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Posts Tagged ‘François Jarrige’

François Jarrige, Promesses robotiques et liquidation du politique, 2017

15 septembre 2020 Laisser un commentaire

Depuis les années 1970, les robots envahissent les mondes du travail, les ateliers, les usines comme les foyers et les champs. Lors du dernier Salon de l’agriculture, organisé à Paris en 2016, ils étaient célébrés comme des auxiliaires indispensables pour sauver une agriculture en crise : outre les robots de traite et d’alimentation introduits depuis déjà longtemps, d’autres sont annoncés pour semer, désherber, pulvériser, alors que la robotisation s’accélère dans les usines, qui automatisent de plus en plus de tâches. Lire la suite…

François Jarrige, Technocritique et écologie dans les années 1970, 2017

10 septembre 2020 Laisser un commentaire

À la fin des années 1960, tandis que la question écologique s’affirme, les techniques pénètrent de plus en plus dans le champ de la critique sociale et politique. Alors que les oppositions aux grands équipements et aux politiques de modernisation des années 1945-1960 souffraient d’un manque de visibilité dans l’espace public et d’un déficit d’assises théoriques, celles des années 1970 montent en puissance et deviennent plus visibles (Pessis, Topçu et Bonneuil, 2013). Lire la suite…

François Jarrige, Une « armée de justiciers » ?, 2010

Justice et répression du luddisme en Angleterre (1811-1816)

 

Le leader des luddites

Si l’Angleterre de la première moitié du XIXe siècle ne connaît pas de bouleversements révolutionnaires équivalents à ceux qui ont lieu sur le continent, le pays expérimente néanmoins quelques grands conflits sociopolitiques [1]. L’épisode du luddisme, qui s’étend entre 1811 et 1816, en est sans doute l’un des plus marquants. Durant plusieurs années, les trois principaux comtés industriels du nord de l’Angleterre se sont trouvés dans une situation quasi-insurrectionnelle. Des violences d’une grande ampleur, associant la destruction des machines, les menaces contre des fabricants et des magistrats, mais aussi des assassinats et des vols, ont entretenu pendant de longs mois le spectre d’une insurrection généralisée dans le Pays. Ces conflits sociaux complexes associant la plainte des travailleurs concurrencés par la machine, des révoltes frumentaires plus classiques, et une agitation politique radicale clandestine ont effrayé les possédants et les élites. Lire la suite…

Radio: Atelier Paysan, La technologie va-t-elle sauver l’agriculture? (épisodes 1 & 2), 2019

18 avril 2020 Laisser un commentaire

Durant l’automne 2019, l’Atelier paysan, coopérative d’auto-construction de matériel agricole, a organisé une tournée de soirées-débats sur le thème « La technologie va-t-elle sauver l’agriculture ? La place de la machine dans l’autonomie paysanne » pour rencontrer localement les paysans et paysannes et prendre connaissance du poids et des impacts des machines, des robots, de l’informatique et des biotechnologies sur les vies des paysans et paysannes, sur l’environnement comme sur l’ensemble du modèle alimentaire.

Notre coopérative paysanne propose une alternative concrète et puissante au machinisme industriel en agriculture, par un travail d’ampleur de recueil, de partage et de formation à l’auto-conception de matériel agricole, pour s’émanciper de la tutelle technique de la techno-science.

Mais ces alternatives suffisent-elles à transformer le modèle agricole et alimentaire, par la simple force de leur existence ? Nous pensons que non. Nous pensons que la société civile et le monde paysan ne pourront pas échapper à la nécessité d’établir un rapport de force avec l’industrie, pour ralentir et stopper le déferlement de nouvelles technologies en agriculture.

Cette indispensable résistance doit passer par un effort d’éducation populaire, c’est à dire de co-éducation aux mécanismes de domination, de tissage de savoirs critiques, en particuliers de savoirs « techno-critiques ». Ce panorama fait office d’outil d’autodéfense intellectuelle pour informer largement, mais aussi nous aider à penser une réelle autonomie paysanne et alimentaire, s’appuyant sur un contre-imaginaire économique, social, mais aussi techniciste.

Dans la série Racine de Moins Un, voici les deux premières émissions réalisées à partir de ces enregistrements : Lire la suite…

Philippe Minard, Le retour de Ned Ludd, 2007

26 mars 2020 Laisser un commentaire

Le luddisme et ses interprétations

 

À propos de :

Kevin Binfield ( Ed.),
Writings of the Luddites,
Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2004.

