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Archive for the ‘Science’ Category

Michel Barrillon, Les marxistes, Marx et la question naturelle, 2013

Notes sur l’improbable écomarxisme

Résumé

Nombre d’auteurs marxistes ou néomarxistes contemporains admettent « l’immense retard théorique » du marxisme dans l’appréhension de la question naturelle. Ils le déplorent d’autant plus que le paradigme marxien leur paraît parfaitement en mesure d’intégrer la dimension socio-écologique dans la critique ordinaire du mode de production capitaliste. En marxistes conséquents, ils s’interrogent sur les raisons historiques de ce « rendez-vous manqué » avec l’écologie politique. Certains poussent l’analyse jusqu’à revenir aux écrits fondateurs de Marx et Engels. J. B. Foster a ainsi défendu la thèse d’un « Marx écologiste »… Cette thèse ne résiste pas à l’épreuve d’un examen critique du mode de traitement de la nature chez Marx. Rétrospectivement, Marx et la plupart de ses épigones apparaissent comme des théoriciens demeurés fidèles au projet baconien et cartésien inscrit dans l’imaginaire de la modernité ; prisonniers d’une vision progressiste de l’histoire, ils n’ont pu, en fait de critique radicale du capitalisme, que « le reproduire comme modèle ». Lire la suite…

Collectif, Covid-19 et les circuits du capital, 2020

Résumé

Dans cet article du Monthly Review publié à la fin du mois de mars 2020, les auteurs proposent une analyse de la pandémie avec les outils d’une géographie marxiste nourrie des apports de la political ecology. Une géographie absolue, mâtinée de culturalisme, accuse certaines zones, certains groupes, certaines pratiques (la consommation de viande de brousse ou d’animaux sauvage…) d’être à l’origine des pandémies. Une géographie relationnelle doit lui succéder. Celle-ci constate que ce qui transforme des circulations locales et bénignes de virus en pandémie menaçant en quelques semaines des milliards de personnes, ce sont les circuits globaux du capital. En suivant ceux-ci, on constate notamment que la maire adjointe de New York a précédemment travaillé chez JP Morgan. Or, cette entité financière a ces dernières années investi dans l’entreprise Smithfield, leader mondial de la production industrielle de porcs, et dans d’autres mégafermes près de Wuhan, cette concentration chassant de petits éleveurs de la filière porcs et les conduisant à partir plus loin grossir le nombre (20 000) des fermes d’élevage d’animaux sauvages en Chine. Si l’on prend en compte cette géographie relationnelle, la pandémie est-elle partie de New York ou de Wuhan ?

Dans les circuits globaux du capital, le terreau de l’apparition répétée et la diffusion massive de virus pathogènes, révélé par l’analyse systémique et relationnelle de l’écologie politique du capitalisme contemporain, est la radicalisation de ce qu’Anna Tsing a nommé le plantationocène : un mode d’habiter la Terre qui enrégimente les vivants en populations homogènes, dont la production (dans des espaces de monoculture et en cycle court) est séparée de la reproduction. C’est l’aliénation des vivants standardisés et coupés de leurs attachements écologiques complexes, sains, et privés de leur diversité. Dès lors, « une intervention réussie pour empêcher l’un des nombreux agents pathogènes, qui font la queue au bout du circuit agro-économique, de tuer un milliard de gens, implique nécessairement d’entrer en conflit global avec le capital et ses représentants locaux » et d’en finir avec cette mise au travail et cette aliénation généralisée des vivants. Lire la suite…

Gaïa Lassaube, Cassandre appelant de ses vœux la catastrophe, 2019

17 avril 2020 Laisser un commentaire

Quand Laurent Alexandre écrivait de la science-fiction

 

