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Posts Tagged ‘capitalisme’

Matthieu Amiech, Notre libre-arbitre est aspiré par Internet, 2019

8 février 2020 Laisser un commentaire

L’essayiste et éditeur Matthieu Amiech, membre du Groupe MARCUSE (Mouvement autonome de réflexion critique à l’usage des survivants de l’économie), revient sur les dangers de l’informatisation de notre société, problème politique majeur, selon lui.

Le Groupe MARCUSE – en référence à Herbert Marcuse – vient de rééditer La Liberté dans le coma (éd. La Lenteur), six ans après la première version. Cette nouvelle édition comporte une préface conséquente et des tribunes. Dans cet ouvrage, le collectif critique les conséquences de l’informatisation croissante de nos vies. Il s’agit pour eux d’un problème politique majeur.

« La vie privée n’est pas mise en danger par les “dérives” d’internet, elle est déjà en lambeaux, mise à sac par les assauts répétés de la société moderne au nom de la prospérité économique et de l’impératif d’élévation du niveau de vie. La surveillance, mercantile ou policière, résulte du choix collectif d’un mode de vie irresponsable. Elle est inévitable tant que les individus accepteront que des organisations géantes administrent leur existence. »

Membre du collectif et co-fondateur des éditions La Lenteur, Matthieu Amiech revient avec nous sur les enjeux du numérique. Lire la suite…

Miguel Amorós, Minuit dans le siècle, 2012

1 février 2020 Laisser un commentaire

Notes contre le Progrès

« Il faut que la mémoire parvienne à renouer le fil du temps, pour rejoindre le point de vue central d’où peut se découvrir le chemin. Au-delà commence la reconquête d’une puissance d’un jugement critique qui réponde, sur tous les faits constatables, à l’avilissement de la vie, et qui précipite la scission dans la société, préliminaire à une révolution, sur la question historique par excellence qu’est la question du Progrès. »

“Histoire de dix ans”, Encyclopédie des Nuisances n°2, février 1985.

Popularisée par les Lumières, à l’origine l’idée de Progrès était presque subversive. L’Église avait imposé les dogmes de la création et du fixisme qui établissait l’immuabilité des êtres vivants, créés par Dieu tels que nous les voyons, ce qui explique pourquoi il y a très peu de lignes dans l’Encyclopédie à l’article “progrès”, qui est simplement défini comme un « mouvement vers l’avant ». D’autre part, Diderot et les autres encyclopédistes ne considéraient pas la société civilisée comme supérieure aux sociétés « primitives », bien au contraire, c’est pourquoi leur position à l’égard du Progrès était pour le moins sceptique ou réservée. Pour diverses raisons, l’idée s’est imposée en Europe au cours de la révolution industrielle. Comme l’a dit Mumford : « le progrès est l’équivalent dans l’histoire du mouvement mécanique à travers l’espace ». Il est l’interprétation du changement comme quelque chose qui va seulement dans un sens, et excluant explicitement tout retour en arrière, qu’il s’agisse de déclin ou de régression [par analogie avec l’irréversibilité des phénomènes physico-chimiques ; NdT]. La pensée des Lumières a fait de la production par les machines l’emblème d’un monde exempt de préjugés religieux et gouverné par la Raison, où le bonheur serait à la portée de tout le monde. Lire la suite…

Miguel Amorós, Media noche en el siglo, 2012

1 février 2020 Laisser un commentaire

Apuntes contra el progreso

“…hace falta que la memoria consiga retomar el hilo del tiempo para recobrar el punto de vista central desde donde descubrir el camino. A partir de ahí comienza la reconquista de la capacidad de un juicio crítico que basándose en hechos constatables dé respuesta al envilecimiento de la vida, y que precipite la escisión de la sociedad, momento preliminar de una revolución, planteando la cuestión histórica por excelencia, a saber, la cuestión del progreso.”

Historia de diez años, Encyclopédie des nuisances, nº 2.

Dada a conocer por la Ilustración, en sus orígenes la idea de Progreso era casi subversiva. La Iglesia imponía los dogmas de la creación y el fijismo que sentaban la inmutabilidad de los seres vivos, creados por la divinidad tal como eran, por lo que en la Enciclopedia hubo pocas líneas bajo la rúbrica “Progreso”, definido simplemente como “movimiento hacia delante.” Por otra parte, Diderot y otros enciclopedistas no consideraban la sociedad civilizada como superior a la salvaje sino bien lo contrario, por lo que su posición relativa al progreso sería cuando menos escéptica o precavida. Sea por una cosa o por la otra, la idea se fue imponiendo en Europa a partir de la revolución industrial. Como dice Mumford, “el progreso era el equivalente en historia del movimiento mecánico a través del espacio.” Era la interpretación del hecho del cambio como algo unidireccional, donde la marcha atrás, o sea, la decadencia o el retroceso, quedaban explícitamente excluidos. El pensamiento ilustrado interpretaba la producción industrial como el anuncio de un mundo libre de prejuicios religiosos y gobernado por la Razón, donde todos tendrían la felicidad al alcance de la mano. Lire la suite…

Miguel Amorós, Midnight in the Century, 2012

1 février 2020 Laisser un commentaire

notes against progress

An examination of the history and significance of the concept of “progress”, its origins as an expression of the Enlightenment’s battle against religious bigotry and ignorance, its transformation into a “new [scientific] superstition” characterized by indifference to nature and the worship of technological change, and its current status as “a threat to the survival of the human species”.

