Radio: Renaud Garcia, Anti-industrialisme ou anticapitalisme ?, 2020

Renaud Garcia, professeur de philosophie dans un lycée à Marseille, fait un exposé dans le cadre des rencontres du groupe Ecran Total qui entend résister à la gestion et à l’informatisation de nos vies, en octobre 2020.

L’anticapitalisme ou la critique du capitalisme, sous les formes de la dénonciation du profit, des marchés, de la finance et des banques, aussi légitime soit-elle, peut ne jamais toucher au cœur de la dépossession universelle qui s’étend depuis plus de deux siècles, à savoir le mode de vie fondé sur le salariat et l’industrie qui permet la production en masse des marchandises.

Il est donc nécessaire d’élargir la critique sociale, en lui adjoignant une critique culturelle des grandes organisations, du machinisme et de la représentation scientifique du monde.

Le document PDF adjoint à l’émission sur le site Archive.org contient le texte de l’intervention de Renaud Garcia, un glossaire de la WertKritik et quelques argument pour une critique de la WertKritik (24 pages au format A5). Vous trouverez ces documents ci-dessous.

 

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°71,
diffusée sur Radio Zinzine en décembre 2021.

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Radio Zinzine
2021: 40 ans de Radio Zinzine

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Radio: Nicolas Decôme, Pourquoi l’Atelier Paysan ? (épisode 5), 2021

Je vous propose aujourd’hui d’écouter Nicolas Decôme nous présenter l’Atelier Paysan, cette coopérative d’autoconstruction de matériel agricole.

La coopérative vient de publier deux ouvrages collectifs, l’essai politique Reprendre la terre aux machines, manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire, éd. Seuil, coll. Anthropocène, paru en mai 2021 (288 pages, 20 €) et un premier rapport d’ Observations sur les technologies agricoles publié en auto-édition en septembre 2021.

Nicolas Decome présente l’Atelier Paysan, ses origines et son histoire. Il revient sur l’histoire du complexe agro-industriel et les conséquences de la mécanisation sur le monde paysan. L’Atelier Paysan estime qu’une refonte générale du système de production agricole est nécessaire, ainsi qu’un autre rapport à l’alimentation. L’appel à la responsabilité individuelle, ce « chacun doit faire sa part », ne mettra jamais fin au modèle alimentaire industriel et marchand. Celui-ci est une machine à produire artificiellement au moindre coût, une machine à confisquer les savoirs et savoir-faire, à enrichir les industries technologiques, à déshumaniser.

L’enquête critique menée par l’Atelier Paysan identifie les différent verrous qui protègent le système de production agricole et le  modèle alimentaire industriel. Pour sortir l’agriculture et l’alimentation du marché concurrentiel européen qui tire les prix et la qualité vers le bas, il propose d’instaurer localement une sécurité sociale de l’alimentation qui permettrait à chacun de choisir son alimentation en connaissance de cause et d’assurer aux producteurs un revenu décent.

Il est temps d’échapper à notre enfermement dans les niches d’un marché alimentaire réservé aux classes aisées et de reprendre entièrement la terre aux machines.

Mangeurs de tous les pays, unissons-nous!

Cet enregistrement est issu d’un exposé faite dans un lycée, et donc il a un caractère très pédagogique !

Merci à Adrien D. pour cet enregistrement.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°70,
diffusée sur Radio Zinzine en octobre 2021.

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40 ans de radio Zinzine

C. Bonneuil et J.B. Fressoz, Capitalocène, 2017

une histoire conjointe du système terre et des systèmes-monde

Si, selon le mot de Frederic Jameson [Jameson, 2003], il est plus facile « d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme », c’est que ce dernier est devenu coextensif à la Terre.

Les trois derniers siècles se caractérisent par une accumulation extraordinaire de capital : en dépit de guerres destructrices, ce dernier s’est accru d’un facteur 134 entre 1700 et 2008 [Piketty, 2013] [1]. Cette dynamique d’accumulation du capital a sécrété une « seconde nature » faite de routes, de plantations, de chemins de fer, de mines, de pipelines, de forages, de centrales électriques, de marchés à terme et de porte-conteneurs, de places financières et de banques structurant les flux de matière, d’énergie, de marchandises et de capitaux à l’échelle du globe. Bien plus qu’un « anthropos » indifférencié et considéré sous l’angle principalement démographique, c’est cette technostructure orientée vers le profit qui a fait basculer le système terre dans « l’Anthropocène ». Le changement de régime géologique est le fait de « l’âge du capital » [Hobsbawm, 1968] bien plus que le fait de « l’âge de l’homme » dont nous rebattent les récits dominants. Lire la suite »

