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Posts Tagged ‘nuisances’

Matthieu Amiech, Face à l’islamisme, sortir d’une polarisation idéologique stérile, 2016

9 janvier 2017 Laisser un commentaire

Attentat après attentat, polémique après rixe, provocation islamiste après mesure politicienne jetant de l’huile sur le feu, la société française encaisse et digère tant bien que mal. La paix civile plie mais ne rompt pas, ou plutôt, elle est régulièrement rompue mais pas submergée de toutes parts. Difficile de savoir quels sentiments et quels partis pris dominent dans les populations, mais l’accablement et l’aveuglement y ont visiblement une part importante.

Un des aspects les plus frappants et problématiques de la situation est la polarisation idéologique qu’elle entraîne : il est, ou il semble, de plus en plus difficile de prendre acte que des forces organisées ont déclaré la guerre à la société française (et au-delà, européenne) tout en critiquant l’état d’urgence indéfiniment prorogé. Il est, ou il semble, de plus en plus rare de trouver des positions qui condamnent le colonialisme et ses prolongements contemporains dans le capitalisme prédateur, tout en rejetant la ré-islamisation récente des sociétés arabes et africaines comme une régression qui n’était nullement inscrite par avance dans leur destin politique et culturel. Il devient, ou il semble devenir, incompatible de se préoccuper de la situation des Maghrébins en France du fait des regards soupçonneux qui pèsent sur eux (et elles), et de s’inquiéter (pour les Maghrébins et pour tous les autres) de l’emprise croissante des normes religieuses sur certains milieux. Lire la suite…

TomJo, Écologisme et transhumanisme, 2016

21 novembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Ecologistes, végans et sympathisants de gauche prolifèrent au sein du mouvement transhumaniste. Après Le Monde, Le Nouvel Obs et Politis, Primevère, le plus grand salon écologiste français, invitait en 2016 un de ses représentants à s’exprimer. Didier Cœurnelle, vice-président de l’Association française transhumaniste, est élu Vert en Belgique. Il aurait eu les mots pour séduire les visiteurs de Primevère, avec une « vie en bonne santé beaucoup plus longue, solidaire, pacifique, heureuse et respectueuse de l’environnement, non pas malgré, mais grâce aux applications de la science » 1. Il aura fallu les protestations d’opposants aux nécrotechnologies pour que le salon annule son invitation 2. Les transhumanistes ne luttent pas contre les nuisances. Technophiles et « résilients », ils comptent sur l’ingénierie génétique, la chimie et les nanotechnologies pour adapter la nature humaine et animale à un milieu saccagé.

Faut-il un État mondial inter-espèces pour lutter contre les dominations entre humains et animaux ? Voire entre animaux, avec des prédateurs devenus herbivores après modification génétique ?

Même si leurs idées prêtent à rire, les transhumanistes ne sont pas des ahuris victimes d’une indigestion de mauvaise science-fiction. Ils sont écologistes et végans (c’est-à-dire refusant de consommer les produits issus des animaux), certes. Parfois même bouddhistes. Mais aussi philosophes, généticiens, informaticiens, sociologues ou start-uppers rétribués par Harvard, Oxford, la London school of economics ou Google. La plupart d’entre eux veulent le bien de la planète et de ses habitants, lutter contre les oppressions, tout en augmentant notre espérance de vie jusqu’à « la mort de la mort ». Lire la suite…

Recension: Écraseurs! Les méfaits de l’automobile, 2015

25 mars 2016 Laisser un commentaire

Écraseurs !

Les méfaits de l’automobile

documents réunis par Pierre Thiesset,

éd. Le pas de côté, 2015, 334 p., 16 euros.

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Ce livre très riche et foisonnant, dont le titre claque comme un avertissement ou une menace, propose une exploration des premiers temps de l’automobile, entre les années 1880 et le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Pierre Thiesset, qui a fondé et anime la jeune maison d’édition Le Pas de côté, s’est visiblement plongé avec délectation dans la presse et la littérature de la mal nommée « Belle Epoque » pour recueillir des centaines de textes et d’images évoquant la vaste controverse qui accompagne, en France, les débuts de l’automobile. En dépit d’essais antérieurs, en général peu concluants, la voiture sans cheval ne commence réellement à prendre son essor que dans les années 1870-1880 lorsque divers constructeurs proposent leurs premiers modèles. Mais durant plusieurs décennies, la nouvelle trajectoire technique reste fragile et vivement contestée, associée à un élitisme illégitime, ou considérée comme trop dangereuse, voire parfaitement irrationnelle. L’histoire des débuts de l’automobile et de la motorisation des transports terrestres a déjà suscité de nombreux travaux qui ont montré la complexité et les ambivalences du processus. La vision héroïque de l’automobile s’imposant naturellement comme un prodige technologique ardemment désiré par les populations ne tient plus. Lire la suite…

