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Posts Tagged ‘anti-industriel’

Michel Barrillon, Regards croisés sur les Luddites et autres briseurs de machines, 2008

14 mars 2020 Laisser un commentaire

La place de la technique dans la problématique du changement social

 

« Ceux qui nous traitent de “briseurs de machines”, nous devons les traiter en retour de “briseurs d’hommes”. »

Günther Anders, “Briseur de machines ?”, 1987.

 

Pour une relecture
de la Révolution industrielle

Récemment, en l’espace d’une année, sans concertation, des maisons d’édition françaises ont publié quatre ouvrages portant sur la destruction de machines [1]. Jusqu’alors, les éditeurs, reflétant en cela les préoccupations de la majorité des historiens, ne s’étaient guère intéressés aux révoltes ouvrières contre les machines à l’aube de la Révolution industrielle. Cela tenait essentiellement au fait que ces mouvements étaient perçus comme la manifestation d’un « obscurantisme technologique », une réaction archaïque au regard d’une dynamique historique présumée placée sous les auspices du « Progrès ». Les manuels d’histoire en témoignent : ainsi, quand les faits en question ne sont pas purement et simplement ignorés, ils sont présentés comme un « réflexe primitif » [2].

Dans l’art de la dénégation, David S. Landes apparaît comme un virtuose : sur les quelque 750 pages d’un livre consacré à la naissance et à l’essor du capitalisme industriel, il ne dit rien des troubles sociaux qui ont marqué les débuts de l’industrie textile en Angleterre dans les premières décennies du XIXe siècle. À ses yeux : « la Révolution industrielle puis le mariage de la science et de la technique sont l’apogée de millénaires de progrès industriel ». Et cette acmé ouvre une nouvelle ère d’expansion indéfinie avec l’amorce d’un « progrès cumulatif de la technique et de la technologie, un progrès autonome » d’autant plus débridé que les préjugés et la tradition auront été écartés [3].

Même Paul Mantoux, qui pourtant disserte longuement sur le luddisme et autres formes de destruction de machines, utilise de manière récurrente l’épithète « suranné » pour qualifier les méthodes de production de l’industrie à domicile, les réglementations la régissant ou encore les arguments avancés par les ouvriers pour défendre leur métier [4].

Il faut croire qu’il est difficile de se départir de l’idée que ce qui est devait fatalement advenir. Et la plupart des historiens ne faillissent pas à la règle, si bien que, à travers leur regard nécessairement rétrospectif, ils ont tendance à apprécier les événements passés à l’aune du présent, et à justifier les verdicts rendus par l’histoire. Il n’est bien évidemment pas question ici d’imaginer ce qui se serait produit si les ouvriers de métier étaient sortis victorieux de leur combat contre le machinisme et le système de la fabrique. On notera toutefois au passage qu’ils sont parvenus à juguler pendant deux siècles un mouvement qui visait à leur imposer la dictature de la machine [5]. Il s’agit plutôt de comprendre les enjeux de ce conflit majeur qui marque la naissance du capitalisme industriel – un drame qui, avec le recul de l’histoire, apparaît comme le crime fondateur de notre civilisation. Lire la suite…

Michel Barrillon, Faut-il refuser le progrès ?, 2004

Le mythe du progrès au regard de la critique sociale

Prélude

De la nécessité de sortir des faux dilemmes

Si nous étions un tant soit peu sensés, nous remiserions parmi les vieilleries éculées ces notions de progrès, tradition, développement, croissance…, abusivement traitées comme des concepts. Ou, si nous étions rigoureux, nous les considérerions comme des fictions chimériques constitutives de l’imaginaire capitaliste et de l’idéologie de la plupart des économistes, ses plus zélés propagandistes ; reconnues ainsi comme mythes fondateurs ou « significations imaginaires sociales » de la modernité, elles seraient assimilables à autant d’objets d’étude relevant de l’histoire des croyances ou de l’anthropologie culturelle.

