Miguel Amorós, Sur Jaime Semprun, 2017

4 août 2020 Laisser un commentaire

Miguel Amorós évoque la vie et les œuvres de Jaime Semprun (26 juillet 1947 – 3 août 2010) avec une mention spéciale à son ouvrage de 1997, L’Abîme se repeuple récemment traduit en espagnol par les éditions Pepitas de Calabaza.

Cazarabet est le nom d’une librairie du Mas de las Matas (Teruel), en Espagne, où à eu lieu l’interview.

 

Photo de Jaime SemprunCazarabet : En tant qu’ami de Jaime et proche de sa pensée, quelle a été l’influence de la figure de son père, Jorge Semprun ?

Miguel Amorós : Jorge Semprun était son père uniquement en un sens biologique. Dans les quelques moments qu’il a passés auprès de lui, l’adolescent non-conformiste qu’était Jaime a reproché à son père d’être stalinien, et donc d’avoir contribué à l’œuvre totalitaire du régime soviétique pseudo-communiste. La réputation de son père en tant qu’écrivain et ami des politiciens était pour lui vulgaire et obscène, construite sur un gros mensonge dont il a tiré beaucoup de profit.

Jaime était tout le contraire. Il cultivait la vérité avec sobriété et discrétion. Il n’a jamais mis ses qualités en vente et a tout fait pour échapper au monstre de la publicité ; ce dernier a joué le jeu avec lui, l’ignorant. Il savait si bien comment se cacher du spectacle que trouver une photo de lui dans les médias aujourd’hui est une mission impossible. Lire la suite…

Miguel Amorós, On Jaime Semprun, 2017

4 août 2020 Laisser un commentaire

Miguel Amorós discusses the life and works of Jaime Semprun, with special emphasis on Semprun’s 1997 book, L’Abîme se repeuple (The Abyss Repopulates Itself).

“Cazarabet” is the name of a bookstore in Mas de las Matas, Spain.

 

Photo de Jaime SemprunCazarabet: As a friend of Jaime’s who shared his views, what impact do you think the figure of his father, Jorge Semprun, had on him?

Miguel Amorós: Jorge Semprun was his father only in the biological sense. On the few occasions that Jaime, a non-conformist adolescent, mentioned him, he accused his progenitor of having been a Stalinist and therefore of having contributed to the totalitarian work of the pseudo-communist Soviet regime. His father’s celebrity as a writer and a friend of politicians seemed vulgar and obscene to Jaime, as it was founded on a big lie from which he derived a good payoff. Lire la suite…

Miguel Amorós, Sobre Jaime Semprún, 2017

4 août 2020 Laisser un commentaire

Cazarabet: Amigo en el pensamiento de este escritor y pensador, ¿qué peso crees que supuso la figura de su padre, Jorge Semprún…?

Miguel Amorós: Jorge Semprún fue su padre sólo en sentido biológico. En los escasos momentos de trato, el adolescente inconformista que fue Jaime reprochó a su progenitor haber sido estalinista, y, por consiguiente, haber contribuido a la obra totalitaria del régimen seudocomunista soviético. La fama de su padre como escritor y amigo de políticos le resultaba vulgar y obscena, edificada sobre una gran mentira de la que sacó buena tajada. Él fue exactamente lo opuesto. Cultivó la verdad sobria y discretamente. Nunca puso en venta sus cualidades e hizo todo lo que pudo por apartarse del monstruo de la publicidad; éste le siguió el juego, ignorándolo. Supo tan bien ocultarse del espectáculo que encontrar hoy en los medios una foto suya resulta misión imposible. Lire la suite…

Otto Ullrich, Technologie, 1992

2 août 2020 Laisser un commentaire

Le Dictionnaire du développement,
un guide de la connaissance comme pouvoir

 

Le célèbre discours de Harry S. Truman du 20 janvier 1949 peut être considérée comme la proclamation officielle de la fin de l’ère coloniale. Il a annoncé un plan de croissance économique et de prospérité pour le monde entier, incluant explicitement les « zones sous-développées ».

« Nous devons nous lancer dans un nouveau programme audacieux pour mettre les bénéfices de nos avancées scientifiques et de nos progrès industriels au service de l’amélioration et de la croissance des zones sous-développées. […] Le vieil impérialisme – l’exploitation pour le profit de la métropole – n’a pas sa place dans nos plans […] Une production accrue est la clé de la prospérité et de la paix. Et la clé d’une production accrue est une application plus large et plus vigoureuse des connaissances scientifiques et techniques modernes. » [1]

Une plus grande prospérité exige une augmentation de la production, et une production accrue nécessite une technologie scientifique – depuis lors ce message a été repris dans d’innombrables déclarations des élites politiques de l’Ouest et de l’Est. John F. Kennedy, par exemple, a demandé avec insistance au Congrès, le 14 mars 1961, d’être conscient de sa tâche historique et d’autoriser les moyens financiers nécessaires à l’Alliance pour le progrès :

