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Archive for the ‘Critique de la technologie’ Category

Guillaume Carnino, Clément Ader, entrepreneur d’invention, 2013

Résumé

Clément Ader est l’inventeur de l’avion (le véhicule et le mot). Or, la vie du « père de l’aviation » se trouve affublée d’une dimension mythologique, ayant invariablement pour but de révéler la gloire éternelle (et en son temps méconnue) du génial inventeur. En réalité, Ader est loin d’avoir été un martyr, et il a même amassé une considérable fortune au cours de sa brillante carrière d’entrepreneur d’invention. À partir de l’étude des archives du fonds Ader au CNAM, cet article retrace la façon dont la légende noire de l’inventeur s’est progressivement instaurée, au détriment de la réalité historique. Lire la suite…

François Jarrige, Le chemin de fer et ses mythes, 2006

15 avril 2021 Laisser un commentaire

Genèse d’une utopie technologique au XIXe siècle

 

Plus une technique suscite des résistances et des oppositions au sein de la société, plus elle doit être portée par des univers oniriques qui permettront de l’acclimater socialement. L’hostilité radicale et méconnue de larges franges de la population au chemin de fer a entraîné au XIXe siècle un discours mythologique du capitalisme industriel occidental sur les bienfaits de la technologie, capable de dominer la nature et ainsi, par exemple, d’éradiquer la faim dans le monde…

 

En juin 1846, pour l’inauguration en grande pompe de la ligne de chemin de fer du Paris-Lille Berlioz compose la musique d’un Chant des chemins de fer sur un texte de Jules Janin. « C’est le grand jour » proclame cet hymne à l’industrie :

« Que de montagnes effacées ! Que de rivières traversées ! Les vieillards, devant ce spectacle, En souriant descendront au tombeau ; Car à leurs enfants ce miracle Fait l’avenir plus grand, plus beau […] Des merveilles de l’industrie Nous, les témoins, il faut chanter La paix ! Le Roi ! L’ouvrier ! La patrie ! Et le commerce et ses bienfaits ! »

Les autorités politiques, la hiérarchie ecclésiastique, toutes les notabilités lilloises sont présentes à cette grande célébration du progrès technique. Les inaugurations de gares sont des grands moments de fêtes au XIXe siècle, l’occasion de diffuser les cadres d’une utopie technologique dans laquelle le chemin de fer annonce la domestication de la nature, la paix généralisée et l’avenir radieux. Lire la suite…

Daniel Cérézuelle, La technique et la chair, 2004

3 avril 2021 Laisser un commentaire

De l’ensarkosis logou à la critique de la société technicienne chez Charbonneau, Ellul et Illich

 

La raison technique, comme la raison économique et l’institution rationnelle ne peut se déployer qu’en ignorant l’unité charnelle de la vie et l’importance du symbolique. La contre-productivité et l’hétéronomie produite par les techniques et les institutions professionnalisées, jouissant au nom de leur technicité de ce qu’Illich appelle un monopole radical, sont les effets – ou les symptômes – de ce décalage entre le mode d’être au monde humain, et les représentations conceptuelles et rationalisées, auxquelles les modernes ont recours pour expliquer et organiser leur vie. Lire la suite…

Nicolas Le Dévédec, La grande adaptation, 2019

Résumé

Le transhumanisme ne se réduit pas à un projet technoscientifique. Il engage un rapport au monde, à la collectivité, à la cité (polis), qu’il est nécessaire d’interroger, au-delà des enjeux éthiques et utilitaristes qui tendent aujourd’hui à prédominer dans les débats. C’est la nature et le sens de ce « rapport au monde » promu par le mouvement que cet article entend mettre en lumière dans une perspective théorique critique. Son objectif est de montrer que le transhumanisme, y compris quant à la branche dite sociale et progressiste du mouvement, promeut et diffuse un rapport au monde qui se caractérise fondamentalement par l’élusion du politique, au sens philosophique et fondamental du terme. Sur des sujets aussi divers que la prise en charge des risques globaux planétaires, la question des problèmes de santé publique, le bien-être conjugal ou encore les questions écologiques, les transhumanistes avancent des explications de type « psycho-bio-évolutionnistes » qui exonèrent les sociétés capitalistes de toute responsabilité et conduisent à privilégier des solutions technoscientifiques centrées sur l’adaptation humaine. Lire la suite…