Vincent Bourdeau, François Jarrige, Julien Vincent,
Les Luddites. Bris de machines, économie politique et histoire,
Maisons-Alfort, éditions è®e, 2006.

 

Les luddites sont de retour : c’est ce que proclama en 1995 le journaliste Kickpatrick Sale, qui brisa un ordinateur devant 1500 personnes lors d’une conférence au New York City Town Hall, et publia la même année un livre sacralisant l’action des luddites anglais du XIXe siècle [1]. En se qualifiant de « néo-luddites », divers mouvements contestant le développement incontrôlé de la technologie revendiquent ainsi l’héritage, pourtant lointain, des ouvriers du textile insurgés contre les machines accusées de les priver d’emploi. De même, une récente synthèse sur Les Briseurs de machines en Angleterre et en France, établit le même type de rapprochement, avec un sous-titre qui dessine une généalogie significative : De Ned Ludd à José Bové [2]. Suivant un processus bien connu, la mise en cause politique des usages de la technologie sollicite l’histoire, à la recherche de précédents voire de mythes fondateurs. L’enjeu est d’importance, à l’heure où la question de l’empire de la technologie entend se soustraire sans débat au questionnement démocratique. Lire la suite…

Michel Barrillon, Regards croisés sur les Luddites et autres briseurs de machines, 2008

14 mars 2020 Laisser un commentaire

La place de la technique dans la problématique du changement social

 

« Ceux qui nous traitent de “briseurs de machines”, nous devons les traiter en retour de “briseurs d’hommes”. »

Günther Anders, “Briseur de machines ?”, 1987.

 

Pour une relecture
de la Révolution industrielle

Récemment, en l’espace d’une année, sans concertation, des maisons d’édition françaises ont publié quatre ouvrages portant sur la destruction de machines [1]. Jusqu’alors, les éditeurs, reflétant en cela les préoccupations de la majorité des historiens, ne s’étaient guère intéressés aux révoltes ouvrières contre les machines à l’aube de la Révolution industrielle. Cela tenait essentiellement au fait que ces mouvements étaient perçus comme la manifestation d’un « obscurantisme technologique », une réaction archaïque au regard d’une dynamique historique présumée placée sous les auspices du « Progrès ». Les manuels d’histoire en témoignent : ainsi, quand les faits en question ne sont pas purement et simplement ignorés, ils sont présentés comme un « réflexe primitif » [2].

Dans l’art de la dénégation, David S. Landes apparaît comme un virtuose : sur les quelque 750 pages d’un livre consacré à la naissance et à l’essor du capitalisme industriel, il ne dit rien des troubles sociaux qui ont marqué les débuts de l’industrie textile en Angleterre dans les premières décennies du XIXe siècle. À ses yeux : « la Révolution industrielle puis le mariage de la science et de la technique sont l’apogée de millénaires de progrès industriel ». Et cette acmé ouvre une nouvelle ère d’expansion indéfinie avec l’amorce d’un « progrès cumulatif de la technique et de la technologie, un progrès autonome » d’autant plus débridé que les préjugés et la tradition auront été écartés [3].

Même Paul Mantoux, qui pourtant disserte longuement sur le luddisme et autres formes de destruction de machines, utilise de manière récurrente l’épithète « suranné » pour qualifier les méthodes de production de l’industrie à domicile, les réglementations la régissant ou encore les arguments avancés par les ouvriers pour défendre leur métier [4].

Il faut croire qu’il est difficile de se départir de l’idée que ce qui est devait fatalement advenir. Et la plupart des historiens ne faillissent pas à la règle, si bien que, à travers leur regard nécessairement rétrospectif, ils ont tendance à apprécier les événements passés à l’aune du présent, et à justifier les verdicts rendus par l’histoire. Il n’est bien évidemment pas question ici d’imaginer ce qui se serait produit si les ouvriers de métier étaient sortis victorieux de leur combat contre le machinisme et le système de la fabrique. On notera toutefois au passage qu’ils sont parvenus à juguler pendant deux siècles un mouvement qui visait à leur imposer la dictature de la machine [5]. Il s’agit plutôt de comprendre les enjeux de ce conflit majeur qui marque la naissance du capitalisme industriel – un drame qui, avec le recul de l’histoire, apparaît comme le crime fondateur de notre civilisation. Lire la suite…

L’économie matérielle de la France (1830-2015)

25 janvier 2020 Laisser un commentaire

L’histoire d’un parasite ?

