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Posts Tagged ‘technocritique’

Groupe HUKO, iPads et iPocrisie, 2014

14 septembre 2017 Laisser un commentaire

« L’internaute après tout n’est que l’aboutissement délirant d’un long processus d’isolement des individus et de privation sensorielle ; et la cybervie qu’on lui propose n’est jamais destinée que pour quelque temps à quelques pour cent du genre humain, tout le reste se voyant versé sans attendre au Tartare de ce XXIe siècle. »

Baudouin de Bodinat, La vie sur Terre, 1996.

« Après s’être contenté de l’image, on se passera de la réalité. »

Étienne Gilson, La société de masse et sa culture, 1975.

L’introduction des iPads et autres tablettes dans les établissements scolaires, dont François Hollande, alors député de la Corrèze, a été le fer de lance en France, ne suscite guère de réactions indignées. Seuls ceux que les médias ont pris la déplorable habitude de classifier comme « technophobes » s’y opposent. Hélas, la « crainte de la technologie » ne porte en elle rien de positif, puisqu’elle s’inscrit d’emblée dans le registre de la peur, dont on sait qu’elle peut produire le pire. Rien de mieux, pour discréditer toute critique, que de la réduire à une crainte irrationnelle et réactionnaire. C’est une autre attaque, beaucoup plus profonde, qui est portée ici, contre le tout-numérique à l’école.

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Célia Izoard, Les technologies bouleversent le quotidien pour mieux conserver le statu quo, 2017

14 septembre 2017 Laisser un commentaire

« Il faut tout changer pour que rien ne change. »

Cette formule célèbre de l’écrivain sicilien Tommasi dans Le Guépard résume la frénésie d’innovation des dirigeants politiques. François Fillon voudrait faire de la France « une start-up nation », Jean-Luc Mélenchon, nouvelle icône de la réalité virtuelle, une « République numérique », et Marine Le Pen, un « pays d’innovation ». Véritable Shiva de l’innovation, Emmanuel Macron n’aurait pas assez de mains pour actionner tous les leviers par lesquels il promet de la stimuler. Même Benoît Hamon, dont les réserves à ce sujet constituent une anomalie au PS, ne remet pas en cause le développement de la numérisation et l’automatisation, mais propose de compenser les suppressions d’emplois par une taxe sur les robots et le revenu universel. Le caractère inéluctable du développement technoscientifique est le seul consensus qui traverse l’ensemble de la classe politique. Lire la suite…

Radio: Le désastre du numérique à l’école, 2017

3 août 2017 Laisser un commentaire

En septembre 2014, le gouvernement lance en grande pompe le Plan Numérique pour l’Ecole de la République présenté comme la solution miracle visant à rendre l’école plus juste, plus inclusive et plus efficace. Dans leur livre Le désastre de l’école numérique (éd. du Seuil, 2016), Karine Mauvilly et Philippe Bihouix dénoncent l’illusion techniciste du gouvernement, la stupidité d’une politique non seulement inefficace mais lourde d’effets pervers, sur les plans éducatifs, psycho-sociaux, environnementaux et sanitaires. Dans cette émission, nous entendrons, Karine Mauvilly et des membres des collectifs Écran total et de l’Appel de Beauchastel qui militent contre la numérisation de tous les aspects de nos vies.

Le désastre du numérique à l’école, 2017 (51mn)

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Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle sur Radio Zinzine.

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Radio: Philippe Bihouix, Les basses technologies, 2016

Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance

Un appel de la société civile, Crime climatique stop ! vient d’être publié (éd. du Seuil), avec les contributions de personnalités telles que le climatologue Jean Jouzel (vice président du GIEC et ex-CEA), de la journaliste Naomi Klein, ou d’un des initiateurs d’Alternatiba, le Basque Jon Palais. Voici un article de cet ouvrage collectif, signé Philippe Bihouix, ingénieur bordelais auteur de L’Âge des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable (éd. du Seuil, 2014), où il démonte l’illusion d’une lutte purement technologique contre le changement climatique.

Nous connaissons maintenant les conséquences sur le climat de notre utilisation massive d’énergies fossiles. Pour les remplacer, le nucléaire, toutes générations confondues, n’est crédible ni industriellement, ni moralement. Indéniablement, nous pouvons et nous devons développer les énergies renouvelables. Mais ne nous imaginons pas qu’elles pourront remplacer les énergies fossiles et maintenir notre débauche énergétique actuelle.

