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Posts Tagged ‘biologie’

Guy Kastler, Vache folle, À quand la prochaine crise?, 2001

14 décembre 2017 Laisser un commentaire

Introduction

Les réponses aux crises sanitaires provoquées par la progression de la MVF (Maladie de la Vache Folle) sont toutes données au nom du principe de précaution. En réalité, elles visent avant tout à protéger certains intérêts économiques, quitte à prendre des risques inconsidérés avec la santé des consommateurs. L’interdiction de l’utilisation des FVO (farines de viande et d’os) n’arrêtera pas la production de farines contaminées qui restent, avant leur incinération le principal facteur de dissémination de prions anormaux dans l’environnement. Elle n’arrêtera pas non plus la production de dérivés bovins contaminés qui, utilisés par l’agro-alimentaire et la pharmacie, sont le principal facteur de transmission de la maladie à l’homme, bien avant la consommation de viande. Bien en deçà de l’utilisation des FVO (farines de viande et d’os) dans l’alimentation des ruminants, ce sont les pratiques contre-nature de l’élevage intensif qui ont fait le lit de la MVF : intoxication médicamenteuse sélection génétique à outrance, alimentation à base de concentrés protéiques et azotés non ruminés. Seul l’arrêt définitif de ces pratiques fera disparaître la MVF et les risques de transmission à l’homme. Lire la suite…

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Céline Lafontaine, Le corps cybernétique de la bioéconomie, 2014

23 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

La molécularisation du corps à travers la déconstruction de ses composantes biologiques constitue le socle épistémologique sur lequel s’est instituée la bioéconomie. Cette dernière repose sur un modèle cybernétique du vivant et de l’économie. De manière tangible, le corps ne disparaît évidemment pas, mais la vision moléculaire participe de sa dématérialisation et de sa décomposition technoscientifique camouflant ainsi les nouvelles logiques d’appropriation économique dont il est l’objet. Lire la suite…

André Pichot, Le vitalisme de Xavier Bichat, 1994

6 octobre 2017 Laisser un commentaire

Xavier Bichat (14 novembre 1771 – 22 juillet 1802) écrit de manière très claire, très simple et assez agréable. La seule difficulté que l’on puisse rencontrer dans la lecture de ses œuvres touche à la définition du vitalisme. Bichat est, de réputation, l’un des principaux représentants de cette doctrine ; mais, dans ses textes, hormis sa célèbre définition de la vie, on le remarque à peine (au point qu’on pourrait parfois douter de son vitalisme). Cela tient non pas à Bichat, mais à l’idée qu’on se fait aujourd’hui du vitalisme ; celle-ci est si erronée et caricaturale qu’on a du mal à le reconnaître dans les textes qui en traitent de manière raisonnable (et les œuvres de Bichat sont de ce type). Aussi, pour comprendre ce qu’était le projet de Bichat, convient-il tout d’abord de rectifier quelque peu cette image. Lire la suite…

Adolf Portmann, La vie et ses formes, 1968

5 octobre 2017 Laisser un commentaire

L’Art d’aujourd’hui, explorant toujours plus avant le domaine de « l’abstrait », se détourne des formes familières de la vie. Le dessinateur, le peintre, le sculpteur – les hommes du regard en général – cherchent des voies nouvelles pour le libre jeu des lignes, des surfaces, des volumes et des couleurs, mais en refusant la Nature qu’il leur fallait auparavant, jusqu’au dégoût, prendre pour modèle.

Art et Savoir

Voici pourtant un livre d’art [Théo Jahn, La vie et ses formes, éd. Bordas, 1968] qui offre des images d’une présence extraordinaire sur le monde réel des formes vivantes. L’effet produit par ces documents correspond-il bien à leur clarté et à leur beauté ?

Sans vouloir porter un jugement trop général sur nos contemporains, il me faut pourtant avouer la déception que j’éprouve souvent devant l’indifférence avec laquelle beaucoup de gens accueillent aujourd’hui de telles merveilles. Comblés, gâtés par des réussites toujours plus grandes dans le domaine des images, sommes-nous encore capables de les apprécier autrement que de façon fugitive ? Lire la suite…

