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Archive for the ‘Réédition d’ouvrages’ Category

Julian Jaynes, La naissance de la conscience dans l’effondrement de l’esprit bicaméral, 1976

Le problème de la conscience

 

Ô, quel monde de visions cachées et de silences entendus que cette contrée immatérielle de l’esprit ! Quelles essences ineffables que ces souvenirs irréels et ces rêveries invisibles ! Et l’intimité de tout cela ! Théâtre secret de monologues silencieux et de conseils anticipés, invisible demeure de tous les états d’âme, de toutes les songeries et de tous les mystères, séjour infini des déceptions et des découvertes. Un royaume entier sur lequel chacun de nous règne seul et replié sur soi, interrogeant ce que nous voulons, ordonnant ce que nous pouvons. Un ermitage caché dans lequel nous pouvons nous livrer à loisir à l’étude du livre agité de ce que nous avons fait et de ce qui nous reste à faire. Un monde intérieur qui est plus moi-même que tout ce que je peux trouver dans un miroir. Cette conscience qui est l’essence de tous mes moi, qui est tout, sans être cependant quoi que ce soit, qu’est-elle donc ?

Et d’où est-elle issue ?

Et pourquoi ?

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Ivan Illich, L’énergie, un objet social, 1983

5 août 2018 Laisser un commentaire

Il y a peu en commun entre le symbole « E » qu’utilise le physicien et l’« énergie », quand ce mot est utilisé par un économiste, un politicien ou un passionné de moulins à vent. « E » est un algorithme, « énergie », un mot chargé de sens. « E » n’a de sens que dans une formule, le mot « énergie » est lourd d’implications cachées : il renvoie à un subtil « quelque chose » qui a la capacité de mettre la nature au travail. C’est quand il parle à ses clients que l’ingénieur dont la routine consiste à s’occuper de mégawatts prononce le mot « énergie ». Aujourd’hui, l’énergie a détrôné le travail en tant que symbole de ce dont les individus et les sociétés ont besoin. C’est un symbole qui va comme un gant à notre époque : celui de tout ce qui est à la fois abondant et rare. Lire la suite…

Frédéric J. J. Buytendijk, L’homme et l’animal, 1958

17 juin 2018 Laisser un commentaire

essai de
psychologie comparée

L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a toujours suscité tâtonnement et provoqué de nombreuses tentatives d’interprétation.

Le professeur Buytendijk (1887-1974), un des maîtres de la psychologie comparée, expose les recherches faites dans ce domaine et donne une synthèse des explications psychologiques et philosophiques.

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Résumé encyclopédique

La psychologie comparée

L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a depuis toujours suscité l’étonnement et provoqué les tentatives d’interprétation et d’explication. Essayer de comprendre cette analogie n’est possible qu’à partir d’une conception déterminée de la nature humaine, de l’origine du monde et de l’essence de sa vie. Dès lors les résultats diffèrent suivant le point de départ choisi. Lire la suite…

André Pichot, La Philosophie zoologique de Lamarck, 1994

12 avril 2018 Laisser un commentaire

Portrait de LamarckLa Philosophie zoologique passe souvent pour un livre confus. Ce jugement est injuste. Il est vrai que le style de Lamarck est parfois assez relâché ; il est également vrai que l’ouvrage comprend quelques répétitions fastidieuses, et que son plan n’est pas parfait. Mais ces défauts cèdent assez facilement dès qu’on y met un peu de bonne volonté. Les principales difficultés tiennent surtout à ce que Lamarck se réfère à la biologie et à la chimie du XVIIIe siècle, et que celles-ci sont un peu oubliées de nos jours. En effet, bien que ses principaux ouvrages datent du début du XIXe, Lamarck est un homme du XVIIIe siècle (il a 65 ans quand paraît la Philosophie zoologique), et plus spécialement du XVIIIe siècle matérialiste et sensualiste (avec, en arrière-plan, un vague déisme). Pour bien saisir sa démarche et ne pas se méprendre sur ce qu’il écrit, il convient de le replacer dans ce cadre historique.

