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Archive for the ‘Science’ Category

Radio: Philippe Baqué, D’Alzheimer au transhumanisme, 2018

Ma mère a passé quelques années dans une petite unité fermée d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ce que j’y ai vu n’a fait qu’alimenter mes doutes sur la maladie d’Alzheimer. La maltraitance institutionnelle latente, l’omniprésence des laboratoires pharmaceutiques dans sa médicalisation et dans son accompagnement, l’échec des différentes politiques censées y répondre, la surenchère médiatique… Qu’est-ce qui se cache derrière ce qu’on nous présente comme une épidémie ?
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Baudouin Jurdant, La colonisation scientifique de l’ignorance, 2007

30 avril 2018 Laisser un commentaire

Où l’on montre que la vulgarisation scientifique a quelque chose à voir avec la propagation du scientisme et avec sa mise en scène dans la psychanalyse

Dans cette intervention, je défendrai la thèse suivante : la vulgarisation scientifique, entendue comme cette opération qui, dès les débuts de la science moderne en Europe, tente de faire partager par un large public, la vision qu’ont les scientifiques du monde et de ses problèmes, peut sans doute être considérée comme l’outil de propagation privilégié de l’idéologie scientiste. Lire la suite…

André Pichot, La Philosophie zoologique de Lamarck, 1994

12 avril 2018 Laisser un commentaire

Portrait de LamarckLa Philosophie zoologique passe souvent pour un livre confus. Ce jugement est injuste. Il est vrai que le style de Lamarck est parfois assez relâché ; il est également vrai que l’ouvrage comprend quelques répétitions fastidieuses, et que son plan n’est pas parfait. Mais ces défauts cèdent assez facilement dès qu’on y met un peu de bonne volonté. Les principales difficultés tiennent surtout à ce que Lamarck se réfère à la biologie et à la chimie du XVIIIe siècle, et que celles-ci sont un peu oubliées de nos jours. En effet, bien que ses principaux ouvrages datent du début du XIXe, Lamarck est un homme du XVIIIe siècle (il a 65 ans quand paraît la Philosophie zoologique), et plus spécialement du XVIIIe siècle matérialiste et sensualiste (avec, en arrière-plan, un vague déisme). Pour bien saisir sa démarche et ne pas se méprendre sur ce qu’il écrit, il convient de le replacer dans ce cadre historique.

Un autre point important pour comprendre la Philosophie zoologique est de ne pas la limiter à un exposé du transformisme (Lamarck n’emploie ni le mot de transformisme, ni celui d’évolution qui n’avait pas à l’époque le sens que nous lui donnons aujourd’hui). Le transformisme n’occupe, avec la taxonomie, que la première des trois parties de l’ouvrage. Lamarck dit même s’être surtout intéressé aux deuxième et troisième parties, qui sont consacrées, respectivement, à une biologie générale, où sont établies les caractéristiques organisationnelles qui différencient les êtres vivants et les objets inanimés, et à une sorte de psychophysiologie, où la psychologie est présentée dans le prolongement de la biologie grâce aux présupposés évolutionnistes. Le projet de Lamarck était bien plus large que la seule transformation des espèces ; il entendait, par sa Philosophie zoologique, jeter les bases d’une biologie en tant que science autonome, et d’une psychologie continuant cette biologie ; l’invention du transformisme y est subordonnée. Lire la suite…

Andréas Sniadecki, Jean-Jacques Kupiec, l’ignorance au cœur de la cellule, 2018

20 mars 2018 Laisser un commentaire

Les idées de Jean-Jacques Kupiec ne sont que l’intériorisation
des contraintes extérieures auxquelles il est lui-même soumis :
soit une apologie du conformisme sous la forme du darwinisme.

« Le hasard est le nom
que nous donnons à notre ignorance »
Henri Poincaré.

Un penseur étrange en biologie a fait connaître ses théories ces dernières décennies : Jean-Jacques Kupiec et son idée d’ontophylogenèse 1. Pour lui, le fonctionnement de la cellule vivante et la formation de l’être vivant au cours du développement (ontogenèse) sont fondées sur des mécanismes identiques à ceux de l’évolution des espèces (phylogenèse), à savoir, le hasard des variations et la sélection naturelle, selon la théorie de Charles Darwin, le coryphée de la biologie et de l’évolution dans sa forme moderne.