La résistible ascension de Maximo Doctissimo

Véritable portrait de Laurent Alexandre

On ne présente plus Laurent Alexandre : médecin urologue, ancien de l’IEP de Paris, de HEC, de l’ENA, fondateur du site Doctissimo et entrepreneur de la cause entrepreneuriale [1]. L’histoire est connue : après le rachat du site par le groupe Hachette, l’homme a abandonné les habits de l’urologue pour endosser ceux du futurologue médiatique. Depuis la publication de son premier essai en 2011 [2], Laurent Alexandre s’est hissé en l’espace de quelques années au rang de figure incontournable du transhumanisme en France [3]. Il n’aura pas échappé au lecteur que sa trajectoire est semblable à celles, bien connues, des intellectuels médiatiques qui ont accès à des filières de notoriété au sein desquelles le capital relationnel prime sur le capital culturel [4]. À la différence près que le capital économique de Laurent Alexandre précède son capital relationnel. Pour ce type d’intellectuels médiatiques, on ne cherche plus par relations personnelles à gagner l’accès à une filière de notoriété intellectuelle : la détention d’un capital actionnarial permet de construire sa propre notoriété. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, La médecine et le « tribunal du public » au XVIIIe siècle, 2015

19 février 2020 Laisser un commentaire

Résumé

Cet article étudie la figure du « tribunal du public » dans le champ médical du XVIIIe siècle. En se centrant sur la controverse de l’inoculation variolique, il montre que le « public » possède des fonctions multiples : établir les réputations médicales, produire et certifier des faits et juger les innovations. En annonçant l’entrée dans une ère nouvelle de réflexivité technologique et en promouvant l’heuristique des controverses sociotechniques, la littérature contemporaine sur la démocratie technique réactive, à deux siècles d’écart, présente la vision d’une sphère publique dont la fonction critique s’étendrait aux sciences et aux techniques. Lire la suite…

Quentin Hardy et Pierre de Jouvancourt, Y a-t-il un « danger écologique » ?, 2019

3 février 2020 Laisser un commentaire

Disqualifier l’écologie et réhabiliter le progrès par l’innovation dans le champ médiatique français (2005-2017)

 

Résumé

2018 restera probablement perçue comme une année de césure dans la réception médiatique et populaire du changement climatique : certaines questions écologiques ont alors bénéficié d’un écho plus important et relativement plus rigoureux au regard des enjeux qu’elles soulèvent – même si d’immenses problèmes politiques subsistent. Dans la séquence précédente, à partir du début du siècle et jusqu’à très récemment, une grande confusion a régné autour de l’écologie, que ce soit dans l’opinion publique ou dans une partie du monde académique et journalistique. Une plongée dans les discours de plusieurs « intellectuels » médiatiques influents colportant avec obstination un discours de disqualification de l’écologie est instructive. Cette analyse permet d’aider à comprendre pourquoi ces enjeux ont été si longtemps relégués à l’arrière-plan et de montrer la forte valorisation chez ces auteurs d’une société fondée sur le principe de l’innovation infinie et de la disruption technologique. Lire la suite…

Grégoire Quevreux, Critique du darwinisme de gauche, 2015

14 janvier 2020 2 commentaires

Vouloir fonder l’action politique sur la biologie a aujourd’hui, avec raison, mauvaise presse. Il n’en fut pas toujours ainsi. La première moitié du XXe siècle a en effet vu par exemple l’adoption de lois eugénistes aux États-Unis [1], dans les pays scandinaves et, bien sûr, en Allemagne. Le racialisme, l’eugénisme et le darwinisme social nés dans le sillage des travaux de Darwin ne furent en effet pas l’apanage de quelques savants fous et extrémistes politiques, mais furent au contraire partagés par une partie importante de l’establishment intellectuel, scientifique et politique du début du XXe siècle [2]. Si l’interprétation politique de la théorie darwinienne de l’évolution caractérise ainsi surtout certains courants classiquement considérés comme de droite, il y eut des exceptions. L’anarchiste russe Pierre Kropotkine (1842-1921) proposa ainsi en 1902 de fonder la future société socialiste sur la tendance naturelle des hommes pour la coopération [3]. C’est finalement une réactualisation de ce projet que propose Peter Singer dans son livre Une gauche darwinienne [4] dont nous proposons ici une rapide lecture critique. Lire la suite…

Fabrice Flipo, Démocratie des crédules ou arrogance des clercs ?, 2014

12 janvier 2020 Laisser un commentaire

Gérald Bronner,
La démocratie des crédules,
éd. PUF, 2013.

