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Posts Tagged ‘idéologie scientifique’

Radio : Julien Mattern, Le mythe du progrès en sociologie, 2016

Pour Julien Mattern, Maître de conférences en sociologie à l’Université de Pau, « l’idée que jusque dans les années 1980, la société occidentale était dans une forme d’extase progressiste est une idée reconstruite ». En effet, dès le XIXe siècle, les sociologues classiques constatent les effets néfastes du progrès tout en se résignant à l’embrasser.

Ce rapport paradoxal de la sociologie au progrès est illustré par la pensée d’Émile Durkheim : alors que ce sociologue français de la seconde moitié du XIXe siècle observe l’explosion du taux de suicides à son époque, il établit que le progrès est une loi de la nature qui s’impose aux hommes. Si le présent semble si chaotique, c’est parce que le monde est en transition. De même, Georges Friedmann, sociologue du XXe siècle, déplore la perte de contact avec la Nature, même s’il juge lui aussi qu’elle est inéducable. Lire la suite…

Thierry Ribault, Contre la résilience, 2021

5 avril 2021 Laisser un commentaire

À Fukushima et ailleurs

deux interviews

 

La résilience entend nous préparer au pire sans jamais en élucider les causes

 

Alors que le projet de loi Climat et résilience est examiné à l’Assemblée nationale, le chercheur en sciences sociales Thierry Ribault se livre à une critique virulente de la « technologie du consentement » visant, selon lui, à rendre acceptable le désastre par tous.

 

Face à l’épidémie de Covid-19, au changement climatique ou au terrorisme, la société française est invitée à renforcer sa résilience. Dix ans après la catastrophe de Fukushima et l’adoption par le Japon d’un plan de « résilience nationale », l’Assemblée nationale examine le projet de loi Climat et résilience.

Chercheur en sciences sociales au CNRS, coauteur avec Nadine Ribault des Sanctuaires de l’abîme. Chronique du désastre de Fukushima (L’Encyclopédie des nuisances, 2012), Thierry Ribault vient de publier Contre la résilience. A Fukushima et ailleurs (éd. L’Echappée). Une critique radicale d’un concept qu’il décrit à la fois comme une idéologie de l’adaptation et une technologie du consentement qui vise à rendre acceptable le désastre en évitant de nous interroger sur ses causes. Lire la suite…

Michel Barrillon, L’abolition de la condition humaine, 2017

1 février 2021 Laisser un commentaire

de Bernal à Kurzweil

 

« Une humanité qui traite le monde comme “un monde bon à jeter” se traite elle-même comme “une humanité bonne à jeter” ».

Günther Anders [1]

Dans le dernier chapitre de L’immatériel où il envisage comme futur possible l’avènement d’« une civilisation posthumaine », André Gorz illustre son propos en faisant notamment référence à un savant britannique, John Desmond Bernal, qui, des progrès technologiques alors en cours, avait auguré la création d’un être plus tout à fait humain dont le cerveau fonctionnerait « détaché du corps » [2]. Une perspective aussi fantasque inviterait à douter du sérieux de son auteur si Gorz ne le présentait comme un « biologiste […] qui contribua de façon décisive à comprendre la structure moléculaire de l’ADN » (Ibidem, p. 121). C’était en réalité un physicien ; la méprise de Gorz se comprend dans la mesure où les travaux de Bernal ont ouvert la voie à la biologie moléculaire, et où il s’est intéressé, en physicien, à la vie et à son origine.

J. D. Bernal, l’apostat

John Desmond Bernal (1901-1971) ne jouit sans doute pas de la notoriété publique des savants du XXe siècle qui, par leurs découvertes scientifiques majeures, ont marqué l’esprit de leurs contemporains, mais il n’est pas pour autant un auteur mineur : sa vie en témoigne. Il a été élu membre de la Royal Society en 1937. Durant la seconde guerre mondiale, il s’est mis au service du ministère de la Sécurité intérieure ; il a notamment démontré les avantages du port artificiel dans l’éventualité d’un débarquement. Il fut en outre membre du Parti communiste de 1923 à 1933, et ne cacha jamais sa sympathie pour le régime soviétique, ce qui, vraisemblablement, lui valut l’attribution du prix Staline de la paix en 1953. À la mort de son ami Frédéric Joliot-Curie, il assura durant quelques années la présidence du Congrès mondial de la paix. Ses amitiés politiques pouvaient à l’occasion l’amener à manquer totalement de discernement : c’est ainsi qu’il défendit, au grand dam de ses confrères occidentaux, les thèses de Lyssenko, le « biologiste » intronisé par Staline [3]Lire la suite…

Jacques Luzi, Réfractions n°44, 2020

22 décembre 2020 Laisser un commentaire

Revue Réfractions, recherches et expression anarchistes n°44,
“Avis de tempêtes : la fin des beaux jours ?”, printemps 2020.