Concernant l’ontogenèse, il fonde cette idée sur le fait que contrairement à ce que croyaient les biologistes moléculaires, les relations entre protéines, enzymes, etc. ne seraient pas stéréospécifiques – ne seraient pas strictement déterminées pour réagir seulement avec tel ou tel substrat – et se feraient donc « au hasard » ; et l’expression des gènes loin d’être le produit d’un programme génétique serait également « stochastique ». De là Kupiec met en avant ce qu’il appelle son « darwinisme cellulaire » qui, toujours selon lui, remet en question les fondements de la biologie moléculaire tels qu’ils existent depuis plus d’un demi-siècle.

C’est là tout le fondement de cette théorie que l’on nous présente comme absolument révolutionnaire et que Kupiec répète telle quelle à qui veut l’entendre depuis maintenant plus de 30 ans, soit depuis 1981 : une généralisation du darwinisme au métabolisme cellulaire et à la physiologie des organismes. Lire la suite…

Bertrand Louart, Les êtres vivants ne sont pas des machines, 2018

8 février 2018 Laisser un commentaire

Notes & Morceaux choisis

Bulletin de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle

N°13 – hiver 2018

Les êtres vivants ne sont pas des machines

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Prospectus:

Aujourd’hui plus que jamais,
la conception de l’être vivant comme machine
est indissolublement liée au fait que nous vivons
dans une société capitaliste et industrielle :
elle reflète ce que les instances qui dominent la société
voudraient que le vivant soit,
afin de pouvoir en faire ce que bon leur semble.

Cette évidence constitue le point de départ de notre enquête et de nos analyses critiques sur la biologie moderne, qui s’articulent autour de trois points principaux :

1. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le point aveugle de la biologie moderne, c’est son « objet », l’être vivant, l’organisme et la vie qui l’habite. Non seulement les biologistes et les biotechnologues ne savent pas ce qu’est un être vivant, mais surtout, ils ne veulent pas le savoir et préfèrent en faire une « machine complexe » qu’ils se font forts de « reprogrammer » à volonté. Lire la suite…

Georges Canguilhem, Qu’est-ce qu’une idéologie scientifique?, 1969

6 février 2018 Laisser un commentaire

I.

Qu’est-ce qu’une idéologie scientifique ? Cette question me semble posée par la pratique de l’histoire des sciences, et c’est une question dont la solution importerait pour la théorie de l’histoire des sciences. En effet, n’importe-t-il pas avant tout de savoir de quoi l’histoire des sciences prétend se faire l’histoire ? Il est apparemment facile de répondre que l’histoire des sciences fait l’histoire de ces formes de la culture que sont les sciences. Encore est-il nécessaire d’indiquer précisément quels critères permettront de décider que telle pratique ou telle discipline qui se donne, à telle époque de l’histoire générale, pour science mérite ou non ce titre, car il s’agit bien d’un titre c’est-à-dire d’une revendication de dignité.. Et par suite, il est inévitable que soit posée la question de savoir si l’histoire de ce qui est science authentique doit exclure, ou tolérer, ou bien revendiquer et inclure aussi l’histoire des rapports d’éviction de l’inauthentique par l’authentique. C’est à dessein que nous disons éviction, c’est-à-dire dépossession juridique d’un bien acquis de bonne foi. Il y a longtemps qu’on a cessé de mettre, comme le faisait Voltaire, les superstitions et les fausses sciences sur le compte de machinations et de fourberies cyniquement inventées par des derviches astucieux et perpétuées par des nourrices ignorantes 1. Lire la suite…

Georges Canguilhem, What Is a Scientific Ideology?, 1969

6 février 2018 Laisser un commentaire

I.

What is a scientific ideology? This is a question that arises, or so it seems to me, in the practice of the history of science, and its answer may be of importance for the theory of that subject. Perhaps the first question to ask is what it is that the history of science claims to be the history of. An easy answer is that the history of science is the history of a certain cultural form called “science”. One must then specify precisely what criteria make it -possible to decide whether or not, at any given time, a particular practice or discipline merits the name science. And it is precisely a question of merit, for “science” is a kind of title, a dignity not to be bestowed lightly. Hence another question becomes inevitable: Should the history of science exclude or, on the contrary, should it tolerate or even include the history of the banishment of inauthentic knowledge from the realm of authentic science? I use the word banishment quite intentionally, for what is at stake is nothing less than the legal withdrawal of legitimately acquired privileges. We have long since ceased to believe as Voltaire believed, that superstitions and false beliefs were invented by cynical dervishes and foisted upon the innocent by ignorant nursemaids 1. Lire la suite…

