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Recension: S. Pouteau (dir.), Génétiquement indéterminé, 2007

15 novembre 2016 Laisser un commentaire

Sylvie Pouteau (dir.),
Génétiquement indéterminé.
Le vivant auto-organisé,
éd. Quae, 2007, 169 p.

Le vivant obéit à des lois internes, difficiles à appréhender. Faut-il pour autant recourir à des explications de mécanismes et de programmes conçus sur le modèle des machines fabriquées par l’homme ? Plus les hommes de science étudient le vivant comme s’il s’agissait d’une machine encore inconnue, plus le « moteur » leur paraît compliqué et plus il y a de questions. Le vaste domaine que représente la génétique animale et végétale n’a pas échappé aux interrogations de ses chercheurs.

Ce questionnement a atteint un seuil très sensible, au point d’avoir ébranlé le confort intellectuel jusqu’ici offert par le « vivant-machine » et le déterminisme génétique. D’où la dédicace assez émouvante présentée en tête de ce livre par la coordinatrice scientifique, S. Pouteau :

« à tous ceux qui auront l’enthousiasme et le courage de frayer de nouvelles approches pour comprendre l’organisme vivant et le délivrer du statut de machine dans lequel il est resté confiné depuis les Lumières dont il est permis de penser qu’elles n’ont pas suffisamment brillé en la matière. »

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Retour sur la révolution industrielle

1 juillet 2016 Laisser un commentaire

Couverture N&Mc 12Le n°12 de Notes & Morceaux choisis, bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle (éd. La Lenteur, 144 p., 12 euros) vient de paraître! Ci-dessous une brève présentation de cet ouvrage:

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Présentation de l’éditeur:

Dans les années qui suivent la bataille de Waterloo et l’effondrement de l’empire napoléonien (1815), l’Angleterre accueille de nouveau des voyageurs, après une longue période d’isolement. Ils découvrent à cette occasion les bouleversement accomplis en un quart de siècle: la révolution industrielle.

Se forme alors une doctrine qui célèbre l’organisation sociale fondée sur les stupéfiantes avancées technologiques de cette époque: l’industrialisme. Cette doctrine ne se confond pas avec le libéralisme – les saint-simoniens, ancêtres directs d’un certain socialisme, sont de fervents industrialistes. Au contraire, Sismondi, bien que favorable au libre échange, est anti-industrialiste.

Ainsi, l’industrialisme possède deux faces, l’une libérale, l’autre “organisatrice” (ou socialiste). Une ambivalence que le vaste courant antilibéral de ce début de XXIe siècle évite soigneusement de mentionner. Lire la suite…

François Jarrige, Les hommes remplacés par des robots, 2014

De plus en plus de tâches sont automatisées, accomplies par des machines. Un gigantesque appareillage technique permet de répondre à nos besoins sans que nous n’ayons à utiliser nos mains ni notre cerveau. Dépendant d’esclaves mécaniques qui produisent à sa place, l’homme sans travail n’a-t-il plus qu’à revendiquer le droit à la paresse ?

Deux économistes américains viennent de publier un ouvrage intrigant et fascinant intitulé Le second âge des machines. Analysant les effets des rapides transformations technologiques en cours avec l’informatisation et l’expansion considérable du numérique, ils proposent une thèse forte : nous serions entrés dans un « deuxième âge des machines » qui se caractériserait par l’automatisation des activités dans lesquelles les humains et les « fonctions cognitives » étaient considérées jusque là comme indispensables. Alors que le premier âge des machines, celui qui s’était engagé avec la « Révolution industrielle » du début du XIXe siècle, se caractérisait par l’automatisation des tâches nécessitant un effort physique, le nouvel âge des machines viserait quant à lui au remplacement des fonctions intellectuelles elles-mêmes.