Roger Heim, Préface du Printemps Silencieux, 1968

22 avril 2017 Laisser un commentaire

Le livre de Rachel Carson est arrivé à son heure en Amérique où il a obtenu un énorme succès, et le voici désormais en Europe où nous étions moins préparés peut-être à rédiger un ouvrage aussi nourri de faits, aussi bourré de chiffres, aussi creusé d’exemples. Pareillement indiscutable, pour tout dire. Car le procès est dorénavant ouvert, sans risque cette fois d’étouffement. Et c’est aux victimes de se porter partie civile, et aux empoisonneurs de payer à leur tour. Nos avocats seront ceux qui défendent l’Humain, mais aussi la Vie, toute la Vie. C’est-à-dire notre berceau, puis notre lit de repos, l’air et l’eau, le sol où dorment les semences, la forêt où chante la faune, et l’avenir où luit le soleil. En d’autres termes : la Nature. Celle d’où nous venons ; celle où nous allons souvent ; celle où nous irons à tout jamais. Lire la suite…

Gérard Nissim Amzallag, Invitation à l’antiphonie, 2009

15 avril 2017 Laisser un commentaire

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Réflexions d’un biologiste
à la lecture d’Henri Maldiney

« Et nous demandons qu’on veuille réfléchir sur ceci : la religion et l’art ne sont pas des ruptures d’avec la simple vie moins expressément humaines que ne l’est la science ; or quel esprit sincèrement religieux, quel artiste authentiquement créateur, poursuivant la transfiguration de la vie, a-t-il jamais pris prétexte de son effort pour déprécier la vie ? »

Georges Canguilhem, La connaissance de la vie.

Henri Maldiney parle fort peu de science. On peut en découvrir la raison dans ses écrits. La pensée du rien [soit de ce qui semble insignifiant en apparence ; NdE], c’est-à-dire de ce qui est en amont de l’existence et qui la fonde, tient une place centrale dans son œuvre. Or Maldiney considère que la science ne permet pas d’entrevoir ce rien dans sa réalité propre. Il écrit ainsi :

« L’Homme de science ne parle du rien que pour l’exclure. Ce rejet, né de la conviction que l’étant est en tout positivité permet d’en déterminer l’en-soi dans la forme de l’objectité. Mais pour opérer sur quelque chose dans le monde, il faut d’abord avoir ouverture à lui. » 1

On ne peut que lui donner raison. Le concept de rien na aucune réalité propre en science. Il s’insère tout au plus comme négation d’une réalité positive comme le signe accablant d’un échec expérimental. Lorsque le rien fait surface, le savoir positif se rétracte Mais dans ce cas, n’est-ce pas le signe de sa remise en question, prémisse de son renversement impromptu ? Pas vraiment, parce que le rien dont il est question en science est un vide dénué de potentialité créatrice. Il n’anticipe pas une ouverture vers l’inconnu, mais invite seulement à rejeter la théorie dont il dévoile, par son irruption, les lacunes. L’expérience étant étroitement conçue en rapport à une théorie, elle ne peut engendrer de réponse hors du dualisme vrai-faux dans laquelle elle est par avance emprisonnée. C’est pourquoi la réponse nulle en science, le “rien” de l’expérience qui a échoué n’a pas grand chose à voir avec l’apparaître 2, et encore moins avec l’impression originaire qui lui est intimement associée 3. Or cette impression, Maldiney la caractérise ainsi :

« Elle ne se développe pas (elle n’a pas de germe), elle est création originaire. » 4

Dans l’impossibilité d’appréhender le rien, la science moderne se trouve dans l’incapacité d’appréhender la dimension créatrice contenue dans son “objet d’étude”. Elle se voit condamnée à une représentation déterministe du monde qu’elle étudie, dans lequel le temps est linéarisé et sécable à l’infini si bien qu’aucune rupture, aucune discontinuité n’en devient concevable. C’est la répétition éternelle du même, d’un réel inerte se transformant au gré de lois immuables, enfermé dans la “dichotomie du vrai”. Lire la suite…

Recension: E. F. Keller, Expliquer la vie, 2004

3 avril 2017 Laisser un commentaire

Evelyn Fox Keller, Expliquer la vie : modèles, métaphores et machines en biologie du développement, 2002, trad. fr. Gallimard, 2004.

Evelyn Fox Keller (née en 1936) est sans doute aujourd’hui l’une des figures les plus atypiques de l’histoire des sciences. Formée à la physique théorique, reconvertie à la biologie moléculaire, elle s’engage dès les années 1970 dans le mouvement féministe américain. La publication, en 1974, d’un premier article sur la place des femmes dans la société scientifique 1 l’entraîne sur la voie des Gender Studies qui cerneront dès lors le cadre théorique d’une partie de ses études sur la science.

