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Posts Tagged ‘technoscience’

Radio: Céline Lafontaine, La bioéconomie, stade ultime du capitalisme, 2014

6 août 2018 Laisser un commentaire

Dans son livre Le Corps-Marché, la sociologue québequoise Céline Lafontaine, professeure à l’université de Montréal, dénonce la “bioéconomie”, une économie fondée sur la marchandisation du corps.

S’attachant en particulier à l’industrie biomédicale, Céline Lafontaine délivre une enquête documentée et pragmatique sur les enjeux de la bioéconomie. Elle éclaire les règles d’un marché mondialisé du corps humain, dont les éléments (sang, ovules, cellules, tissus…) sont de plus en plus marchandisés, comme dans l’industrie de la procréation. Par-delà les clivages éthiques que tous ces débats suscitent entre les citoyens – par exemple au sujet de la gestation pour autrui –, elle consigne précisément les enjeux réels de cette bioéconomie souveraine. Un éclairage à partir duquel les positions éthiques de chacun peuvent s’ajuster en fonction de plusieurs conceptions possibles de la liberté et de l’égalité… Lire la suite…

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Recension : E. Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

10 juin 2018 Laisser un commentaire

Eugène Huzar et l’invention du catastrophisme technologique

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Eugène Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

(textes choisis et annotés par Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige, postface de Bruno Latour)

éd. È®e, 2008, 160 pages.

Résumé

En 1855, paraît La fin du monde par la science. Son auteur : un avocat obscur au nom d’Eugène Huzar ; son originalité : proposer la première philosophie catastrophiste du progrès technologique. Huzar nous intéresse aujourd’hui en tant que symptôme : à l’encontre du grand récit postmoderne, il nous montre que la modernité positiviste qui aurait pensé les techniques sans leurs conséquences lointaines semblait déjà caduque lors de la révolution industrielle. Découvrir l’œuvre de Huzar aujourd’hui nous force à penser la réflexivité environnementale des sociétés de la révolution industrielle.

« La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. »

Hans Jonas, Le Principe responsabilité, 1979 (trad. fr. éd. Flammarion, 1995, p. 233.)

En avril 1855, à Paris, alors que la foule se presse au Palais de l’Industrie pour y admirer machines et inventions, paraît un petit ouvrage au titre énigmatique, La Fin du monde par la science. L’auteur, un avocat obscur au nom d’Eugène Huzar, propose ce qui constitue vraisemblablement la première théorie du catastrophisme technologique. Le livre est un succès et deux ans après, Huzar développe sa théorie dans L’Arbre de la science 1. Lire la suite…

Cécilia Calheiros, Cyberespace et attentes eschatologiques, 2015

Comment les technosciences participent-elles à la croyance en une humanité spirituellement connectée ?

Résumé

Dans la continuité des études analysant les phénomènes de religiosité que les nouvelles technologies suscitent (O. Krueger, D. Noble, H. Campbell), cet article propose de questionner les façons dont Internet est appréhendé comme moyen de salut. Ce média, intrinsèquement lié à l’idée d’unité spirituelle de l’humanité comme stade supérieur de l’évolution, a inspiré des innovations technologiques sous-tendues par des préoccupations eschatologiques. Elles sont liées au fonctionnement de l’esprit, aux moyens de l’augmenter par les technosciences et sont motivées par une quête d’immortalité visant, à terme, à se débarrasser de la chair en transférant l’esprit humain dans la machine. Ainsi, des logiciels prédictifs, comme le Global Consciousness Project, le WebBot Project ou Google Brain, articulant conscience globale, anticipation du futur et fin du monde sont apparus. Quel sens donner à ce phénomène de réappropriation religieuse d’Internet ? Comment passe-t-on d’un lien technologique à un lien spirituel qui transcenderait l’humanité ? Et surtout, quels liens peut-il y avoir entre des logiciels prédictifs et la volonté de décorporéiser l’humain, afin de le rendre immortel ? À partir d’une analyse des sources canoniques de la cyberculture et d’une étude des communautés adhérant aux énoncés de logiciels prédictifs, cet article analyse les usages de la croyance en la conscience globale lorsqu’elle est corrélée à la divination assistée par Internet. Il montre que le développement de ces logiciels, en se parant d’un positivisme scientifique, est révélateur d’une certaine sécularisation des discours autour de la conscience globale et nous informe du rôle des technosciences dans la fabrication d’utopies pratiquées. Lire la suite…

