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Archive for the ‘Critique du développement’ Category

Ivan Illich, L’obsession de la santé parfaite, 1999

23 avril 2021 Laisser un commentaire

Un facteur pathogène dominant

 

Dans les pays développés, l’obsession de la santé parfaite est devenue un facteur pathogène prédominant. Le système médical, dans un monde imprégné de l’idéal instrumental de la science, crée sans cesse de nouveaux besoins de soins. Mais plus grande est l’offre de santé, plus les gens répondent qu’ils ont des problèmes, des besoins, des maladies. Chacun exige que le progrès mette fin aux souffrances du corps, maintienne le plus longtemps possible la fraîcheur de la jeunesse, et prolonge la vie à l’infini. Ni vieillesse, ni douleur, ni mort. Oubliant ainsi qu’un tel dégoût de l’art de souffrir est la négation même de la condition humaine.
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Ivan Illich, Némésis de la médecine, 1975

23 avril 2021 Laisser un commentaire

Après avoir lu Némésis médicale, cinq sommités du monde médical allemand ont engagé le débat avec Ivan Illich. Il s’agit de Harald Bräutigam, gynécologue de Hambourg, des professeurs Hans Schäfer, Thure von Uexküll et Hans-Georg Wolters, ainsi que de Hans Tons, directeur de la Fédération des caisses d’assurance-maladie. Ce débat, parfois très vif, a été organisé et enregistré par l’hebdomadaire de Hambourg Die Zeit qui l’a publié intégralement, sur six grandes pages dans son édition du 18 avril 1975. On en trouvera ci-dessous les principaux passages. Lire la suite…

Rohit Kumar, Soulèvement des paysans indiens, 2021

14 mars 2021 Laisser un commentaire

Questions les plus fréquemment posées

Devinder Sharma, expert en politique alimentaire et commerciale, répond à des questions de fond sur les raisons pour lesquelles les paysans manifestent aux frontières de Delhi depuis 50 jours [plus de 100 jours, à l’heure où nous publions cette traduction].

 

Alors même que le gouvernement central et ses acolytes dans les médias font des heures supplémentaires pour vanter les avantages des trois nouvelles lois agricoles auprès du public indien, les paysans qui manifestent aux portes de Delhi ont clairement fait savoir qu’ils ne reculeront pas tant que ces lois ne seront pas abrogées. Pris entre le feu croisé de la désinformation et des faits, l’Indien urbain moyen est quelque peu désorienté quant aux mérites et démérites de la protestation des paysans – qui a maintenant franchi le cap des 50 jours [plus de 100 jours, à l’heure où nous publions cette traduction].

S’il y a une chose qui est devenue de plus en plus évidente au cours des sept dernières semaines, c’est que les habitants des grandes villes indiennes vivent dans un univers très différent de celui de leurs homologues ruraux, et qu’ils ont du mal à comprendre pourquoi les fermiers qui campent aux portes de Delhi sont aussi déterminés qu’eux à obtenir ce qu’ils veulent. L’une des principales raisons de cette situation est qu’ils ne connaissent pas les « dessous » des manifestations.

Afin de dissiper une partie de cette confusion et de faire la lumière sur le contexte plus large de ce mouvement, j’ai parlé au journaliste, auteur et expert en politique alimentaire et commerciale, Devinder Sharma, qui a passé les deux dernières décennies à faire campagne pour l’égalité des revenus des paysans indiens, et je lui ai posé les cinq questions qui reviennent invariablement le plus souvent lorsque le sujet des protestations des agriculteurs est abordé. Lire la suite…

Ivan Illich, L’art d’habiter, 1984

11 décembre 2020 Laisser un commentaire

Juillet 1984, le Royal Institute of British Architects célèbre son 150e anniversaire, Ivan Illich est invité à prononcer une conférence, elle s’intitule : “L’art d’habiter”. À une assemblée composée d’architectes, il déclare que l’art d’habiter est hors de leur portée, qu’ils ne peuvent que construire. Les humains n’habitent plus, ils sont logés, c’est-à-dire qu’ils vivent dans un environnement qui a été planifié, construit et équipé pour eux. Les logés traversent « l’existence sans laisser de trace » en se contentant d’un garage ! Habiter est un art et nous sommes des artistes, alors revendiquons non un droit au logement mais notre liberté d’habiter et créons notre demeure.

 

Habiter est le propre de l’espèce humaine. Les animaux sauvages ont des terriers, les chariots rentrent dans des remises et il y a des garages pour les véhicules automobiles. Seuls les hommes peuvent habiter. Habiter est un art. Une araignée naît avec l’instinct de tisser une toile particulière à son espèce. Les araignées, comme tous les animaux, sont programmées par leurs gènes. L’humain est le seul animal à être un artiste, et l’art d’habiter fait partie de l’art de vivre. Une demeure n’est ni un terrier ni un garage. Lire la suite…

Ivan Illich, Dwelling, 1984

11 décembre 2020 Laisser un commentaire

To dwell is human. Wild beast have nests, cattle have stables, carriages fit into sheds, and there are garages for automobiles. Only humans can dwell. To dwell is an art. Every spider is born with a compulsion to weave a web particular to its kind. Spiders, like all animals, are programmed by their genes. The human is the only animal who is an artist, and the art of dwelling is part of the art of living. A house is neither nest nor garage. Lire la suite…

Ivan Illich, El arte de habitar, 1984

11 décembre 2020 Laisser un commentaire

Habitar es lo propio de la especie humana. Los animales salvajes tienen madrigueras, los carros se guardan en cocheras y hay garajes para los automóviles. Sólo los hombres pueden habitar. Habitar es un arte. Una araña nace con el instinto de tejer una tela particular a su especie. Las arañas, como todos los animales, están programadas por sus genes. El humano es el único animal que es un artista, y el arte de habitar forma parte del arte de vivir. Una morada no es una madriguera ni un garaje. Lire la suite…

François Jarrige, Les origines répressives du capitalisme, 2019

6 décembre 2020 Laisser un commentaire

À propos de :

Peter Linebaugh,
Les pendus de Londres.
Crime et société civile au XVIIIe siècle,
CMDE/Lux, 2019.