Pour ces auteurs, compte tenu de l’extension de l’informatisation à des activités toujours plus nombreuses, il semble qu’il n’y ait plus d’obstacle désormais au remplacement des travailleurs dans l’ensemble des secteurs de activités humaines. Si cette analyse n’a rien de neuve, – depuis deux siècles le débat sur les effets des machines ressurgit régulièrement à chaque phase de remodelage du capitalisme et de son appareillage technologique –, elle invite à penser le monde qui est en train de se construire sous nos yeux. Lire la suite…

François Jarrige, Le mauvais genre de la machine, 2007

10 mars 2016 Laisser un commentaire

Résumé

Au XIXe siècle, « l’ancien régime typographique » laisse la place à l’ère des productions imprimées industrielles. Si l’impression se transforme rapidement dès la première moitié du XIXe siècle, le travail d’assemblage des caractères en plomb réalisé par le compositeur change peu avant l’introduction des linotypes au tournant du XXe siècle. Cette stabilité du système technique, généralement expliquée par l’imperfection des méthodes de composition mécanique, s’enracine en réalité dans la complexité des rapports sociaux et des enjeux culturels soulevés par les nouveaux procédés. En France en effet, comme en Angleterre, les premières machines à composer mises au point au cours des années 1840 sont précocement associées au travail des femmes. Les fabricants jouent de cette identification pour promouvoir des machines permettant d’utiliser une main-d’œuvre bon marché. De leur côté, les ouvriers du livre instrumentalisent la dimension sexuée des artefacts techniques pour préserver l’espace de travail. Ni transformation inexorable, ni impossibilité technique, le changement des méthodes de composition émerge finalement au terme d’un processus lent d’acclimatation et de négociation entre les différents acteurs du monde de l’imprimerie. Lire la suite…

Ludwig von Bertalanffy, Les problèmes de la vie, 1960

13 décembre 2015 Laisser un commentaire

Le biologiste autrichien Ludwig von Bertalanffy (1901–1972) est plus connu pour sa contribution à la Théorie générale des systèmes, qui inspirera le courant cybernétique, que pour sa conception organismique du vivant qu’il a exposé dans son livre Les problèmes de la vie, essai sur la pensée biologique moderne publié dans les principales langues européennes au tournant du XXe siècle. Nous proposons ci-dessous au lecteur le chapitre premier de cet ouvrage qui expose la méthode générale et une intéressante discussion sur le fait de savoir jusqu’à quel point un être vivant peut être assimilé à une machine.

Chapitre Premier

Conceptions fondamentales du problème de la vie

« La jeunesse, attirée par la nature et par l’art, est sûre qu’elle entrera bientôt au cœur du sanctuaire, tant est violent son désir d’y accéder. Après un long voyage, l’homme se rend compte qu’il ne pénétrera pas au-delà du Propylée. »

Goethe. Introduction au Propylée.

« Ainsi la tâche n’est point de contempler ce que nul n’a encore contemplé mais de méditer comme personne n’a encore médité sur ce que tout le monde a devant les yeux. »

Schopenhauer

I. L’alternative classique

A une époque marquée de bouleversements comparables par leur importance à ceux que nous connaissons aujourd’hui, la science se trouva confrontée à une idée qui devait exercer une influence profonde sur les conceptions que l’homme se faisait du monde. C’était pendant la guerre de Trente Ans et l’auteur de cette idée fut Descartes. Impressionné par les succès de la jeune science de la physique, grosse, alors, de ses premiers progrès, et prévoyant des possibilités que la technologie moderne a réalisées depuis, Descartes énonça sa théorie des animaux-machines : les lois physiques ne s’imposent pas au seul monde inanimé ; elles s’appliquent aussi aux organismes vivants. Ainsi Descartes interprétait-il les animaux comme des machines, certes fort compliquées mais fonctionnant selon des principes identiques à ceux qui gouvernent les machines dues à l’industrie humaine et dont l’action relève de la physique. Lire la suite…

Pierre Thuillier, Science, pouvoir et démocratie, pour une science responsable, 1997

27 novembre 2015 Laisser un commentaire

Nous reproduisons ce texte à titre de document. Les propos n’engagent que son auteur, et nous avons rajouté entre […] indications et commentaires.

