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Posts Tagged ‘biologie’

Goulven Laurent, La Biologie de Lamarck, 1996

21 février 2019 Laisser un commentaire

I. Invention du mot Biologie,
une nouvelle science

Il est significatif que ce soit dans les toutes premières années qui ont suivi son invention de la théorie Transformisme (ou de l’Évolution), que Lamarck ait éprouvé le besoin de créer un mot nouveau pour désigner l’étude de la vie. Le rapprochement des dates de ces deux événements dans l’œuvre de Lamarck est en effet assez suggestif : 1800, première proclamation et première formulation de la théorie de la transformation des espèces ; 1801, première proposition du mot Biologie.

Lamarck avait conscience de professer une nouvelle représentation du monde animé quand il défendait sa « conclusion particulière » [1], opposée à la « conclusion admise jusqu’à ce jour », sa vision transformiste opposée à la vision fixiste et créationniste de Cuvier.

Cette vision révolutionnaire de la transformation historique des êtres vivants allait entraîner immédiatement un autre élargissement de la pensée du naturaliste. II étend sa « physique terrestre » à l’origine des êtres vivants, et, par conséquence, à celui de l’apparition de la vie elle-même sur la terre. En raccordant les êtres entre eux dans une vision de passages graduels des uns aux autres, Lamarck entrevoit en effet la possibilité de les relier, à leur base, directement avec la matière elle-même. Lire la suite…

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Recension: A. Pichot, Histoire de la notion de gène, 1999

17 février 2019 Laisser un commentaire

André Pichot,
Histoire de la notion de gène,
éd. Flammarion, coll. Champ, 1999.

 

Le concept de gène, gros d’une dimension à la fois virtuelle et effective, a mûri longuement, et mûrit encore. Cette Histoire l’ignore et tombe à plat.

Sous le prétexte que la notion de gène et celle d’hérédité ne se présentent pas d’une manière simple à comprendre et univoque, André Pichot en propose une histoire qui tient plutôt du réquisitoire et où le jugement de valeur sans fondement tient lieu d’examen rigoureux des faits. Lire la suite…

André Pichot, La valeur médicale de la génétique est surestimée, 2000

17 février 2019 Laisser un commentaire

L’historien des sciences rédige un ouvrage pamphlet dans lequel il s’en prend à l’enthousiasme démesuré provoqué par la biologie moléculaire

Agacé. André Pichot, historien des sciences – des «concepts scientifiques» – et chercheur au CNRS (Centre national français de recherche scientifique), s’énerve contre l’émerveillement des biologistes, du public et des journalistes pour la génétique. Gène de ceci, gène de cela, prédisposition génétique pour telle maladie, thérapie génique contre telle autre affection… Les chercheurs inondent les plages d’actualité avec leurs découvertes, les journalistes les répercutent allègrement et le public tente de suivre tant bien que mal, nourri des espoirs les plus fous. Cet enthousiasme général, selon André Pichot, friserait la naïveté et l’aveuglement coupable, il ne serait pas sans rappeler la mouvance scientiste du XIXe et du début du XXe siècle. Une époque qui a vu se développer et s’appliquer l’eugénisme et les théories «scientifiques» du racisme.

Son dernier livre, La Société pure, de Darwin à Hitler, a pour objectif de rafraîchir la mémoire collective sur des événements pas si anciens. Pour éviter, avec un peu de chance, que certaines erreurs ne se répètent. Lire la suite…

Céline Lafontaine, L’économie du vivant, 2015

14 février 2019 Laisser un commentaire

De la cybernétique au vivant pensé comme information

La Cause du désir : Votre premier sujet de recherche était la cybernétique. Pourriez-vous nous dire quelques mots de cette passion pour l’informationnel qui anime la science contemporaine ?

Céline Lafontaine : J’ai étudié ces questions dans mon travail de thèse. À l’époque, à la fin des années 1990, on commençait à parler de cyberespace. J’ai essayé de comprendre l’origine de cette révolution technoscientifique, et c’est ainsi que je suis remontée à la cybernétique. Très peu de gens s’y intéressaient alors, parce que la discipline cybernétique a disparu au tournant des années 1980, tout le monde étant devenu cybernéticien. Cette science a perdu sa crédibilité du fait d’un trop grand engouement. Lire la suite…