Les problèmes auxquels nous faisons face ne pourront pas être résolus simplement par une série d’innovations technologiques et de déploiements industriels de solutions alternatives. Car nous allons nous heurter à un problème de ressources, essentiellement pour deux raisons : il faut des ressources métalliques pour capter les énergies renouvelables ; et celles-ci ne peuvent qu’être imparfaitement recyclées, ce phénomène s’aggravant avec l’utilisation de hautes technologies. La solution climatique ne peut donc passer que par la voie de la sobriété et de technologies adaptées, moins consommatrices. Lire la suite…

Rodolphe Töpffer, Du progrès dans ses rapports avec le petit bourgeois, 1835

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et avec les maîtres d’école

Le progrès, la foi au progrès, le fanatisme du progrès, c’est le trait qui caractérise notre époque, qui la rend si magnifique et si pauvre, si grande et si misérable, si merveilleuse et si assommante. Progrès et choléra, choléra et progrès, deux fléaux inconnus aux anciens.

Le progrès, c’est ce vent qui, de tous les points à la fois, souffle sur la plaine, agite les grands arbres, ploie les roseaux, fatigue les herbes, fait tourbillonner les sables, siffle dans les cavernes, et désole le voyageur jusque sur la couche où il comptait trouver le repos.

Le progrès (plus qu’une figure), c’est cette fièvre inquiète, cette soif ardente, ce continuel transport qui travaille la société tout entière, qui ne lui laisse ni trêve, ni repos, ni bonheur. Quel traitement il faut à ce mal, on l’ignore. D’ailleurs les médecins ne sont pas d’accord : les uns disent que c’est l’état normal, les autres que c’est l’état morbide ; les uns que c’est contagieux, les autres que ce n’est pas contagieux. En attendant le choléra, le progrès, veux-je dire, va son train. Lire la suite…

Recension : D. Noble, Le progrès sans le peuple, 2016

David Noble, Le progrès sans le peuple. Ce que les nouvelles technologies font au travail, traduit de l’américain par Célia Izoard, éd. Agone, 2016.

Publié initialement en anglais au début des années 1990, ce petit ouvrage regroupe divers textes de combats rédigés au cours des années 1980, lorsque les discours managériaux, la mondialisation économique et les mutations technologiques remodelaient en profondeur les mondes du travail aux États-Unis. Très loin d’un travail universitaire classique, il s’agit d’un ouvrage engagé et pamphlétaire, qui visait à diffuser un « message de résistance » auprès des classes populaires confrontées à « la propagande des grands groupes qui se poursuit sans relâche et sans honte » (p. 8).

Le livre de David Noble est à la fois un essai politique, une synthèse historique, mais aussi un témoignage personnel et vivant sur les mutations du capitalisme contemporain. En dépit de son ancienneté et de ses références évidemment un peu datées, ce livre reste précieux pour penser les enjeux contemporains ; vingt ans après sa première publication sa lecture demeure d’ailleurs toujours aussi rafraîchissante et éclairante pour appréhender le monde en train d’advenir. Lire la suite…

No-TICE pour le collège, 2015

2 février 2017 Laisser un commentaire

A la rentrée 2014 nous apprenions que notre collège serait « collège connecté ». Ce qui signifie que notre établissement se voit « doté d’équipements mobiles et de ressources numériques » et que nous bénéficions « d’une formation spécifique aux usages pédagogiques du numérique » 1. En novembre 2014 le Président de la République annonçait que tous les élèves de 5° seraient dotés de tablettes dès la rentrée 2016. Il est fait de l’utilisation du numérique au collège une priorité. Le ministère de l’Education Nationale affirme qu’il veut mettre en œuvre une stratégie ambitieuse pour faire entrer l’école dans l’ère du numérique 2.

Par le numérique nous entendons, tout comme les autorités d’ailleurs, le recours aux ressources en lignes, aux sites Internet en classe et surtout l’utilisation des tablettes par nos élèves. Nous nous intéresserons moins aux vidéo-projecteurs dans le sens où ils nous servent essentiellement de projecteurs diapositives très perfectionnés. Ils n’ont jamais eu pour vocation de changer nos pratiques, notre rôle d’enseignant ni l’environnement cognitif des élèves. Les tablettes, si 3.