Mais, comme le disait Serge-Christophe Kolm à propos de certains de ses collègues, il est difficile à un auteur très « engagé » dans sa discipline de « reconnaître avec égalité d’âme qu’il a perdu des années de sa vie, ou toute celle-ci, à pratiquer une activité stérile » [1]. La remarque s’applique à une communauté de spécialistes qui s’obstinent vainement depuis un demi-siècle à chercher « la » solution des problèmes de développement. Ils sont d’autant plus enclins à persévérer dans cette quête illusoire qu’ils y trouvent le moyen de « réaffirmer leur légitimité » [2], quand ce n’est pas un poste gratifiant, ou le statut honorifique et envié de conseiller du Prince, ou encore celui d’intellectuel organique de mouvements politiques. On n’abandonne pas aisément ce qui s’apparente à un fonds de commerce [3]. Lire la suite…

Maria Mies, Une nouvelle vision : la perspective de subsistance, 1993

18 août 2019 Laisser un commentaire

Le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en juin 1992, a une fois de plus démontré clairement, que la solution des problèmes écologiques, économiques et sociaux mondiaux ne devait pas être attendue des élites dirigeantes du Nord ou du Sud. Comme Vandana Shiva le souligne dans ce livre, une nouvelle vision – une forme de vie nouvelle pour les générations présentes et futures et les autres créatures avec qui nous partageons la Terre – dans laquelle l’articulation entre pratique et théorie soit réalisée, ne peut émerger que dans les luttes de défense des mouvements de base. Les hommes et les femmes qui participent activement à ces mouvements rejettent radicalement le modèle dominant patriarco-capitaliste de développement des « pays industrialisés ». Ils ne veulent pas être développés selon ce modèle, et préfèrent préserver intacte leur base de subsistance et en conserver la maîtrise.

Cependant, cette quête d’une nouvelle vision n’est pas seulement le fait des populations du Sud qui on renoncé à attendre les fruits du « développement » ; on trouve aussi, dans certains groupes du Nord, cette aspiration à une société écologique, non exploiteuse, juste, non patriarcale et autosuffisante. Ici aussi, cette recherche d’une nouvelle perspective concerne non seulement des gens des classes moyennes, désenchantés et ayant perdu espoir dans les promesses de la modernisation, mais également certaines personnes au bas de la pyramide sociale.

Nous appelons cette nouvelle vision la perspective de subsistance. Lire la suite…

Maria Mies, The Need for a New Vision: the Subsistence Perspective, 1993

18 août 2019 Laisser un commentaire

The Earth Summit in Rio de Janeiro (UNCED, June 1992) again made clear that solutions to the present worldwide ecological, economic and social problems cannot be expected from the ruling elites of the North or the South. As Vandana Shiva points out in this book, a new vision – a new life for present and future generations, and for our fellow creatures on earth – in which praxis and theory are respected and preserved can be found only in the survival struggles of grassroots movements. The men and women who actively participate in such movements radically reject the industrialized countries’ prevailing model of capitalist-patriarchal development. They do not want to be developed according to this blueprint, but rather want to preserve their subsistence base intact, under their own control.

This quest for a new vision, however, is to be found not only among people in the South, who cannot ever expect to reap the fruits of ‘development’; the search for an ecologically sound, non-exploitative, just, non-patriarchal, self-sustaining society can also be found among some groups in the North. Here, too, this search for a new perspective involves not only middle-class people, disenchanted and despairing about the end-result of the modernization process, but even by some at the bottom of the social pyramid.

We have called this new vision the subsistence perspective. Lire la suite…

Pour une journée de l’hypocrisie mondiale, 2019

14 juillet 2019 Laisser un commentaire

une critique de la journée mondiale sans téléphone portable

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« Allô, c’est qui ? C’est toi ? Bon j’entends rien ! bon bah je voulais te dire que j’étais en retard mais j’arrive là en fait. »

France Télécom commercialise en 1991 le Bi-Bop, premier téléphone portable en France.

En 2007, Apple lance l’Iphone et 51% des Français ont un portable.

L’histoire très récente de cet outil de communication montre la pénétration exponentielle de ce gadget au sein de la population française et dans le monde. Il paraît dès lors urgent de s’interroger sur la question tant le téléphone et le smartphone sont en train de nous imposer une rupture brutale d’un point de vue social, psychologique, relationnel et organisationnel. Lire la suite…

Collectif Hors-Normes, Victoire de Gabriel Dufils, 2019

Huit ans après le début d’un acharnement administratif contre Gabriel Dufils, paysan dans l’Eure avec sa compagne Tomomi, son combat intransigeant s’est conclu par une victoire. Huit ans de combat qui ont fini de démontrer la réelle ambition du système de traçabilité administrative, qui ne sert qu’à éliminer les fermes qui résistent à l’industrialisation.