Georges Canguilhem, Article “Vie”, 1989

5 février 2018 Laisser un commentaire

« Qui sait si la première notion de biologie que l’homme a pu se former n’est point celle-ci : il est possible de donner la mort. »

Cette réflexion de Valéry dans son Discours aux chirurgiens (1938) va plus loin que sa destination première. Peut-être n’est-il pas possible, encore aujourd’hui, de dépasser cette première notion : est vivant, est objet de la connaissance biologique, tout donné de l’expérience dont on peut décrire une histoire comprise entre sa naissance et sa mort. Mais qu’est-ce précisément que la vie d’un vivant, au-delà de la collection d’attributs propres à résumer l’histoire de cet être né mortel ? S’il s’agit d’une cause, pourquoi sa causalité est-elle strictement limitée dans le temps ? S’il s’agit d’un effet, pourquoi est-il générateur, chez celui des vivants qui s’interroge sur sa nature, de la conscience illusoire d’une force ou d’un pouvoir ?

Dans La Logique du vivant (1972), François Jacob a écrit : « On n’interroge plus la vie aujourd’hui dans les laboratoires. » S’il est vrai que la vie n’est plus un objet d’interrogation, il est vrai aussi qu’elle ne l’a pas toujours été. Il y a une naissance – ou une apparition – du concept de vie au XIXe siècle, attestée par la multiplication d’articles dans les dictionnaires et les encyclopédies scientifiques et philosophiques. Un bref historique de l’apparition de ce concept n’est pas superflu. Lire la suite…

Recension : M. Sahlins, Critique de la sociobiologie, 1976

7 janvier 2018 Laisser un commentaire

Marshall Sahlins,
Critique de la sociobiologie. Aspects anthropologiques,
éd. Gallimard, coll. Bibliothèque des Sciences humaines, 1980.

(The Use and Abuse of Biology.
An Anthropological Critique of Sociobiology, 1976)

Le caractère le plus remarquable de ce petit ouvrage, paru il y a cinq ans déjà aux États-Unis, est sans doute que Sahlins ait jugé bon de l’écrire, nous révélant par là, et de façon incidente, l’ampleur de la crise que semblent traverser actuellement les sciences humaines outre-Atlantique. Certes, Sahlins a toujours pourfendu avec vigueur le réductionnisme mécaniste – notamment l’écologie culturelle –, mais il paraît néanmoins étonnant qu’il ait cru devoir exposer aussi longuement une réfutation argumentée des prétentions de la sociobiologie à fournir une explication totalisante des phénomènes culturels. L’enjeu n’est bien sûr pas négligeable, puisque tant la sociobiologie que l’écologie culturelle visent à remettre en cause l’autonomie de la culture et du social en décrétant que l’ensemble des interactions humaines sont déterminées en dernière analyse par des dispositions biologiques. Ce qui surprend, c’est qu’un tel projet scientifique soit admis par beaucoup aux États-Unis comme épistémologiquement viable, incitant par là Sahlins à prendre sa plume pour une critique qui n’est pas aussi circonstancielle et polémique qu’il y paraît de prime abord. Lire la suite…

André Pichot, Des biologistes et des races, 1997

25 décembre 2017 Laisser un commentaire

Ce qui est en question dans le racisme,
ce n’est pas la diversité des races

Les déclarations de J.-M. Le Pen sur l’inégalité des races et The Bell Curve de R.J. Herrnstein et C. Murray nous ont valu, de la part de grands biologistes et autres intellectuels, quelques considérations que l’on peut classer en deux groupes : l’un caractérisé par la réunion d’octobre 1996 au musée de l’Homme où François Jacob et al. ont déclaré que la race était un « faux concept » 1, l’autre par l’article de N. Block dans La Recherche 2, qui s’efforce de déficeler les arguments attribuant aux Noirs une intelligence héréditairement inférieure.

Tout d’abord, combattre le racisme en laissant entendre que les races n’existent pas est une ineptie. Tout un chacun sait d’expérience courante qu’il existe des Blancs, des Noirs, des Jaunes, et que l’on peut même faire quelques distinctions à l’intérieur de ces groupes ; et tout un chacun sait que ces groupes sont appelés « races ». L’existence même des métis, souvent utilisée pour conforter l’unicité de l’espèce humaine, implique la diversité de races. Sans races, pas de métis ; et sans possibilité de métissage, pas de races, mais des espèces différentes. Lire la suite…