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Posts Tagged ‘Etat’

André Pichot, Sur la notion de race, 2018

21 juillet 2018 Laisser un commentaire

La Commission des Lois de l’Assemblée Nationale vient de voter la suppression du mot « race » de la Constitution, avec des justifications pour le moins bizarres, et notamment avec la reprise du débat à répétitions sur l’existence ou l’inexistence des races 1. Ce qui appelle quelques commentaires. Lire la suite…

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Aurélien Berlan, Anatomie du chez soi, 2017

De l’usage commun à la spéculation immobilière,
analyse de la propriété foncière

La propriété telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a pas toujours existé. La bête noire de la critique sociale du XIXe siècle – la propriété dénoncée comme « vol » par le théoricien anarchiste Proudhon – en est un type historique bien particulier : la propriété privée bourgeoise ou lucrative, purement marchande, centrée sur le droit d’abusus. Mais la notion plus vaste de propriété foncière est composée de plusieurs strates et de divers droits, qu’il s’agit ici de déplier pour penser la garantie d’un « chez soi » à l’heure où la plupart des gens sont dépossédés de tout et contraints par là même de se vendre pour habiter quelque part.

Comme la plupart des idées que nous employons tous les jours, celle de propriété est constituée de plusieurs couches. On peut au moins en repérer trois : elle présente une dimension existentielle, une dimension juridique et une dimension marchande. Si l’on veut comprendre ce qui caractérise notre conception de la propriété, et ce en quoi elle est critiquable, il me semble indispensable de commencer par bien distinguer ces diverses significations, même si elles sont intimement liées dans nos esprits. Lire la suite…

Miquel Amorós, Une critique libertaire de la gauche du capitalisme, 2016

18 janvier 2018 Laisser un commentaire

Le capital a prolétarisé le monde et dans le même mouvement a visiblement supprimé les classes. Si les antagonismes ont été intégrés, s’il n’y a plus de lutte des classes, il n’y a plus de classes. Et il n’y a pas de syndicats dans le véritable sens du terme. En effet, si le scandale de la séparation sociale entre riches et pauvres, dirigeants et dirigés, exploiteurs et exploités n’est plus la source principale du conflit et que les rares luttes qui en découlent restent à l’intérieur du système sans jamais le remettre en question, alors il n’y a plus de classe en lutte, mais une société de masse à la dérive.

Les syndicats, la carcasse d’une classe dissoute, poursuivent un autre objectif : maintenir la fiction d’un marché du travail régulé. Aujourd’hui, l’ouvrier est la base du capital, et non sa négation. Le capital s’empare de toute activité, et son principe structure la société entière : il réalise le travail et transforme le monde en un monde de travailleurs. De travailleurs consuméristes. Fin d’une classe ouvrière en marge, extérieure et opposée au capital, avec ses valeurs propres, et en même temps généralisation du salariat et des valeurs marchandes. Lire la suite…

Sivens, Après les pyromanes, les pompiers ?, 2017

8 décembre 2017 Laisser un commentaire

Les dessous du « projet de territoire » de Sivens

Inutile de revenir sur le projet de barrage initial et sur la manière dont les autorités tarnaises ont cherché, au mépris de tout, à passer en force pour l’imposer, jusqu’à assassiner un homme. Après la mort de Rémi Fraisse lors du grand rassemblement du 25 octobre 2014, l’État se sent obligé de prendre les choses en main et de secourir les autorités locales, trop heureuses de se débarrasser d’une patate devenue si chaude. Il en résulte un changement de tactique: alors que le Conseil Général et la Préfecture avaient jusque-là refusé le dialogue avec les opposants et tout misé sur la force brute, Ségolène Royal abat la carte de la concertation.

C’est ainsi qu’est annoncé un « projet de territoire » dans lequel les composantes citoyennes du mouvement d’opposition (Collectif Testet, Confédération Paysannne, FNE) se sont immédiatement engouffrées, en se réjouissant à l’idée d’être enfin entendues par ceux qui, auparavant, n’avaient cessé de faire la sourde oreille et de les mépriser. Lire la suite…

Sivens, Contester ou cogérer ?, 2017

8 décembre 2017 Laisser un commentaire

Sur la lutte contre le barrage du Testet à Sivens,
et les leçons que l’on peut en tirer
pour l’avenir des luttes territoriales

Aujourd’hui, l’État est l’incarnation officielle du pouvoir politique, il garantit l’ordre public et constitue le « monopole de la violence » considérée comme « légitime ». Face à lui, l’attitude des militants engagés dans les luttes territoriales (et non « écologistes », comme le disent les journalistes pour en réduire radicalement le contenu et la portée) liées aux projets d’aménagements du territoire et aux « zad » (zones à défendre) qu’ils suscitent, tend à prendre deux formes : la contestation et la cogestion.