 

Dans ce numéro, la revue Réfractions propose un ensemble de réflexions critiques sur la collapsologie (« science de l’effondrement »), qu’accompagne un texte de l’un de ses principaux promoteurs : Pablo Servigne, également auteur « historique » de la revue. Les différents ne portent pas tant sur l’inventaire des nuisances écologiques engendrées par l’industrialisme, ou sur les difficultés à surmonter (individuellement et collectivement) la coexistence de la catastrophe et du déni de la catastrophe, que sur la prétention d’ériger cet inventaire en prophétie scientifique « innovante », sur le déterminisme naturaliste (proche de la sociobiologie) et l’absence de mise en perspective sociohistorique (des idées et des faits), sur la réduction subséquente de la problématique du changement social à la gestion psychologique et technocratique, etc. Ce faisant, ce numéro développe un effort salutaire pour cerner ce qu’est (ou n’est pas) l’écologie politique. Lire la suite…

Barbara Duden, Le gène au quotidien, 2009

1 décembre 2020 Laisser un commentaire

Du pouvoir de coercition du « gène » sur les représentations du Moi et du Toi, sur l’hérédité, la parenté et l’avenir

 

En peu d’années, le terme de gène a acquis droit de cité dans la langue courante. Il remue les sensibilités, détermine des comportements, est devenu un mot-choc à l’Église, dans les journaux et les débats de l’Assemblée Nationale. Quant à nous qui sommes, l’une historienne du sens commun [Babara Duden], l’autre généticienne de l’humain formée en sciences sociales [le document original ne permet pas d’identifier cette seconde auteure, peut-être la traductrice Nicole Papaloïzos ; NdE], nous nous sommes demandé ce que le mot signifie, prescrit et provoque dans la conversation familière ou publique, car tout se passe comme si le terme de « gène », initialement terminus technicus d’une discipline scientifique particulière – ce qui est à discuter –, était sorti de sa cage et revendiquait de dire son mot sur tout ce que sont les hommes et les femmes, qui ils sont et ce qui est bon pour eux. Le « gène » en est venu à affecter toutes les représentations et perceptions du Moi, du Toi et du Prochain, à prétendre nous renseigner sur notre hérédité, le genre de maladies que l’avenir nous tiendrait en réserve, notre destin. Le « gène » est en passe de devenir la grande réponse à toute question sur l’ « être humain ».

Mais cette façon qu’ont « les gènes » d’avoir réponse à tout laisse sans réponse une question essentielle : quel est son rapport avec le sens commun ? Ce questionnement doit être mené dans la langue du vécu quotidien. On ne peut pas abandonner ce débat si nécessaire à des experts, car il s’agit d’une question dont les implications éthiques sont fondamentales. Il est donc décisif de savoir ce qu’on entend, au quotidien, par le mot « gène ». Aussi, nous nous sommes attachées à dégager ses significations dans la langue quotidienne, autrement dit, à clarifier les conséquences sociales de la compréhension populaire du « gène » et de la « génétique ». Lire la suite…

Jacques Grinevald, Progrès et entropie, cinquante ans après, 2000

8 octobre 2020 Laisser un commentaire

Cinquante ans après les pages célèbres de Norbert Wiener [1950, ch. 2 : “Progress and Entropy”], il me semble opportun de faire le point sur le « problème » [Adams, 1919, ch. 1] du progrès et de l’entropie [Grinevald, 1978], qui intéresse la « problématique de l’évolution » [voir “La question du progrès” dans la thèse de Meyer, 1954, p. 155-172 ; et E. O. Wiley, “Evolution, progress, and entropy”, in Nitecki (éd.), 1988, p. 275-291]. Ce débat est actuellement en pleine évolution ! Évidemment, on ne peut traiter ici que sommairement une affaire aussi complexe, difficile et controversée, et qui demanderait des détails et des arguments plus techniques, mais qui nous prendraient trop de place, et surtout pour lesquels je n’ai pas toutes les compétences requises. Il ne s’agit ici que de quelques notes à propos d’un work in progress. Lire la suite…

Pilmis & Castel, Le virus des biais, 2020

3 octobre 2020 Laisser un commentaire

Peut-on vraiment prendre au sérieux ces approches comportementalistes. Réponse aussi solide qu’argumentée de deux sociologues à travers l’analyse d’une vidéo à succès publiée sur YouTube par Olivier Sibony, professeur associé à HEC, et titrée « Biais cognitifs et crise du Covid-19 ».