Richard C. Lewontin, Les causes et leurs effets, 1991

17 février 2016 Laisser un commentaire

« Il faudra que certains aient le courage d’intervenir sur la lignée germinale [humaine] sans être sûrs du résultat. De plus, et personne n’ose le dire, si nous pouvions créer des êtres humains meilleurs grâce à l’addition de gènes (provenant de plantes ou d’animaux), pourquoi s’en priver ? Où est le problème ? »

Déclaration de James Watson,
– codécouvreur de la structure en double hélice de l’ADN en 1953 –
lors d’une conférence à l’université de Californie en 1998.

Ce qui suit est un ensemble d’extraits adaptés et commentés du chapitre III (Causes and their effects) du livre de Richard C. Lewontin, Biology as Ideology, the doctrine of DNA (1991). Les passages que nous avons réécrits, parce que Lewontin considère que son lecteur possède déjà des connaissances en biologie, sont entre points (•…•) et les commentaires que nous avons ajoutés, parce qu’il ne va pas toujours au bout de ses raisonnements, sont entre crochets et en italiques ([…]) ; toutes les notes de bas de page ont été ajoutées par nous. Lewontin, en tant que scientifique, emploie le “nous” pour parler des travaux et des activités des chercheurs. Dans nos commentaires et nos corrections, notre point de vue étant différent, nous avons employé d’autres tournures. Lire la suite…

Recension: Santé au travail: On achève bien les prolos, 2015

19 novembre 2015 Laisser un commentaire

Annie Thébaud-Mony, sociologue de la santé, avait (un peu) fait parler d’elle au cœur de l’été 2012, en refusant avec fermeté la Légion d’honneur dont voulait la décorer la ministre Verte Cécile Duflot. Elle avait fait savoir que la seule récompense souhaitable pour ses travaux serait un changement complet d’orientation des politiques publiques, dans le sens de la prévention du cancer.

Bien sûr, la presse ne s’était pas appesantie sur ce geste rare. Le dernier livre de Thébaud-Mony, La Science asservie. Santé publique : les collusions mortifères entre industriels et chercheurs (éd. La Découverte, 2014), est, lui, carrément passé inaperçu, bien que son propos soit fracassant. C’est assez compréhensible d’un certain point de vue, car la lecture de ce livre est douloureuse, insupportable même parfois. Il porte sur le lien entre cancers, Big Business et Big Science. Pour être plus précis : sur la façon dont les grandes industries empoisonnent notre milieu et trouvent systématiquement des appuis dans la recherche scientifique pour les aider à masquer le fait qu’elles détruisent consciemment un grand nombre de vies – à commencer par celles de leurs ouvriers. Lire la suite…

L’ombre coûte cher en Provence

20 octobre 2015 Laisser un commentaire

Toi qui arrives du lointain, ne te laisse pas abuser par quelques mirages disposés, çà et là, comme boussole à la compréhension de la cité. Tu as déjà entendu parler de notre ville, du prestige dont elle jouit pour ces monuments ceinturés dans l’épaisse muraille. C’est un peu son nombril, qu’elle propose aux regards, au travers duquel elle se mire sans cesse.

Tout comme chacun se mire dans le regard de l’autre durant le festival, cherchant à y débusquer, un artiste, un comédien, quelqu’un de connu, une aubaine narcissique, le théâtre intégral.

Avant toute chose, tu seras édifié(e) par les murs qui étreignent le cœur ; un décor savamment entretenu, qui opère concrètement une rupture entre deux villes : l’intra-muros et le reste. Lire la suite…

Recension: T. Leroux, Le laboratoire des pollutions industrielles, 2011

Thomas Le Roux,

Le laboratoire des pollutions industrielles. Paris, 1770-1830,

éd. Albin Michel, 2011, 560 p.