Un autre point important pour comprendre la Philosophie zoologique est de ne pas la limiter à un exposé du transformisme (Lamarck n’emploie ni le mot de transformisme, ni celui d’évolution qui n’avait pas à l’époque le sens que nous lui donnons aujourd’hui). Le transformisme n’occupe, avec la taxonomie, que la première des trois parties de l’ouvrage. Lamarck dit même s’être surtout intéressé aux deuxième et troisième parties, qui sont consacrées, respectivement, à une biologie générale, où sont établies les caractéristiques organisationnelles qui différencient les êtres vivants et les objets inanimés, et à une sorte de psychophysiologie, où la psychologie est présentée dans le prolongement de la biologie grâce aux présupposés évolutionnistes. Le projet de Lamarck était bien plus large que la seule transformation des espèces ; il entendait, par sa Philosophie zoologique, jeter les bases d’une biologie en tant que science autonome, et d’une psychologie continuant cette biologie ; l’invention du transformisme y est subordonnée. Lire la suite…

Jan Waclav Makhaïski, Anciens et nouveaux maîtres, 1905

8 novembre 2017 Laisser un commentaire

Le centenaire de la Révolution Russe

Voici cent ans, la révolution russe mettait à bas le régime tsariste. En octobre 1917 la prise du pouvoir par les bolchéviks, avec à leur tête Lénine instaura ce qu’il appelait le « communisme », en fait un capitalisme d’État.

Ces événements eurent un retentissement mondial, ne serait-ce que parce que, après la mort de Lénine et la prise du pouvoir par Staline, le mouvement ouvrier né de la révolution industrielle du XIXe siècle et son aspiration à l’émancipation sociale furent identifiés aux partis politiques et aux régimes staliniens soutenus par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Frères ennemis, le « monde libre » et le « camp soviétique », patrie du « socialisme réel », furent bien d’accord pour réprimer dans le sang toutes les révoltes populaires, de la révolution espagnole jusqu’au printemps de Prague, et noyer sous les mensonges et les calomnies les aspirations à un monde libéré de toutes les formes de domination hiérarchique et d’exploitation capitaliste. Lire la suite…

Rodolphe Töpffer, Du progrès dans ses rapports avec le petit bourgeois, 1835

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et avec les maîtres d’école

Le progrès, la foi au progrès, le fanatisme du progrès, c’est le trait qui caractérise notre époque, qui la rend si magnifique et si pauvre, si grande et si misérable, si merveilleuse et si assommante. Progrès et choléra, choléra et progrès, deux fléaux inconnus aux anciens.

Le progrès, c’est ce vent qui, de tous les points à la fois, souffle sur la plaine, agite les grands arbres, ploie les roseaux, fatigue les herbes, fait tourbillonner les sables, siffle dans les cavernes, et désole le voyageur jusque sur la couche où il comptait trouver le repos.

Le progrès (plus qu’une figure), c’est cette fièvre inquiète, cette soif ardente, ce continuel transport qui travaille la société tout entière, qui ne lui laisse ni trêve, ni repos, ni bonheur. Quel traitement il faut à ce mal, on l’ignore. D’ailleurs les médecins ne sont pas d’accord : les uns disent que c’est l’état normal, les autres que c’est l’état morbide ; les uns que c’est contagieux, les autres que ce n’est pas contagieux. En attendant le choléra, le progrès, veux-je dire, va son train. Lire la suite…

Eugène Dupréel, La valeur du Progrès, 1928

29 juillet 2011 Laisser un commentaire

Nous reproduisons ci-dessous la conclusion de la première partie, intitulée La valeur du progrès, du livre d’Eugène Dupréel (1879-1967, sociologue et moraliste belge), Deux essais sur le Progrès, 1928. Son analyse et ses conclusions, presque un siècle après, sont en effet toujours d’actualité…

Voici terminée notre « enquête sociologique » ; nous pouvons nous appuyer sur ce qu’elle nous paraît avoir établi pour formuler quelques considérations philosophiques et morales sur ce qui peut mourir et ce qui doit vivre de la théorie classique du progrès. Lire la suite…

Pierre Thuillier, Contre le scientisme, 1980

20 avril 1980 Laisser un commentaire

Article au format PDF (84 pages)

Pierre Thuillier, Le petit savant illustré, éd. Seuil, 1980.

