Tomjo, Cité idéales et villes intelligentes, 2019

Nadine Ribault, Europe, 2016

Le texte que nous publions ici est extrait de Chroniques du désert – Le désert Urbain, une revue d’enquête de 300 pages sur le thème de la ville publié par les éditions GREVIS basées à Caen. L’auteur y explore la question des utopies de Thomas More aux smart cities d’aujourd’hui mais surtout de demain. L’enfer urbain pavé de bonnes intentions.

 

Je ne suis pas un spécialiste des utopies, comme peut l’être en France un certain Thierry Paquot, sociologue, qui a lui une lecture conciliante des utopistes. L’intérêt pour les utopies m’est venu plus particulièrement quand Le Monde, à l’été 2017, publia une série d’articles à leur sujet. Le Monde qui, par ailleurs, est un ardent défenseur de ce qu’on appelle la Smart city, ou « ville intelligente ». Chaque année, Le Monde remet un prix de l’innovation Smart cities à des entreprises, start-up, associations et collectivités locales pour leur projet urbain innovant en matière numérique. Prix de l’innovation décerné avec le concours de la BNP, Bouygues et Michelin. Le Monde a d’ailleurs un portail internet dédié à ces « créateurs de la ville de demain ».Lire la suite »

Publicité

Radio: Mathieu Amiech, La gestion sanitaire de la covid-19, 2023

Mathieu Amiech, membre des éditions La Lenteur et du collectif Écran total (résister à la gestion et l’informatisation de nos vies), revient sur la gestion de l’épidémie de Covid-19 due a la diffusion du virus SARS-Cov-2 durant les années 2020-2022.

Émission issue de « L’actualité des luttes » diffusée sur Radio Fréquence Paris Plurielle le 2 janvier 2023.

Afin de resituer le contexte dans lequel Matthieu Amiech fait cette émission, il faut préciser qu’elle est en quelque sorte une mise au point par rapport à une autre émission qui a été diffusée également sur les ondes de Radio FPP. Il s’agit de « Zoom Ecologie » intitulée « Bilan critique du courant anti-industriel » du 18 octobre 2022, où Matthieu Amiech était accusé de « covido-négationniste », en même temps qu’étaient mise en cause les positions du collectif Écran total (résister à la gestion et l’informatisation de nos vies) sur la crise sanitaire et l’obligation vaccinale.

« Le point essentiel que je voudrais souligner, c’est que considérer le Covid-19 comme un danger absolu, radicalement nouveau, qui change totalement notre situation personnelle et collective, cela n’est possible que si l’on refoule profondément le caractère pathogène de notre société capitaliste et industrielle. C’est-à-dire que l’on occulte le fait que l’on est déjà, en temps ordinaire, dans une situation où l’on est environné de dangers, de nuisances, qui viennent de beaucoup de nos habitudes de consommation quotidiennes déjà très ancrées. »

.

Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

.
Émission Racine de Moins Un n°84,
diffusée sur Radio Zinzine en mars 2023. Lire la suite »

François Jarrige, Pétrole, 2021

L’or noir entre nuisances, dégâts et transitions

Depuis que la « transition » s’est imposée au cœur des imaginaires contemporains, les grands groupes pétroliers sont de plus en plus présentés comme des acteurs majeurs du processus. Certains éditorialistes n’hésitent pas à proclamer que « La transition écologique passera en grande partie par les compagnies pétrolières » [1]. Celles-ci investissent en effet massivement dans les énergies dites « renouvelables » comme le solaire et l’éolien, et s’apprêtent à devenir des fournisseurs majeurs d’électricité prétendument décarbonée. La « transition » est même devenue un élément essentiel de leur communication auprès des autorités et du public. Ainsi, parmi de multiples annonces, le groupe Total a indiqué en septembre 2020 qu’il transformait sa raffinerie de Grandpuits en une « plateforme zéro pétrole de biocarburants et bioplastiques ». Alors que les compagnies pétrolières apparaissaient de plus en plus, au début du XXIe siècle, comme responsables des crises écologiques en poussant sans cesse à accroître les consommations, cette vaste opération de green washing vise à les propulser en acteurs décisifs et incontournables de la réorientation de nos systèmes énergétiques et de la transition à venir. Lire la suite »