Ce colloque est donc organisé en hommage à Martine Barrère. J’étais déjà chef de rubrique dans une revue dont j’ai oublié le nom [La Recherche] lorsqu’elle est arrivée place de l’Odéon. Nous nous sommes tout de suite retrouvés dans le même bureau, avec Jeanine Rondest, parfois avec quelques autres dont un comptable fou qui avait certainement tout compris avant nous puisqu’il a fini par jeter les meubles par la fenêtre… Catherine Allais en dira plus sur le travail de celle que j’appelais « Titine ». Pour ma part, je veux évoquer ici l’élan, la joie, la chaleur qu’elle apportait dans notre travail. Malgré de nombreux déménagements, nous avons continué à travailler ensemble, à pratiquer la lecture croisée de nos papiers, à débattre des heures durant sur tous les sujets. Je garde un excellent souvenir de cette collaboration fructueuse. Ainsi c’est sans doute parce que Martine avait elle-même abordé le sujet que j’ai été amené à écrire sur les expériences nazies sur l’hypothermie dans les camps de concentration. Je le dis ici sans complaisance aucune, je regrette son enthousiasme, sa curiosité, son esprit critique, son courage. Tout cela s’est terminé de bien triste façon, et je fais totalement miennes les paroles qu’a prononcées Catherine Allais au cimetière du Père Lachaise : Martine a bien été victime de quelques petits potentats dont on ne saurait qualifier la médiocrité.

Venons-en au colloque. J’avoue avancer ici tout tremblant tant le sujet paraît vaste. Je me contenterai donc de quelques remarques simplificatrices sans même aborder des sujets comme la vache folle ou le sang contaminé. Je souhaite vraiment que les interventions soient les plus pointues possibles. En effet, en trente ans de journalisme scientifique, j’ai connu bien des colloques sur le thème de la responsabilité, et j’y ai constaté que les personnes les plus complices du système, les journalistes les plus plats s’y régalaient. Il nous faut donc être pertinents, parfois méchants et ne pas nous satisfaire de la langue de bois. Lire la suite…

Georges Orwell, Le socialisme et l’industrialisation, 1937

7 novembre 2015 Laisser un commentaire

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Prié d’expliquer pourquoi les gens intelligents se trouvent si souvent de l’autre côté de la barricade, le socialiste invoquera en général des raisons de bas intérêt, conscientes ou inconscientes, la conviction non fondée que le socialisme ne peut pas « marcher », ou la simple peur des horreurs et désagréments inhérents à la période révolutionnaire précédant l’instauration du socialisme. Tout ceci a certes son importance, mais il ne manque pas d’individus insensibles à des considérations de cet ordre et qui n’en sont pas moins résolument hostiles au socialisme. S’ils rejettent le socialisme, c’est pour des raisons spirituelles ou « idéologiques ». Leur refus n’est pas dicté par l’idée que « ça ne peut pas marcher », mais au contraire par la crainte que ça marche trop bien. Ce qu’ils redoutent, ce n’est pas les événements qui peuvent venir troubler le cours de leur vie, mais ce qui se passera dans un futur éloigné, quand le socialisme sera devenu une réalité.
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Eugène Zamiatine, Les contes de fées révolutionnaires de Wells, 1922

Les plus dentelées, les plus aériennes des cathédrales gothiques n’en sont pas moins bâties de pierre ; et les plus fabuleux, les plus absurdes contes de fées de n’importe quel pays n’en sont pas moins composés de la terre, des arbres et des animaux de ce pays. Dans les contes de fées de la forêt, il y a le lutin des bois, hirsute et rabougri comme un pin, dont le rire tire son origine de l’écho de la forêt ; dans les contes de la steppe, il y a le chameau blanc magique, qui vole comme du sable fouetté par le vent ; dans les contes des régions polaires, il y a le chaman-baleine et l’ours blanc au corps d’os de mammouth. Mais imaginez un pays dont le seul sol fertile est de l’asphalte ; et sur ce sol d’épaisses forêts – des cheminées d’usines – ; et des troupeaux de bêtes d’une seule espèce – des automobiles – ; et aucun parfum de printemps si ce n’est les vapeurs d’essence. Ce pays de pierre, d’asphalte, de fer, de pétrole, de mécanique s’appelle le Londres du XXe siècle, et naturellement il a dû produire ses propres lutins de fer motorisés, ses propres contes de fées mécaniques et chimiques. Il existe de tels contes de fées urbains : Herbert Wells nous les raconte. Ce sont ses romans fantastiques. Lire la suite…

