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Posts Tagged ‘progressisme’

T. Dubarry & J. Hornung, Qui sont les transhumanistes ?, 2008

13 décembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Résumé

Nous avons ici tenté de décrypter la nature, la structure et les modalités d’actions d’une minorité active contemporaine au sein des pays développés. Les individus qui composent le mouvement transhumaniste reflètent admirablement bien, à des degrés divers et variés, la situation conflictuelle qui est celle de l’espèce humaine en ce début de 3ème millénaire confrontée à l’importance croissante prise par les sciences, les techniques et la technologie dans nos vies quotidiennes. Discutant de l’avenir de l’humanité, les transhumanistes questionnent des problématiques essentielles qui mettent progressivement en valeur une nouvelle identité idéale posthumaine où la technique, mise au service de l’humain, restaure la légitimité sociale et cosmologique de celui-ci. Lire la suite…

Nicolas Le Dévédec, Retour vers le futur transhumaniste, 2015

12 décembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

« Nous voulons devenir l’origine du futur, changer la vie au sens propre et non plus au sens figuré, créer des espèces nouvelles, adopter des clones humains, sélectionner nos gamètes, sculpter nos corps et nos esprits, apprivoiser nos gènes, dévorer des festins transgéniques, faire don de nos cellules-souches, voir les infrarouges, écouter les ultrasons, sentir les phéromones, cultiver nos gènes, remplacer nos neurones, faire l’amour dans l’espace, débattre avec des robots, pratiquer des clonages divers à l’infini, ajouter de nouveaux sens, vivre vingt ans ou deux siècles, habiter la Lune, tutoyer les galaxies. »

Ray Kurzweil

L’aspiration à « améliorer » l’être humain et ses performances aussi bien physiques, intellectuelles qu’émotionnelles par des innovations technoscientifiques et biomédicales s’affirme chaque jour de manière plus évidente. Dopage sportif, médecine anti-âge, chirurgie esthétique ou encore contrôle des naissances en sont quelques-unes des manifestations les plus visibles. Ces exemples ne sont, pour le mouvement transhumaniste, que le prélude d’une révolution plus importante à venir, qui verra l’être humain accéder à un stade supérieur de son évolution grâce aux technosciences 1. Lire la suite…

Patrick Marcolini, L’extrême droite est-elle technocritique?, 2014

16 décembre 2015 Laisser un commentaire

Il n’est pas rare pour des critiques de la technique de se faire accuser de fascisme, quand bien même les valeurs d’égalité et d’autonomie collective sous-tendraient leur analyse. Quel rapport l’extrême droite, au contraire, entretient-elle avec la modernité et la technologie ?

L’historien François Jarrige a récemment fait paraître une volumineuse histoire des « technocritiques », retraçant l’action de toutes celles et tous ceux qui, dans les deux derniers siècles, ont dénoncé le caractère néfaste des technologies de leur temps et tenté d’en enrayer les effets dévastateurs : briseurs de machines, utopistes sociaux, critiques philosophiques de la modernité, communautés alternatives, mouvements écologistes radicaux et autres groupes anti-industriels. Ce travail ne se borne pas à faire émerger des archives les figures de résistances au « progrès » technique beaucoup plus nombreuses et vigoureuses que l’historiographie classique ne le laissait croire. En exposant leurs raisons et en montrant leur clairvoyance face à des processus sociaux et environnementaux dont nous voyons aujourd’hui l’aboutissement désastreux, il réhabilite une critique de la société industrielle sur laquelle pesaient jusque-là de graves soupçons. En effet, pour reprendre les mots de François Jarrige :

« Dans le champ politique, la technocritique n’a bonne presse ni à gauche ni à droite. Pour la droite libérale, elle est le nouveau visage d’une obsession régulatrice tentant de brider la libre entreprise et le progrès. A gauche subsiste l’idée que “des pensées conservatrices, voire réactionnaires, alimentent aujourd’hui encore certaines actions technophobes”. »

François Jarrige, Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, éd. La Découverte, 2014, p. 335-336.

