Archive

Posts Tagged ‘catastrophe’

Nadine et Thierry Ribault, Fukushima : cogérer l’agonie

16 mars 2015 Laisser un commentaire

En ce 11 mars 2015, quatre ans après l’inachevable désastre nucléaire de Fukushima, on peut, bien entendu, établir un bilan officiel : 87 enfants atteints d’un cancer de la thyroïde, 23 autres suspectés de l’être, 120 000 « réfugiés », 50 000 liquidateurs mobilisés au seuil sacrificiel dûment relevé, des piscines remplies de combustibles prêtes à nous exploser au nez, des rejets massifs et réguliers d’eau contaminée dans l’océan, pas moins de 30 millions de m3 de déchets radioactifs à stocker pour l’éternité.

Ce bilan existe. Nous vous y renvoyons.

L’État fait des habitants de Fukushima des cogestionnaires du désastre

Une fois ce « bilan » dressé, une fois les victimes et les inquiétudes considérées avec respect, il s’agit de tirer les conclusions qui s’imposent. L’une d’entre elles est la suivante : au fur et à mesure que se mettait en place l’aide fournie par des groupes citoyens, des ONG, des structures plus ou moins indépendantes, l’État faisait des habitants de Fukushima, indéniablement et sous couvert de « participation citoyenne », des cogestionnaires du désastre. On pourra nous opposer que cet élan civique a relevé de la spontanéité, voire de l’amour du prochain, que l’État n’a donné aucun ordre allant dans ce sens, que chacun était, et reste, libre de « s’engager » dans de tels mouvements, certes ! Cependant, beaucoup des hommes et des femmes qui l’ont fait, même si c’est inconsciemment, ont fait le jeu de l’État. Lire la suite…

Au-dessus du volcan, 2014

24 décembre 2014 Laisser un commentaire

Sous le titre Un État qui règne au dessus du volcan le quotidien Le Monde a publié dans ses pages Débats du 5 décembre un texte de Jacques Philipponneau et René Riesel. Le texte, qui datait du 5 novembre, s’est trouvé sensiblement modifié dans la version publiée par ce quotidien. En voici la version originale.

Le constat est désormais banal : la société-monde s’abîme dans ses crises. Jamais dans l’histoire une société n’avait imaginé prévoir si précisément l’agenda de son effondrement. Que ce soit l’ampleur du réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, l’empoisonnement généralisé de la planète ou la certitude de futurs Fukushima, chaque mois amène son lot de détails sur les contours et le timing de l’inéluctable. On y avait accoutumé les populations. Les États et leurs supplétifs verts se faisaient rassurants. Ils en faisaient leur affaire : il y aurait encore de beaux jours, moyennant une désagréable mais inévitable période d’adaptation. Des « décroissants » s’en remettaient à l’Etat pour imposer les restrictions et la rééducation utiles au retour de la joie de vivre.

Tout ceci a volé en éclats en moins d’une décennie. Lire la suite…

Un Estado que rige encima de un volcán, 2014

24 décembre 2014 Laisser un commentaire

Frente a la dominación social y al caos geopolítico mundial, se levanta una juventud que se niega a seguir el juego del “complejo económico-industrial”. De este modo se inventan solidaridades concretas y otros modos de vida.

Constatarlo ahora es trivial: La sociedad-mundo se precipita en sus crisis. Nunca antes en la historia una sociedad había previsto con tanta precisión la agenda de su hundimiento. De la amplitud del calentamiento climático al agotamiento de los recursos naturales, el envenenamiento generalizado del planeta nos aporta mensualmente el correspondiente paquete de detalles sobre las líneas generales de lo ineluctable. La población ya se había acostumbrado a ello. El Estado y sus supletorios verdes trataban de tranquilizarla, pues esa era su tarea: vendrían días mejores tras un desagradable pero inevitable periodo de adaptación. Los “decrecentistas” apelaban al Estado para imponer las restricciones necesarias y la reeducación pertinente de cara al retorno de tiempos más felices.