Georges Canguilhem, La monstruosité et le monstrueux, 1962

23 décembre 2018 Laisser un commentaire

L’existence des monstres met en question la vie quant au pouvoir qu’elle a de nous enseigner l’ordre. Cette mise en question est immédiate, si longue qu’ait été notre confiance antérieure, si solide qu’ait été notre habitude de voir les églantines fleurir sur l’églantier, les têtards se changer en grenouilles, les juments allaiter les poulains, et d’une façon générale, de voir le même engendrer le même. Il suffit d’une déception de cette confiance, d’un écart morphologique, d’une apparence d’équivocité spécifique, pour qu’une crainte radicale s’empare de nous. Soit pour la crainte, dira-t-on. Mais pourquoi radicale ? Parce que nous sommes des vivants, effets réels des lois de la vie, causes éventuelles de vie à notre tour. Un échec de la vie nous concerne deux fois, car un échec aurait pu nous atteindre et un échec pourrait venir par nous. C’est seulement parce que, hommes, nous sommes des vivants qu’un raté morphologique est, à nos yeux vivants, un monstre. Supposons-nous pure raison, pure machine intellectuelle à constater, à calculer et à rendre des comptes, donc inertes et indifférents à nos occasions de penser : le monstre ce serait seulement l’autre que le même, un ordre autre que l’ordre le plus probable. Lire la suite…

Francis Hallé, Des feuilles souterraines ?, 2009

4 août 2018 Laisser un commentaire

Fin du XVIIIe siècle. Le grand botaniste Goethe découvre que les plantes sont faites de trois types d’organes, d’abord les tiges, puis les feuilles, portées par les tiges et spécialisées dans les échanges avec le milieu, et enfin, les racines qui assurent la fixation au sol. Ces organes sont-ils peu nombreux ? On a une petite herbe, primevère, violette ou œillet. Se répètent-ils en très grand nombre ? Cela permet la croissance des arbres, hêtre, manguier ou séquoia. Ce que disait Goethe reste valable aujourd’hui : si vaste et complexe que puisse être la structure d’une plante, il est toujours possible de la résoudre en trois constituants – pas un de plus –, tiges, feuilles et racines. Même les fleurs et les fruits n’y échappent pas !

Fin du XXe siècle. Une idée presque incroyable se fait jour, à laquelle l’auteur de Faust aurait eu bien du mal à adhérer. Les travaux de nombreux chercheurs, botanistes et paléobotanistes, forestiers et agronomes, convergent vers ce résultat surprenant : les racines, elles aussi, portent des feuilles ! Des feuilles souterraines, qui naissent et « tombent » en même temps que les feuilles vertes aériennes que nous connaissons tous. On comprendra que je mette des guillemets : elles ne peuvent pas réellement tomber puisqu’elles sont déjà sous terre… Lire la suite…

André Pichot, La santé et la vie, 2008

13 juillet 2018 Laisser un commentaire

Résumé : La santé et la vie. – Les mots « santé » et « maladie » ne s’emploient que par métaphore dans le cas des objets inanimés. Seuls les êtres vivants peuvent être en bonne santé, comme seuls ils peuvent être malades. En outre, la santé sous-entend la possibilité de la maladie, et l’inéluctabilité de la mort exclut même tout absolu de santé. Quelles sont, plus explicitement, les relations qu’entretiennent la santé et la vie ?

La santé a manifestement quelque rapport avec la vie. En effet, cette notion (comme celle de maladie) ne s’emploie guère que par métaphore dans le cas des objets inanimés. Seuls les êtres vivants peuvent être en bonne santé, comme seuls ils peuvent être malades.

Ainsi Bichat écrivait-il :

« Il y a deux choses dans les phénomènes de la vie, 1° l’état de santé, 2° celui de maladie : de là deux sciences distinctes ; la physiologie, qui s’occupe des phénomènes du premier état ; la pathologie, qui a pour objet ceux du second. […] La physiologie est aux mouvements des corps vivants, ce que l’astronomie, la dynamique, l’hydraulique, l’hydrostatique, etc., sont à ceux des corps inertes ; or, ces dernières n’ont point de sciences qui leur correspondent comme la pathologie correspond à la première. Par la même raison, toute idée de médicament répugne dans les sciences physiques. Un médicament a pour but de ramener les propriétés à leur type naturel ; or, les propriétés physiques, ne perdant jamais ce type, n’ont pas besoin d’y être ramenées. » [Bichat 1994, 232]

La santé ne se réduit pas à un état physico-chimique, et elle sous-entend la possibilité de la maladie ; n’est en santé que ce qui peut être malade (l’inéluctabilité de la mort excluant même tout absolu de santé). Particularité que n’ont pas les simples objets physiques. L’explication vitaliste qu’en donnait Bichat n’est plus acceptable aujourd’hui. Comment alors en rendre compte ? Lire la suite…

Frédéric J. J. Buytendijk, L’homme et l’animal, 1958

17 juin 2018 Laisser un commentaire

essai de
psychologie comparée

L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a toujours suscité tâtonnement et provoqué de nombreuses tentatives d’interprétation.