Si on nous a abondamment consultés sur les pratiques du numérique, notamment lors de la concertation nationale sur le numérique lancée le 20 janvier 2015, on ne nous a jamais questionnés sur la pertinence de son utilisation et de sa massification. Comme si le bien fondé du numérique au collège allait de soi. Lire la suite…

Étienne Path, Verba volent, scripta manent ?, 2014

30 janvier 2017 Laisser un commentaire

img072Suite à des discussions individuelles que nous avons eues lors de la rencontre lyonnaise du groupe Écran total – rencontre ayant eu pour objet une réflexion critique sur la transformation des métiers et les modes de vie par l’informatique et les méthodes de gestion –, nous proposons ici une présentation des transformations en cours et, peut-être, à venir au sein des bibliothèques. Ce texte s’adresse à tout ceux qui ont un intérêt pour les bibliothèques.

Le monde des bibliothèques est fait d’établissements variés tant en termes de statuts, de tailles, de lieux que de budgets. Nous essayerons donc de préciser le cadrage de nos critiques dans la mesure où une vue d’ensemble nous intéresse plus que la description d’une bibliothèque particulière. Lire la suite…

Lettre ouverte au Père Noël

25 décembre 2016 Laisser un commentaire

Cher petit papa Noël

La période des fêtes s’approchant à grands pas, j’ai décidé de t’écrire. Tu dois être assez surpris que je t’écrive, à vrai dire moi aussi, mais c’est vraiment devenu nécessaire.

Je ne t’écris pas pour te demander des cadeaux, j’ai fait ça une fois, je devais avoir cinq ou six ans, clairement ça a été un échec. Non, je t’écris tout simplement pour te dire… que je ne peux pas te blairer.

Pas plus tard qu’hier, tes collègues de la force publique sont venus expulser nos voisins sans-papiers, les «migrants» comme on dit maintenant, à quelques maisons de chez nous. Tu vas sûrement me dire que là aussi, ce n’est pas ta faute, qu’après tout tu n’es qu’un représentant de l’ordre comme un autre, ni plus, ni moins. Certes.

Mais tu sais Noël… Je peux t’appeler Noël, ça ne te dérange pas? Et puis ça te changera de tous ces gamins qui en te regardant dans le blanc des yeux te disent «petit papa», alors qu’ils savent très bien que tu n’es pas leur père, et qu’un jour ils vont bien se rendre compte que tu n’es qu’une image sur une boîte de chocolat, une application sur un Smartphone, ou je ne sais pas moi… un intermittent du spectacle sous-payé dans une galerie commerciale. Lire la suite…

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Groupe MARCUSE, Informatique ou liberté ?, 2014

29 septembre 2016 Laisser un commentaire

Un texte du Groupe MARCUSE après les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance des communications numériques par les services secrets américains. Tribune parue à l’origine dans Le Monde du 3 janvier 2014 sous le titre « Misère de notre addiction numérique », en voici sa version longue, avec le titre que désiraient ses auteurs.

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La cascade de « révélations » sur les programmes de surveillance électronique, déclenchée par Edward Snowden au mois de juillet dernier, continue ces jours-ci. Après les classes politiques européennes et la presse, ce sont maintenant des écrivains du monde entier qui s’indignent et réclament l’édiction par l’ONU d’une déclaration des droits de l’homme numérique (cf. la tribune « Refusons la société de surveillance ! » dans Le Monde du 11 décembre). Les opinions publiques, qu’ils appellent à se soulever en défense de ces droits, semblent, elles, largement indifférentes.

Dans cette affaire, ceux qui ne s’émeuvent point font sans doute preuve de plus de sagesse et de mémoire que ceux qui se montrent surpris et choqués. Car pour qui s’intéresse quelque peu au cours suivi par notre société-monde ces dernières décennies, l’ampleur des données aujourd’hui automatiquement à disposition des officines de surveillance politique et d’intelligence économique n’a rien d’étonnant. Face à l’ampleur des transformations de la vie quotidienne et du travail, face à la puissance du mouvement d’interconnexion de tous les réseaux de communication modernes, des milliers d’articles de journaux, des dizaines d’ouvrages sont parus au fil des ans pour annoncer la situation où nous nous trouvons désormais. Lire la suite…