Ce livre est épuisé et introuvable, c’est pourquoi nous en reproduisont la postface ici.

Contre le scientisme (Extrait)

Couverture de l'ouvrage

Couverture de l’ouvrage

Pourquoi ce livre ? Quelles idées avais-je en tête en choisissant et en racontant ces épisodes de l’histoire des sciences ? Telles sont quelques-unes des questions que le lecteur pourrait avoir envie de me poser. Cette curiosité ne manquerait pas d’à-propos. Car l’orientation des études ici réunies n’est évidemment pas neutre. Et si quelques explications sur mes choix peuvent paraître superflues à certains, d’autres pourraient au contraire regretter que je ne dise rien de mes motivations et de mes présupposés. Ce qui est en question, en effet, c’est une certaine image de la science. Insister sur les conflits qui ont pu opposer « la religion » et « la science », mettre en évidence le rôle des praticiens dans la formation de l’esprit scientifique, rappeler le petit scandale du Bathybius, présenter un grand biologiste sous les traits d’un spirite et un célèbre mathématicien comme complètement soumis aux théologiens catholiques, c’est adopter une perspective particulière. Peut-être même, si l’on en croit telle ou telle appréciation, faut-il voir là une entreprise perverse… Car enfin les réussites de « la science » sont assez évidentes. Pourquoi donc parler complaisamment de certaines « erreurs » et de certains « échecs » ? Pourquoi dévoiler des aspects particulièrement prosaïques (et même ridicules) d’une entreprise culturelle où abondent les « génies » et les « grands triomphes de l’esprit humain » ? Et pourquoi conclure en évoquant Goethe, dont la philosophie n’est pas spécialement conforme aux canons de « la science » orthodoxe ?

Il me serait facile, bien sûr, de m’en tirer à bon compte. Par exemple en disant que mon objectif était justement de critiquer l’image de la science qui est dominante dans les sociétés dites « avancées ». Mais cette réponse, si elle est substantiellement exacte, ressemble encore à une échappatoire. J’imagine fort bien un interlocuteur essayant de me pousser dans mes retranchements : « Soit : vous avez voulu montrer sur pièces que la connaissance scientifique est souvent le résultat d’une cuisine intellectuelle assez trouble ‑ et en tout cas moins transparente qu’on ne le dit généralement. Mais quelle est votre idée de derrière la tête ? Pourquoi tenez-vous tellement à démythifier la science ? »

Je pourrais encore essayer de répondre que j’ai trouvé l’entreprise amusante… Car enfin, le père des « mathématiques modernes » en train de quémander la bénédiction épistémologique d’un cardinal, cela fait un bon sujet de sketch socioculturel, non ? Mais ne reculons pas davantage. Si je m’intéresse tant à l’image de la science, c’est parce que « la science » elle-même est une affaire sociale de première importance. D’une importance si grande, même, qu’il est quasi impossible d’en parler en quelques lignes. Car « la science », ce n’est pas seulement ce que certains appellent la quête méthodique et désintéressée du savoir ; c’est une force qui se manifeste de façon de plus en plus voyante dans tous les secteurs de notre vie. Dans les activités industrielles et militaires, certes. Mais en même temps (et corrélativement) dans le domaine de la politique, dans le domaine de la morale, dans le domaine de la sensibilité, dans le domaine des relations avec autrui, etc.

Bref, « la science » est plus que la science ; c’est-à-dire plus que la science dite pure. Elle est, en intime association avec la technologie, impliquée dans la plupart des innovations qui modèlent et transforment notre univers quotidien (et plus précisément ce qu’on appelle les « conditions matérielles » de notre existence). Mais son dynamisme ne s’arrête pas là. Fondée sur un certain nombre de normes et de présupposés, elle impose à son tour (plus ou moins brutalement, plus ou moins explicitement) certaines façons de penser, certaines valeurs, certaines manières de percevoir le monde, de se percevoir soi-même et de percevoir les autres. Lire la suite…