Célia Izoard, Le totalitarisme numérique de la Chine menace toute la planète, 2021

15 janvier 2021 Laisser un commentaire

Si la Chine est un régime totalitaire, ce n’est pas seulement parce que le numérique donne des moyens de contrôle supplémentaires au Parti dictatorial. Ces dispositifs électroniques sont aussi porteurs de leur propre logique de régulation sociale, qui s’étend à l’ensemble de la planète.

 

Il y a dix ans, la presse internationale a fait connaître au monde entier l’existence d’une vague de suicides d’ouvriers chez Foxconn, géant mondial de l’électronique implanté en Chine, dont les usines produisent la plupart du matériel informatique que nous utilisons (voir cet ouvrage). Le désespoir de ces jeunes surexploités dans des bagnes high-tech a jeté une lumière crue sur le coût humain de l’économie immatérielle célébrée par tous les dirigeants. Une telle information pourrait-elle, aujourd’hui, parvenir jusqu’à nous ? Difficilement.

C’est la conclusion à laquelle on arrive après avoir lu Dictature 2.0, quand la Chine surveille son peuple (et demain le monde), l’essai de Kai Strittmatter (aux éditions Tallandier), ancien correspondant du Süddeutsche Zeitung à Pékin. Lire la suite…

Célia Izoard, Lettre aux ingénieurs du véhicule autonome, 2020

11 janvier 2021 Laisser un commentaire

A l’occasion de la publication de Merci de changer de métier, Lettres aux humains qui robotisent le monde (éditions de la dernière lettre, 2020), de la chercheuse et journaliste Célia Izoard, nous publions la lettre qui ouvre ce recueil. Une adresse qui interroge la responsabilité du développement et du déploiement technique sur la société et qui va bien au-delà des enjeux du seul véhicule autonome.

 

Salut à vous,

Voilà plusieurs années que vous êtes lancés sur l’un des plus gros projets industriels de la décennie, celui de faire rouler des voitures, des bus et des camions sans conducteur. Plus besoin d’humain derrière le volant, ces véhicules issus de la fusion entre la voiture, l’ordinateur et le robot arrivent d’un coup d’appli et se conduisent tout seuls, équipés de centaines de capteurs – caméras pour reproduire la vision en 3D de la route ou suivre le marquage au sol, lidars [1] et radars longue portée pour détecter les objets environnants – reliés à un ordinateur central traitant des dizaines de gigaoctets par minute. Aujourd’hui, vous mettez tout ce qui fait de vous des gens vivants et en mouvement au service de ce projet là. Votre énergie, votre talent, votre temps, tout ceci vous sert à perfectionner des capteurs, à éduquer des algorithmes pour que le système ne confonde pas la feuille morte avec l’enfant qui joue. Lire la suite…

Adrien D., Le psychiatre technophile, 2021

6 janvier 2021 Laisser un commentaire

chronique d’un pompier pyromane

 

Serge Tisseron a toujours été « convaincu des formidables possibilités engendrées par la révolution numérique » [1], c’est pour cela que depuis presque 30 ans, il défend leurs utilisations à l’usage des enfants, petits et grands, tout en mettant en garde sur les risques. Mais disons-le tout de suite, pour le psychiatre, l’analyse bénéfices/risques, unique prisme d’analyse du monde pour le technocrate, penche systématiquement pour les premiers. Lire la suite…