Contester signifie mettre en doute, dénier à une institution et à ses agents le droit de gestion dont ils prétendent disposer au point, éventuellement, de les traiter en ennemis. Quand on conteste un projet d’aménagement du territoire, on se méfie de l’État, acteur du conflit qu’il s’agit de destituer symboliquement et matériellement, au lieu de lui reconnaître la légitimité dont il se pare. Il s’agit de faire sans lui et, éventuellement, contre lui. Car le dialogue ne suffit pas, il faut d’abord établir un rapport de forces. Logiquement, l’attitude contestatrice tend à élargir l’objet précis de la lutte à l’ensemble de l’ordre établi : ce n’est pas seulement contre un aéroport que l’on se bat, mais contre « l’aéroport et son monde », c’est-à-dire contre l’ensemble des institutions et des logiques qui génèrent ce genre de projet, contre le « système » et l’État qui le protège. En ce sens, la contestation tend à être radicale : elle prend les problèmes à la racine et n’hésite pas à entrer « en résistance ». Au sens fort, la contestation est tendanciellement antiétatique et subversive, voire insurrectionaliste. Lire la suite…

Xavier Noulhianne, Le Ménage des champs, 2016

2 décembre 2017 Laisser un commentaire

Après l’interview de Yannick Ogor qui présentait son ouvrage Le Paysan impossible, voici – dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle – une interview en deux parties de Xavier Noulhianne qui présente son livre Le Ménage des champs. Tous deux publiés par les éditions du Bout de la Ville.

Ci-dessous la présentation de l’ouvrage par l’éditeur:

Il est devenu banal de voir des ouvrages fustigeant « les dérives du productivisme » pour vendre les bienfaits d’une agriculture fonctionnant selon les principes de la science écologique. Ces livres, tous écrits par des spécialistes aux mains blanches, partagent la même condescendance, quand ce n’est pas du mépris, pour les agriculteurs. Ces derniers y sont décrits comme de stupides producteurs incapables de saisir la réalité des nuisances dont ils seraient la cause ; seule une petite minorité d’entre eux agirait pour le futur, héros purs, hors du temps et hors du monde. Dans ce livre, Xavier Noulhianne change le regard que nous portons habituellement sur le monde agricole. Lire la suite…

Yannick Ogor, Le Paysan impossible, 2017

30 novembre 2017 Laisser un commentaire

« J’ai choisi une vie d’éleveur de brebis et de maraîcher. Avant tout, je voulais fuir le néant du salariat. Devant l’horizon saturé de la société industrielle, j’aurais pu me satisfaire d’une discrète fréquentation du vivant : un petit jardin, une petite basse-cour, deux ou trois brebis, quelques fruitiers… […] Mais j’ai eu ce pressentiment tenace : qu’à ces petites fréquentations de la nature quelque chose manque, ou plutôt, que d’une fréquentation, on peut toujours s’absenter ; et que cela, confusément, je n’en voulais pas. Au contraire, je cherchais à être pris. »

Yannick Ogor, ancien animateur de la Confédération paysanne, éleveur et maraîcher en Bretagne, retrace la contestation agricole en France depuis soixante ans, ses tentatives et ses impasses. Mêlant récit autobiographique et histoire, il revient aux racines de la question agricole, éclaire les lieux de pouvoir et les faux-semblants qui structurent l’alimentation des masses. Pour qu’on puisse enfin se départir de l’immuable et mensongère figure du « paysan » qui ne sert qu’à justifier l’asservissement de l’agriculteur à la logique capitaliste et industrielle. Lire la suite…

Jan Waclav Makhaïski, Anciens et nouveaux maîtres, 1905

8 novembre 2017 Laisser un commentaire

Le centenaire de la Révolution Russe

Voici cent ans, la révolution russe mettait à bas le régime tsariste. En octobre 1917 la prise du pouvoir par les bolchéviks, avec à leur tête Lénine instaura ce qu’il appelait le « communisme », en fait un capitalisme d’État.