Xavier Guchet, Les technosciences, 2011

essai de définition

Résumé

La notion de technoscience a été proposée à l’origine, dans les années 1970, pour prendre le contre-pied des approches dominantes en philosophie des sciences. À rebours de ces approches traitant la science comme une activité de langage et de représentation, une manipulation de symboles et de théories, il s’agissait de reconnaître l’importance des aspects non conceptuels de la science [Hottois, 1984]. Des travaux se sont multipliés à partir des années 1980, insistant précisément sur ces aspects non langagiers et non symboliques dans les sciences. Toutefois, force est de constater que la notion de technoscience a depuis lors davantage gagné en confusion qu’en précision [Hottois, 2004 ; Sebbah, 2010]. La notion de technoscience a fini par valoir d’abord pour sa charge affective et axiologique, moins pour sa capacité à susciter une élaboration théorique nouvelle de la pratique scientifique.

Cet article entend nuancer ce constat. On soutient :

1) qu’un contexte récent de développements scientifiques et techniques est aujourd’hui l’occasion de renouveler la notion de technoscience, en lui donnant peut-être davantage de précision : ce contexte, c’est celui des nanotechnologies ;

2) que cette notion renouvelée de technoscience est motivée par l’ambition de mieux décrire l’activité scientifique dans tous ses aspects (ce qui était le but initial), mais aussi de mieux comprendre la nature de l’objet technique ;

3) que les significations épistémologiques et politiques de la notion de technoscience ne sont pas mutuellement exclusives : l’enjeu d’une conception renouvelée de cette notion est justement de mieux articuler ces deux significations ;

4) que la philosophie de Gilbert Simondon se révèle particulièrement intéressante dans la perspective de repenser la technoscience. Lire la suite »

Maxime Ouellet, Castoriadis et la critique de l’économie politique, 2019

Résumé

Nous analyserons le rapport qu’entretient Castoriadis avec la critique de l’économie politique élaborée par Marx et le marxisme. La théorie critique de la société capitaliste moderne formulée par Castoriadis demeure fortement inspirée par la pensée de Marx, pensée de laquelle il n’a jamais véritablement réussi à se détacher, et ce, en dépit de sa prétention à instituer une rupture définitive avec cette dernière. Cette première trame argumentative servira d’assise pour juger de la postérité de la pensée castoriadienne dans les sciences sociales contemporaines en général, et dans le domaine de l’économie politique et de la sociologie économique en particulier. Nous montrerons que certains éléments de sa pensée nourrissent la réflexion contemporaine en sociologie économique et en économie politique critique. Tant sa critique du marxisme traditionnel que sa réflexion sur le rôle des représentations dans l’orientation de l’agir économique trouvent écho dans certains travaux contemporains en économie politique critique qu’on pourrait qualifier de « post-marxistes ». Lire la suite »

Raoul de Roussy de Sales, La technocratie, 1933

Un mouvement nouveau aux États-Unis

Un mot nouveau, la Technocratie, vient, aux États-Unis, de s’imposer dans les conversations courantes avec l’insistance d’un engouement ou d’une foi révélée. Ouvrez les journaux ; les manchettes étaleront devant vous ce vocable insolite : « Le culte de la Technocratie ». « La Technocratie déroute les économistes », « La Technocratie remplace le bridge », « La Technocratie mène au Communisme ». Certains quotidiens, et parmi les plus importants, ont ouvert une rubrique régulière sur ce sujet. Les lecteurs écrivent, les journalistes expliquent ; des conférenciers font fortune ; il y a des réunions contradictoires. On en parle dans le monde, dans les affaires, dans les milieux intellectuels. On organise des dîners « technocratiques », où les hôtesses qui se piquent d’être au courant invitent tout exprès les nouveaux prophètes chargés de répandre parmi les invités la doctrine nouvelle. Les Universités, Wall Street, Greenwich Village discutent à perte de vue. Les Églises ne se sont pas encore émues, Henry Ford ne s’est pas encore prononcé, mais cela ne saurait tarder. En attendant, le mot a fait fortune et il s’est répandu avec la rapidité d’un cri d’alarme, d’une promesse, d’une rengaine.

Mais qu’est-ce que la Technocratie ? Lire la suite »

Mathieu Quet, Le pangolin pris au piège de la marchandisation de la nature, 2020

La consommation et le trafic du pangolin sont aujourd’hui montrés du doigt parmi les causes probables de la pandémie. Au-delà des pratiques et croyances liées à sa consommation locale, c’est plus généralement la marchandisation de la nature et la globalisation des marchés qu’il faut reconsidérer.