François Jarrige, Charbon, 2021

Généalogie d’une obsession

Les discours et politiques dites de transition prétendent réduire la consommation de charbon minéral, cette substance solide qui a soutenu la croissance industrielle du monde depuis deux siècles et généré une grande partie du CO2 rejeté dans l’atmosphère. En septembre 2020, le président chinois Xi Jinping prononçait ainsi un discours remarqué à l’Assemblée générale de l’ONU dans lequel il annonçait que son pays atteindrait la neutralité carbone d’ici 2060. Pour cela, la production et la consommation de charbon devaient diminuer drastiquement, alors que la part de l’éolien, du solaire, et du nucléaire devait croitre grâce à des investissements gigantesques. Si certains ont vu dans ces annonces un grand basculement annonçant la possibilité d’un développement économique et d’une politique de puissance non fondés sur les énergies fossiles, beaucoup d’autres soulignent le caractère irréaliste de ces annonces et promesses alors que le pays continue d’ouvrir d’immenses centrales à charbon [1]. Lire la suite »

Jean-Pierre Berlan, En finir avec la gratuité, 2006

En rédigeant une lettre à mon député sur la coexistence entre chimères génétiques et cultures ordinaires (que le Parlement va discuter), je me suis rendu compte que nous sommes confrontés à une offensive soigneusement coordonnée de l’Etat, des transnationales des nécrotechnologies, et bien entendu, de la Commission. Il n’y a guère de doute que cette offensive ne concerne pas seulement la France et qu’elle est planétaire.

Cette offensive dont la dernière manifestation est l’envoi d’huissiers au domicile de Gilles Lemaire (et certainement à celui des autres faucheurs volontaires), vise à disperser les opposants aux nécrotechnologies sur une série de fronts (étiquetage et taux de contamination tolérable ; coexistence avec ses différents leurres comme les distances devant séparer les cultures, le taux de pollution génétique admissibles pour les semences – comme par hasard sort une étude Inra/Union Européenne qui montre que la coexistence peut-être aisément organisée !), l’indemnisation des victimes des contaminations, la transparence et l’information du public ; les controverses interminables sur les risques, comme si dans un domaine où la science est ignorance, il fallait s’en remettre aux opinions de scientifiques sous influence et comme s’il s’agissait d’une question de sound science comme le voudrait le gouvernement US ; les procès à répétition, les poursuites des faucheurs, les amendes à la Conf’ ; la campagne de publicité pour les agrotoxiques, etc). Lire la suite »

Matthieu Amiech, La gestion de la crise sanitaire nous entraîne vers une société-machine, 2021

Pour l’éditeur Matthieu Amiech, penseur critique du développement des technologies, la crise liée au Covid constitue « un effet d’aubaine pour les géants du numérique ». Face à « l’informatisation de toute la vie sociale », face à la mise « à l’arrêt » ou presque de la vie démocratique, les citoyens se retrouvent aujourd’hui « sans défense morale et politique ». Sa réponse : une « désobéissance concertée ».

 

Voilà un an que nous vivons sous le « régime Covid ». Un nouveau régime de relations sociales fait de perte du toucher, de disparition du festif, d’assèchement culturel et de reculs démocratiques. Un régime où le numérique s’impose à tous les niveaux, sans que l’impact écologique de cette mutation ne soit jamais interrogé.

Pour Matthieu Amiech, penseur de longue date du développement des technologies, celle-ci est pourtant profonde. En 2013, déjà, il alertait, dans un ouvrage collectif signé du groupe Marcuse (Mouvement autonome de réflexion critique à l’usage des survivants de l’économie), La Liberté dans le coma – Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer, sur les menaces que fait peser la société numérique sur l’égalité et les libertés. Aujourd’hui, il s’alarme de la gestion technocratique et autoritaire de la pandémie.