Depuis sa parution sur Youtube le 7 avril 2020, la vidéo d’un séminaire en ligne d’Olivier Sibony, professeur associé à HEC, est devenue « virale » (s’agissant de la captation d’un séminaire académique d’une durée d’une heure), jusqu’à être vue près de 275 000 fois deux mois après sa mise en ligne. L’auteur a par ailleurs développé des arguments similaires dans la presse écrite (tribune dans le journal Le Monde du 25 avril 2020) ou en ligne (conférence diffusée sur la page Facebook de Boma France en partenariat avec l’édition française du Huffington Post et une série d’articles sur LinkedIn). Lire la suite…

Radio: Silvain Laurens, Militer pour la science, 2019

26 septembre 2020 Laisser un commentaire

Certains savants considèrent que la science s’arrête aux portes des laboratoires. D’autres promeuvent auprès des citoyens l’« esprit scientifique », estimant que la science est le pilier d’un espace public reposant sur la vérité. C’est à ces derniers que s’intéresse le sociologue Sylvain Laurens avec son livre Militer pour la science, les mouvements rationalistes en France (1930-2005) (éd. de l’EHESS, 2019), qui cherche à rendre compte des conditions sociales et intellectuelles de l’engagement public des savants en faveur de la science et du rationalisme, notamment avec la création de l’Union rationaliste (UR) en 1930, de l’Association Française pour l’information scientifique (AFIS) en 1968 et de la zététique dans les années 1980. Lire la suite…

Quentin Hardy et Pierre de Jouvancourt, Y a-t-il un « danger écologique » ?, 2019

3 février 2020 Laisser un commentaire

Disqualifier l’écologie et réhabiliter le progrès par l’innovation dans le champ médiatique français (2005-2017)

 

Résumé

2018 restera probablement perçue comme une année de césure dans la réception médiatique et populaire du changement climatique : certaines questions écologiques ont alors bénéficié d’un écho plus important et relativement plus rigoureux au regard des enjeux qu’elles soulèvent – même si d’immenses problèmes politiques subsistent. Dans la séquence précédente, à partir du début du siècle et jusqu’à très récemment, une grande confusion a régné autour de l’écologie, que ce soit dans l’opinion publique ou dans une partie du monde académique et journalistique. Une plongée dans les discours de plusieurs « intellectuels » médiatiques influents colportant avec obstination un discours de disqualification de l’écologie est instructive. Cette analyse permet d’aider à comprendre pourquoi ces enjeux ont été si longtemps relégués à l’arrière-plan et de montrer la forte valorisation chez ces auteurs d’une société fondée sur le principe de l’innovation infinie et de la disruption technologique. Lire la suite…

Grégoire Quevreux, Critique du darwinisme de gauche, 2015

14 janvier 2020 2 commentaires

Vouloir fonder l’action politique sur la biologie a aujourd’hui, avec raison, mauvaise presse. Il n’en fut pas toujours ainsi. La première moitié du XXe siècle a en effet vu par exemple l’adoption de lois eugénistes aux États-Unis [1], dans les pays scandinaves et, bien sûr, en Allemagne. Le racialisme, l’eugénisme et le darwinisme social nés dans le sillage des travaux de Darwin ne furent en effet pas l’apanage de quelques savants fous et extrémistes politiques, mais furent au contraire partagés par une partie importante de l’establishment intellectuel, scientifique et politique du début du XXe siècle [2]. Si l’interprétation politique de la théorie darwinienne de l’évolution caractérise ainsi surtout certains courants classiquement considérés comme de droite, il y eut des exceptions. L’anarchiste russe Pierre Kropotkine (1842-1921) proposa ainsi en 1902 de fonder la future société socialiste sur la tendance naturelle des hommes pour la coopération [3]. C’est finalement une réactualisation de ce projet que propose Peter Singer dans son livre Une gauche darwinienne [4] dont nous proposons ici une rapide lecture critique. Lire la suite…