« Dans toute l’Amérique latine, des millions de personnes luttent pour se libérer des liens de la pauvreté, de la faim et de l’ignorance. Au Nord et à l’Est, ils voient l’abondance que peut apporter la science moderne. Ils savent que les outils du progrès sont à leur portée. » [2]

Avec l’ère du développement, la science et la technologie ont occupées le devant de la scène. Elles étaient considérées comme la raison de la supériorité du Nord et la garantie de la promesse de développement du Sud. En tant que « clé de la prospérité », elles devaient ouvrir la voie à l’abondance matérielle et, en tant qu’ « outils de progrès », conduire les nations du monde vers les hautes terres ensoleillées de l’avenir. Il n’est pas étonnant que pendant des décennies, de nombreuses conférences dans le monde entier, et en particulier aux Nations unies, se soient focalisées, dans un esprit d’espérance quasi religieuse, sur les « puissantes forces de la science et de la technologie ». Lire la suite…

Otto Ullrich, Technology, 1992

2 août 2020 Laisser un commentaire

The Development Dictionary,
A Guide to Knowledge As Power

 

Harry S. Truman’s famous statement of 20 January 1949 can be regarded as the official proclamation of the end of the colonial age. He announced a plan for economic growth and prosperity for the entire world, explicitly including the “underdeveloped areas”.

“We must embark on a bold new program for making the benefits of our scientific advances and industrial progress available for the improvement and growth of underdeveloped areas. … The old imperialism – exploitation for foreign profit – has no place in our plans.… Greater production is the key to prosperity and peace. And the key to greater production is a wider and more vigorous application of modern scientific and technical knowledge.” [1]

Greater prosperity calls for increased production, and more production requires scientific technology – this message has been proclaimed ever since in countless statements by the political elites of both West and East. John F. Kennedy, for example, emphatically challenged Congress on 14 March 1961, to be conscious of its historical task and authorize the financial means necessary for the Alliance for Progress:

“Throughout Latin America millions of people are struggling to free themselves from the bonds of poverty and hunger and ignorance. To the North and East they see the abundance which modern science can bring. They know the tools of progress are within their reach.” [2]

With the age of development, science and technology took over the leading role altogether. They were regarded as the reason for the superiority of the North and the guarantee of the promise of development. As the “key to prosperity” they were to open up the realm of material surplus and, as the “tools of progress”, to lead the countries of the world towards the sunny uplands of the future. No wonder that for decades numerous conferences all over the world, and particularly in the United Nations, focused, in a spirit of near religious hopefulness, on the “mighty forces of science and technology”. Lire la suite…

Otto Ullrich, Tecnología, 1992

2 août 2020 Laisser un commentaire

Diccionario del desarrollo,
Una guía del conocimiento como poder

 

La famosa declaración de Harry S. Truman del 20 de enero de 1949 puede ser considerada la proclamación oficial del fin de la era colonial. Anunció un plan para el crecimiento económico y la prosperidad del mundo entero, incluyendo explícitamente a las “áreas subdesarrolladas”.

“Debemos embarcarnos en un audaz programa nuevo para poner a disposición los beneficios de nuestros avances científicos y progreso industrial para la mejora y crecimiento de las áreas subdesarrolladas… El viejo imperialismo -la explotación para el beneficio foráneo- no tiene lugar en nuestros planes… Una producción incrementada es la clave para la prosperidad y la paz. Y la llave a la mayor producción es una aplicación mas amplia y mas vigorosa del conocimiento científico y técnico moderno.” [1]

La mayor prosperidad demanda una producción incrementada y más producción requiere tecnología científica – este mensaje ha sido proclamado desde entonces en incontables declaraciones por las élites políticas tanto de Occidente como de Oriente. John F. Kennedy, por ejemplo, enfáticamente retó al Congreso el 14 de marzo de 1961 a ser consciente de su tarea histórica y autorizar los medios financieros necesarios para la Alianza para el Progreso:

“Por toda América Latina millones de personas luchan por liberarse de las ataduras de la pobreza, del hambre y de la ignorancia. En el Norte y en el Este ellos ven la abundancia que la ciencia moderna puede traer. Saben que las herramientas del progreso están a su alcance.” [2]

Con la era del desarrollo, la ciencia y la tecnología asumieron plenamente el papel conductor. Se les consideró como la razón de la superioridad del Norte y la garantía de la promesa del desarrollo. Como la “clave de la prosperidad” ellas iban a abrir el reino del excedente material y, como las “herramientas del progreso” iban a conducir a los países del mundo a las soleadas altiplanicies del futuro. No es sorprendente que por décadas numerosas conferencias en todo el mundo y particularmente en las Naciones Unidas, se enfocaran, en un espíritu de esperanza casi religiosa, en las “poderosas fuerzas de la ciencia y la tecnología”. Lire la suite…

Renaud Bécot et Céline Pessis, Rencontres improbables mais fécondes, 2015

31 juillet 2020 Laisser un commentaire

entre scientifiques critiques et syndicalistes dans les « années 1968 »

 

