Aux assises de Technologos, une promotion à peine voilée de l’agriculture connectée, 2018

14 octobre 2018 Laisser un commentaire

Qu’est-ce qui a pris Technologos d’inviter le journaliste Vincent Tardieu aux assises de Technologos?

Rappelons tout d’abord que Technologos est une association «technocritique», pour reprendre le titre d’un livre de François Jarrige, axée sur la discussion et la diffusion d’idées. Combattre certains lieux communs, («la technique est neutre, ce n’est qu’un outil, la technologie va sauver le monde»), comme l’indique leur dernière lettre d’information, promouvoir la pensée d’auteurs comme Ellul ou Charbonneau. En me rendant à ces sixièmes assises, consacrées à l’agriculture, je ne m’attendais pas à des discours enflammés et des appels à l’action directe. Mais bon, en matière d’action et de ton à adopter, personne n’a encore trouvé la formule magique. À Écran Total *, on la cherche activement, mais en attendant, on ne crache pas sur des initiatives de discussion honnêtes et un peu approfondies, autrement dit en décalage avec ce qui se fait un peu partout, dans les colloques universitaires par exemple, où on déploie une belle énergie à noyer le poisson, à grands coups de power point et de pseudo-neutralité scientifique. Lire la suite…

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Radio: Célia Izoard, Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ?, 2011

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Le Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs

Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ? À Toulouse, entre 1980 et 1983, ce mystérieux Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs faisait la une des journaux en incendiant des usines d’informatique. C’est avant, bien sûr. Avant que nous ayons (presque) tous un iPod dans la poche et un portable à la main. À une époque où les gens étaient tellement sceptiques sur l’utilité d’un ordinateur à la maison que le gouvernement s’était mis à distribuer des Minitel à tour de bras…

La nuit du 5 avril 1980, à Toulouse, les locaux de la société Phillips Informatique sont en feu. Trois jours plus tard, on signale un incendie à la compagnie d’informatique CII-Honeywell-Bull. Le procédé est rudimentaire : ordinateurs, fichiers et documents ont été entassés dans le hall et brûlés. Le 10 avril, c’est-à-dire le lendemain de l’incendie de la CII, une fausse alerte à la bombe nécessite l’évacuation des locaux d’IBM, à Toulouse. On fait des rapprochements avec un attentat qui avait visé l’ancien siège de DATA Systems le 24 novembre 1977… Lire la suite…

Bernard Charbonneau, Écologie, espace géographique, temps historique, 1989

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’originalité de l’écologie est d’être une science synthétique, étudiant les ensembles ou écosystèmes naturels. Elle a inspiré un mouvement « écologique », dénonçant les menaces que le système industriel fait peser sur la nature : id est l’écosystème planétaire où intervient l’homme.

Or deux autres disciplines à vocation synthétique pourraient compléter une écologie limitée à la nature : la Géographie et l’Histoire. La géographie étudie les ensembles naturels et humains dans le cadre de l’espace local et terrestre, comme l’histoire dans celui du temps. Mais l’accumulation des informations contraint la géographie et l’histoire à devenir de plus en plus scientifiques, techniques et spécialisées. Elles risquent ainsi de trahir leur vocation de connaissance synthétique dans le cadre de l’espace-temps. L’écologie, la géographie et l’histoire peuvent-elles s’unir pour une connaissance de l’ensemble vivant, naturel et culturel, fruit de l’action humaine sur terre ? Dans l’état actuel de la recherche scientifique est-ce possible ? Est-ce la seule affaire des sciences ? Lire la suite…

Maria Mies, La perspective de subsistance, 2005

30 septembre 2018 Laisser un commentaire

Je suis Maria Mies, professeur de sociologie à la retraite. J’ai commencé à travailler ici à la Fachhochschule [Université de sciences appliquées] de Cologne (Allemagne), au département de pédagogie sociale en 1972. J’ai aussi été très active dans plusieurs mouvements sociaux : d’abord dans les mouvements de femmes, puis dans le mouvement écologiste, le mouvement pour la paix et récemment en 1997, j’ai participé au mouvement anti-mondialisation.

Je dois préciser d’emblée que nous ne parlons pas d’économie de subsistance (quand je dis « nous » je me réfère à mes deux amies, Claudia von Werlhof et Veronika Bennhold-Thomsen, avec qui j’ai développé cette approche au milieu des années 1970). Nous ne parlons pas d’économie de subsistance mais de perspective de subsistance. Ce n’est pas un modèle économique mais plutôt une nouvelle orientation, une nouvelle façon de voir l’économie. C’est tout à fait différent parce que cela ne s’applique pas uniquement à l’économie, mais aussi à la société, à la culture, à l’histoire et à beaucoup d’autres domaines.