 

Le thème de cet ouvrage est fortement d’actualité. Il est question en effet de la massification de l’information et de ses conséquences, notamment sur la vie en commun. L’auteur le souligne dès son introduction: la confiance étant au cœur de l’ordre social, celle-ci ne va-t-elle pas se trouver mise à mal par la prolifération anarchique de l’ « offre » d’information?

 

Les deux premiers chapitres décrivent quelles ont été les révolutions successives dans le domaine de la fabrication et la diffusion de l’information, que l’auteur appelle la «révolution sur le marché cognitif», et les dangers possibles. On ne reviendra pas ici sur le premier point, bien décrit dans d’innombrables ouvrages consacrés à la «société de l’information», son histoire et ses enjeux [1]. Venons-en tout de suite à ce qui nous paraît être l’apport du livre: la mise en évidence de diverses formes de biais qui peuvent se manifester dans l’acquisition de connaissances, en tant qu’elles se distinguent des croyances. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, De l’agronomie mercenaire à l’agronomie libératrice, 2011

30 octobre 2019 Laisser un commentaire

Résumé

Depuis la révolution industrielle, le sélectionneur s’efforce de remplacer les variétés paysannes par des copies d’une plante sélectionnée, que le terme « clone » désigne de façon adéquate. Les lignées des XIXe et XXe siècles sont des clones homozygotes ; les hybrides du XXe siècle sont des clones hétérozygotes ; les OGM sont des clones pesticides brevetés. Cette dévotion à la sélection-clonage applique au vivant les principes industriels de l’uniformité et de la standardisation. Du certificat d’obtention au brevet en passant par les hybrides que l’agriculteur ne peut re-semer, cette dévotion témoigne de l’objectif du sélectionneur, à savoir séparer la production de la reproduction. Comme il y a toujours un gain à remplacer une variété de « n’importe quoi » par des copies du « meilleur n’importe quoi » extrait de la variété, aucune justification n’est nécessaire. Ainsi, les débats interminables sur l’hétérosis qui, selon les généticiens, justifie le recours aux hybrides, sont une mystification destinée à naturaliser ce but mortifère.

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Jean-Pierre Berlan, From a Mercenary to an Emancipated Agronomy, 2011

30 octobre 2019 Laisser un commentaire

Abstract

Since the Industrial Revolution, plant breeders have strived to replace farm varieties with “copies” of selected plants that can be fittingly called “clones.” “Pure lines” of wheat, barley, and other autogamous species are homozygous clones, twentieth-century maize “hybrids” (and other allogamous species) are heterozygous clones, while GMOs are patented pesticide clones. This devotion to cloning is founded: a) on logic since there is always a gain to be made from replacing any particular variety with all its diversity with copies of the “best” selected plant extracted from the variety; b) on the industrial principles of uniformity, standardization, and normalization; and c) on the drive for property rights. Pure lines, being homogenous and stable, are legally protected by a “breeder’s certificate.” “Hybrids” carry a built in biological breeder’s protection device since farmers have to buy back their seeds every year and GMOs are legally protected by patents. Since cloning rests on an irrefutable logical principle, it requires no justification. The endless debates about heterosis which, according to geneticists, makes it necessary to “hybridize” maize are, then, a smokescreen to conceal the first success of the historical drive to make reproduction a privilege.

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Jean-Pierre Berlan, La planète des clones, 2019

27 août 2019 Laisser un commentaire

Ci-dessous quelques extraits de l’introduction du dernier livre de Jean-Pierre Berlan, ancien ingénieur agronome et économiste à l’INRA.

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Les êtres vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement.

Le principe de la Vie s’oppose donc à la poursuite du Profit.

La Vie existe par la singularité de chaque organisme, tandis que l’industrie s’impose par l’uniformité des marchandises.

Pour le capitalisme industriel, la Vie est donc doublement sacrilège.

Depuis la Révolution industrielle, réparer ce double sacrilège est une tâche essentielle des sciences agronomiques et de sa discipline phare, la sélection – devenue « amélioration génétique ». Cet ouvrage vise à montrer qu’en dépit des désastres qui s’accumulent en matière d’agriculture, d’alimentation et de santé, cette tâche s’impose si impérieusement aux scientifiques qu’elle leur enlève tout esprit critique. Lire la suite…