nous sommes aujourd’hui dans une surprenante conjoncture du point de vue de nos relations aux animaux. Alors que la situation sociale est plus calamiteuse que jamais, que le nombre de chômeurs et de personnes en grande pauvreté explose, que le droit du travail est défait, que les services publics et ex-services publics sont en implosion, que la gouvernance remplace le gouvernement, que le nombre de riches et leurs richesses augmentent à un rythme soutenu, en bref que les rapports de classe montrent à nouveau leur vrai visage, l’une des questions qui occupe le plus souvent les magazines et de nombreux intellectuels est celle de « la question animale » voire celle de la « cause animale ». Il s’agit de laisser penser que la condition animale – notamment celle des animaux domestiques – est un objet neutre et qu’elle peut être traitée indépendamment des autres questions sociales. Or, ce que je voudrais montrer ici, c’est que la condition animale, c’est la nôtre. C’est donc notre vie et celle des animaux ensemble que nous devons changer. Lire la suite…

Plate-forme Écran total

13 septembre 2016 Laisser un commentaire

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Résister à la gestion et l’informatisation de nos vies

Depuis 2011, un certain nombre d’éleveuses de brebis et d’éleveurs de chèvres désobéissent à la directive européenne qui les oblige à poser des puces électroniques à l’oreille de leurs bêtes. Ils refusent de gérer leur troupeau par ordinateur et de se conformer aux nécessités de la production industrielle, comme la traçabilité. Ils s’organisent entre collègues, voisins, amis, pour répondre collectivement aux contrôles qu’exerce l’administration sur leur travail, et faire face aux sanctions financières qui leur sont infligées en conséquence.

De 2011 à 2013, des assistantes sociales ont boycotté le rendu annuel de statistiques, qui sert autant à évaluer leur travail qu’à collecter plus de données confidentielles sur les « usagers ». Elles affirment l’inutilité de l’informatique dans la relation d’aide. Elles dénoncent un des objectifs de l’administration et ses managers : celui de faire entrer l’obligation de résultats dans leur métier. Elles refusent qu’à chaque situation singulière doivent répondre des actions standard en un temps limité.

Dans les années 2000, des directeurs d’école et des parents d’élèves se sont opposés à la collecte de données personnelles sur tous les enfants scolarisés via le logiciel Base-élèves. Fin 2015, des personnels de l’éducation nationale ont dénoncé publiquement l’informatisation de l’école, par l’Appel de Beauchastel. Ils refusent de résumer leur enseignement à une pédagogie assistée par ordinateur, destinée à occuper la jeunesse en attente d’entrer sur le marché du travail.

En 2013 est né un réseau, baptisé « Écran total », pour fédérer ce type de résistances. Il réunit des personnes de toute la France travaillant dans l’élevage, l’éducation, le travail social, la médecine, la boulangerie, le maraîchage, la menuiserie ou les métiers du livre… Mais aussi des gens au chômage, au RSA ou sans activité. En comparant nos situations, nous avons reconnu une même logique à l’œuvre : l’informatique et la gestion détruisent nos métiers et dégradent les relations sociales. Nous nous y opposons ensemble, et appelons toutes celles et ceux qui vivent la même chose à rejoindre Écran total. Lire la suite…