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Archive for the ‘Critique des nuisances’ Category

Paysans contre les normes, Destruction de l’élevage familial, 2021

17 février 2021 Laisser un commentaire

« Le Collectif de paysan.ne.s contre les normes s’est créé en réaction au meurtre d’État de Jérome Laronze le 20 Mai 2017 à Sailly (71) à cause de ses positionnements contre les normes et l’administration. Le Collectif se voit comme un outil pour défier l’administration et l’organisation de l’industrialisation de la production agricole, destructrice du modèle paysan. L’objectif est de créer une force qui soit indépendante du piège cogestionnaire du syndicalisme, une force qui permettrait aux petits producteurs d’être enfin entendus. »

Ce que montre clairement les analyses et les actions de ce Collectif, c’est que le monde capitaliste actuel et les sociétés humaines qui en découlent, promeuvent, développent, privilégient certaines technologies, qui s’agrègent entre elles : manipulations génétiques, nanotechnologies, « augmentation » de l’humain (génétique, robotique, informatique), surveillance et numérisation de la société et des vies pour une société de plus en plus automatisée, centralisée et autoritaire, qui est présentée comme « innovante » et « meilleure ».

Les 9 et 10 janvier, dans le Puy de Dôme, ont eu lieu des rencontres du Collectif. Deux grands thèmes étaient abordés : où en sont les luttes contre l’industrialisation de la vie agricole ? quelle opposition formuler à la gestion sanitaire humaine actuelle au regard des expériences d’éleveurs et d’éleveuses ? Nous publions ici un texte qui était destiné à alimenter les débats de ces rencontres et que nous jugeons très intéressant. Lire la suite…

Mathieu Quet, Le pangolin pris au piège de la marchandisation de la nature, 2020

13 février 2021 Laisser un commentaire

La consommation et le trafic du pangolin sont aujourd’hui montrés du doigt parmi les causes probables de la pandémie. Au-delà des pratiques et croyances liées à sa consommation locale, c’est plus généralement la marchandisation de la nature et la globalisation des marchés qu’il faut reconsidérer.

 

Pas loin de 35 ans après les excuses que lui avait présentées Pierre Desproges pour avoir dit de lui qu’il ressemblait à un artichaut à l’envers, le pangolin s’est trouvé une nouvelle fois sous le feu des projecteurs au début du mois de février. Le 7 de ce mois, l’équipe de recherche de Shen Yongyi et Xiao Lihua (South China Agricultural University, Guangzhou) a émis l’hypothèse que l’animal avait pu jouer le rôle d’hôte intermédiaire du coronavirus entre la chauve-souris et l’humain. Quelques semaines plus tard, rien ne permet encore de confirmer cette hypothèse. Le coronavirus identifié chez le pangolin partage environ 90 % de son ADN avec le virus transmis par les humains, une similarité insuffisante pour lier les deux. À titre de comparaison, le génome du SRAS était identique à 99,8 % au coronavirus présent chez la civette masquée. Mais si le débat scientifique n’est pas tranché, il a au moins rappelé la dimension zoonotique de l’épidémie de covid-19, de même qu’il a ramené dans les discussions la question des relations entre humains et non-humains dans une société industrielle mondialisée. Ainsi que les nombreuses interventions à ce sujet en témoignent, les différentes options de régulation ne sont pas politiquement neutres, de l’interdiction pure et simple qui s’appuie plutôt sur des considérations sanitaires à l’autorisation, notamment des marchés, basée sur des considérations sociales, économiques et culturelles. De ce point de vue, il est devenu urgent de reposer la question : s’agit-il seulement de bannir la consommation et l’utilisation médicale d’animaux sauvages menacés ? Ou n’est-il pas aussi urgent de s’attaquer aux conséquences néfastes de la marchandisation de la nature et de la globalisation des marchés ? La situation actuelle du pangolin, animal menacé, soumis à des usages multiples et objet d’un commerce transnational, montre à quel point l’industrialisation de la consommation et l’expansion internationale des marchés sont de plus en plus incompatibles avec le maintien de notre existence. Lire la suite…

David Watson, Nous vivons tous à Bhopal, 1984

4 février 2021 Laisser un commentaire

Le texte suivant a initialement été publié, en anglais, dans la revue d’écologie radicale états-unienne Fifth Estate, peu de temps après l’explosion chimique dévastatrice de Bhopal, en décembre 1984, qui continue encore à tuer aujourd’hui. Des enfants naissent déformés ou morts, la terre est contaminée. Ceux qui ont survécu au massacre – les familles de réfugiés de l’industrie ayant fui le nuage chimique – se voient mourir lentement de cancer et d’autres maladies liées à la pollution ou au stress.

