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Posts Tagged ‘capitalisme’

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une lecture politique des systèmes énergétiques, 2014

5 avril 2018 Laisser un commentaire

Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l’ère du pétrole, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Paris, La Découverte, 2013, 280 p.

Les systèmes énergétiques auraient-ils des propriétés politiques ? Le livre de Tim Mitchell, récemment traduit en français, propose une relecture de l’histoire du XXe siècle par le prisme du pétrole.

En dépit de son titre, Carbon Democracy raconte l’histoire de la lutte contre la démocratie au XXe siècle. La thèse principale, désormais célèbre 1, est que les propriétés physiques différentes du charbon et du pétrole ont façonné des « formes de vies » collectives très contrastées : à la fin du XIXe siècle, dans les pays industrialisés, le charbon a permis aux ouvriers d’obtenir des avancées sociales et démocratiques majeures ; à l’inverse, au Moyen-Orient, au XXe siècle, la fluidité du pétrole a privé les ouvriers d’un point d’appui technologique essentiel pour asseoir leurs revendications. Tim Mitchell invite à lire la démocratie non comme une idée, un mouvement social ou l’histoire de luttes politiques, mais comme un ensemble de vulnérabilités technologiques des oligarchies face au sabotage. Lire la suite…

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Olivier Rey, Le transhumanisme comme régression, 2014

27 mars 2018 Laisser un commentaire

Au début du XVIIe siècle, Cervantès a mis en scène dans le premier roman moderne, Don Quichotte, un personnage si imbu de romans de chevalerie que c’est à travers eux qu’il appréhendait la réalité, ce qui lui valut bien des déboires. Au XIXe siècle, Flaubert a raconté une histoire similaire : à la place de Don Quichotte parcourant l’Espagne, madame Bovary dans la campagne normande, à la place des romans de chevalerie qui ont détraqué l’esprit du Quichotte, les romans d’amour de style troubadour qui ont égaré Emma. Là encore, la confrontation à la réalité est douloureuse. Peut-être qu’au XXIe siècle, il faudra écrire l’histoire d’un être gavé de propagande transhumaniste, et déconfit de ne pas trouver dans les implants, prothèses, augmentations et autres interfaces corps-machine l’accomplissement et l’enchantement qu’on lui prédisait et qu’il se promettait. Lire la suite…

Miquel Amorós, Une critique libertaire de la gauche du capitalisme, 2016

18 janvier 2018 Laisser un commentaire

Le capital a prolétarisé le monde et dans le même mouvement a visiblement supprimé les classes. Si les antagonismes ont été intégrés, s’il n’y a plus de lutte des classes, il n’y a plus de classes. Et il n’y a pas de syndicats dans le véritable sens du terme. En effet, si le scandale de la séparation sociale entre riches et pauvres, dirigeants et dirigés, exploiteurs et exploités n’est plus la source principale du conflit et que les rares luttes qui en découlent restent à l’intérieur du système sans jamais le remettre en question, alors il n’y a plus de classe en lutte, mais une société de masse à la dérive.

Les syndicats, la carcasse d’une classe dissoute, poursuivent un autre objectif : maintenir la fiction d’un marché du travail régulé. Aujourd’hui, l’ouvrier est la base du capital, et non sa négation. Le capital s’empare de toute activité, et son principe structure la société entière : il réalise le travail et transforme le monde en un monde de travailleurs. De travailleurs consuméristes. Fin d’une classe ouvrière en marge, extérieure et opposée au capital, avec ses valeurs propres, et en même temps généralisation du salariat et des valeurs marchandes. Lire la suite…

Xavier Noulhianne, Le Ménage des champs, 2016

2 décembre 2017 Laisser un commentaire

Après l’interview de Yannick Ogor qui présentait son ouvrage Le Paysan impossible, voici – dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle – une interview en deux parties de Xavier Noulhianne qui présente son livre Le Ménage des champs. Tous deux publiés par les éditions du Bout de la Ville.

Ci-dessous la présentation de l’ouvrage par l’éditeur:

Il est devenu banal de voir des ouvrages fustigeant « les dérives du productivisme » pour vendre les bienfaits d’une agriculture fonctionnant selon les principes de la science écologique. Ces livres, tous écrits par des spécialistes aux mains blanches, partagent la même condescendance, quand ce n’est pas du mépris, pour les agriculteurs. Ces derniers y sont décrits comme de stupides producteurs incapables de saisir la réalité des nuisances dont ils seraient la cause ; seule une petite minorité d’entre eux agirait pour le futur, héros purs, hors du temps et hors du monde. Dans ce livre, Xavier Noulhianne change le regard que nous portons habituellement sur le monde agricole. Lire la suite…

Yannick Ogor, Le Paysan impossible, 2017

30 novembre 2017 Laisser un commentaire

« J’ai choisi une vie d’éleveur de brebis et de maraîcher. Avant tout, je voulais fuir le néant du salariat. Devant l’horizon saturé de la société industrielle, j’aurais pu me satisfaire d’une discrète fréquentation du vivant : un petit jardin, une petite basse-cour, deux ou trois brebis, quelques fruitiers… […] Mais j’ai eu ce pressentiment tenace : qu’à ces petites fréquentations de la nature quelque chose manque, ou plutôt, que d’une fréquentation, on peut toujours s’absenter ; et que cela, confusément, je n’en voulais pas. Au contraire, je cherchais à être pris. »

Yannick Ogor, ancien animateur de la Confédération paysanne, éleveur et maraîcher en Bretagne, retrace la contestation agricole en France depuis soixante ans, ses tentatives et ses impasses. Mêlant récit autobiographique et histoire, il revient aux racines de la question agricole, éclaire les lieux de pouvoir et les faux-semblants qui structurent l’alimentation des masses. Pour qu’on puisse enfin se départir de l’immuable et mensongère figure du « paysan » qui ne sert qu’à justifier l’asservissement de l’agriculteur à la logique capitaliste et industrielle. Lire la suite…