Beaucoup de gens nous demandent ce que nous entendons par « subsistance ». La subsistance est l’opposé de la production de marchandises. La production de marchandises est le but de la production capitaliste. En d’autres termes, la production de toute chose doit être transformée en marchandise. Il est possible d’observer ce phénomène aujourd’hui, spécialement dans la course à la mondialisation. La production de subsistance obéit à un but entièrement différent, à savoir la satisfaction directe des besoins humains. Pour nous, il est tout à fait essentiel qu’il s’agisse d’une production et d’une reproduction directe de la vie. C’est pour cela que nous parlons de « production de la vie » plutôt que de production de marchandises. Lire la suite…

Maria Mies, La Perspectiva de Subsistencia, 2005

30 septembre 2018 Laisser un commentaire

Soy Maria Mies, una profesora de sociología retirada. Empecé trabajando en el Fachhochschule aquí en el Departamento de Pedagogía Social en 1972. También estoy bastante involucrada en diversos movimientos sociales: inicialmente en el movimiento de mujeres, después el movimiento de ecología se convirtió en una de mis actividades, el movimiento por la paz, y recientemente desde 1997, soy activista en el movimiento anti-globalización.

Primero que todo tengo que decir que nosotras no estamos hablando específicamente de economía de subsistencia. Cuando digo nosotras me refiero a mis amigas Claudia von Werholf y Verónica Bennholdt-Thomsen con quienes desarrollé este acercamiento a mediados de los 70s. No estamos hablando de una economía de subsistencia pero sí de una perspectiva de subsistencia. Es decir que no es un modelo económico sino una nueva orientación, una nueva manera de ver la economía. Lo que quiere decir algo totalmente distinto. Esto no sólo se aplica a la economía sino también a la sociedad, cultura, historia y cualquier área posible. La segunda cosa es que mucha gente se pregunta ¿Que quieres decir con subsistencia? Yo usualmente digo: para nosotras subsistencia es lo opuesto a producción mercantilista, la producción mercantil es la meta de la producción capitalista, en otras palabras, una producción generalizada de bienes. Todo lo que existe debe ser transformado en una mercancía. Es posible observar esto hoy en día especialmente en el rumbo de la globalización. La producción de subsistencia tiene una meta completamente diferente, y es principalmente, la satisfacción directa de las necesidades humanas. Lo que no se logra a través del dinero y la producción de bienes. Para nosotras lo más esencial es, que es una producción y reproducción directa de la vida. Esa es la razón por la cual nosotras hablamos de « producción de vida » en lugar de « producción de mercancías ». Lire la suite…

Maria Mies, The Subsistence Perspective, 2005

30 septembre 2018 Laisser un commentaire

I’m Maria Mies, a retired sociology professor. I started working at the Fachhochschule here in the Department for Social Pedagogy in 1972. I am also quite active in various social movements: initially in the women’s movement, but then also the ecology movement became part of these activities, the peace movement, and recently, since 1997, I’ve been active in the anti-globalization movement.

First of all, I have to say that we are not talking specifically about subsistence economy. When I say « we, » I am referring to my two friends Claudia von Werlhof and Veronika Bennholdt-Thomsen, with whom I developed this approach in the mid-1970s. We aren’t speaking of a subsistence economy, but of a subsistence perspective. That is to say, it’s not an economic model, but rather, a new orientation, a new way of looking at the economy. That means something entirely different. It doesn’t just apply to the economy, but also to society, culture, history, and all other possible areas. The second thing is that a lot of people ask: what do you mean by subsistence? I usually say: for us, subsistence is the opposite of commodity production. Commodity production is the goal of capitalist production, in other words, a general production of goods, everything that there is, has to be transformed into a commodity. It is possible to observe that today, especially in the course of globalization. Subsistence production has an entirely different goal, namely, the direct satisfaction of human needs. This isn’t accomplished through money and the production of goods. For us, quite essential is that it is a direct production and reproduction of life. That’s why we talk of « life production » rather than « commodity production. » Lire la suite…

Maria Mies, Die Subsistenzperspektive, 2005

30 septembre 2018 Laisser un commentaire

Ich bin Maria Mies. Ich bin Soziologieprofessorin im Ruhestand und war seit 1972 hier an der Fachhochschule tätig im Fachbereich Sozialpädagogik. Außerdem habe ich sehr viel gemacht in diversen Bewegungen: Zunächst in der Frauenbewegung, aber auch die Ökologiebewegung war Teil dieser Aktivitäten, die Friedensbewegung, und in den letzten Jahren, seit 1997, bin ich in der Antiglobalisierungsbewegung aktiv.