Todo esto se ha ido al garete en menos de una década. Lire la suite…

Philippe Godard, Fukushima, le nucléocrate et le catastrophiste, 2011

25 janvier 2014 Laisser un commentaire

La « gestion » de la crise nucléaire de Fukushima montre comment l’idéologie catastrophiste sert du mieux qu’il est possible les nucléocrates et tous les technolâtres qui contaminent le monde contemporain. Les écologistes catastrophistes, qui à longueur de textes et de conférences nous prédisent un monde invivable d’ici quelques décennies, au mieux un ou deux siècles, sont pris ici à leur propre piège. Il serait temps pour eux de reconnaître leur erreur et d’abandonner cette tactique politique qui confine à la démagogie, y compris chez les décroissants.

Les informations, les déclarations, les décisions prises au Japon et partout dans le monde dès les premières heures de l’emballement du réacteur n°1 de Fukushima et encore plus dans les jours qui ont suivi permettent de démonter comment fonctionne l’« administration d’un désastre ». En toute lumière, se met en place le mécanisme par lequel les nucléocrates peuvent être certains de récupérer en toute occasion et à tout moment le catastrophisme d’écologistes peu conscients des réalités politiques. Lire la suite…

Roger Belbéoch, Du risque majeur à la société autoritaire, 1992

1 octobre 2013 Laisser un commentaire

La catastrophe de Tchernobyl a ébranlé les consciences. Mais elle n’a pas suffi à provoquer le vaste débat qu’exige l’émergence de la « société nucléaire ». Parce que les dangers sont énormes, que l’avenir est hypothéqué comme il ne l’a jamais été par aucune civilisation industrielle, un nouveau risque se dessine : celui de la mise en place d’un ordre musclé pour mieux « gérer » le nucléaire. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Les leçons de la catastrophe, 2011

Critique historique de l’optimisme postmoderne

« Il faut fonder le concept de progrès sur l’idée de catastrophe. Que les choses continuent comme avant, voilà la catastrophe ».

Walter Benjamin, Charles Baudelaire, Paris, Payot, 1982, p. 342.

 

Les catastrophes qui s’enchaînent engendrent curieusement de grandes espérances. Peu après le désastre de Fukushima, Le Monde publiait une série d’articles aux titres bien sombres mais qui témoignaient en fait d’un optimisme à la fois naïf et paradoxal [1]. Ulrich Beck, le sociologue allemand mondialement connu pour sa théorie de la Société du risque, expliquait : « C’est le mythe du progrès et de la sécurité qui est en train de s’effondrer » ; selon le psychosociologue Harald Walzer, c’est « l’ère de la consommation et du confort qui va s’achever ». L’annonce que font ces articles de la clôture d’une époque, l’emploi du futur proche ou de la locution « en train de » trahissent une conception téléologique de l’histoire : la catastrophe n’est pas même refermée qu’elle présage déjà d’une aube nouvelle de responsabilité, de réflexivité et de souci écologique. Car cette fois-ci, bien entendu, les choses ne peuvent continuer « comme avant ». Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, The Lessons of Disasters, 2011

A Historical Critique of Postmodern Optimism

“We must base the concept of progress on the idea of disaster.

A disaster is precisely when things carry on as before.”

Walter Benjamin, Charles Baudelaire, Paris, Payot, 1982, p. 342.

Curiously, repeated disasters inspire great hopes. Shortly after the disaster of Fukushima, Le Monde published a series of articles with quite bleak titles that actually revealed an optimism both naïve and ironic [1]. Ulrich Beck, a German sociologist known throughout the world for his risk society theory, explained: “The myth of progress and security is heading for collapse”; according to the psychosociologist Harald Walzer, “the era of consumption and comfort is ending.” The fact that these articles announce the end of an era, their focus on the near future, and the phrase “heading for,” all betray a teleological conception of history: the disaster had not even ended and it already presaged a new dawn of accountability, reflexivity and ecological consciousness. Because this time, of course, things would not “carry on as before.” Lire la suite…

François Jarrige, Semer le doute, entretenir la confusion, 2013

23 avril 2013 Laisser un commentaire

La stratégie payante des «climato-sceptiques»

Comment des scientifiques, dont le rôle est en principe de «dévoiler la vérité sur le monde matériel», en viennent-ils à travestir les travaux de leurs collègues, à propager des affirmations infondées et des accusations mensongères? De la peur du «rouge» à la peur du «vert», Naomi Oreskes et Erik M. Conway [1] montrent comment jouent ici, en l’absence même de tout complot, des convergences idéologiques profondes remontant à la Guerre froide.

