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Posts Tagged ‘réappropriation’

Gustav Landauer, Appel au socialisme, 1911

14 novembre 2019 Laisser un commentaire

Le socialisme culturel et communautaire de Gustav Landauer

 

Résumé

Au sein de la tradition libertaire, Gustav Landauer (1870-1919), qui se décrivait lui-même comme « anarchiste-socialiste » est peut-être l’auteur dont la pensée se prête le plus à des tentatives d’actualisation, et cela en raison de quelques caractéristiques de son idéal social, exposé dans son Appel au socialisme (1911).

Gustav Landauer, Appel au socialisme, tr. fr. J.-C. Angaut et A. Lucet, éd. La Lenteur, 2019.

Il s’agit d’abord d’un socialisme culturel, associé à une critique de la modernité capitaliste qui dénonce non seulement l’État et l’exploitation du travail, mais aussi la foi en le Progrès et la technique, ainsi que la disparition des formes de vie partagée. Il s’agit ensuite d’un socialisme critique à l’égard du marxisme, qui récuse sa croyance en un déterminisme historique implacable et son matérialisme étroit, qui refuse d’accorder au prolétariat en tant que tel le rôle de sujet révolutionnaire et qui réhabilite les activités de subsistance pour penser la transformation sociale. Il s’agit enfin d’un socialisme communautaire, qui revalorise les formes héritées du passé tout en prônant la constitution de nouvelles communautés, considérées comme des commencements, ici et maintenant, de la future société socialiste.

Associée à la dénonciation des faux besoins et du déclin du monde engendré par le développement capitaliste, cette insistance sur l’expérimentation sociale, qui ne renonce pas pour autant à la révolution, est sans doute ce qui peut continuer à faire de l’Appel au socialisme une source d’inspiration pour le présent. Lire la suite…

Maria Mies, Une nouvelle vision : la perspective de subsistance, 1993

18 août 2019 Laisser un commentaire

Le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en juin 1992, a une fois de plus démontré clairement, que la solution des problèmes écologiques, économiques et sociaux mondiaux ne devait pas être attendue des élites dirigeantes du Nord ou du Sud. Comme Vandana Shiva le souligne dans ce livre, une nouvelle vision – une forme de vie nouvelle pour les générations présentes et futures et les autres créatures avec qui nous partageons la Terre – dans laquelle l’articulation entre pratique et théorie soit réalisée, ne peut émerger que dans les luttes de défense des mouvements de base. Les hommes et les femmes qui participent activement à ces mouvements rejettent radicalement le modèle dominant patriarco-capitaliste de développement des « pays industrialisés ». Ils ne veulent pas être développés selon ce modèle, et préfèrent préserver intacte leur base de subsistance et en conserver la maîtrise.

Cependant, cette quête d’une nouvelle vision n’est pas seulement le fait des populations du Sud qui on renoncé à attendre les fruits du « développement » ; on trouve aussi, dans certains groupes du Nord, cette aspiration à une société écologique, non exploiteuse, juste, non patriarcale et autosuffisante. Ici aussi, cette recherche d’une nouvelle perspective concerne non seulement des gens des classes moyennes, désenchantés et ayant perdu espoir dans les promesses de la modernisation, mais également certaines personnes au bas de la pyramide sociale.

Nous appelons cette nouvelle vision la perspective de subsistance. Lire la suite…

Maria Mies, The Need for a New Vision: the Subsistence Perspective, 1993

18 août 2019 Laisser un commentaire

The Earth Summit in Rio de Janeiro (UNCED, June 1992) again made clear that solutions to the present worldwide ecological, economic and social problems cannot be expected from the ruling elites of the North or the South. As Vandana Shiva points out in this book, a new vision – a new life for present and future generations, and for our fellow creatures on earth – in which praxis and theory are respected and preserved can be found only in the survival struggles of grassroots movements. The men and women who actively participate in such movements radically reject the industrialized countries’ prevailing model of capitalist-patriarchal development. They do not want to be developed according to this blueprint, but rather want to preserve their subsistence base intact, under their own control.