Zunächst einmal muss ich sagen, dass wir nicht speziell von Subsistenzwirtschaft reden. Wir, das sind meine beiden Freundinnen Claudia von Werlhof und Veronika Bennholdt-Thomsen, mit denen ich Mitte der 1970er Jahre diesen Ansatz entwickelt habe. Wir reden eigentlich nicht von Subsistenzwirtschaft, sondern von Subsistenzperspektive. Das bedeutet, es ist kein ökonomisches Modell, sondern eine Neuorientierung, eine neue Sicht auf die Ökonomie. Das bedeutet etwas ganz anderes. Sie betrifft nicht nur die Ökonomie, sondern auch die Gesellschaft, die Kultur, die Geschichte und alles mögliche andere. Das zweite ist, dass viele Leute fragen: Was verstehen Sie unter Subsistenz? Dann sage ich meistens: Subsistenz steht für uns im Gegensatz zur Warenproduktion, die das Ziel der kapitalistischen Produktion ist. Die allgemeine Warenproduktion, d. h. alles, was es gibt, muss in Waren verwandelt werden. Das kann man heute besonders im Zuge der Globalisierung beobachten. Die Subsistenzproduktion hat ein ganz anderes Ziel, nämlich die unmittelbare Befriedigung menschlicher Bedürfnisse, was nicht zunächst über Geld und die Herstellung von Waren geht. Das ist ganz wesentlich für uns, dass es eine unmittelbare Produktion und Reproduktion des Lebens ist. Deshalb reden wir von « Lebensproduktion » anstatt von « Warenproduktion ». Lire la suite…

Bertrand Louart, Les causeries de l’été, 2010

26 septembre 2018 Laisser un commentaire

I

Dans divers coins de campagne s’organisent l’été des chantiers-rencontres-discussions-fiestas sur des lieux autogérés collectivement. Voici le compte-rendu ‑ forcément partiel et partial ‑ de quelques-unes de ces causeries, par notre envoyé spécial.

Première rencontre dans le Tarn en août, à la fête de Martre, où, la première journée, a lieu une discussion sur le livre et l’édition 1.

Florent, libraire itinérant sur les marchés, commence avec un exposé sur la « chaîne du livre ». Actuellement, il se publie en France 50 000 ouvrages par an. La « durée de vie » d’un livre ‑ le temps pendant lequel il se vend ‑ est en moyenne de trois mois. Ensuite, les gros éditeurs n’hésitent pas à envoyer au pilon le reste du tirage invendu. La pression de la concurrence est telle que ces dernières années on assiste dans le monde de l’édition à des concentrations de plus en plus importantes et à une approche marketing du livre, qui tend à devenir une marchandise périssable et jetable comme une autre. Lire la suite…

Bertrand Louart, Des machines simples contre l’industrialisme !, 2011

25 septembre 2018 Laisser un commentaire

Certainement, au cours de ce colloque, on va dire beaucoup de mal de l’industrie et des machines. Pourtant, dans une perspective d’émancipation sociale, il faut reconnaître que l’apport majeur du capitalisme à cette perspective est bel et bien la machine.

Assurément, la machine est également le principal soutien de ce système d’exploitation planétaire de la nature et des hommes. Sans la machine, pas de capitalisme industriel, comme l’a bien montré Karl Polanyi. Mais sans la machine, je crois qu’il n’y aura pas non plus de sortie du capitalisme.

Mais je ne parle pas ici de toutes les machines que nous avons actuellement autour de nous. Certainement pas des « réseaux sociaux » sur internet et autres applications sur téléphone portables, dont on a fait des gorges chaudes à l’occasion des récentes « révolutions arabes » et dont on oublie un peu vite qu’ils participent ici surtout à la contre révolution managériale, d’abord en formant la population à une disponibilité de tous les instants et à une confusion entre vie privée et publique. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz & Fabien Locher, L’agir humain sur le climat et la naissance de la climatologie historique, 2015

16 septembre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’idée d’un changement climatique, causé par l’homme ou par des facteurs naturels, s’est imposée peu à peu, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. La climatologie historique a émergé, dès cette époque, pour l’étudier grâce à un regard rétrospectif sur les registres météorologiques, les sources historiques, les végétations anciennes et l’évolution des fleuves et des glaciers. Dès 1671, Robert Boyle recommande d’observer le temps pour étudier l’action humaine sur le climat. Des enjeux multiples ont contribué à cette historicisation : la colonisation de l’Amérique du Nord et la comparaison transatlantique des climats ; l’essor d’un discours historique mêlant processus de civilisation des peuples et amélioration climatique ; le projet des monarchies éclairées d’améliorer le climat ; la volonté de percer le mystère des cycles météorologiques ; et enfin l’émergence d’une conception historiciste de la nature (la géologie, les théories de la Terre). Les théories influentes de Richard Grove et Dipesh Chakrabarty sur les liens entre histoire, climat et réflexivité environnementale des sociétés sont ici réinterrogées. Lire la suite…