 

Résumé

Cet article explore les dynamiques de long terme de l’usage de matière en France sur une période de 185 ans. Il se base sur des comptes de flux de matières qui sont parfaitement cohérents avec les standards de l’Analyse des Flux de Matières à l’échelle économique nationale. Ce travail – qui couvre l’extraction domestique, les importations et les exportations – est la première étude sur le temps long des flux de matières pour la France, avec des données annuelles et nationales pour la plus grande partie de la période. Notre base de données nous permet d’étudier l’évolution du métabolisme français au cours de l’industrialisation du pays, synonyme de dépendance croissante aux matières abiotiques. Nous mettons en évidence une trajectoire métabolique singulière : celle d’un État qui profite de système-monde successifs pour se développer économiquement via des importations massives de matières. Dans un premier temps, nous revenons sur les sources et la qualité des données récoltées. Nous présentons ensuite les grandes caractéristiques de long terme de l’économie matérielle française. Enfin, nous proposons une lecture socio-historique inspirée par la notion d’écologie-monde au sens de Moore (2015).

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Nelo Magalhães, Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Gaëtan Levillain, Margot Lyautey, Thomas Le Roux, Guillaume Noblet, Christophe Bonneuil,

Ecological economics, juillet 2018.

The physical economy of France (1830-2015)

25 janvier 2020 Laisser un commentaire

The history of a parasite ?

Abstract

This article explores long-term trends and patterns of material use in France for a 185-year period. It is the first long-term study of material flows for France with national and yearly data for most of the period. Based on a material flow analysis (MFA) that is fully consistent with current standards of economy-wide MFAs and covers domestic extraction, imports, and exports of materials, we investigated the evolution of the French metabolism from industrialization to financialized capitalism. Over the whole period, there is a 9-fold increase in domestic material consumption, an expansion of material use per capita, and a spectacular addition of abiotic resources (fossil fuels and minerals) to biotic materials. Using a world-ecology framework, we exhibit a specific metabolic path: that of a state benefiting from successive world-systems for its economic development through massive material imports.

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Nelo Magalhães, Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Gaëtan Levillain, Margot Lyautey, Thomas Le Roux, Guillaume Noblet, Christophe Bonneuil.

Ecological economics, november 2018.

Revue Centraliens, Quels choix technologiques pour une société durable ?, 2016

21 décembre 2019 Laisser un commentaire

« J’ai la conviction que la conception mécanique du monde, qui apparut au XVIIe siècle, doit être remplacée par une autre conception rendant toute justice à la nature humaine. Pour sauver notre science et notre technique, nous devons d’abord sauver l’homme. La réponse aux problèmes posés par la technique, on ne la trouvera pas dans la technique ni dans l’application de ces méthodes de pensée qui ont justement créé une disparité tellement ironique entre nos moyens physiques et nos fins sociales, entre la méthode scientifique et la discipline morale. »

Lewis Mumford, Technique et Civilisation, 1950.

Les ingénieurs se sont souvent trouvés à la croisée des innovations technologiques et des évolutions sociétales. A l’heure où la nécessité de construire une société « durable » est devenue criante, dans un monde plus que jamais transformé par les technologies, des Centraliens toujours plus nombreux, de toutes générations, citoyens, parents, consommateurs ou professionnels engagés, se posent la question : nos choix technologiques actuels sont-ils réellement appropriés à la durabilité des sociétés humaines ?

Ces choix devraient favoriser une consommation réduite ou nulle de ressources rares ou non recyclables, et rechercher non seulement l’efficacité mais aussi la stabilité et la résilience. La high-tech appliquée sans jugement permet-elle cela, ou bien faudrait-t-il privilégier l’articulation appropriée et raisonnée de tous les savoirs et savoir-faire technologiques accumulés, certains à la pointe du progrès comme d’autres à redécouvrir et à recombiner de manière originale (dans une approche low-tech) ? Lire la suite…

Biagini, Cailleaux et Jarrige, Critiques de l’école numérique, 2019

17 décembre 2019 Laisser un commentaire

Nos vies sont totalement bouleversées par un déferlement numérique qui fascine et terrifie à la fois. Au nom de la modernité et d’un progrès qui ne sauraient être arrêtés, nos subjectivités, nos relations sociales, nos expériences du monde… mutent à un rythme accéléré. Et, sur tous les continents, des plans numériques pour l’éducation sont adoptés à marche forcée. Plus encore peut-être qu’ailleurs, les promesses prolifèrent dans le domaine de l’enseignement. Des structures, des technologies, des langages nouveaux s’inventent pour intégrer les impératifs numériques dans le système éducatif-devenu un formidable terrain d’expérimentation de la numérisation du monde. Lire la suite…