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“Memory needs to reestablish the thread of time to recover the central point of view from which the road forward may be discovered. From that point begins the reconquest of the capacity for critical judgment that will be based on verifiable facts, that will be able to respond to the degradation of life, and that will precipitate the split in society, the preliminary moment for a revolution, proposing the historical question par excellence, that is, the question of progress.”

“History of Ten Years”, Encyclopédie des Nuisances, No. 2

Made famous by the Enlightenment, in its origins the idea of Progress was almost subversive. The Church imposed the dogmas of creation and permanence that established the immutability of living beings, created by the divinity just as they were, which is why there are very few lines in the Encyclopedia under the caption of “Progress”, which is simply defined as “forward movement”. On the other hand, Diderot and the other Encyclopedists did not consider civilized society to be superior to the society of the savages—quite the contrary—which is why their position with regard to progress was sceptical or reserved, to say the least. For one reason or another, the idea was imposed in Europe during the Industrial Revolution. As Mumford said, “progress was the equivalent in history of mechanical motion through space”. It was the interpretation of the fact of change as something that only went in one direction, in which going backwards, or decline or regression, were explicitly excluded. Enlightenment thought interpreted industrial production as the herald of a world free of religious prejudices and ruled by Reason, where happiness would be within the reach of everyone. Lire la suite…

L’économie matérielle de la France (1830-2015)

25 janvier 2020 Laisser un commentaire

L’histoire d’un parasite ?

 

Résumé

Cet article explore les dynamiques de long terme de l’usage de matière en France sur une période de 185 ans. Il se base sur des comptes de flux de matières qui sont parfaitement cohérents avec les standards de l’Analyse des Flux de Matières à l’échelle économique nationale. Ce travail – qui couvre l’extraction domestique, les importations et les exportations – est la première étude sur le temps long des flux de matières pour la France, avec des données annuelles et nationales pour la plus grande partie de la période. Notre base de données nous permet d’étudier l’évolution du métabolisme français au cours de l’industrialisation du pays, synonyme de dépendance croissante aux matières abiotiques. Nous mettons en évidence une trajectoire métabolique singulière : celle d’un État qui profite de système-monde successifs pour se développer économiquement via des importations massives de matières. Dans un premier temps, nous revenons sur les sources et la qualité des données récoltées. Nous présentons ensuite les grandes caractéristiques de long terme de l’économie matérielle française. Enfin, nous proposons une lecture socio-historique inspirée par la notion d’écologie-monde au sens de Moore (2015).

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Nelo Magalhães, Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Gaëtan Levillain, Margot Lyautey, Thomas Le Roux, Guillaume Noblet, Christophe Bonneuil,

Ecological economics, juillet 2018.

The physical economy of France (1830-2015)

25 janvier 2020 Laisser un commentaire

The history of a parasite ?

Abstract

This article explores long-term trends and patterns of material use in France for a 185-year period. It is the first long-term study of material flows for France with national and yearly data for most of the period. Based on a material flow analysis (MFA) that is fully consistent with current standards of economy-wide MFAs and covers domestic extraction, imports, and exports of materials, we investigated the evolution of the French metabolism from industrialization to financialized capitalism. Over the whole period, there is a 9-fold increase in domestic material consumption, an expansion of material use per capita, and a spectacular addition of abiotic resources (fossil fuels and minerals) to biotic materials. Using a world-ecology framework, we exhibit a specific metabolic path: that of a state benefiting from successive world-systems for its economic development through massive material imports.

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Nelo Magalhães, Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Gaëtan Levillain, Margot Lyautey, Thomas Le Roux, Guillaume Noblet, Christophe Bonneuil.

Ecological economics, november 2018.

Jacques Philipponneau, Quelques éclaircissements sur le mouvement des Gilets jaunes, 2019

2 novembre 2019 Laisser un commentaire

Les éclaircissements contenus dans cette lettre de Jacques Philipponneau, destinée, à l’origine, à quelques-uns de ses amis étrangers, nous ont paru mériter une plus large diffusion. La lettre était accompagnée de tracts et communiqués d’origines très diverses, parus tout au long du mouvement, que nous reproduisons dans le document téléchargeable en fin d’article.