Radio: Atelier Paysan, La technoscience contre l’agriculture paysanne, 2019

12 décembre 2020 Laisser un commentaire

Durant l’automne 2019, l’Atelier paysan, coopérative d’auto-construction de matériel agricole, a organisé une tournée de soirées-débats sur le thème « La technologie va-t-elle sauver l’agriculture ? La place de la machine dans l’autonomie paysanne » pour rencontrer localement les paysans et paysannes et prendre connaissance du poids et des impacts des machines, des robots, de l’informatique et des biotechnologies sur les vies des paysans et paysannes, sur l’environnement comme sur l’ensemble du modèle alimentaire. […]

Dans la série Racine de Moins Un, voici la troisième émission réalisée à partir de ces enregistrements (les deux précédentes) :

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Jean-Pierre Berlan – La technoscience contre l’agriculture paysanne

Le cas du maïs hybride : un mensonge historique des agronomes

L’affaire Terminator et la contestation des OGM ont révélé au grand public que les grands semenciers sont prêts à tout pour empêcher les agriculteurs d’utiliser le grain qu’ils récoltent. Mais pour Jean-Pierre Berlan, ancien économiste de l’INRA, cette confiscation du vivant à des fins de profit ne date pas d’hier.

Dans La Planète des clones, il montre que la grande innovation agronomique du XXe siècle, le maïs hybride, relève de la même logique : faire croire que les semences mises au point par des chercheurs sont plus productives que le grain récolté dans les champs. Ce livre se lit comme une enquête policière et démasque l’imposture du progrès le plus célébré de la science agronomique. Lire la suite…

Antoine Costa, La maison bleue et les techies, 2020

28 novembre 2020 Laisser un commentaire

Un extrait du livre Silicon City sur le lien entre gentrification et Silicon Valley

 

La maison bleue, celle de Maxime le Forestier, est à vendre pour 3,4 millions de dollars. Si vous pensiez que San Francisco avait encore quelque chose à voir avec des chansons vieilles de cinquante ans (des camions Volkswagen, des communautés Hippies et des gens qui jettent les clefs de leur maisons) ou ce qu’essaient de vous vendre des livres de voyage, alors vous avez loupé un événement important : la révolution numérique.

Depuis quelques années la démographie de San Francisco a été modifié en profondeur et tout s’est particulièrement accéléré sous l’effet conjugué de deux événements : le développement des entreprises du numérique et l’arrivé massive de leurs employés extrêmement bien payés (les techies) et la crise des subprimes de 2008 qui allait finir de chasser les habitants les plus pauvres. Il est à noter que depuis dix ans les instances financières n’ont de cesse d’exonérer Wall Street de sa responsabilité dans cette crise, en stigmatisant ceux la même qui en furent les principales victimes : les populations noires et latinos [1]. Ces gens ont particulièrement été ciblés pour les prêts à risque, ils en ont payé le prix et on les tient maintenant pour responsable. Lire la suite…

Aurélien Berlan, Snowden, Constant et le sens de la liberté à l’heure du désastre, 2019

2 novembre 2020 Laisser un commentaire

Les géants du numériques ont aboli la « vie privée », face visible de la liberté des Modernes. C’est au contraire à l’autre versant de cette conception de la liberté qu’il faudrait renoncer : être délivrés des nécessités de la vie, rendue possible par l’instauration de dispositifs lointains et aliénants. Il s’agit alors de reconquérir la liberté de subvenir à nos vies.

 

Les appels à décréter « l’état d’urgence écologique » qui foisonnent aujourd’hui à l’adresse des États sont le dernier avatar d’une idée qui hante une partie du mouvement écologiste depuis longtemps. Compte tenu des liens historiques entre la dynamique des sociétés industrielles et la conception occidentale moderne de la liberté, enrayer l’aggravation des nuisances et la multiplication des catastrophes que ces sociétés provoquent supposerait d’engager une politique étatique volontariste, voire dirigiste, supposant de restreindre les libertés, que ce soit sous la forme d’un renouveau républicain ou d’une dictature verte [1]. Entre la nature et la liberté, il faudrait choisir – et vu le degré de dégradation environnementale déjà atteint, manifeste dans la brutalité de l’effondrement en cours du vivant, on n’aurait en réalité pas le choix. Lire la suite…