 

Pas loin de 35 ans après les excuses que lui avait présentées Pierre Desproges pour avoir dit de lui qu’il ressemblait à un artichaut à l’envers, le pangolin s’est trouvé une nouvelle fois sous le feu des projecteurs au début du mois de février. Le 7 de ce mois, l’équipe de recherche de Shen Yongyi et Xiao Lihua (South China Agricultural University, Guangzhou) a émis l’hypothèse que l’animal avait pu jouer le rôle d’hôte intermédiaire du coronavirus entre la chauve-souris et l’humain. Quelques semaines plus tard, rien ne permet encore de confirmer cette hypothèse. Le coronavirus identifié chez le pangolin partage environ 90 % de son ADN avec le virus transmis par les humains, une similarité insuffisante pour lier les deux. À titre de comparaison, le génome du SRAS était identique à 99,8 % au coronavirus présent chez la civette masquée. Mais si le débat scientifique n’est pas tranché, il a au moins rappelé la dimension zoonotique de l’épidémie de covid-19, de même qu’il a ramené dans les discussions la question des relations entre humains et non-humains dans une société industrielle mondialisée. Ainsi que les nombreuses interventions à ce sujet en témoignent, les différentes options de régulation ne sont pas politiquement neutres, de l’interdiction pure et simple qui s’appuie plutôt sur des considérations sanitaires à l’autorisation, notamment des marchés, basée sur des considérations sociales, économiques et culturelles. De ce point de vue, il est devenu urgent de reposer la question : s’agit-il seulement de bannir la consommation et l’utilisation médicale d’animaux sauvages menacés ? Ou n’est-il pas aussi urgent de s’attaquer aux conséquences néfastes de la marchandisation de la nature et de la globalisation des marchés ? La situation actuelle du pangolin, animal menacé, soumis à des usages multiples et objet d’un commerce transnational, montre à quel point l’industrialisation de la consommation et l’expansion internationale des marchés sont de plus en plus incompatibles avec le maintien de notre existence. Lire la suite »

Thierry Ribault, Redémarrage d’un réacteur nucléaire au Japon, 2015

Les maîtres chanteurs du nucléaire redémarrent un réacteur au Japon face à une résistance effroyablement inoffensive

 

Le 11 août 2015, le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Sendaï, dans le département de Kagoshima situé au sud-ouest du Japon, a redémarré. L’administration Abe souhaite donner à ce moment un caractère décisif pour sa stratégie énergétique, considérant le nucléaire comme « vital » pour l’avenir de la nation, au même titre qu’entre 1931 et 1945, l’occupation de la Mandchourie était également considérée comme « vitale » pour un Empire dont on connaît le bel avenir auquel il a été promis. Lire la suite »

Radio: Damien Lelièvre, Force de vente, 2020

Comme tout le monde, Damien Lelièvre déteste les banques. Mais il est conseiller financier. Il nous offre une visite dans les coulisses des banques, entre techniques de vente manipulatrices, pression hiérarchique et ravages du numérique.

Sommaire
Le client est un enfant qu’on éduque
Séduire les clients, broyer les conseillers
Faire de la pédagogie avec le client pour lui faire découvrir ses besoins
Les conseillers sont-ils tous des connards malhonnêtes ?
Les ravages du numérique
Que restera t-il du conseiller bancaire dans dix ou vingt ans?
Mélancolie bancaire

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Damien Lelièvre
Force de vente
Dans la peau d’un conseiller financier
éd. Le Monde à l’Envers, mars 2020

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François Partant, Naissance d’une alternative ?, 1982

IX. Naissance d’une alternative ?

Quelques années après les États-Unis, l’Europe connaissait la « société de consommation » et, tout aussitôt, comme aux États-Unis, une très nette accélération de la délinquance et du refus social sous ses formes diverses. Mais c’est aussi à cette époque, dans le milieu des années 1960, qu’apparaît en Europe, et surtout en France, une revendication nouvelle : l’autogestion. A l’opposé de ceux qui refusent de s’insérer dans la société, d’en respecter les règles et les pratiques, d’autres veulent participer davantage à la gestion économique et sociale. Deux façons de marquer son désaccord avec l’ordre établi.

Aujourd’hui, l’autogestion est entrée dans le programme de tous les partis de gauche et des principaux syndicats ouvriers français. Elle n’est pas toujours définie de la même manière, le champ d’application qu’on lui prévoit est plus ou moins étendu, et elle n’inspire guère l’organisation et le fonctionnement des partis et syndicats qui la réclament. Il est néanmoins significatif qu’elle fasse l’objet d’une revendication aussi générale, alors que l’économie a perdu toute autonomie et la nation tout contrôle sur les facteurs dont dépend son existence. Cette revendication traduit peut-être moins une réaction contre les abus de la délégation de pouvoir et l’autocratie du Capital, qu’une volonté d’échapper à l’irresponsabilité individuelle et collective qui caractérise le monde contemporain, irresponsabilité qu’on ressent plus ou moins confusément sans toujours en comprendre les causes. Lire la suite »