Nous en publions une traduction, à la suite de la catastrophe industrielle de Lubrizol à Rouen (France) puis du port de Beyrouth (Liban), parce que ce texte est, manifestement, toujours d’actualité.

 

Les cendres des bûchers funéraires de Bhopal étaient encore chaudes et les fosses communes encore fraîches lorsque les laquais médiatiques du monde de l’Entreprise entonnèrent leurs homélies en défense de l’industrialisme et de ses innombrables horreurs. Quelque 3 000 personnes avaient été massacrées par le nuage de gaz mortel et 20 000 resteraient handicapées à vie. Le gaz toxique avait infecté une bande de 40 km2 où humains et autres animaux mouraient tandis qu’il s’éloignait de l’usine d’Union Carbide vers le sud-est. « Nous pensions que c’était la peste », déclara une victime. Il s’agissait, en effet, d’une peste chimique, d’un fléau industriel. Lire la suite…

David Watson, We All Live in Bhopal, 1984

4 février 2021 Laisser un commentaire

This essay was first published in the American radical ecological journal Fifth Estate, shortly after the Bhopal chemical explosion, a day of death that is still killing to this day. Children are born deformed or dead, land destroyed. Those who survived the initial massacre — industrial refugee families who fled the chemical cloud are watching each other slowly die of cancer and other pollution/stress related ‘diseases’.

 

The cinders of the funeral pyres at Bhopal are still warm and the mass graves still fresh, but the media prostitutes of the corporations have already begun their homilies in defense of industrialism and its uncounted horrors. Some 3,000 people were slaughtered in the wake of the deadly gas cloud, and 20,000 will remain permanently disabled. The poison gas left a 25 square mile swathe of dead and dying people and animals as it drifted southeast away from the Union Carbide factory .“We thought it was the plague,” said one victim. Indeed it was: a chemical plague, an industrial plague. Ashes, ashes, all fall down! Lire la suite…

Radio : Renaud Garcia, La collapsologie ou l’écologie mutilée, 2020

19 janvier 2021 Laisser un commentaire

Je vous propose d’écouter l’intervention de Renaud Garcia, professeur de philosophie dans un lycée à Marseille, durant les rencontrés d’été 2020 organisées par l’association Crise & Critique.

Il présente le contenu de son livre intitulé La collapsologie ou l’écologie mutilée publié en octobre 2020 aux éditions l’Echappée. Renaud Garcia fait dans cet ouvrage une critique de la collapsologie au nom d’une écologie radicale, c’est-à-dire qui n’oublie pas la critique de la société capitaliste et industrielle. Lire la suite…

Jacques Luzi, Réfractions n°44, 2020

22 décembre 2020 Laisser un commentaire

Revue Réfractions, recherches et expression anarchistes n°44,
“Avis de tempêtes : la fin des beaux jours ?”, printemps 2020.

 

Dans ce numéro, la revue Réfractions propose un ensemble de réflexions critiques sur la collapsologie (« science de l’effondrement »), qu’accompagne un texte de l’un de ses principaux promoteurs : Pablo Servigne, également auteur « historique » de la revue. Les différents ne portent pas tant sur l’inventaire des nuisances écologiques engendrées par l’industrialisme, ou sur les difficultés à surmonter (individuellement et collectivement) la coexistence de la catastrophe et du déni de la catastrophe, que sur la prétention d’ériger cet inventaire en prophétie scientifique « innovante », sur le déterminisme naturaliste (proche de la sociobiologie) et l’absence de mise en perspective sociohistorique (des idées et des faits), sur la réduction subséquente de la problématique du changement social à la gestion psychologique et technocratique, etc. Ce faisant, ce numéro développe un effort salutaire pour cerner ce qu’est (ou n’est pas) l’écologie politique. Lire la suite…

Marie-Pierre Laronze, Lettre à Jérôme, mon frère paysan, tué par un gendarme, 2020

3 décembre 2020 Laisser un commentaire

En mai 2017, en Saône-et-Loire, l’éleveur Jérôme Laronze était abattu par un gendarme. Trois balles l’ont atteint, une de côté et deux de dos, alors qu’il s’échappait au volant de sa voiture. Il fuyait les représentants d’une administration au service, selon lui, de l’industrialisation de l’agriculture. Depuis sa mort, sa famille s’est engagée dans un combat judiciaire. À l’occasion de ce qui aurait du être son quarantième anniversaire, sa sœur Marie-Pierre rappelle ses combats, l’engrenage infernal ayant conduit à son homicide, le poids des normes. Et s’interroge : « Quels crimes avais-tu commis pour justifier le recours à des hommes armés pour de simples contrôles administratifs ? »

 

Ce 13 novembre 2020, nous devions fêter tes 40 ans, une quasi-moitié de parcours de vie. Pas pour tous, pas pour toi. La tienne a pris fin brutalement, violemment, un 20 mai 2017.