This quest for a new vision, however, is to be found not only among people in the South, who cannot ever expect to reap the fruits of ‘development’; the search for an ecologically sound, non-exploitative, just, non-patriarchal, self-sustaining society can also be found among some groups in the North. Here, too, this search for a new perspective involves not only middle-class people, disenchanted and despairing about the end-result of the modernization process, but even by some at the bottom of the social pyramid.

We have called this new vision the subsistence perspective. Lire la suite…

Radio: Émilie Hache, Reclaim écoféminisme ! 2016

C’est l’angle mort de l’écologie à la française : l’écoféminisme. À la fois mouvement militant dans les États-Unis des années 1980 et courant intellectuel, littéraire, politique, ce n’est pas une idéologie. Ce n’est pas une doctrine. Ce n’est pas non plus un projet politique unifié. Mais plutôt un mouvement de réappropriation de soi, de son corps et de son milieu de vie, comme l’explique la philosophe Émilie Hache dans la belle introduction de Reclaim, première anthologie en français de textes écoféministes, publiée dans la collection « Sorcières » des éditions Cambourakis.

Pour les écoféministes, la domination des femmes et celle de la nature sont étroitement liées. Les textes montrent comment des femmes ordinaires se sont soulevées contre ce qui venait détruire leur environnement et leur avenir à travers les exemples du mouvement Chipko en Inde, du Women’s Pentagon Action aux États-Unis, des communautés lesbiennes séparatistes en Oregon ou encore du paganisme de Starhawk.

Le choix du titre n’est pas anodin, Reclaim, signifiant le fait de se réapproprier, illustre parfaitement l’âme du mouvement. Les écoféministes se réapproprient la nature, leur nature de femmes, parfois même l’image de la sorcière, afin de renverser le pouvoir. Lire la suite…

Maria Mies, Patriarcat et exploitation dans l’économie mondialisée, 2005

9 février 2019 Laisser un commentaire

Dans les années 1970 et 1980, les féministes ont identifié plusieurs contradictions fondamentales des sociétés industrielles. En premier lieu, le fait que le travail domestique n’est pas comptabilisé comme du travail, qu’il s’agisse d’économistes capitalistes ou socialistes. C’est encore le cas : en 1999, Henderson estimait que jusqu’à 50% des produits et services utiles n’étaient pas rémunérés et largement produits par les femmes. Leur valeur s’élèverait à 16 000 milliards de dollars [1]. Le travail productif des femmes, porter et s’occuper des enfants, jardiner, nourrir sa famille, traire les vaches, élever des brebis pour sa consommation personnelle, tout ceci n’est pas comptabilisé dans les PIB nationaux, cela « ne compte pas » [2]. Ce travail n’est pas considéré comme une activité économique. Lire la suite…

Gilets jaunes, Réveiller les paysans qui sommeillent en nous, 2019

5 février 2019 Laisser un commentaire

Notre insurrection doit faire un choix très fort.

Ou bien elle défend (qu’on le veuille ou non) le monde tel qu’il existe.

Ou bien nous cherchons la sortie de ce monde promis à la destruction.

L’étincelle qui a allumé la mèche des Gilets jaunes était économique : la hausse incessante du prix de l’essence, un sentiment largement partagé d’asphyxie financière. La question des bas revenus et de l’inégalité économique reste présente depuis, mais la révolte a pris un tour plus politique : critique de la classe dirigeante, dénonciation de son mépris pour des classes populaires qui n’ont aucun moyen de peser sur les grandes décisions, critique diffuse de la démocratie représentative, revendications d’outils de participation et de délibération plus ou moins radicaux… Mais si la nécessité de réorganiser les habitudes et les institutions politiques est largement évoquée dans le mouvement, la nécessité d’une autre organisation économique est très peu débattue : ne devons-nous pas tout autant réorganiser nos manières de survivre, de produire et d’échanger ? Lire la suite…

Gilets jaunes : démocratie directe versus réseaux sociaux

12 décembre 2018 Laisser un commentaire

« Macron démission ! » Oui, et après ?

