Archive

Archive for the ‘Critique du développement’ Category

Arturo Escobar, L’invention du développement, 1999

29 octobre 2020 Laisser un commentaire

Un des nombreux changements survenus dans la période postérieure à la Seconde Guerre mondiale a été la « découverte » de la pauvreté de masse en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Passée relativement inaperçue et apparemment logique, cette découverte allait servir de fondement à une importante restructuration de la culture et de l’économie politique à l’échelle mondiale. Le discours guerrier a investi le domaine social et un nouveau terrain géographique : le tiers monde. La lutte contre le fascisme a été mise de côté tandis que la « guerre contre la pauvreté » a commencé à occuper une grande place. Des faits éloquents ont été invoqués pour justifier cette nouvelle guerre, comme l’écrit Harold Wilson dans The War on World Poverty [La Guerre contre la pauvreté mondiale, 1953]), :

« Plus de [1,5 milliard] de personnes, soit environ deux tiers de la population mondiale, vivent une situation de faim aiguë, ce qui signifie qu’elles sont en proie à des maladies de la nutrition identifiables. Cette faim est à la fois la cause et la résultante de la pauvreté, des conditions sordides et de la misère que ces gens connaissent. »

Lire la suite…

Arturo Escobar, The Invention of Development, 1999

29 octobre 2020 Laisser un commentaire

Development was – and continues to be for the most part – a top-down, ethnocentric, and technocratic approach that treats people and cultures as abstract concepts, statistical figures to be moved up and down in the charts of “progress”. … It comes as no surprise that development became a force so destructive to third world cultures, ironically in the name of people’s interests.

 

One of the many changes that occurred in the early post-World War II period was the “discovery” of mass poverty in Asia, Africa, and Latin America. Relatively inconspicuous and seemingly logical, this discovery was to provide the anchor for an important restructuring of global culture and political economy. The discourse of war was displaced onto the social domain and to a new geographic terrain: the third world. Left behind was the struggle against fascism as the “war on poverty” in the third world began to occupy a prominent place. Eloquent facts were adduced to justify this new war: “Over [1.5 billion] people, something like two-thirds of the world population”, Harold Wilson noted in The War on World Poverty, “are living in conditions of acute hunger, defined in terms of identifiable nutritional disease. This hunger is at the same time the cause and effect of poverty, squalor, and misery in which they live”. Lire la suite…

Berlan & Luzi, L’écosocialisme du XXIe siècle doit-il s’inspirer de Keynes ou d’Orwell ?, 2020

20 octobre 2020 Laisser un commentaire

Pour surmonter l’effondrement économique et le désastre écologique en cours, vaut-il mieux « la décence commune » et « l’autonomie matérielle » d’Orwell ou le « machiavélisme économique » et la « délivrance technologique » de Keynes ?

L’effondrement économique que la crise du coronavirus est en train de provoquer sera, à en croire la plupart des analystes, comparable et même pire que celui engendré par la crise boursière de 1929, qui avait plongé le monde dans la récession, puis dans la guerre mondiale. L’importance des idées de l’économiste John Maynard Keynes dans la mise en place du dispositif socioéconomique ayant permis de la surmonter et d’inaugurer la période faste des Trente Glorieuses, grâce notamment au développement inédit de l’État social, conduit une part conséquente de la gauche (et plus largement de la classe politique et des citoyens) à soutenir un retour à Keynes contre le néolibéralisme dominant depuis les années 1980. C’est l’une des justifications sous-jacentes aux plans de relance économique échafaudés aujourd’hui de par le monde, et notamment aux projets de Green New Deal ou de « pacte vert » au cœur du débat public. Lire la suite…

Ivan Illich, Disvaleur, 1986

11 octobre 2020 Laisser un commentaire

Le forum du professeur Tamanoï

Cette première réunion publique de l’Entropy Society japonaise nous donne l’occasion de rendre hommage à la mémoire du professeur Joshiro Tamanoï. La plupart d’entre nous ont été ses amis ou ses élèves. Ce sont les questions qu’il a soulevées qui amènent ici aujourd’hui six cents participants, physiciens et biologistes, économistes et écologistes.

Alors qu’il enseignait l’économie à l’université de Tokyo, le professeur Tamanoï avait traduit Karl Polanyi en japonais. À travers son enseignement et ses ouvrages, il a conféré à la recherche écologique une saveur japonaise unique en liant dimensions culturelles et dimensions physiques. Cela, il l’a accompli en se concentrant sur l’interaction entre l’idéologie économique d’une époque et la matrice terre-eau correspondante de la vie sociale. Il a été un actif militant d’une politique de l’environnement et un enseignant hors pair. Et jamais ceux qui furent ses amis n’oublieront sa délicatesse. Lire la suite…

Ivan Illich, Disvalue, 1986

11 octobre 2020 Laisser un commentaire

Professor Tamanoy’s Forum

This first public meeting of the Japanese Entropy Society provides us with an occasion to commemorate Professor Joshiro Tamanoy. Most of us knew him as friends and as pupils. The questions he asked bring together today 600 physicists and biologists, economists and green activists.

