Henry Jador, Dialogue entre une presse mécanique et une presse à bras, 1830

19 septembre 2017 Laisser un commentaire

Contexte : Autour de 1830, il y a de nombreux débats au sein de l’imprimerie parisienne suite à l’introduction des nouvelles mécaniques. Au lendemain de la révolution de Juillet 1830, plusieurs milliers d’ouvriers vont détruire les nouvelles machines de l’Imprimerie Royale 1.

On m’avait dit que le Gouvernement allait mettre des fonds considérables à la disposition du commerce de l’imprimerie ; et, pour m’assurer de la vérité, je courais d’ateliers en ateliers… tous étaient déserts. Accablé de fatigue, je me disposais à retourner chez moi pour y attendre tranquillement les fonds considérables, lorsque ce mot : IMPRIMERIE, peint en blanc sur un grand écriteau noir, vient de nouveau frapper mes regards. Soit encore par curiosité, soit par un pur mouvement machinal, j’entre, j’appelle… l’écho seul me répond… Par un hasard singulier, un faible rayon de lumière me fait apercevoir dans un petit coin quelque chose qui ressemblait presque à une Presse… j’avance : c’en était une en effet, mais en bois, mais couverte de poussière et comme ensevelie dans une immense quantité de vieux papiers… Or (n’allez pas croire, lecteur, que ceci soit un conte), voici ce que me raconta cette vieille Presse en bois : Lire la suite…

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Groupe HUKO, iPads et iPocrisie, 2014

14 septembre 2017 Laisser un commentaire

« L’internaute après tout n’est que l’aboutissement délirant d’un long processus d’isolement des individus et de privation sensorielle ; et la cybervie qu’on lui propose n’est jamais destinée que pour quelque temps à quelques pour cent du genre humain, tout le reste se voyant versé sans attendre au Tartare de ce XXIe siècle. »

Baudouin de Bodinat, La vie sur Terre, 1996.

« Après s’être contenté de l’image, on se passera de la réalité. »

Étienne Gilson, La société de masse et sa culture, 1975.

L’introduction des iPads et autres tablettes dans les établissements scolaires, dont François Hollande, alors député de la Corrèze, a été le fer de lance en France, ne suscite guère de réactions indignées. Seuls ceux que les médias ont pris la déplorable habitude de classifier comme « technophobes » s’y opposent. Hélas, la « crainte de la technologie » ne porte en elle rien de positif, puisqu’elle s’inscrit d’emblée dans le registre de la peur, dont on sait qu’elle peut produire le pire. Rien de mieux, pour discréditer toute critique, que de la réduire à une crainte irrationnelle et réactionnaire. C’est une autre attaque, beaucoup plus profonde, qui est portée ici, contre le tout-numérique à l’école.

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Célia Izoard, Les technologies bouleversent le quotidien pour mieux conserver le statu quo, 2017

14 septembre 2017 Laisser un commentaire

« Il faut tout changer pour que rien ne change. »

Cette formule célèbre de l’écrivain sicilien Tommasi dans Le Guépard résume la frénésie d’innovation des dirigeants politiques. François Fillon voudrait faire de la France « une start-up nation », Jean-Luc Mélenchon, nouvelle icône de la réalité virtuelle, une « République numérique », et Marine Le Pen, un « pays d’innovation ». Véritable Shiva de l’innovation, Emmanuel Macron n’aurait pas assez de mains pour actionner tous les leviers par lesquels il promet de la stimuler. Même Benoît Hamon, dont les réserves à ce sujet constituent une anomalie au PS, ne remet pas en cause le développement de la numérisation et l’automatisation, mais propose de compenser les suppressions d’emplois par une taxe sur les robots et le revenu universel. Le caractère inéluctable du développement technoscientifique est le seul consensus qui traverse l’ensemble de la classe politique. Lire la suite…

F. Bérard, M. Brier et C. Izoard, Le robot à visage humain, une opération de com?, 2015

14 septembre 2017 Laisser un commentaire

Le robot compagnon et ses avatars ne constituent-ils pas une menace aussi redoutable que les « robots tueurs autonomes », s’interrogent des membres de la rédaction de la revue itinérante de critique sociale Z.

A ce jour, plus de 3 000 chercheurs en robotique et en intelligence artificielle du monde entier ont signé une lettre ouverte demandant l’interdiction des « robots tueurs autonomes », capables à brève échéance de sélectionner et d’exécuter des cibles sans intervention humaine. Il faut éviter, conclut cette lettre, publiée en juillet lors d’un congrès scientifique à Buenos Aires, que ces nouvelles armes ne « discréditent les recherches en intelligence artificielle aux yeux du public, privant la société de ses bienfaits ». Nous pensons au contraire que la société, chercheurs compris, devrait s’interroger au plus vite sur la nature de ces bienfaits. Lire la suite…

Radio: Célia Izoard, Robots et Travail, 2016

13 août 2017 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, de la technologie et de la société industrielle, Célia Izoard, journaliste pour la Revue de critique sociale itinérante Z, auteure et traductrice aux éditions Agone (David Noble, Le Progrès sans le Peuple; La machine est ton seigneur et maître) et membre du groupe Oblomoff de critique de la recherche scientifique, expose les conséquences politiques et sociales de l’automatisation et de la robotisation générale qui affectent actuellement nos sociétés industrielles. Elle montre que, comme l’avait déjà constaté le père de la cybernétique, Norbert Wiener: «Toute main-d’œuvre mise en concurrence avec un esclave, humain ou mécanique, doit accepter les conditions de travail de l’esclave.» Lire la suite…

Jason W. Moore, Nous vivons l’effondrement du capitalisme, 2015

11 août 2017 Laisser un commentaire

Alors qu’on n’a jamais autant parlé des impacts de l’homme sur le climat et la biosphère, un historien propose une thèse à contre-courant : la nature a été non pas exploitée mais produite par le capitalisme, qui s’en est servi pour créer de la richesse. Pour Jason W. Moore, il est plus moderne et beaucoup plus fécond de penser une « écologie-monde ».