Céline Lafontaine, Le corps cybernétique de la bioéconomie, 2014

23 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

La molécularisation du corps à travers la déconstruction de ses composantes biologiques constitue le socle épistémologique sur lequel s’est instituée la bioéconomie. Cette dernière repose sur un modèle cybernétique du vivant et de l’économie. De manière tangible, le corps ne disparaît évidemment pas, mais la vision moléculaire participe de sa dématérialisation et de sa décomposition technoscientifique camouflant ainsi les nouvelles logiques d’appropriation économique dont il est l’objet. Lire la suite…

Henri Lefebvre, Les idéologies de la croissance, 1972

13 novembre 2017 Laisser un commentaire

Le problème traité ici n’est autre que celui de la croissance économique et des idéologies qui y sont attachées. Le thème, ce n’est donc pas la croissance, mais le rapport entre croissance et idéologies. J’adopte le terme « croissance » au lieu du terme marxiste, seul scientifique, d’« accumulation élargie », précisément pour montrer que le terme « croissance » implique une idéologie. Ce n’est donc pas pour l’adopter sans critique, purement et simplement.

Il y a peu de temps les pays capitalistes avancés, ou plutôt leurs dirigeants, présentaient un tableau idyllique de la situation économique, malgré quelques ombres qui d’ailleurs s’effaceraient vite, disaient-ils. La croissance pouvait et devait être indéfinie. On la concevait telle, au moins virtuellement. Sauf erreur grave de la part des politiques, pensaient les économistes, le processus de la croissance pouvait tendre vers une courbe exponentielle. Vous savez ce que cela veut dire. La croissance économique se confondait avec une croissance mathématique. Cette croissance était toujours considérée comme quantifiable, comme chiffrable (en tonnes d’acier ou de ciment en barils de pétrole, en unités d’autos ou de navires, etc.). L’aspect quantitatif de la croissance passait pour « positif », au sens le plus fort du terme. La croissance, de ce fait, était considérée comme souhaitable. On la concevait comme moyen et fin, en passant sous silence certains aspects pourtant peu négligeables, comme le profit des capitalistes. La croissance s’exprimait en taux bien définis, parmi lesquels le P.N.B. (produit national brut) jouait un rôle privilégié, littéralement fétichisé. La croissance indéfinie passait pour possible, d’après la science que l’on déclarait alors la plus moderne : l’économie. Les économistes élaboraient des modèles, le meilleur étant celui qui proposait et certifiait la croissance indéfinie. Il ne devait plus y avoir de crises, tout au plus des ralentissements, des récessions. La théorie marxiste des crises était renvoyée aux poubelles de l’histoire. Lire la suite…

Hors-normes, L’État élimine les agriculteurs, 2017

21 octobre 2017 1 commentaire

Refusons les normes ! Évitons les balles !

Jérôme Laronze a été tué par les gendarmes le 20 mai 2017 [récit écrit et audio]. Au-delà du dégoût provoqué par ce meurtre, nous sommes nombreux à nous reconnaître dans son combat contre l’hyper-administration de nos vies en général et de l’agriculture en particulier. Continuons ensemble la lutte contre la gestion par les normes. C’est le sens de ce texte du Collectif d’agriculteurs contre les normes.

Ils ont tué Laronze

Jérôme Laronze, éleveur en Saône-et-Loire, a été tué le 20 mai 2017 par des gendarmes. Son nom vient s’ajouter à la longue liste des victimes des forces de l’ordre. Sa mort nous rappelle que les violences institutionnelles n’épargnent personne, pas même les agriculteurs.

Jérôme était harcelé depuis des années par l’administration agricole: contrôles à répétition, pénalités, menace de saisie du troupeau… Cette répression visait à le «mettre aux normes», lui qui refusait de répondre aux injonctions de traçabilité (bouclage des animaux, bordereau de circulation, prophylaxie, etc.). La pression croissante a franchi un seuil en 2016, lorsque les services vétérinaires ont fait appel aux gendarmes, pour effectuer leurs contrôles coûte que coûte. Lire la suite…

Jason W. Moore, Nous vivons l’effondrement du capitalisme, 2015

11 août 2017 Laisser un commentaire

Alors qu’on n’a jamais autant parlé des impacts de l’homme sur le climat et la biosphère, un historien propose une thèse à contre-courant : la nature a été non pas exploitée mais produite par le capitalisme, qui s’en est servi pour créer de la richesse. Pour Jason W. Moore, il est plus moderne et beaucoup plus fécond de penser une « écologie-monde ».

Au fur et à mesure que se propage et se discute le concept d’anthropocène, sa contestation se diversifie et s’intensifie. L’historien Jason W. Moore en a formulé l’une des plus fortes critiques, en lui opposant la notion de « capitalocène ». Il s’en explique ici dans l’un de ses premiers entretiens en français. Son livre Capitalism in the Web of Life: Ecology and the Accumulation of Capital [Le capitalisme dans le réseau de la vie : l’écologie et l’accumulation du capital], qui cherche à dépasser le dualisme entre nature et société et à aller au-delà de « l’écosocialisme », vient de paraître en anglais, aux éditions Verso. Lire la suite…

Radio: Anthropocène ou capitalocène?

25 juillet 2017 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter deux conférences qui traitent de l’anthropocène, période géologique durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau que l’activité humaine est devenue une «force géologique» majeure capable de marquer la lithosphère. Ce terme a été proposé par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté selon lui à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle. Lire la suite…