Te souviens-tu ? C’était à la fin d’une belle journée de printemps, à la croisée de deux chemins de terre, à l’ombre de vieux chênes sous l’abri desquels tu étais venu chercher un peu de répit et de fraicheur. Six tirs de Sig-Sauer [des pistolets automatiques] t’ont quasiment arraché à ton sommeil, six tirs si rapides que ta vieille Toyota n’a pu te tirer d’affaire et s’est écrasée contre un arbre. C’est là que ton regard lentement s’est éteint, que ton souffle s’est tari à mesure que ton sang noircissait sièges et tapis de la voiture. Lire la suite…

Antoine Costa, La maison bleue et les techies, 2020

28 novembre 2020 Laisser un commentaire

Un extrait du livre Silicon City sur le lien entre gentrification et Silicon Valley

 

La maison bleue, celle de Maxime le Forestier, est à vendre pour 3,4 millions de dollars. Si vous pensiez que San Francisco avait encore quelque chose à voir avec des chansons vieilles de cinquante ans (des camions Volkswagen, des communautés Hippies et des gens qui jettent les clefs de leur maisons) ou ce qu’essaient de vous vendre des livres de voyage, alors vous avez loupé un événement important : la révolution numérique.

Depuis quelques années la démographie de San Francisco a été modifié en profondeur et tout s’est particulièrement accéléré sous l’effet conjugué de deux événements : le développement des entreprises du numérique et l’arrivé massive de leurs employés extrêmement bien payés (les techies) et la crise des subprimes de 2008 qui allait finir de chasser les habitants les plus pauvres. Il est à noter que depuis dix ans les instances financières n’ont de cesse d’exonérer Wall Street de sa responsabilité dans cette crise, en stigmatisant ceux la même qui en furent les principales victimes : les populations noires et latinos [1]. Ces gens ont particulièrement été ciblés pour les prêts à risque, ils en ont payé le prix et on les tient maintenant pour responsable. Lire la suite…

Radio: Damien Lelièvre, Force de vente, 2020

19 novembre 2020 Laisser un commentaire

Comme tout le monde, Damien Lelièvre déteste les banques. Mais il est conseiller financier. Il nous offre une visite dans les coulisses des banques, entre techniques de vente manipulatrices, pression hiérarchique et ravages du numérique.

Sommaire
Le client est un enfant qu’on éduque
Séduire les clients, broyer les conseillers
Faire de la pédagogie avec le client pour lui faire découvrir ses besoins
Les conseillers sont-ils tous des connards malhonnêtes ?
Les ravages du numérique
Que restera t-il du conseiller bancaire dans dix ou vingt ans?
Mélancolie bancaire

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Damien Lelièvre
Force de vente
Dans la peau d’un conseiller financier
éd. Le Monde à l’Envers, mars 2020

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Ivan Illich, Disvaleur, 1986

11 octobre 2020 Laisser un commentaire

Le forum du professeur Tamanoï

Cette première réunion publique de l’Entropy Society japonaise nous donne l’occasion de rendre hommage à la mémoire du professeur Joshiro Tamanoï. La plupart d’entre nous ont été ses amis ou ses élèves. Ce sont les questions qu’il a soulevées qui amènent ici aujourd’hui six cents participants, physiciens et biologistes, économistes et écologistes.

Alors qu’il enseignait l’économie à l’université de Tokyo, le professeur Tamanoï avait traduit Karl Polanyi en japonais. À travers son enseignement et ses ouvrages, il a conféré à la recherche écologique une saveur japonaise unique en liant dimensions culturelles et dimensions physiques. Cela, il l’a accompli en se concentrant sur l’interaction entre l’idéologie économique d’une époque et la matrice terre-eau correspondante de la vie sociale. Il a été un actif militant d’une politique de l’environnement et un enseignant hors pair. Et jamais ceux qui furent ses amis n’oublieront sa délicatesse. Lire la suite…