Radio: Atelier Paysan, La technoscience contre l’agriculture paysanne, 2019

Durant l’automne 2019, l’Atelier paysan, coopérative d’auto-construction de matériel agricole, a organisé une tournée de soirées-débats sur le thème « La technologie va-t-elle sauver l’agriculture ? La place de la machine dans l’autonomie paysanne » pour rencontrer localement les paysans et paysannes et prendre connaissance du poids et des impacts des machines, des robots, de l’informatique et des biotechnologies sur les vies des paysans et paysannes, sur l’environnement comme sur l’ensemble du modèle alimentaire. […]

Dans la série Racine de Moins Un, voici la troisième émission réalisée à partir de ces enregistrements (les deux précédentes) :

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Jean-Pierre Berlan – La technoscience contre l’agriculture paysanne

Le cas du maïs hybride : un mensonge historique des agronomes

L’affaire Terminator et la contestation des OGM ont révélé au grand public que les grands semenciers sont prêts à tout pour empêcher les agriculteurs d’utiliser le grain qu’ils récoltent. Mais pour Jean-Pierre Berlan, ancien économiste de l’INRA, cette confiscation du vivant à des fins de profit ne date pas d’hier.

Dans La Planète des clones, il montre que la grande innovation agronomique du XXe siècle, le maïs hybride, relève de la même logique : faire croire que les semences mises au point par des chercheurs sont plus productives que le grain récolté dans les champs. Ce livre se lit comme une enquête policière et démasque l’imposture du progrès le plus célébré de la science agronomique. Lire la suite »

Barbara Duden, Le gène au quotidien, 2009

Du pouvoir de coercition du « gène » sur les représentations du Moi et du Toi, sur l’hérédité, la parenté et l’avenir

 

En peu d’années, le terme de gène a acquis droit de cité dans la langue courante. Il remue les sensibilités, détermine des comportements, est devenu un mot-choc à l’Église, dans les journaux et les débats de l’Assemblée Nationale. Quant à nous qui sommes, l’une historienne du sens commun [Babara Duden], l’autre généticienne de l’humain formée en sciences sociales [le document original ne permet pas d’identifier cette seconde auteure, peut-être la traductrice Nicole Papaloïzos ; NdE], nous nous sommes demandé ce que le mot signifie, prescrit et provoque dans la conversation familière ou publique, car tout se passe comme si le terme de « gène », initialement terminus technicus d’une discipline scientifique particulière – ce qui est à discuter –, était sorti de sa cage et revendiquait de dire son mot sur tout ce que sont les hommes et les femmes, qui ils sont et ce qui est bon pour eux. Le « gène » en est venu à affecter toutes les représentations et perceptions du Moi, du Toi et du Prochain, à prétendre nous renseigner sur notre hérédité, le genre de maladies que l’avenir nous tiendrait en réserve, notre destin. Le « gène » est en passe de devenir la grande réponse à toute question sur l’ « être humain ».

Mais cette façon qu’ont « les gènes » d’avoir réponse à tout laisse sans réponse une question essentielle : quel est son rapport avec le sens commun ? Ce questionnement doit être mené dans la langue du vécu quotidien. On ne peut pas abandonner ce débat si nécessaire à des experts, car il s’agit d’une question dont les implications éthiques sont fondamentales. Il est donc décisif de savoir ce qu’on entend, au quotidien, par le mot « gène ». Aussi, nous nous sommes attachées à dégager ses significations dans la langue quotidienne, autrement dit, à clarifier les conséquences sociales de la compréhension populaire du « gène » et de la « génétique ». Lire la suite »