Si c’est pour mettre à sa place un autre oligarque, un autre homme ou une femme providentiels qui assouvira ses obsessions narcissiques et ses fantasmes de puissance en prétendant nous représenter, à quoi bon battre le pavé dans le froid et sous la pluie ? Quand une majorité de citoyens ne veulent plus payer l’impôt et expriment leur défiance envers les « corps intermédiaires » (partis, syndicats, associations…) qui les grugent depuis des décennies, quand l’abstention devient le parti majoritaire, quand des centaines de milliers de Français bloquent leur pays pour réclamer la démission du chef de l’État, c’est bien que l’actuelle « démocratie représentative » (qui n’a plus de démocratie que le nom) est en faillite. Nous devons retrouver notre souveraineté en inventant d’autres formes d’organisation. Lire la suite…

Totaler Bildschirm, Widerstand gegen die Verwaltung und Informatisierung unserer Leben, 2016

30 octobre 2018 Laisser un commentaire

Seit 2011 widersetzen sich in Frankreich Schaf- und Ziegenzüchter*innen der europäischen Richtlinie, die ihnen vorschreibt, elektronische Chips an den Ohren ihrer Tiere anzubringen. Sie weigern sich, ihre Herde per Computer managen zu müssen und sich den Erfordernissen der industriellen Produktion, wie etwa der Rückverfolgbarkeit, anzupassen. Sie organisieren sich mit Kolleg*innen, Nachbar*innen und befreundeten Personen, um den Kontrollen der Behörden kollektiv zu begegnen und die finanziellen Sanktionen, die ihnen auferlegt werden, gemeinsam zu bewältigen. Lire la suite…

Maria Mies, La perspective de subsistance, 2005

30 septembre 2018 Laisser un commentaire

Je m’appelle Maria Mies, je suis professeur de sociologie à la retraite. J’ai commencé à travailler ici à la Fachhochschule [Université de sciences appliquées] de Cologne (Allemagne), au département de pédagogie sociale en 1972. J’ai aussi beaucoup milité dans plusieurs mouvements sociaux : d’abord dans les mouvements de femmes, puis dans le mouvement écologiste, le mouvement pour la paix et récemment en 1997, j’ai participé au mouvement anti-mondialisation. Lire la suite…

Maria Mies, La Perspectiva de Subsistencia, 2005

30 septembre 2018 Laisser un commentaire

Soy Maria Mies, una profesora de sociología retirada. Empecé trabajando en el Fachhochschule aquí en el Departamento de Pedagogía Social en 1972. También estoy bastante involucrada en diversos movimientos sociales: inicialmente en el movimiento de mujeres, después el movimiento de ecología se convirtió en una de mis actividades, el movimiento por la paz, y recientemente desde 1997, soy activista en el movimiento anti-globalización.

Primero que todo tengo que decir que nosotras no estamos hablando específicamente de economía de subsistencia. Cuando digo nosotras me refiero a mis amigas Claudia von Werholf y Verónica Bennholdt-Thomsen con quienes desarrollé este acercamiento a mediados de los 70s. No estamos hablando de una economía de subsistencia pero sí de una perspectiva de subsistencia. Es decir que no es un modelo económico sino una nueva orientación, una nueva manera de ver la economía. Lo que quiere decir algo totalmente distinto. Esto no sólo se aplica a la economía sino también a la sociedad, cultura, historia y cualquier área posible. La segunda cosa es que mucha gente se pregunta ¿Que quieres decir con subsistencia? Yo usualmente digo: para nosotras subsistencia es lo opuesto a producción mercantilista, la producción mercantil es la meta de la producción capitalista, en otras palabras, una producción generalizada de bienes. Todo lo que existe debe ser transformado en una mercancía. Es posible observar esto hoy en día especialmente en el rumbo de la globalización. La producción de subsistencia tiene una meta completamente diferente, y es principalmente, la satisfacción directa de las necesidades humanas. Lo que no se logra a través del dinero y la producción de bienes. Para nosotras lo más esencial es, que es una producción y reproducción directa de la vida. Esa es la razón por la cual nosotras hablamos de « producción de vida » en lugar de « producción de mercancías ». Lire la suite…