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Posts Tagged ‘idéologie scientifique’

Jean-Baptiste Fressoz, Les «bébés éprouvettes» de 1800, 2016

9 novembre 2019 Laisser un commentaire

Enfants trouvés et expérimentation humaine
aux débuts de la vaccination en France

 

Résumé

Il y eut aux origines de la vaccination antivariolique (1800) une modification profonde du rôle de l’expérimentation humaine en médecine. Autrefois adossée au pouvoir de vie et de mort du souverain, l’expérimentation s’est banalisée dans les hospices des enfants trouvés. Ces derniers servirent à la fois de terrain d’expérimentation et de moyen de production : pour conserver et transmettre le virus protecteur, les médecins durent organiser des chaînes vaccinales. Tout au long du XIXe siècle, les enfants trouvés en constituèrent les maillons indispensables. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, De l’agronomie mercenaire à l’agronomie libératrice, 2011

30 octobre 2019 Laisser un commentaire

Résumé

Depuis la révolution industrielle, le sélectionneur s’efforce de remplacer les variétés paysannes par des copies d’une plante sélectionnée, que le terme « clone » désigne de façon adéquate. Les lignées des XIXe et XXe siècles sont des clones homozygotes ; les hybrides du XXe siècle sont des clones hétérozygotes ; les OGM sont des clones pesticides brevetés. Cette dévotion à la sélection-clonage applique au vivant les principes industriels de l’uniformité et de la standardisation. Du certificat d’obtention au brevet en passant par les hybrides que l’agriculteur ne peut re-semer, cette dévotion témoigne de l’objectif du sélectionneur, à savoir séparer la production de la reproduction. Comme il y a toujours un gain à remplacer une variété de « n’importe quoi » par des copies du « meilleur n’importe quoi » extrait de la variété, aucune justification n’est nécessaire. Ainsi, les débats interminables sur l’hétérosis qui, selon les généticiens, justifie le recours aux hybrides, sont une mystification destinée à naturaliser ce but mortifère.

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Jean-Pierre Berlan, From a Mercenary to an Emancipated Agronomy, 2011

30 octobre 2019 Laisser un commentaire

Abstract

Since the Industrial Revolution, plant breeders have strived to replace farm varieties with “copies” of selected plants that can be fittingly called “clones.” “Pure lines” of wheat, barley, and other autogamous species are homozygous clones, twentieth-century maize “hybrids” (and other allogamous species) are heterozygous clones, while GMOs are patented pesticide clones. This devotion to cloning is founded: a) on logic since there is always a gain to be made from replacing any particular variety with all its diversity with copies of the “best” selected plant extracted from the variety; b) on the industrial principles of uniformity, standardization, and normalization; and c) on the drive for property rights. Pure lines, being homogenous and stable, are legally protected by a “breeder’s certificate.” “Hybrids” carry a built in biological breeder’s protection device since farmers have to buy back their seeds every year and GMOs are legally protected by patents. Since cloning rests on an irrefutable logical principle, it requires no justification. The endless debates about heterosis which, according to geneticists, makes it necessary to “hybridize” maize are, then, a smokescreen to conceal the first success of the historical drive to make reproduction a privilege.

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Bertrand Louart, La collapsologie : start-up de l’happy collapse, 2019

2 octobre 2019 5 commentaires

L’avenir était quand même mieux
avant la fin du monde

Publié en 1972, le rapport du Club de Rome, groupe informel et international composé d’éminents hommes d’affaires, de dirigeants et de scientifiques, intitulé Les Limites à la croissance [1] anticipait à l’aide de simulations informatiques les problèmes que posait une croissance économique et démographique sur une planète aux ressources limitées. Il préconisait de « stabiliser » la croissance afin de préserver le système économique mondial d’un effondrement. Il fut par la suite à l’origine du concept de « développement durable » (sustainable development) qui cherche à concilier les aspects économiques, sociaux et environnementaux de l’expansion marchande. Autant essayer de préserver la chèvre et le chou ou le loup et l’agneau des fables de La Fontaine ! Denis Meadows, 40 ans plus tard, a bien été obligé d’admettre que tout a continué. Seuls les discours ont changé, faisant passer pour « écologiques » les nouveaux secteurs industriels qui ont émergé suite à la prise en compte des diverses nuisances générés lors des « Trente Glorieuses » [2].

La Collapsologie, « science de l’effondrement » (collapse en anglais) prétend maintenant élever la prophétie de l’effondrement de la société industrielle à la dignité d’une discipline académique. En France, Pablo Servigne et ses collègues [3] (ci-après désignés par Servigne & Co) sont en quelque sorte devenus les prophètes de cette prospective qui se veut scientifique.

« La collapsologie est l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus. » (2015, p. 253)

Depuis ce livre, Servigne multiplie conférences, articles, interviews, plateaux télé et radio et autres interventions sur Internet pour porter partout la bonne parole de l’effondrementalisme [4]. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, La planète des clones, 2019

27 août 2019 Laisser un commentaire

Ci-dessous quelques extraits de l’introduction du dernier livre de Jean-Pierre Berlan, ancien ingénieur agronome et économiste à l’INRA.