Cecilia Calheiros, Cyberspace and Eschatological Expectations, 2014

On How Techno-Sciences Bolster the Belief in a Spiritually Connected Humanity

Abstract

Following the studies analyzing the phenomena of religiosity that new technologies create (O. Krüger, D. Noble, H. Campbell), this paper questions the ways in which the Internet is understood as a salvation means. This media, closely linked to the idea of spiritual unity of humanity as a higher stage of evolution, inspired technological innovations underpinned by eschatological concerns. These expectations are related to the way the mind works and how increasing it through techno-sciences. The former are motivated by a quest for immortality by getting rid of the body, transferring the human spirit into the machine. Thus, predictive softwares, such as the Global Consciousness Project, the WebBot Project or Google Brain, have been designed mixing global consciousness, the anticipation of the future and apocalypse. What is the meaning of the phenomenon of spiritual reappropriation of the Internet? How do we move from a technological link to a spiritual connection that would supposedly transcend humanity? Most importantly, what links could be found between predictive softwares and the willingness to disembody man to make him immortal? Based on an analysis of the canonical sources of cyberculture and a study of communities following anticipations of predictive softwares, this paper analyzes the uses of belief in global consciousness when linked to Internet-assisted divination. First, it shows that the development of these softwares reveals a certain secularization of the discourses around global consciousness, while scientific positivism emerges from then. Then, it enlightens us about the role of techno-sciences in the building of lived utopias. Lire la suite…

Radio: Jean-Marc Royer, Le Monde comme projet Manhattan, 2017

13 mars 2018 Laisser un commentaire

Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant

Si les deux premières parties de ce livre débutent par une toute autre histoire du nucléaire, sa troisième partie, la plus importante aux yeux de l’auteur, a pour ambition d’en tirer les conséquences dans les domaines théoriques, historiques, philosophiques et politiques. Précisons qu’il n’est pas question de faire avec cette présentation un quelconque résumé de l’ouvrage mais d’attirer l’attention du lecteur sur des aspects jugés majeurs. Par conséquent, il n’y retrouvera pas le soubassement argumentaire de certaines des affirmations avancées.

I – S’il s’agissait uniquement d’une autre histoire du nucléaire, quelle en serait sa spécificité ?

Seule une étude attentive des archives disponibles a permis de saisir les gigantesques dimensions historiques, politiques et industrielles de l’évènement-nucléaire qui a changé la face du monde (au sens propre et au sens figuré) ; de comprendre dans le détail de quelle manière les États-Unis en ont usé pour s’attribuer le rôle de gendarme du monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale 1 et plus généralement comment les complexes (scientifico-militaro-industriels) qui en furent à l’origine ont fini par gangréner tous les appareils d’États. Mais pour en prendre toutes les dimensions, ce ne fut pas suffisant : il a également fallu remonter dans le temps long pour donner toute sa profondeur à cet évènement, nous y reviendrons. Lire la suite…

Céline Lafontaine, La vieillesse, une maladie mortelle, 2010

25 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

Sans doute l’une des plus profondes et des plus durables révolutions ayant marqué l’histoire humaine, la transition démographique caractérisant notre époque entraîne une redéfinition complète de notre rapport au temps et à la mort. Associée à la mort et à la dégénérescence, la vieillesse apparaît désormais comme une tare, comme un fléau contre lequel il faut absolument lutter. Traçant un parallèle entre les statuts des personnes âgées et les avancées biomédicales liées à la lutte anti-âge, cet article analyse les conséquences sociales et éthiques de la volonté de vaincre scientifiquement la mort, de vivre sans vieillir et d’étendre indéfiniment la durée de vie. Lire la suite…

Céline Lafontaine, Le corps cybernétique de la bioéconomie, 2014

23 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

La molécularisation du corps à travers la déconstruction de ses composantes biologiques constitue le socle épistémologique sur lequel s’est instituée la bioéconomie. Cette dernière repose sur un modèle cybernétique du vivant et de l’économie. De manière tangible, le corps ne disparaît évidemment pas, mais la vision moléculaire participe de sa dématérialisation et de sa décomposition technoscientifique camouflant ainsi les nouvelles logiques d’appropriation économique dont il est l’objet. Lire la suite…

Céline Lafontaine, La condition postmortelle, 2008

13 novembre 2017 Laisser un commentaire

Du déni de la mort
à la quête d’une vie sans fin

Résumé

Qu’en est-il d’une société engagée dans une lutte pour en finir avec la mort, à tel point que chaque décès prend les allures d’une défaite scientifique ? Où le vieillissement est considéré comme une maladie ? Où la volonté de prolonger la vie ici-bas se substitue au désir d’immortalité dans l’au-delà ?