Jean-Pierre Berlan, De l’agronomie mercenaire à l’agronomie libératrice, 2011

Résumé

Depuis la révolution industrielle, le sélectionneur s’efforce de remplacer les variétés paysannes par des copies d’une plante sélectionnée, que le terme « clone » désigne de façon adéquate. Les lignées des XIXe et XXe siècles sont des clones homozygotes ; les hybrides du XXe siècle sont des clones hétérozygotes ; les OGM sont des clones pesticides brevetés. Cette dévotion à la sélection-clonage applique au vivant les principes industriels de l’uniformité et de la standardisation. Du certificat d’obtention au brevet en passant par les hybrides que l’agriculteur ne peut re-semer, cette dévotion témoigne de l’objectif du sélectionneur, à savoir séparer la production de la reproduction. Comme il y a toujours un gain à remplacer une variété de « n’importe quoi » par des copies du « meilleur n’importe quoi » extrait de la variété, aucune justification n’est nécessaire. Ainsi, les débats interminables sur l’hétérosis qui, selon les généticiens, justifie le recours aux hybrides, sont une mystification destinée à naturaliser ce but mortifère.

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Jean-Pierre Berlan, From a Mercenary to an Emancipated Agronomy, 2011

Abstract

Since the Industrial Revolution, plant breeders have strived to replace farm varieties with “copies” of selected plants that can be fittingly called “clones.” “Pure lines” of wheat, barley, and other autogamous species are homozygous clones, twentieth-century maize “hybrids” (and other allogamous species) are heterozygous clones, while GMOs are patented pesticide clones. This devotion to cloning is founded: a) on logic since there is always a gain to be made from replacing any particular variety with all its diversity with copies of the “best” selected plant extracted from the variety; b) on the industrial principles of uniformity, standardization, and normalization; and c) on the drive for property rights. Pure lines, being homogenous and stable, are legally protected by a “breeder’s certificate.” “Hybrids” carry a built in biological breeder’s protection device since farmers have to buy back their seeds every year and GMOs are legally protected by patents. Since cloning rests on an irrefutable logical principle, it requires no justification. The endless debates about heterosis which, according to geneticists, makes it necessary to “hybridize” maize are, then, a smokescreen to conceal the first success of the historical drive to make reproduction a privilege.

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Jean-Pierre Berlan, Brevet du vivant: progrès ou crime?, 2001

« Les monstres existent. Mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux. Plus dangereux sont les fonctionnaires prêts à croire et à agir sans poser de questions. »

Primo Levi

Le 17 juillet 1997, lors de la première discussion de la directive européenne 98/44 de « brevetabilité des inventions biotechnologiques », les parlementaires furent accueillis à Strasbourg par une manifestation de handicapés, vêtus par le cartel des industriels des « sciences de la vie » de maillots jaunes portant l’inscription Patents for life, « des brevets pour la vie ». La protection de nos inventions est nécessaire, expliquaient ces philanthropes, pour débarrasser l’humanité des fléaux de la faim et de la maladie [1]. La Commission et les gouvernements faisaient leurs ces assertions sans examiner si le brevet avait ou pouvait avoir un effet incitateur sur l’innovation.

Pourtant, aucune étude économique empirique n’a réussi à démontrer l’effet incitateur du brevet sur l’innovation, effet postulé par le bon sens à quoi se réduit ici la théorie économique. Et lorsqu’un effet a pu être mis en évidence, il était inverse. Ce paradoxe s’éclaire si l’on replace le brevet actuel dans son contexte historique, celui de l’économie concurrentielle du XIXe siècle et du libéralisme qui en est la traduction théorique et politique. Peut-être a-t-il pu jouer alors un rôle incitateur par sa disposition clé, l’exigence de rendre publique l’invention en échange du monopole (anathème pour tout libéral) temporaire conféré à l’inventeur. En sortant de la protection par le secret, le brevet stimule la concurrence entre inventeurs, laquelle subvertit la protection que confère le brevet et contribue au progrès technique. Ce brevet-concurrence est, on le voit, une construction subtile dans le droit fil de la conception libérale qui fait de la concurrence le principe régulateur d’une société d’individus égoïstes. L’inventeur est ainsi conduit « par une main invisible à promouvoir une fin qui n’est aucunement dans ses intentions » [2]. Lire la suite »

Jean-Pierre Berlan, Brevet du vivant et modernité, 2004

Jean-Pierre Berlan, directeur de recherche à l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), dénonce le pillage et la marchandisation des ressources génétiques de la planète opérés par les États-Unis et l’Europe.