Coordinateur et cofondateur des éditions La Lenteur, petite maison créée dans le Tarn en 2007, Matthieu Amiech a publié de nombreux textes critiques des évolutions technologiques, de la sphère internet au monde agricole, en passant par le nucléaire, ainsi que des ouvrages traitant d’anarchisme ou d’écologie politique. Entretien. Lire la suite »

Miguel Amorós, Les nouveaux habits du développementalisme capitaliste, 2019

Le monde capitaliste s’enfonce dans une crise écologique sans précédent qui menace sa continuité en tant que système basé sur la recherche du profit privé. De la pollution de l’air, de l’eau et du sol à l’accumulation de déchets et d’ordures ; de l’épuisement des ressources naturelles à l’extinction des espèces ; de l’urbanisation galopante au changement climatique ; une épée de Damoclès menace la société de marché. Les dirigeants de tous les secteurs industriels manifestent leur inquiétude face à une dégradation irréversible de l’environnement, envisageant une réorganisation de la production et de la consommation en fonction d’inévitables impératifs écologiques. Beaucoup d’entre eux sont convaincus que le système d’exploitation capitaliste ne pourrait perdurer autrement. La contradiction entre la croissance (l’accumulation de capital) et ses effets destructeurs (le désastre écologique) devra être surmontée par un compromis entre industrie et nature, ou plutôt, entre leurs représentants spectaculaires respectifs : d’un côté, les grands dirigeants, et de l’autre, les environnementalistes autorisés. Lire la suite »

Miquel Amorós, Los trajes nuevos del desarrollismo capitalista, 2019

El mundo capitalista se debate en una crisis ecológica sin precedentes que amenaza su continuidad como sistema fundamentado en la búsqueda del beneficio privado. De la contaminación del aire, las aguas y los suelos a la acumulación de residuos y basuras; del agotamiento de los recursos naturales a la extinción de las especies; de la marea urbanizadora al cambio climático; parece que una espada de Damocles penda sobre la sociedad de mercado. Dirigentes de todas las esferas de actividad muestran su preocupación ante una degradación ambiental imparable, llegando a plantearse una reorganización de la producción y el consumo de acuerdo con imperativos ecológicos inevitables. Son muchos los convencidos de que el sistema de explotación capitalista no se puede mantener de otra manera. La contradicción entre el crecimiento (la acumulación de capital) y sus efectos destructivos (el desastre ecológico), habrá de superarse con un compromiso entre industria y naturaleza, o mejor entre su respectiva representación espectacular: de una parte, los altos ejecutivos y de la otra, los ecologistas patentados. Lire la suite »

Collectif de l’Appel de Beauchastel, Sous les masques, un nouveau pas dans l’école du désastre, 2021

Une journée d’école en 2021.

Élève de CP, je revêts mon masque une dizaine de mètres avant la grille de l’école. Parents, instituteurs, directeurs le portent aussi. Plus tard, après l’avoir partiellement ôté plusieurs fois, penché sur ma feuille en classe, je devrai demeurer parqué dans ma zone dédiée dans la cour, avant de manger au garde-à-vous. Même pas l’occasion de respirer. Collégien, j’ai déjà préparé mon masque dans la rue. Me tenant à la barre du bus, je toucherai ensuite mon masque, l’ôterai à moitié, histoire de jouer aux grands, de faire la bise à mes camarades, ou autres découvertes de mon âge. A la fin de la journée, j’aurai sans doute mal à la tête et mon accessoire de survie sera en mauvais état, mais il paraît que c’est ce qu’il faut faire. Lycéen et interne, je suis tenu de porter le masque en continu. J’oublierai d’en changer toutes les quatre heures. Plusieurs fois, je serai près d’enlever ce bâillon, moi qui suis, comme le savent ceux qui s’intéressent aux apprentissages du corps, traversé par des émotions contradictoires qu’il me faut apprendre à maîtriser par ma respiration. Comme tous mes camarades, j’attendrai d’être agglutiné à la cantine pour respirer en ingérant. De retour dans ma chambre, ma tête sera lourde, mais au moins aurai-je respecté les protocoles. Sinon pour moi, du moins pour les autres. Lire la suite »

Ivan Illich, Némésis de la médecine, 1975

Après avoir lu Némésis médicale, cinq sommités du monde médical allemand ont engagé le débat avec Ivan Illich. Il s’agit de Harald Bräutigam, gynécologue de Hambourg, des professeurs Hans Schäfer, Thure von Uexküll et Hans-Georg Wolters, ainsi que de Hans Tons, directeur de la Fédération des caisses d’assurance-maladie. Ce débat, parfois très vif, a été organisé et enregistré par l’hebdomadaire de Hambourg Die Zeit qui l’a publié intégralement, sur six grandes pages dans son édition du 18 avril 1975. On en trouvera ci-dessous les principaux passages. Lire la suite »