Lewis Mumford, Sticks and Stones, 1924

20 avril 2015 Laisser un commentaire

La première édition de cet ouvrage date de 1924 et il s’agit du premier d’une série de quatre livres consacrés à l’architecture et à la civilisation américaines (Sticks and Stones, 1924 ; The Golden Day, 1926 ; Herman Melville, 1929 ; The Brown Decades : A Study of the Arts in America 1865-1895, 1931).

Aux États-Unis, la Première Guerre Mondiale fut suivie d’une période de désenchantement et de répression du socialisme. Déjà présente dans Histoire des Utopies, l’idée que les écrivains, les intellectuels, ont le devoir d’offrir à leurs contemporains une représentation élevée de la vie et de la beauté parce qu’une génération d’hommes ne peut progresser que dans un espace mental tridimensionnel – le passé, le présent et l’avenir – cette idée est illustrée de façon plus élaborée dans ces quatre livres : Lewis Mumford cherche à transmettre à sa génération un héritage typiquement américain susceptible de leur permettre de reprendre confiance en eux-mêmes et de participer à l’élaboration de la bonne vie. Dans son autobiographie [1], il cite une note prise en 1919 :

« Actuellement, ce qui m’intéresse dans la vie est l’exploration des villes en tant que documents de la civilisation. Je m’intéresse autant au mécanisme de l’ascension culturelle de l’homme que Darwin s’est intéressé au mécanisme de ses origines biologiques. »

C’est un thème que l’on retrouve dans toute son œuvre et qu’il a particulièrement travaillé dans Le Mythe de la Machine. Lire la suite…

Low-Tech Magazine, Les moulins-bateaux: des fabriques sur l’eau actionnés par la force du courant, 2010

19 mars 2015 Laisser un commentaire

Voici une traduction d’un article de la revue en ligne Low-Tech Magazine. Vous pouvez également télécharger cet article au format PDF avec la totalité des illustrations de l’article original.

Moulins-bateaux sur le Rhin, 1531

Moulins-bateaux sur le Rhin, 1531

Du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle, la roue hydraulique a été la source d’énergie la plus importante dans le monde. Lorsque les plus petites rivières sont devenues inutilisables en raison de leur encombrement par ces roues, les constructeurs médiévaux se sont tournés vers des rivières plus grandes, ce qui a abouti à la mise en place des barrages de retenue ou chaussées comme on en connaît encore aujourd’hui. Les étapes intermédiaires qui ont menées à ces dispositifs sont moins connues, telles que les moulins-bateaux, les moulins sous un pont et les moulins pendants. Les moulins-bateaux existaient déjà au VIe siècle en Italie et se sont répandus dans le monde entier. La plupart sont restés en usage jusqu’à la fin des années 1860, quelques uns survivant après les années 1900.

Jusqu’à récemment, les moulins-bateaux, aussi connus sous le nom de moulins flottants, ne suscitaient que de la curiosité, une simple note de bas de page dans la longue histoire de l’énergie hydraulique. Aujourd’hui quelques historiens pensent qu’ils furent aussi répandus que les moulins à vent – bien qu’il faille remarquer que les moulins à vent à l’inverse de la croyance populaire furent moins courants que les moulins à eau. Les premières études internationales sur les moulins-bateaux ne paraissent qu’en 2003 et 2006 (voir la bibliographie). Elles contiennent parmi beaucoup d’autres faits nouveaux la découverte de trois moulins-bateaux minuscules sur une célèbre peinture médiévale de 1435 (La Vierge du Chancelier Rodin par le peintre flamand Jan Van Eyck). Personne ne les avait encore remarqués auparavant ou ne s’était spécialement aperçu de leur existence à cet endroit. Lire la suite…