L’article 4 alinéa 1 de la directive européenne 98/44 sur la « brevetabilité des inventions biotechnologiques » indique que « les variétés végétales et les races animales ne sont pas brevetables ». L’alinéa 2 dit le contraire :

« Les inventions portant sur des végétaux ou des animaux dont l’application n’est pas techniquement limitée à une variété végétale ou à une race animale sont brevetables. »

Tout ce qui est transgénique est brevetable, puisque la transgénèse, par définition, ne connaît pas de barrière.Lire la suite »

Françoise Collin, La fabrication des humains, 1987

« Les bébés-éprouvette », « les mères porteuses » ; ce sont ces formules qui ont fait et continuent de faire choc, sans que la complexité de ce qu’elles recouvrent soit toujours perçue. Elles répandent dans le grand public l’idée d’un pouvoir quasi magique de la science, mais aussi du caractère exceptionnel de ses applications à des cas de stérilité. Après tout, la vie continue, et les bonnes vieilles « techniques » de reproduction continuent à faire recette.

La nouveauté des « nouvelles techniques de reproduction » ce n’est pas seulement qu’elles séparent sexualité et reproduction, ni qu’elles divisent et répartissent les différents éléments et les différents moments de la reproduction, mais aussi et surtout qu’elles peuvent isoler, hors de toute personne, le moment de la fécondation et celui des premiers stades de l’embryon de telle sorte qu’il s’agit d’une opération technique de laboratoire ayant pour objet un matériau vivant parmi d’autres, susceptible de manipulations et de transformations. La fécondation in vitro, dissimulée sous les pratiques de fécondation assistée, est le point focal qui transforme l’imaginaire de la reproduction. La reproduction devient production du vivant, avec tout ce que la production comporte d’instrumentalisation. Nous avions ou faisions des enfants : nous produisons des gènes et des cellules, de qualité évaluable. Lire la suite »

Recension: A. Pichot, Histoire de la notion de gène, 1999

André Pichot,
Histoire de la notion de gène,
éd. Flammarion, coll. Champ, 1999.

 

Le concept de gène, gros d’une dimension à la fois virtuelle et effective, a mûri longuement, et mûrit encore. Cette Histoire l’ignore et tombe à plat.

Sous le prétexte que la notion de gène et celle d’hérédité ne se présentent pas d’une manière simple à comprendre et univoque, André Pichot en propose une histoire qui tient plutôt du réquisitoire et où le jugement de valeur sans fondement tient lieu d’examen rigoureux des faits. Lire la suite »

André Pichot, La valeur médicale de la génétique est surestimée, 2000

L’historien des sciences rédige un ouvrage pamphlet dans lequel il s’en prend à l’enthousiasme démesuré provoqué par la biologie moléculaire

Agacé. André Pichot, historien des sciences – des «concepts scientifiques» – et chercheur au CNRS (Centre national français de recherche scientifique), s’énerve contre l’émerveillement des biologistes, du public et des journalistes pour la génétique. Gène de ceci, gène de cela, prédisposition génétique pour telle maladie, thérapie génique contre telle autre affection… Les chercheurs inondent les plages d’actualité avec leurs découvertes, les journalistes les répercutent allègrement et le public tente de suivre tant bien que mal, nourri des espoirs les plus fous. Cet enthousiasme général, selon André Pichot, friserait la naïveté et l’aveuglement coupable, il ne serait pas sans rappeler la mouvance scientiste du XIXe et du début du XXe siècle. Une époque qui a vu se développer et s’appliquer l’eugénisme et les théories «scientifiques» du racisme.

Son dernier livre, La Société pure, de Darwin à Hitler, a pour objectif de rafraîchir la mémoire collective sur des événements pas si anciens. Pour éviter, avec un peu de chance, que certaines erreurs ne se répètent. Lire la suite »