Toutefois, dans sa quête des dimensions subjectives de l’activité scientifique, E. F. Keller semble privilégier depuis quelques années des pistes parallèles. Il en est ainsi dans son livre Refiguring Life : Metaphors of Twentieth Century Biology (1995) où elle tente d’analyser la portée effective des métaphores scientifiques – avec ce qu’elles recèlent de culturel et de métaphysique – pour illustrer le rôle du langage dans la science. Ironie de la démarche, c’est par l’exposition du concept d’« énoncé performatif » de J. L. Austin 2 que E. F. Keller aborde son ouvrage. Représentant éminent de la philosophie analytique d’Oxford, Austin se situe en effet à l’opposé des positions vaguement qualifiées de postmodernes d’E. F. Keller, dont il aurait sans aucun doute rejeté avec force les principes 3. Pour affirmer son ambition de décloisonner les savoirs, les cultures et de réconcilier la science avec ses détracteurs, E. F. Keller ne pouvait pas mieux s’y prendre. Lire la suite…

Jacques Dewitte, Hans Jonas, 2007

16 février 2017 Laisser un commentaire

philosophe de la nature

Hans Jonas (1903-1993) est principalement connu en France comme le philosophe par excellence de l’écologie critique. Comme celui qui s’oppose à l’artificialisation du vivant et à l’exploitation sans frein de la nature, au nom d’un nouvel impératif catégorique : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » ; ou, pour l’exprimer négativement : « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie » ; « Ne compromets pas les conditions de la survie indéfinie de l’humanité sur terre » ; ou encore, formulé de nouveau positivement : « Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir. » [Le principe responsabilité, 1990, pp. 30-31.] Qu’on l’accepte ou qu’on le refuse, il ne fait pas de doute que le « principe responsabilité » est au cœur des débats contemporains les plus aigus et les plus lourds de conséquences pour l’avenir. Toutefois, on en saisirait mal la portée si on l’isolait de l’ensemble de la trajectoire philosophique de Hans Jonas, qui est beaucoup plus riche et importante qu’on ne l’imagine le plus souvent dans l’hexagone. Lire la suite…

Recension: S. Pouteau (dir.), Génétiquement indéterminé, 2007

15 novembre 2016 Laisser un commentaire

Sylvie Pouteau (dir.),
Génétiquement indéterminé.
Le vivant auto-organisé,
éd. Quae, 2007, 169 p.

Le vivant obéit à des lois internes, difficiles à appréhender. Faut-il pour autant recourir à des explications de mécanismes et de programmes conçus sur le modèle des machines fabriquées par l’homme ? Plus les hommes de science étudient le vivant comme s’il s’agissait d’une machine encore inconnue, plus le « moteur » leur paraît compliqué et plus il y a de questions. Le vaste domaine que représente la génétique animale et végétale n’a pas échappé aux interrogations de ses chercheurs.

Ce questionnement a atteint un seuil très sensible, au point d’avoir ébranlé le confort intellectuel jusqu’ici offert par le « vivant-machine » et le déterminisme génétique. D’où la dédicace assez émouvante présentée en tête de ce livre par la coordinatrice scientifique, S. Pouteau :

« à tous ceux qui auront l’enthousiasme et le courage de frayer de nouvelles approches pour comprendre l’organisme vivant et le délivrer du statut de machine dans lequel il est resté confiné depuis les Lumières dont il est permis de penser qu’elles n’ont pas suffisamment brillé en la matière. »

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Alain Clément, Les références animales dans la constitution du savoir économique, 2002

13 octobre 2016 Laisser un commentaire

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Résumé

L’observation du fonctionnement du monde animal a toujours joué un rôle privilégié dans la constitution et la diffusion du savoir économique. À partir de l’étude d’un certain nombre d’œuvres significatives (dont le traité d’économie de Montchrétien, La fable des abeilles de Mandeville, les manuscrits de Boisguilbert, l’Essai sur le principe de population de Malthus ainsi que les œuvres de Spencer) nous constatons que le recours au monde animal sous la forme d’analogies et de métaphores a permis d’éclairer des concepts naissants et de comprendre certains comportements économiques. Des analyses fines, même si elles n’ont pas toujours reposé sur un matériau scientifique des plus solides ont débouché sur le transfert de plusieurs concepts dont celui de la division du travail, ceux de la concurrence et de la coopération ainsi que celui d’équilibre. Le référent animal a enfin ouvert la voie à une théorie évolutionniste en économie dès le début du XVIIIe siècle. Lire la suite…