Le professeur Buytendijk (1887-1974), un des maîtres de la psychologie comparée, expose les recherches faites dans ce domaine et donne une synthèse des explications psychologiques et philosophiques.

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Résumé encyclopédique

La psychologie comparée

L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a depuis toujours suscité l’étonnement et provoqué les tentatives d’interprétation et d’explication. Essayer de comprendre cette analogie n’est possible qu’à partir d’une conception déterminée de la nature humaine, de l’origine du monde et de l’essence de sa vie. Dès lors les résultats diffèrent suivant le point de départ choisi. Lire la suite…

Edmond Perrier, Hommage à Jean de Lamarck, 1909

23 avril 2018 Laisser un commentaire

Ce discours a été prononcé, le 13 juin 1909, à la cérémonie d’inauguration du monument de Jean de Lamarck, en présence du Président de la République, de S. A. S. Albert Ier, prince de Monaco, et de nombreuses notabilités.

Pour avoir rendu vraisemblable, à force d’arguments patiemment et habilement rassemblés, l’idée que les ressources de forces et de substances de notre globe ont été suffisantes pour créer l’infinie variété des formes vivantes, et maintenir séparées leurs lignées durant de longues suites de générations, Charles Darwin eut, en Angleterre, des funérailles nationales et fut inhumé à Westminster ; dans quelques jours, l’Université de Cambridge fêtera en grande pompe le centième anniversaire de la naissance de son glorieux élève. Par une remarquable coïncidence, cette même année 1909 est aussi le centième anniversaire de la publication d’une œuvre capitale : la Philosophie zoologique, où Jean de Lamarck proclame que les êtres vivants sont l’œuvre graduelle de la Nature ; qu’après avoir formé les plus simples d’entre eux, elle a su les modifier, les compliquer, suivant les temps et les lieux, et que le corps humain lui-même, en tant que forme matérielle, a été soumis aux lois qui ont dominé cette grandiose évolution. Lire la suite…

André Pichot, La Philosophie zoologique de Lamarck, 1994

12 avril 2018 Laisser un commentaire

Portrait de LamarckLa Philosophie zoologique passe souvent pour un livre confus. Ce jugement est injuste. Il est vrai que le style de Lamarck est parfois assez relâché ; il est également vrai que l’ouvrage comprend quelques répétitions fastidieuses, et que son plan n’est pas parfait. Mais ces défauts cèdent assez facilement dès qu’on y met un peu de bonne volonté. Les principales difficultés tiennent surtout à ce que Lamarck se réfère à la biologie et à la chimie du XVIIIe siècle, et que celles-ci sont un peu oubliées de nos jours. En effet, bien que ses principaux ouvrages datent du début du XIXe, Lamarck est un homme du XVIIIe siècle (il a 65 ans quand paraît la Philosophie zoologique), et plus spécialement du XVIIIe siècle matérialiste et sensualiste (avec, en arrière-plan, un vague déisme). Pour bien saisir sa démarche et ne pas se méprendre sur ce qu’il écrit, il convient de le replacer dans ce cadre historique.

Un autre point important pour comprendre la Philosophie zoologique est de ne pas la limiter à un exposé du transformisme (Lamarck n’emploie ni le mot de transformisme, ni celui d’évolution qui n’avait pas à l’époque le sens que nous lui donnons aujourd’hui). Le transformisme n’occupe, avec la taxonomie, que la première des trois parties de l’ouvrage. Lamarck dit même s’être surtout intéressé aux deuxième et troisième parties, qui sont consacrées, respectivement, à une biologie générale, où sont établies les caractéristiques organisationnelles qui différencient les êtres vivants et les objets inanimés, et à une sorte de psychophysiologie, où la psychologie est présentée dans le prolongement de la biologie grâce aux présupposés évolutionnistes. Le projet de Lamarck était bien plus large que la seule transformation des espèces ; il entendait, par sa Philosophie zoologique, jeter les bases d’une biologie en tant que science autonome, et d’une psychologie continuant cette biologie ; l’invention du transformisme y est subordonnée. Lire la suite…