Au fur et à mesure que se propage et se discute le concept d’anthropocène, sa contestation se diversifie et s’intensifie. L’historien Jason W. Moore en a formulé l’une des plus fortes critiques, en lui opposant la notion de « capitalocène ». Il s’en explique ici dans l’un de ses premiers entretiens en français. Son livre Capitalism in the Web of Life: Ecology and the Accumulation of Capital [Le capitalisme dans le réseau de la vie : l’écologie et l’accumulation du capital], qui cherche à dépasser le dualisme entre nature et société et à aller au-delà de « l’écosocialisme », vient de paraître en anglais, aux éditions Verso. Lire la suite…

Radio: Le désastre du numérique à l’école, 2017

3 août 2017 Laisser un commentaire

En septembre 2014, le gouvernement lance en grande pompe le Plan Numérique pour l’Ecole de la République présenté comme la solution miracle visant à rendre l’école plus juste, plus inclusive et plus efficace. Dans leur livre Le désastre de l’école numérique (éd. du Seuil, 2016), Karine Mauvilly et Philippe Bihouix dénoncent l’illusion techniciste du gouvernement, la stupidité d’une politique non seulement inefficace mais lourde d’effets pervers, sur les plans éducatifs, psycho-sociaux, environnementaux et sanitaires. Dans cette émission, nous entendrons, Karine Mauvilly et des membres des collectifs Écran total et de l’Appel de Beauchastel qui militent contre la numérisation de tous les aspects de nos vies.

Le désastre du numérique à l’école, 2017 (51mn)

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Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle sur Radio Zinzine.

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Radio: Anthropocène ou capitalocène?

25 juillet 2017 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter deux conférences qui traitent de l’anthropocène, période géologique durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau que l’activité humaine est devenue une «force géologique» majeure capable de marquer la lithosphère. Ce terme a été proposé par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté selon lui à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, L’Anthropocène et l’esthétique du sublime, 2016

25 juillet 2017 Laisser un commentaire

Aussi sidérant, spectaculaire ou grandiloquent qu’il soit, le concept d’Anthropocène ne désigne pas une découverte scientifique. Il ne représente pas une avancée majeure ou récente des sciences du système-terre. Nom attribué à une nouvelle époque géologique à l’initiative du chimiste Paul Crutzen, l’Anthropocène est une simple proposition stratigraphique encore en débat parmi la communauté des géologues. Faisant suite à l’Holocène (12 000 ans depuis la dernière glaciation), l’Anthropocène est marquée par la prédominance de l’être humain sur le système-terre. Plusieurs dates de départ et marqueurs stratigraphiques afférents sont actuellement débattus : 1610 (point bas du niveau de CO2 dans l’atmosphère causé par la disparition de 90% de la population amérindienne), 1830 (le niveau de CO2 sort de la fourchette de variabilité holocénique), 1945 date de la première explosion de la bombe atomique.

La force de l’idée d’Anthropocène n’est pas conceptuelle, scientifique ou heuristique : elle est avant tout esthétique. Le concept d’Anthropocène est une manière brillante de renommer certains acquis des sciences du système-terre. Il souligne que les processus géochimiques que l’humanité a enclenchés ont une inertie telle que la terre est en train de quitter l’équilibre climatique qui a eu cours durant l’Holocène. L’Anthropocène désigne un point de non retour. Une bifurcation géologique dans l’histoire de la planète Terre. Si nous ne savons pas exactement ce que l’Anthropocène nous réserve (les simulations du système-terre sont incertaines), nous ne pouvons plus douter que quelque chose d’importance à l’échelle des temps géologiques a eu lieu récemment sur Terre. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse et l’anthropocène, 2013

19 juillet 2017 Laisser un commentaire

Quand il se penche sur la planète et son histoire, Jean-Baptiste Fressoz interroge non seulement les éblouissements du progrès technique et les ruses déployées pour en masquer les dangers, mais aussi les ruptures épistémologiques trop brillantes, qui veulent opposer une modernité insouciante des dégâts qu’elle causait à la Terre à une post-modernité qui en aurait pleinement conscience. Contre l’occultation de la réflexivité environnementale des sociétés passées et la promotion de lumières écologiques contemporaines, plus aveuglantes que réellement « vertes », il propose une re-politisation de l’histoire à l’aune de l’écologie.

Vacarme : Comment vous êtes-vous intéressé à l’histoire environnementale ?

Jean-Baptiste Fressoz : Je voulais remettre en cause le discours assez complaisant et très énervant qui voudrait que les questions environnementales soient l’objet d’une prise de conscience récente, parallèle à leur médiatisation croissante. Dans le jargon philosophico-sociologique actuel cela s’appelle la réflexivité. On serait entré depuis peu seulement dans une nouvelle phase de la modernité dite réflexive.

Je vais prendre un exemple concret et emblématique : le changement climatique. Faire comme si la question du climat nous avait touchés subitement, telle une lumière verte soudainement projetée qui provoquerait notre éveil écologique, est un leurre.

J’écris actuellement avec Fabien Locher une histoire longue des débats et des savoirs sur le changement climatique. Nous montrons que les controverses sur le changement climatique datent au moins de la Révolution française. Le climat, au début du XIXe siècle, constitue déjà un problème politique majeur. Il s’agit donc d’abord de questionner la prétendue modernité des interrogations actuelles et de montrer le récit postmoderne d’un « éveil environnemental » pour ce qu’il est : une fable. Lire la suite…