Effectivement, pour une partie de la gauche, y compris de la gauche anticapitaliste, dès qu’on critique la technoscience, l’idéologie du progrès ou la société industrielle, le spectre de l’extrême droite n’est pas loin… Mais ce rapprochement est-il fondé ? L’extrême droite a-t-elle véritablement procédé à une critique de la science et de la technique modernes ? Lire la suite…

Jean-Marc Lévy-Leblond, En méconnaissance de cause, 1992

28 novembre 2015 Laisser un commentaire

De la science, nous attendions ses explications et espérions ses applications. Aujourd’hui, nous devons assumer ses implications et affronter ses complications. Car il n’est guère de problèmes parmi les plus graves de ceux que l’humanité doit régler où la science ne soit mêlée – qu’on lui demande de les résoudre, qu’on la consulte pour les éclairer ou qu’on l’accuse de les avoir créés, et souvent le tout ensemble : surpopulation, pollutions diverses, prolifération nucléaire, etc. la liste est aussi longue que banale. Aussi doit-on se demander si les formes démocratiques de l’organisation sociale, en lesquelles nous voulons toujours croire, sont bien à même de répondre à ces défis.

Il y a peu, la question semblait sans objet, une réponse affirmative découlant, « par hypothèse » comme disent les géomètres, de l’idée que nous avions de la science. Le grand projet des Lumières, ce beau rêve dont nous commençons à peine à nous éveiller, nous laissait croire à une alliance naturelle et constitutive entre science et démocratie. Sur les façades de nos monuments, derrière les trois mots de notre généreuse devise, « Liberté – Egalité – Fraternité », nous en lisions un autre en filigrane : « Vérité », qui, d’emblée, garantissait les fondements de ces valeurs, et, bientôt, un autre encore, « Efficacité », qui nous assurait de les pouvoir réaliser.

Contre les superstitions et les illusions qui bridaient le progrès humain, allait se dresser l’objectivité de la connaissance scientifique, dissipant sans retour, partout où atteignait sa lumière, l’ignorance asservissante. Non contente de nous éclairer sur le monde naturel, la science allait aussi nous dire le vrai sur l’homme et sur la société, fondant en droit et assurant en fait la possibilité de transformer et l’un et l’autre, de façon doublement juste, aux sens désormais confondus de la justesse et de la justice. Lire la suite…

Georges Orwell, Le socialisme et l’industrialisation, 1937

7 novembre 2015 Laisser un commentaire

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Prié d’expliquer pourquoi les gens intelligents se trouvent si souvent de l’autre côté de la barricade, le socialiste invoquera en général des raisons de bas intérêt, conscientes ou inconscientes, la conviction non fondée que le socialisme ne peut pas « marcher », ou la simple peur des horreurs et désagréments inhérents à la période révolutionnaire précédant l’instauration du socialisme. Tout ceci a certes son importance, mais il ne manque pas d’individus insensibles à des considérations de cet ordre et qui n’en sont pas moins résolument hostiles au socialisme. S’ils rejettent le socialisme, c’est pour des raisons spirituelles ou « idéologiques ». Leur refus n’est pas dicté par l’idée que « ça ne peut pas marcher », mais au contraire par la crainte que ça marche trop bien. Ce qu’ils redoutent, ce n’est pas les événements qui peuvent venir troubler le cours de leur vie, mais ce qui se passera dans un futur éloigné, quand le socialisme sera devenu une réalité.
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Recension: J.B.S. Haldane et B. Russel, Dédale & Icare, 1923

11 juin 2015 Laisser un commentaire

Livre Dédale et IcareNote de lecture sur un débat entre un scientifique et un philosophe à propos de la science et de l’avenir qu’elle nous réserve…

J.B.S. Haldane, B. Russell, Dédale & Icare, éd. Allia, 2015, 112 p.

