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Posts Tagged ‘génétique’

Recension: S. Pouteau (dir.), Génétiquement indéterminé, 2007

15 novembre 2016 Laisser un commentaire

Sylvie Pouteau (dir.),
Génétiquement indéterminé.
Le vivant auto-organisé,
éd. Quae, 2007, 169 p.

Le vivant obéit à des lois internes, difficiles à appréhender. Faut-il pour autant recourir à des explications de mécanismes et de programmes conçus sur le modèle des machines fabriquées par l’homme ? Plus les hommes de science étudient le vivant comme s’il s’agissait d’une machine encore inconnue, plus le « moteur » leur paraît compliqué et plus il y a de questions. Le vaste domaine que représente la génétique animale et végétale n’a pas échappé aux interrogations de ses chercheurs.

Ce questionnement a atteint un seuil très sensible, au point d’avoir ébranlé le confort intellectuel jusqu’ici offert par le « vivant-machine » et le déterminisme génétique. D’où la dédicace assez émouvante présentée en tête de ce livre par la coordinatrice scientifique, S. Pouteau :

« à tous ceux qui auront l’enthousiasme et le courage de frayer de nouvelles approches pour comprendre l’organisme vivant et le délivrer du statut de machine dans lequel il est resté confiné depuis les Lumières dont il est permis de penser qu’elles n’ont pas suffisamment brillé en la matière. »

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Jean-Pierre Berlan, Les cloneurs, 2005

11 novembre 2016 Laisser un commentaire

Personne ne niera que tant que le grain récolté est aussi la semence de l’année suivante, le sélectionneur semencier n’a pas de marché. En hommes d’affaires, les premiers semenciers professionnels de la deuxième moitié du XIXe siècle l’ont immédiatement compris et ont entamé leur guerre secrète contre cette concurrence déloyale que leur faisaient plantes et animaux en se reproduisant et se multipliant gratuitement dans le champ du paysan. Avec une grande finesse politique, ils ont aussi vu que la réussite de leur dessein final – stériliser les plantes et les animaux par un moyen biologique, légal ou autre – demandait de l’entourer d’un rempart de mensonges.

Les cow-boys de la recherche agronomique des États-unis et leurs partenaires de Delta and Pine Land Co., ainsi que Monsanto, ont heureusement dévoilé le pot-aux-roses avec leur brevet « contrôle de l’expression des gènes » de 1998. Terminator, cette méthode transgénique générique de stérilisation, est le plus grand triomphe technique de la biologie appliquée à l’agriculture. Il est aussi la plus grande faute politique que pouvaient commettre les industriels « des sciences de la vie » puisqu’il révélait le secret le mieux gardé de la biologie appliquée à l’agriculture : la loi du profit s’oppose à la loi de la vie. Et dans notre Économie, c’est la vie qui a tort. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Interdire le clonage humain ?, 2003

5 novembre 2016 Laisser un commentaire

Chacun a sa propre idée de l’éthique. Les laboratoires pharmaceutiques consacrent le tiers de leur chiffre d’affaires au marketing, à transformer les médecins en « prescripteurs » et, par là même, nos cotisations en profits records (17% sur les ventes contre 2,7% pour les constructeurs automobiles). L’éthique démocratique voudrait que nous ayons le choix de consacrer notre argent à sauver des millions de vies ou à enrichir actionnaires et dirigeants d’entreprises aux revenus obscènes. L’éthique officielle défend l’amiante et les chimères génétiques brevetées baptisées OGM, discute sans fin de savoir quand des cellules deviennent une personne, et a une tâche des plus urgente : faire du clonage reproductif humain un « crime contre l’espèce humaine ». Pourquoi cette hâte ? Lire la suite…

André Pichot, Biologie et société, 2010

Dans la série Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter une conférence d’André Pichot, historien de la biologie, sur le thème « Biologie et société, de la bio-sociologie à la socio-biologie, et retour » qu’il à donnée à Nantes en novembre 2010. Ce retour historique sur les idées de sélection naturelle (Darwin) et d’hérédité montre à quel point elles sont traversées par des éléments et des notions empruntés au domaine social et politique. Il n’est pas étonnant qu’elles aient servi, en retour, à justifier et à naturaliser le fonctionnement des sociétés dont elles sont issues comme avec le darwinisme social et l’eugénisme. André Pichot décortique cet extraordinaire embrouillamini de science et d’idéologie qui est encore d’actualité aujourd’hui.