Ces événements eurent un retentissement mondial, ne serait-ce que parce que, après la mort de Lénine et la prise du pouvoir par Staline, le mouvement ouvrier né de la révolution industrielle du XIXe siècle et son aspiration à l’émancipation sociale furent identifiés aux partis politiques et aux régimes staliniens soutenus par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Frères ennemis, le « monde libre » et le « camp soviétique », patrie du « socialisme réel », furent bien d’accord pour réprimer dans le sang toutes les révoltes populaires, de la révolution espagnole jusqu’au printemps de Prague, et noyer sous les mensonges et les calomnies les aspirations à un monde libéré de toutes les formes de domination hiérarchique et d’exploitation capitaliste. Lire la suite…

Hors-normes, L’État élimine les agriculteurs, 2017

21 octobre 2017 1 commentaire

Refusons les normes ! Évitons les balles !

Jérôme Laronze a été tué par les gendarmes le 20 mai 2017 [récit écrit et audio]. Au-delà du dégoût provoqué par ce meurtre, nous sommes nombreux à nous reconnaître dans son combat contre l’hyper-administration de nos vies en général et de l’agriculture en particulier. Continuons ensemble la lutte contre la gestion par les normes. C’est le sens de ce texte du Collectif d’agriculteurs contre les normes.

Ils ont tué Laronze

Jérôme Laronze, éleveur en Saône-et-Loire, a été tué le 20 mai 2017 par des gendarmes. Son nom vient s’ajouter à la longue liste des victimes des forces de l’ordre. Sa mort nous rappelle que les violences institutionnelles n’épargnent personne, pas même les agriculteurs.

Jérôme était harcelé depuis des années par l’administration agricole: contrôles à répétition, pénalités, menace de saisie du troupeau… Cette répression visait à le «mettre aux normes», lui qui refusait de répondre aux injonctions de traçabilité (bouclage des animaux, bordereau de circulation, prophylaxie, etc.). La pression croissante a franchi un seuil en 2016, lorsque les services vétérinaires ont fait appel aux gendarmes, pour effectuer leurs contrôles coûte que coûte. Lire la suite…

Thomas Le Roux, Comment industrialiser la France ?, 2013

14 juillet 2017 Laisser un commentaire

Qu’elle ait été rapide ou progressive, la « révolution industrielle » ou l’industrialisation a été, en tout état de cause, un changement suffisamment important pour remettre en cause un certain nombre de caractéristiques des sociétés d’Europe occidentale de l’Ancien Régime, même dans sa première phase, entre 1750 et 1830. En quelques générations, le rapport de l’homme à l’environnement s’est transformé sous la poussée de l’accroissement de la production artisanale et industrielle. Les réticences de nombreux citadins et la vigilance exercée par les autorités locales à l’encontre de certaines activités de production réputées dangereuses ou insalubres ont du céder le pas, dans le champ de l’expertise, à une approche différente beaucoup plus conciliante avec le processus d’industrialisation. Quand les autorités locales se fondaient sur des pratiques et des savoirs « policiers » (selon le terme de l’époque, repris dans cet article) ancrés dans la jurisprudence et l’ordre judiciaire, la nouvelle expertise relevait davantage de la science au sein d’un ordre de plus en plus administratif.

C’est cette mutation que cet article entend exposer, en soulignant qu’elle n’a pas été forcément linéaire, et qu’elle s’est finalement réalisée au profit d’une expertise sur l’autre. Les rapports de force entre instances liées au pouvoir ont été déterminants pour construire les nouvelles légitimités et inscrire l’industrialisation à l’ordre du jour officiel, malgré des nuisances déjà reconnues par nombre de contemporains. Trois principales phases rythmèrent le processus, avec ses à-coups et accélérations déterminantes. A partir des années 1770, les reconfigurations s’ancrèrent sur l’industrie chimique naissante, notamment celle des acides. Puis, avec la Révolution française, les secteurs stratégiques pour l’État furent à leur tour touchés par la concurrence des expertises. Enfin, le régime napoléonien inscrivit dans le marbre les nouvelles régulations de l’industrie, qui discréditèrent les anciennes préventions contre les pollutions et participèrent à l’industrialisation. Lire la suite…