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Archive for the ‘Critique de la technologie’ Category

Brèves de Beauchastel, 2019

16 août 2019 Laisser un commentaire

Le Rappel de Beauchastel, bulletin contre l’école numérique n°6 (mai 2019) publie des brèves envoyées par ses lectrices. Quelques anecdotes, de la techno-consternation à la techno-résistance.

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Puzzle impossible

L’histoire se passe dans la voiture d’une dame qui nous a pris en stop en périphérie d’une grande ville. La conductrice est directrice d’une école primaire dans un village limitrophe du département qu’elle habite. Après qu’elle ait évoqué une réforme qui viserait à supprimer les directeurs d’écoles primaires (dont la charge serait alors supportée par les proviseurs des collèges!), on parle un peu de ce que deviendrait l’école avec moins de personnels (profs, pions, dirlos et toutes les p’tites mains…) Schématiquement ça donnait ça : moins de profs => fermeture d’écoles => plus de temps dans les transports scolaires => quelles solutions? => numérique? Lire la suite…

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Bernard Charbonneau, Un satan chrétien, 1994

25 juillet 2019 Laisser un commentaire

La parabole du Grand Inquisiteur de Dostoïevski

1. Un texte non littéraire

Rares sont les textes de notre patrimoine littéraire qui ne se réduisent pas à ce que notre société qualifie de culture, sorte d’écume brillante sous laquelle elle camoufle sa structure scientifique et technique. Mais, parfois, tel écrit ne s’en tient pas au divertissement du conte ou au récit des phantasmes d’un individu, il témoigne de l’essentiel : de la vérité fondamentale sans laquelle la réalité reste obscure et une vie humaine privée de sens.

Ces écrits qui nous parlent encore sont en général dispersés çà et là dans des œuvres poétiques, littéraires, théâtrales ou philosophiques. Paillettes d’or égarées dans la montagne de livres accumulée par la culture, formant plus rarement une œuvre achevée. C’est ainsi que, dans la littérature mondiale et russe, dans l’énorme roman Les Frères Karamazov, de Dostoïevski, il faut mettre à part La Parabole du Grand Inquisiteur, elle-même reflet d’un autre texte, plus ancien. Comme il arrive toujours quand une parole chargée de sens « jaillit de source », à la différence de l’énorme masse d’écrits enregistrés par la culture, elle échappe au temps. Enracinée aux origines de l’homme, en éclairant son présent elle annonce prophétiquement son avenir. Tel est le cas de la Parabole du Grand Inquisiteur, en dehors d’un certain nombre de passages dispersés dans l’œuvre de Dostoïevski, notamment dans les Possédés. Elle exprime méthodiquement les questions fondamentales, propres aux sociétés chrétiennes ou post chrétiennes, qui ont travaillé l’esprit du chrétien Dostoïevski, et qui se posent encore pour nous. Lire la suite…

Françoise Collin, La fabrication des humains, 1987

22 juillet 2019 Laisser un commentaire

« Les bébés-éprouvette », « les mères porteuses » ; ce sont ces formules qui ont fait et continuent de faire choc, sans que la complexité de ce qu’elles recouvrent soit toujours perçue. Elles répandent dans le grand public l’idée d’un pouvoir quasi magique de la science, mais aussi du caractère exceptionnel de ses applications à des cas de stérilité. Après tout, la vie continue, et les bonnes vieilles « techniques » de reproduction continuent à faire recette.

La nouveauté des « nouvelles techniques de reproduction » ce n’est pas seulement qu’elles séparent sexualité et reproduction, ni qu’elles divisent et répartissent les différents éléments et les différents moments de la reproduction, mais aussi et surtout qu’elles peuvent isoler, hors de toute personne, le moment de la fécondation et celui des premiers stades de l’embryon de telle sorte qu’il s’agit d’une opération technique de laboratoire ayant pour objet un matériau vivant parmi d’autres, susceptible de manipulations et de transformations. La fécondation in vitro, dissimulée sous les pratiques de fécondation assistée, est le point focal qui transforme l’imaginaire de la reproduction. La reproduction devient production du vivant, avec tout ce que la production comporte d’instrumentalisation. Nous avions ou faisions des enfants : nous produisons des gènes et des cellules, de qualité évaluable. Lire la suite…

Pour une journée de l’hypocrisie mondiale, 2019

14 juillet 2019 Laisser un commentaire

une critique de la journée mondiale sans téléphone portable

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« Allô, c’est qui ? C’est toi ? Bon j’entends rien ! bon bah je voulais te dire que j’étais en retard mais j’arrive là en fait. »

France Télécom commercialise en 1991 le Bi-Bop, premier téléphone portable en France.

En 2007, Apple lance l’Iphone et 51% des Français ont un portable.

