Nicolas Alep, Quelques pistes de réflexion pour une décroissance numérique, 2021

Dans notre petit essai corrosif Contre l’Alternumérisme [1], écrit avec Julia Laïnae, nous nous sommes employés à exposer les désaccords de fond qui nous séparent des courants prônant la maîtrise du numérique et à promouvoir l’idée d’une « désescalade technologique ». Le reproche principal qui nous a été adressé est que livre n’ouvre aucune perspective d’action, n’est pas un programme politique et encore moins un guide pour « mieux vivre avec le numérique ». Frustrant ? Pour nombre de lecteurs, visiblement oui. Mais en l’état, et pour de nombreuses raisons, il serait malhonnête de prétendre être en mesure de produire le mode d’emploi d’une sortie du numérique.

Tout d’abord, nous ne mesurons que trop bien l’aspect inoffensif de notre critique. Deux militants bricolant durant leur temps libre un texte politique, qui ne sera jamais lu que par les « gens qui lisent des livres », n’ont aucun pouvoir de changer quoi que ce soit par la force de leurs injonctions. Ce ne sera donc pas sous le commandement de Laïnae et Alep que sera menée la grande offensive néo-luddite qui abattra le « monde sans contact ». Et il y a aussi fort à parier que si Mark Zuckerberg savait lire, Contre l’Alternumérisme ne le convaincrait pas de fermer Facebook et d’entamer une reconversion vers un métier socialement utile. Dans tous les cas, tout comme personne ne demande notre bénédiction avant de brûler une antenne 5G, boycotter les cours en « distanciel » ou refuser la biométrie, nous espérons bien que ce débat pourra se poursuivre sans nous. Nous versons au pot commun des éléments de réflexion, mais une fois rentrés à la maison, chacun de nous doit aussi se débattre dans ses contradictions : être critique des technologies, mais vivre dans une société technologique. Lire la suite »

Nicolas Eyguesier, Faire de l’édition une pratique militante, 2021

Quand on finit par tomber, après plusieurs requêtes, sur le site internet des Éditions La Lenteur, c’est un pied de nez digne d’une « erreur 404 » qui s’affiche : « La Lenteur n’a pas de site internet ni de catalogue en ligne. Pour nous contacter, vous pouvez nous écrire à l’adresse suivante… » Se dressant contre l’informatisation, la surproduction et l’accélération qui ont fait du livre un produit de masse condamné à l’obsolescence, ses fondateurs ont fait le choix de publier « à leur rythme ». Rencontre avec Nicolas Eyguesier, cofondateur de cette discrète maison d’édition.

 

Socialter : Dans quel contexte les éditions La Lenteur sont-elles nées ?

Nicolas Eyguesier : La Lenteur a été créée en 2006 dans la foulée des mouvements étudiants contre le projet de loi Contrat première embauche (CPE). Notre histoire est intimement liée au militantisme, à la rédaction de tracts, de brochures, de publications. Nous faisions tous partie du Groupe Oblomoff, formé en 2004 par opposition au mouvement « Sauvons la recherche », qui présentait alors la recherche scientifique selon une image que nous jugions mensongère, décrite comme pure et désintéressée face aux attaques de la privatisation. Pour nous – c’était un des enseignements du combat contre les OGM – il y avait quelque chose à regarder à l’intérieur même du fonctionnement de la technoscience, qu’elle soit publique ou privée. C’est pour se doter de moyens supplémentaires, plus conséquents, afin de mieux diffuser nos idées, qu’avec Matthieu Amiech nous avons lancé les éditions La Lenteur. Lire la suite »

Lentxo, Du nouveau dans la cyberdépendance, 2021

La question de « comment produire du commun ? » apparaît bien lointaine en période de crise sanitaire où confinements et politiques répressives ont pour effet de provoquer repli sur soi et distanciation de la vie sociale. La belle aubaine pour maintenir la société en état de coma social. Ironie du sort, nous venons de passer deux dates anniversaires, aux résonances symboliques fort opposées.

La première est celle des 150 ans de la déclaration de la Commune de Paris (28 mars 1871), avec pour perspective, à l’époque, la mutualisation du bien commun et l’émancipation des masses face au joug industriel bourgeois.

La seconde est celle du 1er anniversaire du basculement dans… le « monde d’après » (idée qui résonnait dans beaucoup d’esprits lors du 1er confinement). En période de crise, de nouvelles catégories de penser et de nouvelles manières de nommer apparaissent. Depuis un an, les termes « distanciel » et « présentiel » se sont imposés et se sont répandus comme un feu de brousse dans le langage quotidien. Si le virage dans le « monde d’après » est en train d’advenir, il semblerait qu’il se fasse à la vitesse du méga-incendie « Amazon ». Le numérique fait écran au réel.

Forcer la porte de sortie de la dystopie en cours, vers des horizons plus autonomes, suppose de réfléchir nos modes d’organisation hors de la servitude numérique, hors du totalitarisme de la donnée d’une puissance financière et technologique sans précédent. Hors du commun… Lire la suite »

Radio : Jarrige, Amiech, Izoard, Contre le totalitarisme numérique, 2021

Une critique du numérique et de la société qu’il fait advenir d’un point de vue écologiste et libertaire. Un critique du capitalisme et de son accélération, du colonialisme et de l’extraction des métaux comme des données. L’industrie électronique analysée comme un programme extra-terrestre qui sacrifie la planète, la vie sociale et la liberté. Lire la suite »

Sherry Turkle, Seuls ensemble, 2015

Sherry Turkle,
Seuls ensemble.
De plus en plus de technologies,
de moins en moins de relations humaines (2011),
traduit par Claire Richard,
éd. L’Échappée, 2015, 528 pages, 22 euros

 

S’appuyant sur une décennie d’entretiens et d’études de terrain, la psychologue et anthropologue Sherry Turkle montre comment les nouvelles technologies ont redessiné le paysage de nos vies directives et de notre intimité. Et pas pour le meilleur… Son livre Seuls ensemble, qui a eu un grand retentissement aux États-Unis lors de sa parution, vient d’être traduit en français aux éditions L’échappée. L’ancienne cyber-enthousiaste nous montre, preuves à l’appui, que les technologies numériques simplifient, et appauvrissent les relations humaines, mettent en péril lès bienfaits de la solitude et empêchent l’altérité. Lire la suite »