Depuis le 24 juin 2011 et un contrôle illégal de la DDCSPP [1] sur sa ferme, les vaches de Gabriel Dufils ont été interdites de tout mouvement et privées de leurs papiers d’identité. Huit ans sans avoir d’autre droit que celui de soigner un troupeau qui s’est agrandi, passant de 4 à 18 bêtes, sur 4 hectares devenus bien étroits pour les accueillir et les nourrir.

Cette histoire démontre, comme celle de Jérôme Laronze – éleveur de Saône-et-Loire, assassiné par les gendarmes en mai 2017 à la suite d’un acharnement administratif similaire –, combien le système de gestion par les normes mis en place par l’administration agricole ne vise pas à garantir une quelconque sécurité sanitaire mais bien à industrialiser l’agriculture. Lire la suite…

Jacques Luzi, Au rendez-vous des mortels, 2019

25 avril 2019 Laisser un commentaire

Les éditions La Lenteur viennent de publier un ouvrage critique sur le transhumanisme. Ci-dessous la préface de l’auteur.

En France, l’ouvrage de référence sur (et contre) le transhumanisme est le Manifeste des chimpanzés du futur de Pièces et main d’œuvre (2017). Le présent livre n’en est pas une alternative, mais un complément. Il n’est pas une nouvelle enquête sur les acteurs du transhumanisme, leur influence financière et politique grandissante, mais plutôt une analyse des tenants et aboutissants philosophiques de leur projet. En premier lieu, il s’agit de mettre en évidence le caractère nécrophobe de la civilisation moderne: sa hantise et son déni de la mort. Lire la suite…

Célia Izoard, La transition écologique brasse du vent, 2017

15 avril 2019 Laisser un commentaire

Nombre d’écolos s’émerveillent devant les promesses des énergies renouvelables. Pour eux, la « transition énergétique » consiste notamment à déployer un peu partout de gigantesques éoliennes. Livrées aux puissances du marché et à des besoins en électricité démesurés, ces machines géantes font disparaître milieux naturels et territoires habitables comme n’importe quel site industriel. Selon le Grenelle de l’environnement, il est prévu d’en implanter 9 500 sur le sol français d’ici trois ans, dont plus de 500 dans la campagne aveyronnaise qui, avec ses collines venteuses et dépeuplées, constitue un formidable « gisement ». Les autochtones ne l’entendent pas de cette oreille. Lire la suite…

Gilets jaunes, Nos cerveaux valent mieux que leurs robots !, 2019

14 avril 2019 Laisser un commentaire

Contre Villani (député En Marche vers le désastre) et l’intelligence artificielle

Cédric Villani

Au service de quoi ?

Jeudi 4 avril 2019, les milieux d’affaires tarnais avaient convié dans l’amphithéâtre d’honneur de l’Ecole des Mines d’Albi l’excellent Cédric Villani [1], député En Marche et mathématicien, pour disserter sur l’économie numérique et la société du big data.

Il a été interrompu par un cloud d’opposant.es à la Start-up Nation qui se sont introduit.es sur le podium afin d’y exposer un avis quelque peu contradictoire sous la forme d’une lettre et d’un tract.

La lettre en question :

 

Cher Cédric Villani,

Nous vous remercions de vous être déplacé à Albi à l’occasion de cette conférence sur « L’économie numérique » à l’Ecole des Mines, car nous avions justement des choses à vous dire.

Tout d’abord, nous avons le plaisir de vous remettre un compteur communicant Linky. Prenez-le, il est offert : c’est nous tous qui finançons, via la TURPE [2], leur déploiement à hauteur de 7 milliards d’euros. Lire la suite…

Atecopol, Lettre de chercheur.es aux jeunes et moins-jeunes, 2019

4 avril 2019 Laisser un commentaire

S’il fallait reconnaître un mérite à la catastrophe annoncée que constitue le réchauffement climatique, c’est celui de rendre inévitablement politique la question de notre environnement et de nos modes de vie. Alors que la tradition universitaire française et probablement mondiale voudrait que seules les sciences sociales se mêlent aux débats de société, de plus en plus de chercheurs en sciences dites « dures » rentrent dans la mêlée.

Nous publions ici une tribune émanant de plusieurs chercheurs participant à un Atelier d’écologique politique (Atecopol), communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques. Dans l’objectif de tisser des liens entre des connaissances dispersées et de réfléchir à la façon de les partager avec l’ensemble de la société, afin d’oeuvrer avec elle aux moyens de réorienter notre trajectoire en changeant en profondeur les modes de fonctionnement socio-économiques actuels. Lire la suite…