 

En 1923, au cours d’une conférence donnée à Cambridge et intitulée Dédale ou la science de l’avenir, l’éminent biologiste et marxiste anglais John Burton Sanderson Haldane, au sortir de la Première Guerre mondiale et de ses atrocités mécanisées et industrielles, se demandais si :

« L’homme devient un simple parasite de la machine, un appendice du système reproducteur d’immenses moteurs compliqués qui usurpent ses activités l’une après l’autre, et finissent par lui retirer la maîtrise de notre planète. »

Et en conséquence :

« Y a-t-il le moindre espoir d’arrêter la recherche scientifique ? »

Mais en bon progressiste, sa réponse est évidement non. Pour lui, science et industrie sont indissociables. Mais s’il ne distingue pas la science de l’usage capitaliste qui en est fait, ce n’est pour s’opposer au développement ni de l’un ni de l’autre :

« Les avancées dans cette direction tendent à unifier de plus en plus l’humanité, à rendre la vie de plus en plus complexe, artificielle et riche de possibilités, et à augmenter indéfiniment la capacité humaine à faire le bien et le mal. »

Et donc, pour l’avenir, il n’y a plus qu’à considérer quels sont les problèmes techniques et quelle sont les capacités scientifiques nécessaires pour les résoudre. Car ce marxiste et scientifique n’imagine pas un seul instant qu’il soit possible non pas de sortir de la société industrielle, mais seulement de refuser ses progrès ou simplement de critiquer ses innovations comme de nouvelles formes de dépossession. Pour lui, il faut s’y adapter le moins mal possible, non en laissant faire le marché libre et autorégulateur, mais en s’en remettant aux spécialistes, experts et scientifiques bienveillants et humanistes… de la trempe de Haldane ! Lire la suite…

Patrick Parrinder, Les démêlés de Wells avec les écrivains de son temps, 1986

En 1984 parurent trois ouvrages d’un immense intérêt pour les lecteurs de Wells. Les deux volumes de sa Tentative d’autobiographie (Experiment in Autobiography, 1934) furent réédités en même temps que H.G. Wells in love (La Vie amoureuse de H.G. Wells) dont l’existence avait été tenue secrète après la mort de l’écrivain en 1946. Un autre roman autobiographique, Héritage, dont l’auteur n’était autre qu’Anthony West, le fils de Wells, fut publié vers la même époque. Il y eut enfin la biographie de son père, très controversée, d’Anthony West également : H.G. Wells : Apects of a Life (H.G. Wells : aspects d’une vie). La publication de ces trois livres, a quelques mois d’intervalle, eut lieu juste après la mort en 1983 de la mère d’Anthony West, la romancière Rebecca West. Lire la suite…

Patrick Parrinder, Wells et la littérature prophétique, 1986

« L’âme prophétique du vaste monde rêvant de choses à venir… »

En 1922, C.K. Scott Moncrieff s’est inspiré des sonnets de Shakespeare pour donner un titre à sa traduction de La Recherche du temps perdu de Proust (Remembrance of things past). Quelques années plus tard, H.G. Wells fit lui aussi un emprunt à Shakespeare pour son roman Visage des choses à venir (The Shape of Things to come) dont Alexandre Corda tira un film en 1935. Si Wells est, comme Brian Aldiss l’a suggéré « le Shakespeare de la science-fiction » [1], c’est parce qu’il a manifesté la volonté d’apparaître comme le prophète d’un siècle où l’on pressentait que la science était capable non seulement de reconstruire le passé mais aussi d’anticiper l’avenir. Pour Shakespeare, l’immortalité de ses propres vers était l’unique défi à opposer au temps. Wells mit au point dans son laboratoire de l’imaginaire, une machine à explorer le temps et, à son bord, il s’embarqua pour des voyages de découverte. Lire la suite…

Herbert George Wells, Préface aux Romans Scientifiques, 1933

Le texte suivant a été publié en introduction aux Romans scientifiques de H.G. Wells (1933), paru aux États-Unis sous le titre : Sept romans célèbres de H.G. Wells (1934). Il représente l’exposé critique le plus complet de Wells sur la nature et la méthode de sa fiction scientifique.