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Limite infranchissable fondant l’ordre symbolique, la mort est un « phénomène social total » 1. Premier principe universel, elle pose l’identité de l’humanité à travers toutes les croyances, tous les mythes et toutes les pratiques. Ainsi, en définissant l’homme comme mortel, les Anciens instituaient l’universalité emblématique de la condition humaine : tous les hommes sont mortels 2. La conscience de la mort et les réponses socialement élaborées pour contenir l’inévitable angoisse qu’elle soulève ponctuent le rapport de l’individu à la société. L’anthropologie de la mort nous enseigne, en ce sens, que le statut de la subjectivité est étroitement lié à celui de la mortalité 3. Face à l’inéluctabilité de la fin, l’individu trouve refuge dans la forteresse idéelle de l’immortalité que chaque société dresse afin d’assurer sa continuité. L’histoire des sociétés humaines peut ainsi se lire comme l’ensemble des récits visant à donner vie au rêve d’immortalité. Des mythologies primitives aux grandes religions historiques, de l’immortalité de l’âme à la postérité immémoriale des héros, de la résurrection au Nirvana, le désir d’éternité marque la frontière entre l’ici-bas et l’au-delà. Il trace l’horizon du sens que l’on donne collectivement à l’existence humaine. Il assure la pérennité de l’ordre social à travers le passage des générations. Bref, il est au fondement même de la civilisation. Lire la suite…

Jean-Marc Lévy-Leblond, Faut-il faire sa fête à la science?, 2006

13 octobre 2017 Laisser un commentaire

Depuis une vingtaine d’années, la Fête de la science a pris sa place dans le programme des événements festifs que bien des institutions culturelles organisent depuis les années 1980 pour tenter de (re)trouver le contact avec le public, aux côtés de la Fête de la Musique, de Lire en fête, des Journées du Patrimoine, etc.

Pour autant, le projet de célébrer la science, de lui donner un caractère festif, ludique et populaire, n’est pas si nouveau qu’on pourrait le croire. Le xixe siècle a connu d’importantes manifestations de ce type, dont le spectaculaire reposait déjà sur les nouvelles technologies – celles de l’époque s’entend. Ne donnons qu’un exemple : le soir du 29 octobre 1864, plus de deux mille visiteurs se pressent dans les galeries, les amphithéâtres et la bibliothèque du Conservatoire des arts et métiers. L’Association pour l’avancement des sciences y donne une fastueuse « soirée scientifique », une « fête grandiose de la science et de l’industrie » dont Cosmos 1 rend compte en des termes significatifs :

« À huit heures, les portes du Conservatoire s’ouvrirent : un faisceau de lumière électrique faisait le jour sur le passage des invités, se prolongeant jusque dans la rue Saint-Martin, où les badauds attroupés se complaisaient niaisement [sic] à cet éblouissement. […] La chapelle, éclairée par deux appareils électriques, offrait un magnifique coup d’œil. Cette lumière si intense, si vive, qu’on dirait qu’elle pénètre, qu’elle absorbe les objets, produisait un effet magique sur les chutes, les jets, les nappes d’eau qui s’échappaient de toutes les machines hydrauliques. »

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Guillaume Carnino, Les transformations de la technologie, 2010

du discours sur les techniques à la “techno-science”

Résumé

Cet article retrace les évolutions du terme « technologie », dans le contexte français, au cours du XIXe siècle. Le passage, aux alentours de 1850, d’un « discours sur les techniques » à une « techno-science » y est mis en valeur selon deux aspects principaux : industrialisation des pratiques artisanales opératoires et déploiement de « la science » en tant que productrice de faits à partir de machines et procédures. Telles sont les deux recompositions politiques qui produisent matériellement et linguistiquement la technologie entendue au sens contemporain, comme lorsqu’on parle des « nouvelles technologies ». Lire la suite…