Ce qu’il est convenu d’appeler le « consensus fordiste » désigne un régime économique reposant notamment sur une forte croissance, obtenue au moyen de « la science », générant des gains de productivité qui étaient largement partagés avec les travailleurs. Comme le présentent d’autres articles dans ce numéro cet arrangement institutionnel a joui d’une forte légitimité, engendrant ainsi une grande stabilité. Les années 1968 sont en France et dans d’autres pays industrialisés le moment d’une remise en cause qui à certains égards pouvait être jugée salutaire. Les formes concrètes prises par les mouvements sociaux ont conduit des populations habituellement séparées à se rencontrer et à échanger. Cet article examine le cas des scientifiques critiques et des syndicalistes et exposent l’existence de différents lieux de rencontre, de la santé au travail aux alternatives rurales. Lire la suite…

Céline Pessis, Petit panorama de la critique des sciences des années 1970, 2014

29 juillet 2020 Laisser un commentaire

Dans la foulée de Mai 68, de nombreuses grèves de technicien.ne.s, vacataires et contractuel.le.s, chercheur.se.s, documentalistes, secrétaires et dactylos, éclatent dans les laboratoires tandis que se multiplient les formes d’insubordination quant aux hiérarchies instituées et aux normes professionnelles (expériences de socialisation des salaires, critique de la taylorisation du travail et du paternalisme des « grands patrons », contestation des « hiérarchies de l’intelligence » ou de « l’idéologie du mérite », du « mythe de la thèse », etc.).

Le Cri des Labos (1969-1971), bulletin de lutte et de réflexion des travailleurs de la recherche, fondé par des technicien.ne.s de la faculté des Sciences de Paris, puis Labo-Contestation (1970-1973), fondé par des travailleur.se.s de la biologie à Lyon et ouvert à des laboratoires de toute la France, se font l’écho de ces luttes internes. Ouvrant grand ses colonnes aux subalternes, aux femmes et aux anonymes de la recherche, Labo-Contestation se revendique de la critique de la vie quotidienne :

« dès qu’il est décrit anonymement, le vécu quotidien se dépersonnalise et révèle l’existence de problèmes de structures, d’organisation et de division du travail. » [1]

En rupture avec la « bureaucratie syndicale » et sa représentation mythifiée de la recherche comme « communauté de pairs », ces contestations basistes entendent mettre à jour et approfondir la lutte des classes qui traverse le milieu scientifique. La psychanalyse s’affirme également comme nouvelle grammaire contestataire, particulièrement à Impascience (1975-1977), dernière venue des revues de critique de la science. Lire la suite…

Gustavo Esteva, Au-delà du développement, 1994

20 juillet 2020 Laisser un commentaire

Seul un regard archéologique comme celui de Wolfgang Sachs [1] permet de découvrir les ruines laissées par le développement, tant dans la perception commune que dans la nature et la culture. N’y a-t-il pas cependant autre chose à voir de l’autre côté, c’est-à-dire au-delà de cette « vision globale » ? Comment est le monde au-delà du développement ?

J’ai tenté ici de raconter les expériences que j’ai pu observer dans les villages paysans et dans les quartiers populaires, en montrant que les habitants qui se mobilisaient avaient été profondément déçus par les promesses des « développementalistes », ces promoteurs du développement à tout prix ; en montrant aussi avec quelle lucidité ces gens ont résisté à la rupture historique qu’on leur imposait, puisent dans leurs traditions, et font appel tout particulièrement à cette tradition qui permet de modifier et d’enrichir la tradition. Lire la suite…

Michel Barrillon, Révolution : le mot et la chose, 2019

12 juillet 2020 Laisser un commentaire

de Copernic à la ZaD de Notre-Dame des Landes

Résumé

La « révolution » au sens de « commencement de quelque chose de nouveau » (Arendt), relève-t-elle de la nécessité historique (Marx, 1859) ? Ou de l’imagination sociale radicale des hommes (Castoriadis) ? D’une loi objective, immanente, indépendante de leur volonté ? Ou au contraire, de l’action collective volontaire de femmes et d’hommes animés par un idéal (Landauer, Arendt) ? Faut-il croire, avec Hannah Arendt, que, dès l’instant où la « question sociale » s’immisce dans un processus révolutionnaire, celui-ci est « dévoyé » et s’achève inévitablement en « régime de terreur » ?… Au-delà des débats théoriques, la question n’est pas tant de savoir ce que désigne le « concept » de révolution, que de s’interroger sur ce qu’il conviendrait de faire pour en finir avec l’ordre social existant et édifier une société « saine » (Fromm). À l’évidence, on ne saurait espérer un « dépassement progressiste » du capitalisme : contrairement à ce que prédisait Marx (1848, 1859, 1867), l’histoire a montré que le Progrès sans fin assure la perpétuation du système et non sa disparition. Il semble plus réaliste de rompre radicalement et globalement avec une civilisation industrielle mortifère qui s’évertue à dévaster la planète et à rendre l’humanité obsolète. Lire la suite…