M. Gollancz [1] m’a demandé d’écrire une préface à mon recueil d’histoires fantastiques. Elles sont mises dans l’ordre chronologique, mais je veux dire tout de suite au commencement du livre que, pour quiconque ignore encore tout de mon œuvre, il sera probablement plus agréable de commencer par L’Homme invisible (1897) ou La Guerre des mondes (1898). La Machine à explorer le temps (1895) est un peu ardu pour ce qui est de la quatrième dimension et L’Ile du docteur Moreau (1896) plutôt pénible [2].

On a comparé ces contes à l’œuvre de Jules Verne, et à un moment les critiques littéraires ont eu tendance à me nommer le Jules Verne anglais. En fait il n’y a aucune ressemblance littéraire entre les inventions anticipatrices du grand Français et ces fantaisies. Son œuvre s’est presque toujours occupée de possibilités réelles d’invention et de découverte, et il a fait quelques prévisions remarquables. L’intérêt qu’il évoquait était d’ordre pratique ; il a écrit et cru que l’on pouvait faire ceci ou cela, qui ne se faisait pas encore à l’époque. Il a aidé son lecteur à imaginer la chose faite et à comprendre quel amusement, quelle sensation ou quel mal en découlerait. Nombre de ses inventions ont été « réalisées ». Mais celles de mes histoires qui sont rassemblées ici ne prétendent pas rivaliser avec les choses possibles ; ce sont des exercices de l’imagination dans un domaine tout différent. Elles appartiennent à une catégorie d’écrits qui inclut l’Âne d’or d’Apulée, les Histoires vraies de Lucien, Peter Schlemil et l’histoire de Frankenstein [3]. Toutes sont imaginaires ; elles ne visent pas à être le projet d’une possibilité sérieuse ; en vérité, elles ne visent qu’à emporter la conviction autant qu’un bon rêve qui vous empoigne. Elles ont à retenir le lecteur jusqu’au bout par l’art et par l’illusion, et non par la preuve et par le raisonnement, et à l’instant où il referme la couverture et se met à réfléchir, il s’éveille à leur impossibilité. Lire la suite…

Eugène Zamiatine, Les contes de fées révolutionnaires de Wells, 1922

Les plus dentelées, les plus aériennes des cathédrales gothiques n’en sont pas moins bâties de pierre ; et les plus fabuleux, les plus absurdes contes de fées de n’importe quel pays n’en sont pas moins composés de la terre, des arbres et des animaux de ce pays. Dans les contes de fées de la forêt, il y a le lutin des bois, hirsute et rabougri comme un pin, dont le rire tire son origine de l’écho de la forêt ; dans les contes de la steppe, il y a le chameau blanc magique, qui vole comme du sable fouetté par le vent ; dans les contes des régions polaires, il y a le chaman-baleine et l’ours blanc au corps d’os de mammouth. Mais imaginez un pays dont le seul sol fertile est de l’asphalte ; et sur ce sol d’épaisses forêts – des cheminées d’usines – ; et des troupeaux de bêtes d’une seule espèce – des automobiles – ; et aucun parfum de printemps si ce n’est les vapeurs d’essence. Ce pays de pierre, d’asphalte, de fer, de pétrole, de mécanique s’appelle le Londres du XXe siècle, et naturellement il a dû produire ses propres lutins de fer motorisés, ses propres contes de fées mécaniques et chimiques. Il existe de tels contes de fées urbains : Herbert Wells nous les raconte. Ce sont ses romans fantastiques. Lire la suite…