 

Partant de la mise sous tutelle administrative des pollutions industrielles et de celles de leurs intérêts sous-jacents, Thomas Le Roux propose ici une histoire de la grande transformation du rapport des Parisiens à leur environnement qui s’est opérée au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Il désigne ce moment comme celui du « triomphe de l’industrialisme ». Paris voyait en effet s’affirmer, bien que de façon progressive mais non sans brutalité, la réhabilitation de la production industrielle au sein même de la ville. L’industrialisation de la cité s’imposait comme l’une des conditions de réalisation des progrès de la civilisation moderne. Elle s’affirmait comme le fer de lance du soutien à la concurrence avec l’Angleterre. Mais l’obsession de la modernité et la recherche de sa puissance devenaient aussi la justification d’un accroissement de la pollution ; la capitale était le point d’ancrage de sa régulation, et – pour reprendre le titre du livre – le « laboratoire » politique, à la fois modèle, foisonnement de matières pour la jurisprudence, mais aussi l’objet d’un réquisitoire contre une dérégulation de fait des activités les plus polluantes. Lire la suite…

Thierry Ribault, Le désastre de Fukushima et les sept principes du national-nucléarisme, 2014

17 novembre 2014 Laisser un commentaire

L’idéologie qui fonde la société nucléaire, dont se sont dotés les défenseurs en profondeur du nucléaire et à laquelle les populations se soumettent, est organisée autour de la déréalisation de la perception du monde. Elle fait le choix, quand elle le juge nécessaire, d’annihiler la vie au nom de l’intérêt national et de déposséder les individus de leur propre existence et de leur liberté au nom d’un supposé intérêt collectif servant de paravent à des intérêts industriels supérieurs. Pour ce faire, cette idéologie légitime et organise la coexistence d’une technologie des plus avancées, avec une profonde régression de la conscience.

Je qualifie cette idéologie de national-nucléarisme, car lorsque la vérité est scandaleuse, les mots trop légers en viennent à falsifier la réalité des souffrances qu’ils nomment. Les sept principes sur lesquels repose le national-nucléarisme sont ici présentés, à partir de l’observation de l’administration du désastre inachevable de Fukushima, qui marque une étape nouvelle du progrès dans la morbidité. Lire la suite…

Ivan Illich, Au diable les bonnes intentions, 1968

18 juillet 2014 Laisser un commentaire

Ce discours a été prononcé le soir du samedi 20 avril 1968 au séminaire de St. Mary’s Lake of the Woods à Niles, dans la banlieue de Chicago (Illinois). Monseigneur Illich avait été invité à présenter un exposé lors de la Rencontre régionale pour le Midwest américain de la CIASP (Conférence sur les projets étudiants interaméricains). De nombreux intervenants avaient été invités à la Conférence qui était aussi ouverte à toutes les autres régions de la CIASP – les 3 autres régions états-uniennes et le Canada – ainsi qu’au public.

Ce document était le texte dactylographié du discours prononcé par Monseigneur Illich. Un enregistrement audio montre que le conférencier est resté fidèle au texte écrit lors de son allocution. Ivan Illich avait préparé un discours à Cuernavaca, avant de partir pour Chicago, il ajouta quelques remarques introductives après avoir passé un après-midi à suivre des sessions et à rencontrer des membres de la CIASP. Lire la suite…

Ivan Illich, To hell with good intentions, 1968

18 juillet 2014 Laisser un commentaire

CIASP CanadaThis talk was delivered on the evening of Saturday April 20 at St. Mary’s Lake of the Woods Seminary in Niles (Chicago) Illinois. Monsignor Illich was invited to make a presentation to the American Midwest Regional Meeting of CIASP (The Conference on Interamerican Student Projects). The Conference had an especially strong line-up of speakers and it was opened to all other regions of CIASP (all US regions and Canada) as well as the public.

This text version of the speech was scanned from an original mimeograph distributed to Conference participants on the following day. The document was typed version of Monsignor Illich’s speech. This original document was not edited and this document reflects the exact wording and punctuation used by Illich. The audio tape of this talk also shows it did not stray from the remarks represented in this scanned version.

Monsignor Illich had prepared a speech in Cuernavaca before travelling to Chicago; he added introductory remarks after an afternoon attending sessions and meeting with CIASP members. He drafted a quick introduction to the original presentation and modified the written presentation. The entire speech is usually cited as being given in Cuernavaca Mexico… but it was delivered in Chicago on April 20.
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