 

Le mouvement des Gilets Jaunes, totalement imprévisible dans son prétexte, ses formes, sa durée et l’ébranlement qu’il a provoqué, est d’ores et déjà reconnu comme la plus grave crise sociale survenue en France depuis 1968 [1].

Je ne m’étendrai pas sur tout ce qui est communément admis sur ce mouvement et sa sociologie ou les spécificités typiquement françaises et aussi personnelles de l’exécutif actuellement au pouvoir (provocateur, bureaucratique, méprisant et particulièrement répressif), facteur contingent qui a largement contribué à exacerber le conflit [2]. Les quelques documents cités, assez éclectiques, en donnent globalement, malgré leurs limites ou leurs parti-pris, une vision assez claire. Il paraît plus important d’essayer de dégager, au-delà des clichés laudatifs ou critiques, ce qu’il signifie pour l’avenir des conflits et des enjeux de notre temps. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, De l’agronomie mercenaire à l’agronomie libératrice, 2011

30 octobre 2019 Laisser un commentaire

Résumé

Depuis la révolution industrielle, le sélectionneur s’efforce de remplacer les variétés paysannes par des copies d’une plante sélectionnée, que le terme « clone » désigne de façon adéquate. Les lignées des XIXe et XXe siècles sont des clones homozygotes ; les hybrides du XXe siècle sont des clones hétérozygotes ; les OGM sont des clones pesticides brevetés. Cette dévotion à la sélection-clonage applique au vivant les principes industriels de l’uniformité et de la standardisation. Du certificat d’obtention au brevet en passant par les hybrides que l’agriculteur ne peut re-semer, cette dévotion témoigne de l’objectif du sélectionneur, à savoir séparer la production de la reproduction. Comme il y a toujours un gain à remplacer une variété de « n’importe quoi » par des copies du « meilleur n’importe quoi » extrait de la variété, aucune justification n’est nécessaire. Ainsi, les débats interminables sur l’hétérosis qui, selon les généticiens, justifie le recours aux hybrides, sont une mystification destinée à naturaliser ce but mortifère.

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Jean-Pierre Berlan, From a Mercenary to an Emancipated Agronomy, 2011

30 octobre 2019 Laisser un commentaire

Abstract

Since the Industrial Revolution, plant breeders have strived to replace farm varieties with “copies” of selected plants that can be fittingly called “clones.” “Pure lines” of wheat, barley, and other autogamous species are homozygous clones, twentieth-century maize “hybrids” (and other allogamous species) are heterozygous clones, while GMOs are patented pesticide clones. This devotion to cloning is founded: a) on logic since there is always a gain to be made from replacing any particular variety with all its diversity with copies of the “best” selected plant extracted from the variety; b) on the industrial principles of uniformity, standardization, and normalization; and c) on the drive for property rights. Pure lines, being homogenous and stable, are legally protected by a “breeder’s certificate.” “Hybrids” carry a built in biological breeder’s protection device since farmers have to buy back their seeds every year and GMOs are legally protected by patents. Since cloning rests on an irrefutable logical principle, it requires no justification. The endless debates about heterosis which, according to geneticists, makes it necessary to “hybridize” maize are, then, a smokescreen to conceal the first success of the historical drive to make reproduction a privilege.

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Bertrand Louart, La collapsologie : start-up de l’happy collapse, 2019

2 octobre 2019 6 commentaires

L’avenir était quand même mieux
avant la fin du monde

Publié en 1972, le rapport du Club de Rome, groupe informel et international composé d’éminents hommes d’affaires, de dirigeants et de scientifiques, intitulé Les Limites à la croissance [1] anticipait à l’aide de simulations informatiques les problèmes que posait une croissance économique et démographique sur une planète aux ressources limitées. Il préconisait de « stabiliser » la croissance afin de préserver le système économique mondial d’un effondrement. Il fut par la suite à l’origine du concept de « développement durable » (sustainable development) qui cherche à concilier les aspects économiques, sociaux et environnementaux de l’expansion marchande. Autant essayer de préserver la chèvre et le chou ou le loup et l’agneau des fables de La Fontaine ! Denis Meadows, 40 ans plus tard, a bien été obligé d’admettre que tout a continué. Seuls les discours ont changé, faisant passer pour « écologiques » les nouveaux secteurs industriels qui ont émergé suite à la prise en compte des diverses nuisances générés lors des « Trente Glorieuses » [2].

La Collapsologie, « science de l’effondrement » (collapse en anglais) prétend maintenant élever la prophétie de l’effondrement de la société industrielle à la dignité d’une discipline académique. En France, Pablo Servigne et ses collègues [3] (ci-après désignés par Servigne & Co) sont en quelque sorte devenus les prophètes de cette prospective qui se veut scientifique.

« La collapsologie est l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus. » (2015, p. 253)

Depuis ce livre, Servigne multiplie conférences, articles, interviews, plateaux télé et radio et autres interventions sur Internet pour porter partout la bonne parole de l’effondrementalisme [4]. Lire la suite…