Ci-dessous un extrait de cette conférence:

Biologie et société

Les problèmes dont je vais vous parler sont compliqués. Pas compliqués intellectuellement, mais parce qu’ils sont entremêlés et que l’on ne sait jamais précisément de quoi on parle. C’est ce que j’appelle de la tératologie épistémologique, c’est-à-dire des monstruosités scientifiques, des productions scientifiques qui sont absolument monstrueuses d’un point de vue épistémologique. Lire la suite…

Richard C. Lewontin, Les causes et leurs effets, 1991

17 février 2016 Laisser un commentaire

« Il faudra que certains aient le courage d’intervenir sur la lignée germinale [humaine] sans être sûrs du résultat. De plus, et personne n’ose le dire, si nous pouvions créer des êtres humains meilleurs grâce à l’addition de gènes (provenant de plantes ou d’animaux), pourquoi s’en priver ? Où est le problème ? »

Déclaration de James Watson,
– codécouvreur de la structure en double hélice de l’ADN en 1953 –
lors d’une conférence à l’université de Californie en 1998.

Ce qui suit est un ensemble d’extraits adaptés et commentés du chapitre III (Causes and their effects) du livre de Richard C. Lewontin, Biology as Ideology, the doctrine of DNA (1991). Les passages que nous avons réécrits, parce que Lewontin considère que son lecteur possède déjà des connaissances en biologie, sont entre points (•…•) et les commentaires que nous avons ajoutés, parce qu’il ne va pas toujours au bout de ses raisonnements, sont entre crochets et en italiques ([…]) ; toutes les notes de bas de page ont été ajoutées par nous. Lewontin, en tant que scientifique, emploie le “nous” pour parler des travaux et des activités des chercheurs. Dans nos commentaires et nos corrections, notre point de vue étant différent, nous avons employé d’autres tournures. Lire la suite…

Lettre ouverte à Emmanuelle Charpentier

15 octobre 2015 Laisser un commentaire

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Il y a trois ans, les scientifiques Emmanuelle Charpentier (France) et Jennifer Doudna (USA) ont découvert une molécule capable de remplacer facilement des séquences d’ADN, y compris sur les cellules reproductrices. Avec l’enzyme CRISPR-Cas9, modifier l’ADN de n’importe quel être vivant devient presque aussi simple qu’un copier-coller.

En avril 2015, un groupe de chercheurs chinois annonce avoir réalisé des essais sur des embryons humains, dans le but de réparer le gène responsable d’une maladie sanguine héréditaire. Cependant, les résultats se sont avérés peu concluants. Sur 86 embryons, l’enzyme CRISPR-Cas9 n’aurait permis de remplacer le gène défaillant que dans quelques cas, et des mutations inattendues se sont produites. C’est pour cela que cette expérience a été arrêtée. Lire la suite…

Adolf Portmann, Les bases biologiques d’un nouvel humanisme, 1951

6 octobre 2015 Laisser un commentaire

Parler d’humanisme de nos jours ne signifie ni un nouvel accord sur l’idée de l’humanité ni une nouvelle floraison de l’idéal classique qui, il y a des siècles, lui a donné ce nom. Au contraire, ce mot humanisme, qui rappelle de grandes victoires de la pensée, doit prêter de nos jours la grandeur de son passé aux systèmes les plus contradictoires de la philosophie actuelle. Que ce soit la pensée chrétienne, celle de l’existentialisme ou celle du marxisme, elles empruntent toutes le même terme et se donnent souvent pour les vraies héritières de la lignée des humanismes.

Cette diversité des idées que les humains se font actuellement de l’Homme et de sa destinée est d’autant plus tragique qu’elle se manifeste à une époque où les groupements les plus variés se rencontrent et se heurtent, poussés par leur croissance en nombre aussi bien que par leur extension dans l’espace. La diversité se manifeste tant dans l’ordre économique que dans celui des idées ; elle est à la base des conflits et des problèmes de suprématie qui caractérisent notre époque. Plus encore, la division des idées concernant notre nature humaine sépare les hommes d’un même pays, d’une même famille, et ronge la conscience de l’individu qui devient le terrain de cette lutte. Lire la suite…

Roger Alfred Stamm, L’intériorité, dimension fondamentale de la vie, 1999

28 septembre 2015 Laisser un commentaire

La question « qu’est-ce que la vie ? »

Supposons que soit posée la question « qu’est-ce que la vie ? ». Nous espérons trouver une réponse dans un manuel de biologie. Mais, voilà qu’à notre grande surprise nous constatons que le mot « vie » ne figure pas dans l’index. Manifestement, les auteurs ont estimé que celui qui veut savoir ce qu’est la vie n’a qu’à étudier tout le livre. La réponse viendra d’elle-même lorsqu’il se sera fait une idée complète des structures et fonctions qui constituent un organisme. C’est la raison pour laquelle on ne trouvera pas non plus, à la fin du livre, de synthèse rassemblant tout le contenu en une formule et donnant la réponse à notre question. Le scientifique n’en voit pas la nécessité.