 

L’ouvrage classique de Peter Linebaugh sur les pendus de Londres est enfin traduit en français. Il montre comment au XVIIIe siècle le capitalisme industriel s’est adossé à la justice répressive pour criminaliser un prolétariat attaché à des coutumes jugées dangereuses pour le nouvel ordre social.

Historien états-unien et marxiste engagé, Peter Linebaugh n’a cessé de militer contre la peine de mort et les ravages du capitalisme, tout en défendant les biens communs comme alternatives au néo-libéralisme [1]. Sa trajectoire et son œuvre restent pourtant assez mal connues en France. Traduit une première fois via son travail avec Marcus Rediker sur l’histoire de l’Atlantique révolutionnaire [2], la publication en français de son premier livre constitue un évènement éditorial. Lire la suite…

François Partant, Naissance d’une alternative ?, 1982

17 novembre 2020 Laisser un commentaire

IX. Naissance d’une alternative ?

Quelques années après les États-Unis, l’Europe connaissait la « société de consommation » et, tout aussitôt, comme aux États-Unis, une très nette accélération de la délinquance et du refus social sous ses formes diverses. Mais c’est aussi à cette époque, dans le milieu des années 1960, qu’apparaît en Europe, et surtout en France, une revendication nouvelle : l’autogestion. A l’opposé de ceux qui refusent de s’insérer dans la société, d’en respecter les règles et les pratiques, d’autres veulent participer davantage à la gestion économique et sociale. Deux façons de marquer son désaccord avec l’ordre établi.

Aujourd’hui, l’autogestion est entrée dans le programme de tous les partis de gauche et des principaux syndicats ouvriers français. Elle n’est pas toujours définie de la même manière, le champ d’application qu’on lui prévoit est plus ou moins étendu, et elle n’inspire guère l’organisation et le fonctionnement des partis et syndicats qui la réclament. Il est néanmoins significatif qu’elle fasse l’objet d’une revendication aussi générale, alors que l’économie a perdu toute autonomie et la nation tout contrôle sur les facteurs dont dépend son existence. Cette revendication traduit peut-être moins une réaction contre les abus de la délégation de pouvoir et l’autocratie du Capital, qu’une volonté d’échapper à l’irresponsabilité individuelle et collective qui caractérise le monde contemporain, irresponsabilité qu’on ressent plus ou moins confusément sans toujours en comprendre les causes. Lire la suite…

Arturo Escobar, L’invention du développement, 1999

29 octobre 2020 Laisser un commentaire

Un des nombreux changements survenus dans la période postérieure à la Seconde Guerre mondiale a été la « découverte » de la pauvreté de masse en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Passée relativement inaperçue et apparemment logique, cette découverte allait servir de fondement à une importante restructuration de la culture et de l’économie politique à l’échelle mondiale. Le discours guerrier a investi le domaine social et un nouveau terrain géographique : le tiers monde. La lutte contre le fascisme a été mise de côté tandis que la « guerre contre la pauvreté » a commencé à occuper une grande place. Des faits éloquents ont été invoqués pour justifier cette nouvelle guerre, comme l’écrit Harold Wilson dans The War on World Poverty [La Guerre contre la pauvreté mondiale, 1953]), :

« Plus de [1,5 milliard] de personnes, soit environ deux tiers de la population mondiale, vivent une situation de faim aiguë, ce qui signifie qu’elles sont en proie à des maladies de la nutrition identifiables. Cette faim est à la fois la cause et la résultante de la pauvreté, des conditions sordides et de la misère que ces gens connaissent. »

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Arturo Escobar, The Invention of Development, 1999

29 octobre 2020 Laisser un commentaire

Development was – and continues to be for the most part – a top-down, ethnocentric, and technocratic approach that treats people and cultures as abstract concepts, statistical figures to be moved up and down in the charts of “progress”. … It comes as no surprise that development became a force so destructive to third world cultures, ironically in the name of people’s interests.

 

One of the many changes that occurred in the early post-World War II period was the “discovery” of mass poverty in Asia, Africa, and Latin America. Relatively inconspicuous and seemingly logical, this discovery was to provide the anchor for an important restructuring of global culture and political economy. The discourse of war was displaced onto the social domain and to a new geographic terrain: the third world. Left behind was the struggle against fascism as the “war on poverty” in the third world began to occupy a prominent place. Eloquent facts were adduced to justify this new war: “Over [1.5 billion] people, something like two-thirds of the world population”, Harold Wilson noted in The War on World Poverty, “are living in conditions of acute hunger, defined in terms of identifiable nutritional disease. This hunger is at the same time the cause and effect of poverty, squalor, and misery in which they live”. Lire la suite…