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Les êtres vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement.

Le principe de la Vie s’oppose donc à la poursuite du Profit.

La Vie existe par la singularité de chaque organisme, tandis que l’industrie s’impose par l’uniformité des marchandises.

Pour le capitalisme industriel, la Vie est donc doublement sacrilège.

Depuis la Révolution industrielle, réparer ce double sacrilège est une tâche essentielle des sciences agronomiques et de sa discipline phare, la sélection – devenue « amélioration génétique ». Cet ouvrage vise à montrer qu’en dépit des désastres qui s’accumulent en matière d’agriculture, d’alimentation et de santé, cette tâche s’impose si impérieusement aux scientifiques qu’elle leur enlève tout esprit critique. Lire la suite…

Atecopol, Lettre de chercheur.es aux jeunes et moins-jeunes, 2019

4 avril 2019 Laisser un commentaire

S’il fallait reconnaître un mérite à la catastrophe annoncée que constitue le réchauffement climatique, c’est celui de rendre inévitablement politique la question de notre environnement et de nos modes de vie. Alors que la tradition universitaire française et probablement mondiale voudrait que seules les sciences sociales se mêlent aux débats de société, de plus en plus de chercheurs en sciences dites « dures » rentrent dans la mêlée.

Nous publions ici une tribune émanant de plusieurs chercheurs participant à un Atelier d’écologique politique (Atecopol), communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques. Dans l’objectif de tisser des liens entre des connaissances dispersées et de réfléchir à la façon de les partager avec l’ensemble de la société, afin d’oeuvrer avec elle aux moyens de réorienter notre trajectoire en changeant en profondeur les modes de fonctionnement socio-économiques actuels. Lire la suite…

Recension: A. Pichot, Histoire de la notion de gène, 1999

17 février 2019 Laisser un commentaire

André Pichot,
Histoire de la notion de gène,
éd. Flammarion, coll. Champ, 1999.

 

Le concept de gène, gros d’une dimension à la fois virtuelle et effective, a mûri longuement, et mûrit encore. Cette Histoire l’ignore et tombe à plat.

Sous le prétexte que la notion de gène et celle d’hérédité ne se présentent pas d’une manière simple à comprendre et univoque, André Pichot en propose une histoire qui tient plutôt du réquisitoire et où le jugement de valeur sans fondement tient lieu d’examen rigoureux des faits. Lire la suite…

André Pichot, La valeur médicale de la génétique est surestimée, 2000

17 février 2019 Laisser un commentaire

L’historien des sciences rédige un ouvrage pamphlet dans lequel il s’en prend à l’enthousiasme démesuré provoqué par la biologie moléculaire

Agacé. André Pichot, historien des sciences – des «concepts scientifiques» – et chercheur au CNRS (Centre national français de recherche scientifique), s’énerve contre l’émerveillement des biologistes, du public et des journalistes pour la génétique. Gène de ceci, gène de cela, prédisposition génétique pour telle maladie, thérapie génique contre telle autre affection… Les chercheurs inondent les plages d’actualité avec leurs découvertes, les journalistes les répercutent allègrement et le public tente de suivre tant bien que mal, nourri des espoirs les plus fous. Cet enthousiasme général, selon André Pichot, friserait la naïveté et l’aveuglement coupable, il ne serait pas sans rappeler la mouvance scientiste du XIXe et du début du XXe siècle. Une époque qui a vu se développer et s’appliquer l’eugénisme et les théories «scientifiques» du racisme.

Son dernier livre, La Société pure, de Darwin à Hitler, a pour objectif de rafraîchir la mémoire collective sur des événements pas si anciens. Pour éviter, avec un peu de chance, que certaines erreurs ne se répètent. Lire la suite…

Radio: Céline Lafontaine, La bioéconomie, stade ultime du capitalisme, 2014

6 août 2018 Laisser un commentaire

Dans son livre Le Corps-Marché, la sociologue québequoise Céline Lafontaine, professeure à l’université de Montréal, dénonce la “bioéconomie”, une économie fondée sur la marchandisation du corps.

S’attachant en particulier à l’industrie biomédicale, Céline Lafontaine délivre une enquête documentée et pragmatique sur les enjeux de la bioéconomie. Elle éclaire les règles d’un marché mondialisé du corps humain, dont les éléments (sang, ovules, cellules, tissus…) sont de plus en plus marchandisés, comme dans l’industrie de la procréation. Par-delà les clivages éthiques que tous ces débats suscitent entre les citoyens – par exemple au sujet de la gestation pour autrui –, elle consigne précisément les enjeux réels de cette bioéconomie souveraine. Un éclairage à partir duquel les positions éthiques de chacun peuvent s’ajuster en fonction de plusieurs conceptions possibles de la liberté et de l’égalité… Lire la suite…

André Pichot, Sur la notion de race, 2018

21 juillet 2018 Laisser un commentaire

La Commission des Lois de l’Assemblée Nationale vient de voter la suppression du mot « race » de la Constitution, avec des justifications pour le moins bizarres, et notamment avec la reprise du débat à répétitions sur l’existence ou l’inexistence des races 1. Ce qui appelle quelques commentaires. Lire la suite…