While a Professor of Economics at Tokyo University, he translated Karl Polanyi into Japanese. But in his own teaching and writing he brought a uniquely Japanese flavor to ecological research by relating cultural to physical dimensions. He did so by focusing on the interaction between an epoch’s economic ideology and the corresponding soil-water matrix of social life. He was an active environmental politician and a master teacher. And no one who experienced his friendship will ever forget its delicacy. Lire la suite…

Ivan Illich, Desvalor, 1986

11 octobre 2020 Laisser un commentaire

El foro del profesor Tamanoi

Esta primera reunión pública de la Entropy Society japonesa nos permite conmemorar al profesor Joshiro Tamanoi. La mayoría de nosotros fuimos sus amigos o sus alumnos. Las cuestiones que suscitó son las que congregan aquí a 600 participantes, físicos y biólogos, economistas y ecologistas.

Cuando enseñaba economía en la universidad de Tokio, el profesor Tamanoi tradujo a Karl Polanyi en japonés. A través de su enseñanza y sus obras, le dio un sabor japonés único a la investigación ecológica uniendo dimensiones culturales y dimensiones físicas. Logró esto concentrándose en la interacción entre la ideología económica de una época y la matriz tierra-agua que corresponde a la vida social. Fue un militante activo de una política del medio ambiente y un maestro fuera de serie. Los que fueron sus amigos nunca olvidarán su delicadeza. Lire la suite…

Jean Robert, Production, 1992

11 septembre 2020 Laisser un commentaire

Le Dictionnaire du développement,
un guide de la connaissance comme pouvoir

 

Un homme et un concept

Don Bartolo habite une masure derrière ma maison. Comme beaucoup d’autres personnes déplacées, c’est un intrus, un « envahisseur » ou un « parachutiste », comme ont dit au Mexique. Avec du carton, des bouts de plastique et de la tôle ondulée, il a édifié une cabane dans un terrain au propriétaire absent. S’il a de la chance, un jour il construira en dur et couronnera les murs d’un toit d’amiante-ciment ou de tôle. Derrière sa demeure, il y a un terrain vague que son propriétaire lui permet de cultiver. Don Bartolo y a établi une milpa : un champ de maïs ensemencé juste au début de la saison des pluies afin qu’il puisse donner une récolte sans irrigation. Dans la perspective de l’homme moderne, l’action de Bartolo peut paraître profondément anachronique. Lire la suite…

Jean Robert, Production, 1992

11 septembre 2020 Laisser un commentaire

The Development Dictionary,
A Guide to Knowledge As Power

 

A man and a concept

Don Bartolo lives in a shack behind my house. Like many other “displaced persons” in Mexico, he is a squatter. He constructed his dwelling of cardboard, together with odd pieces of plastic and tin. If he is lucky, he will eventually build walls of brick and cover them with some kind of cement or tin roofing. Stretching behind his hut, there is an expanse of barren unused land. From the owner he got permission to cultivate it, to establish a milpa: a field of corn planted just when the rains start so that a crop can be harvested without irrigation. Bartolo’s action may appear to us profoundly anachronistic. Lire la suite…

Jean Robert, Produccion, 1992

11 septembre 2020 Laisser un commentaire

Diccionario del desarrollo,
Una guía del conocimiento como poder

 

Un Hombre y un Concepto

Don Bartolo vive en una choza atrás de mi casa. Como muchas otras personas desplazadas, es un intruso, un invasor o, como se dice en México, un “paracaidista”. En un terreno desocupado improvisó una casucha con cartón y desechos de plástico y de hojalata. Si le va bien, algún día construirá paredes de ladrillo y las cubrirá con una lámina de asbesto u hojalata. Atrás de su morada hay una franja de terreno baldío. Consiguió permiso del dueño para cultivar una milpa: un campo de maíz sembrado justo cuando las lluvias empiezan para que pueda dar una cosecha sin riego. Desde la perspectiva del hombre moderno, el quehacer de Bartolo parece profundamente anacrónico. Lire la suite…

José Maria Sbert, Progrès, 1992

8 août 2020 Laisser un commentaire

Le Dictionnaire du développement,
un guide de la connaissance comme pouvoir

 

Avec l’avènement du monde moderne, une foi précisément moderne – la foi dans le progrès – s’est affirmée pour justifier et donner une ultime signification aux nouvelles notions et institutions devenues dominantes. Notre profond respect envers la science et la technique a été inextricablement lié à cette foi dans le progrès. Le renforcement universel de l’État-nation s’est opéré sous la bannière du progrès. La soumission croissante à la science économique et le fort attachement à ses lois sont encore des ombres de cette foi éclairée.

Bien qu’aujourd’hui la foi dans le progrès soit largement désavouée, et probablement plus faible qu’à tout autre moment de l’histoire contemporaine, un abandon définitif en la validité de cette foi – considéré par beaucoup comme ayant déjà eu lieu – confirmerait un tournant crucial dans la culture moderne et une grave menace pour la survie spirituelle des gens.

L’érosion progressive de l’idéal de développement et la soudaine implosion du socialisme bureaucratique d’État représentent certainement une réduction de la prééminence, autant que des expressions concrètes, de la foi dans le progrès. Car se sont le « développement » et la « révolution » qui sont sensées avoir incarné le progrès durant la plus grande partie du XXe siècle. Lire la suite…