L’histoire très récente de cet outil de communication montre la pénétration exponentielle de ce gadget au sein de la population française et dans le monde. Il paraît dès lors urgent de s’interroger sur la question tant le téléphone et le smartphone sont en train de nous imposer une rupture brutale d’un point de vue social, psychologique, relationnel et organisationnel. Lire la suite…

Matthieu Amiech, En attendant les robots?, 2019

9 juillet 2019 Laisser un commentaire

Pas besoin d’automatisation totale
pour que la technologie éclipse l’humain

 

L’ouvrage d’Antonio Casilli, En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic (éd. Seuil), suscite un concert de louanges dans les médias mainstream (libéraux-progressistes), depuis sa parution en janvier 2019. Cela peut paraître surprenant, si l’on considère qu’il propose une enquête assez sérieuse sur l’envers du décor d’Internet, la sombre réalité sociale qui permet le fonctionnement des plateformes numériques comme Youtube, Amazon Mechanical Turk, Deliveroo, Uber…

La thèse de Casilli peut ainsi à première vue sembler une défense de l’être humain face à l’hypothèse d’une robotisation et d’une déshumanisation totales de notre monde : il montre par maints exemples que les processus d’automatisation en cours induisent structurellement beaucoup de travail humain. Pas seulement celui d’ingénieurs et d’experts en intelligence artificielle, qui conçoivent ces processus, mas aussi énormément de travail subalterne – travail de tâcherons, comme aime à dire l’auteur. Donc, contrairement à ce que claironnent les communicants de la Silicon Valley, relayés par le chœur des médias, nous ne serions pas entrés dans une phase d’élimination massive du travail humain par les robots, car ces robots ont besoin de ce travail pour fonctionner. Lire la suite…

Mara Hvistendahl, Bienvenue dans l’enfer du social ranking, 2018

23 juin 2019 Laisser un commentaire

Quand votre vie dépend de la façon dont l’État et les banques vous notent

Dans “Nosedive”, un épisode de la série télévisée de science-fiction Black Mirror, Lacie Pound, une Emma Bovary 2.0, rêve de pouvoir acquérir un appartement luxueux et de rejoindre les hautes sphères de la jeunesse en vue. Mais pour cela, elle doit être bien « notée » sur les réseaux sociaux. Toute interaction est l’occasion d’évaluer son interlocuteur : a-t-elle été polie avec sa voisine ? Son chef est-il content de son travail ? Les efforts de la jeune femme tournent au désastre et l’effondrement de sa note la relègue au rang de paria. En Chine, aujourd’hui, le scénario catastrophe de la série britannique est déjà une réalité : par le biais d’applications pour smartphones, l’État, en partenariat avec des entreprises privées, note les citoyens. Et ce classement social a des implications concrètes : pouvoir louer un vélo, obtenir un prêt, accéder à certains services sociaux, s’inscrire sur un site de rencontres… Plongée vertigineuse dans la nouvelle gouvernementalité numérique. Lire la suite…

Mara Hvistendahl, Inside China’s Vast New Experiment in Social Ranking, 2018

23 juin 2019 Laisser un commentaire

In 2015, when Lazarus Liu moved home to China after studying logistics in the United Kingdom for three years, he quickly noticed that something had changed: Everyone paid for everything with their phones. At McDonald’s, the convenience store, even at mom-and-pop restaurants, his friends in Shanghai used mobile payments. Cash, Liu could see, had been largely replaced by two smartphone apps: Alipay and WeChat Pay. One day, at a vegetable market, he watched a woman his mother’s age pull out her phone to pay for her groceries. He decided to sign up.

To get an Alipay ID, Liu had to enter his cell phone number and scan his national ID card. He did so reflexively. Alipay had built a reputation for reliability, and compared to going to a bank managed with slothlike indifference and zero attention to customer service, signing up for Alipay was almost fun. With just a few clicks he was in. Alipay’s slogan summed up the experience: “Trust makes it simple.” Lire la suite…

Tristan Vebens, Le numérique, présence insidieuse pour chauffeur de car, 2014

21 juin 2019 Laisser un commentaire

I

C’est en périphérie de la tâche principale – conduire des passagers d’un point à un autre –, que le numérique a tissé sa toile. La déstabilisation qui s’ensuit constitue un nouveau rapport au travail : le salarié se rapproche d’un pantin dont les fils seraient les injonctions numériques.

Il n’y a pas meilleure comparaison à ce travail recalibré que la situation, dans l’âge pré-numérique, d’être suspendu à l’état mécanique précaire d’un car. Sauf qu’avec le numérique c’est le conducteur qui n’est pas à la hauteur. Comme si l’intention des ingénieurs de décharger les hommes des soucis de gestion sur les machines s’était inversée en charge supplémentaire de soucis : quand ai-je rechargé la batterie du portable ? Que me dit le GPS ? Lire la suite…

Radio: Ecran Total à Petit Terus, 2018

La sixième rencontre du groupe Écran Total, qui tente de résister à la gestion et l’informatisation de nos vies, s’est tenue à Savournon dans les Hautes-Alpes en octobre 2018.

Le collectif a visité des éleveurs de brebis qui refusent le puçage de leurs bêtes. Ils exposent comment l’informatisation et la normalisation de leur métier les dépossèdent le leur savoir-faire et la discussion qui s’ensuit permet de relier leur expérience avec celles d’autres professions, notamment les enseignants et les infirmières.

 

 

Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°52, diffusée sur Radio Zinzine en avril 2019.

Jacques Luzi, Au rendez-vous des mortels, 2019

25 avril 2019 Laisser un commentaire

Les éditions La Lenteur viennent de publier un ouvrage critique sur le transhumanisme. Ci-dessous la préface de l’auteur.

En France, l’ouvrage de référence sur (et contre) le transhumanisme est le Manifeste des chimpanzés du futur de Pièces et main d’œuvre (2017). Le présent livre n’en est pas une alternative, mais un complément. Il n’est pas une nouvelle enquête sur les acteurs du transhumanisme, leur influence financière et politique grandissante, mais plutôt une analyse des tenants et aboutissants philosophiques de leur projet. En premier lieu, il s’agit de mettre en évidence le caractère nécrophobe de la civilisation moderne: sa hantise et son déni de la mort. Lire la suite…