«Inutile de paniquer à propos du réchauffement climatique», proclamaient seize scientifiques de renom dans le Wall Street Journal [2] en janvier 2012. Se présentant comme des «hérétiques» résistant avec courage à la nouvelle idéologie catastrophiste dominante, les signataires de ce texte voient dans les discours sur le changement climatique un dogme absurde, comparable au lyssenkisme en Union soviétique, défendu par des «extrémistes» pour justifier la hausse des impôts et accroître le pouvoir des «bureaucraties gouvernementales». Leur message est clair: il n’y a aucun argument scientifique qui puisse justifier des mesures visant à «décarboner» l’économie mondiale ou à freiner l’expansion du capitalisme industriel. Parmi les signataires de ce texte qui vise à instiller le doute sur l’urgence écologique, on trouve Claude Allègre, ainsi honoré dans le gratin du climato-scepticisme mondial, aux côtés de William Happer et Rodney Nichols, deux membres influents de l’institut George C. Marshall.

L’institut Marshall, sans doute peu connu des lecteurs français, est un think tank conservateur nord-américain créé en 1984 pour défendre le projet d’«initiative de défense stratégique» de Ronald Reagan. Son but était d«élever le niveau de compréhension scientifique du peuple américain dans les domaines de la science ayant un impact sur la sécurité nationale et d’autres domaines d’intérêt public» – en fait de défendre la politique conservatrice en lui offrant la crédibilité scientifique nécessaire. Depuis la fin de la Guerre froide, il s’est spécialisé dans le lobbying contre toute forme de réglementation environnementale, multipliant les publications et les interventions médiatiques pour discréditer les mises en garde écologiques ou scientifiques contre les risques sanitaires et environnementaux. Cet institut, et quelques autres qui ont fleuri aux États-Unis depuis 50 ans, constitue l’un des fils rouges du remarquable livre que Naomi Oreskes et Erik M. Conway ont consacré aux «marchands de doute», c’est-à-dire aux lobbies et lobbyistes de la grande industrie (du tabac, du pétrole, etc.) qui entretiennent à coup de milliards de dollars la confusion dans les débats afin d’empêcher l’adoption de toute réglementation sanitaire ou environnementale qui pourrait nuire à leurs intérêts. Lire la suite…

Trahis par la science

7 janvier 2013 Laisser un commentaire

Le supplément Science et Techno du journal Le Monde exprime bien souvent toute l’inconscience du milieu de la recherche scientifique quand à son rôle dans la société capitaliste et industrielle. Signalons donc ici l’éclair de lucidité de Marco Zito, chercheur du CEA, pour son commentaire à propos de la condamnation de scientifiques italiens à de la prison ferme suite au procès intenté contre eux par les victimes du tremblement de terre de l’Aquila du 5 avril 2009.

Trahis par la science

Six scientifiques italiens condamnés à la prison ferme pour ne pas avoir prévu un tremblement de terre ? La nouvelle a de quoi susciter les inquiétudes des chercheurs bien au-delà des frontières transalpines.

Une pétition signée par 5 000 chercheurs a déjà été adressée au président italien et des sociétés savantes américaines ont pris la défense des accusés. De même pour le ministre italien de la recherche. On évoque les spectres de Giordano Bruno et de Galilée… Lire la suite…

Les casaniers de l’apocalypse

21 décembre 2012 Laisser un commentaire

Apprendre à faire pousser des haricots, des choux-fleurs ou des rutabagas ; faire son pain (ou ses beignets d’orties), élever des poules ou mitonner des confitures, conserver des paquets de semences, se soigner à l’aloe vera, tricoter un chandail, faire fonctionner un moteur diesel à l’huile de cuisine, récupérer l’eau de pluie et de puits, rendre son chalet autonome en énergie, etc. Tout cela peut paraître innocent, voire réjouissant. Pour les preppers – ou adeptes du prepping, « préparation » -, cependant, ce n’est pas d’un simple passe-temps qu’il s’agit, mais d’un entraînement au futur probable. Lire la suite…