A l’époque où j’ai fait mes études, et où j’ai eu Portmann comme professeur, la plupart des manuels contenaient, dans leur introduction, une liste des caractères de la vie. On trouvait par exemple :

« Êtres vivants (organismes) qui apparaissent toujours comme des individus, peuvent être distingués des choses inanimées sur base des propriétés typiques suivantes sur l’ensemble desquelles reposent les performances de la vie  : composition chimique particulière, formation à partir de cellules, métabolisme, excitabilité et performances psychiques, systèmes de régulation, hérédité, développement individuel, évolution. » [1]

C’est ce que nous appelons les systèmes fonctionnels.

Portmann critiquait cette manière de procéder. Celui qui n’envisage qu’une suite de fonctions particulières, disait-il, perd de vue le tout, alors que notre expérience immédiate de la vie est une rencontre avec un être vivant, plante, animal, être humain, dans sa manifestation immédiate, c’est-à-dire totale. Et c’est également en tant que totalité, en tant qu’individu (du latin in-dividuus = non-divisé) que l’organisme est en relation avec l’environnement. Tous les aspects particuliers qu’envisage le scientifique sont des parties, des fragments. On ne peut comprendre leur rôle qu’en les mettant en rapport avec le tout, car c’est seulement ainsi qu’ils sont réellement vivants et non pas en étant isolés sous la forme d’une préparation microscopique ou chimique. Lire la suite…

D. Nelkin et S. Lindee, Du gène comme icône culturelle, 1998

4 juillet 2015 Laisser un commentaire

Les gènes ont envahi films, magazines, talk-shows, feuilletons, romans et sites Internet. Du gène du divorce à celui de l’homosexualité, du crime ou de l’échec professionnel, les représentations populaires façonnent en silence notre univers mental. Fini le libre arbitre et la responsabilité morale, plus besoin de programmes d’aide sociale, terminé le débat sur l’éducation puisque nos comportements et nos capacités, disent en filigrane ces messages, seraient guidés par une constitution innée, un caractère inaltérable, une sorte de justice biologique immuable. Pourquoi l’image de l’homme prisonnier de son ADN est-elle aujourd’hui tellement à la mode ? Lire la suite…

André Pichot, La génétique, aspects épistémologiques et historiques, 2005

18 juin 2015 Laisser un commentaire

La notion de gène, omniprésente dans la biologie contemporaine, compte parmi les plus mal définies de cette discipline, et le flou de sa définition n’est pas pour rien dans les abus qui en sont faits. Tout comme celle (connexe) d’hérédité [1], cette notion est loin d’être claire et évidente, contrairement à ce que pourrait suggérer la facilité avec laquelle on en use et mésuse.

Sa genèse n’est pas facile à retracer. Les textes afférents sont d’une prolixité décourageante (par exemple, la traduction anglaise de Die Mutationstheorie de De Vries compte près de 1300 pages [2] ; celle de Das Keimplasma de Weismann, presque 500, mais en tous petits caractères [3]) ; et les quelques éléments que la postérité a retenus y sont perdus au milieu d’infinies controverses aujourd’hui sans signification. Ils sont difficiles à lire, d’une part à cause de la nature des problèmes abordés et de la manière dont ils sont abordés, d’autre part en raison de la multiplicité des thèses qui interfèrent et se contredisent souvent.

Ces ouvrages sont censés fonder la modernité en biologie, mais plus personne ne les lit et on ne s’y réfère que sur un mode incantatoire, comme à de vagues déités qu’il convient de révérer. La plupart ont un petit air monomaniaque ; chacun y va de sa construction intellectuelle où le manque d’arguments solides est compensé par une multitude d’anecdotes illustrant le propos plus qu’elles ne l’étayent.

Cette prolixité, cette insuffisance des fondements et la multiplicité des théories concurrentes sont autant de symptômes de la difficulté qu’il y eut à élaborer une notion de gène. En fait, celle-ci se dégagera peu à peu, tant bien que mal, et gardera toujours l’aspect composite d’une construction bancale, faite de bric et de broc, se prêtant mal à la théorisation et à la définition. S’il est une histoire peu linéaire et mêlant les thèses les plus hétéroclites, c’est bien la sienne. Lire la suite…