Archive

Archive for the ‘Histoire’ Category

Radio : Julien Mattern, Le mythe du progrès en sociologie, 2016

Pour Julien Mattern, Maître de conférences en sociologie à l’Université de Pau, « l’idée que jusque dans les années 1980, la société occidentale était dans une forme d’extase progressiste est une idée reconstruite ». En effet, dès le XIXe siècle, les sociologues classiques constatent les effets néfastes du progrès tout en se résignant à l’embrasser.

Ce rapport paradoxal de la sociologie au progrès est illustré par la pensée d’Émile Durkheim : alors que ce sociologue français de la seconde moitié du XIXe siècle observe l’explosion du taux de suicides à son époque, il établit que le progrès est une loi de la nature qui s’impose aux hommes. Si le présent semble si chaotique, c’est parce que le monde est en transition. De même, Georges Friedmann, sociologue du XXe siècle, déplore la perte de contact avec la Nature, même s’il juge lui aussi qu’elle est inéducable. Lire la suite…

Sezin Topçu, Critique du nucléaire et gouvernement de l’opinion, 2011

12 mars 2021 Laisser un commentaire

Où en est-on en France de la critique du nucléaire ? Quels enseignements tirer de plus de 30 ans de contestation de cette technologie ? Quelles ont été les stratégies de « gouvernement de l’opinion » déployées par les industries de l’atome ? Et comment penser les nouvelles techniques rhétoriques et managériales que ces dernières promeuvent aujourd’hui avec pour mots d’ordre la « participation », la « transparence » et la « responsabilité » ? Contretemps s’entretient avec Sezin Topçu, qui vient de signer une thèse sur « L’agir contestataire à l’épreuve de l’atome ».

 

Fabien Locher : Dans votre thèse, vous avez proposé une histoire longue de la critique antinucléaire en France. Pouvez-vous en présenter ici les grandes lignes ?

Sezin Topçu : Je me suis intéressée à la trajectoire du mouvement antinucléaire français depuis les années 1970 pour comprendre comment il s’est transformé, affaibli puis renouvelé au cours du temps, et ce dont il est désormais porteur – étant donné que le problème nucléaire ne cesse de se poser, à divers niveaux, qu’il s’agisse d’accidents, de déchets, de prolifération ou de destruction des écosystèmes. Lire la suite…

Radio: Atelier Paysan, La technoscience contre l’agriculture paysanne, 2019

12 décembre 2020 Laisser un commentaire

Durant l’automne 2019, l’Atelier paysan, coopérative d’auto-construction de matériel agricole, a organisé une tournée de soirées-débats sur le thème « La technologie va-t-elle sauver l’agriculture ? La place de la machine dans l’autonomie paysanne » pour rencontrer localement les paysans et paysannes et prendre connaissance du poids et des impacts des machines, des robots, de l’informatique et des biotechnologies sur les vies des paysans et paysannes, sur l’environnement comme sur l’ensemble du modèle alimentaire. […]

Dans la série Racine de Moins Un, voici la troisième émission réalisée à partir de ces enregistrements (les deux précédentes) :

.

Jean-Pierre Berlan – La technoscience contre l’agriculture paysanne

Le cas du maïs hybride : un mensonge historique des agronomes

L’affaire Terminator et la contestation des OGM ont révélé au grand public que les grands semenciers sont prêts à tout pour empêcher les agriculteurs d’utiliser le grain qu’ils récoltent. Mais pour Jean-Pierre Berlan, ancien économiste de l’INRA, cette confiscation du vivant à des fins de profit ne date pas d’hier.

Dans La Planète des clones, il montre que la grande innovation agronomique du XXe siècle, le maïs hybride, relève de la même logique : faire croire que les semences mises au point par des chercheurs sont plus productives que le grain récolté dans les champs. Ce livre se lit comme une enquête policière et démasque l’imposture du progrès le plus célébré de la science agronomique. Lire la suite…

Enzo Traverso, Les déboulonneurs de statues n’effacent pas l’histoire, 2020

2 juillet 2020 Laisser un commentaire

ils nous la font voir plus clairement

 

Dans le sillage du mouvement global contre le racisme et les violences policières né en réaction au meurtre de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis, de nombreuses statues symbolisant l’héritage de l’esclavage et de la colonisation ont été prises pour cible un peu partout dans le monde.

Dans cet article, traduit du site Jacobin, Enzo Traverso soutient que la vague iconoclaste à laquelle nous assistons, loin de nier le passé, est au contraire porteuse d’une « nouvelle conscience historique » qui vise à libérer le passé du contrôle des oppresseurs.

 

L’anti-racisme est une bataille pour la mémoire. C’est l’une des caractéristiques les plus remarquables de la vague de protestations qui a déferlé sur le monde après l’assassinat de George Floyd à Minneapolis. Partout, les mouvements antiracistes ont remis le passé en question en ciblant des monuments qui symbolisent l’héritage de l’esclavage et du colonialisme : le général confédéré Robert E. Lee en Virginie ; Theodore Roosevelt à New York ; Christophe Colomb dans de nombreuses villes américaines ; le roi belge Léopold II à Bruxelles ; le marchand d’esclaves Edward Colston à Bristol ; Jean-Baptiste Colbert, ministre des finances de Louis XIV et auteur du tristement célèbre Code noir en France ; le père du journalisme italien moderne et ancien propagandiste du colonialisme fasciste, Indro Montanelli, etc.

Qu’elles soient renversées, détruites, repeintes ou tagées, ces statues incarnent une nouvelle dimension de la lutte : le lien entre droits et mémoire. Elles soulignent le contraste entre le statut des noirs et des sujets postcoloniaux en tant que minorités stigmatisées et brutalisées, et la place symbolique accordée dans l’espace public à leurs oppresseurs – un espace qui constitue également l’environnement urbain de notre vie quotidienne. Lire la suite…

Enzo Traverso, Tearing Down Statues Doesn’t Erase History, 2020

2 juillet 2020 Laisser un commentaire

It Makes Us See It More Clearly

 

The protesters tearing down monuments to slaveholders and perpetrators of genocide are often accused of “erasing the past.” But their actions are bringing closer scrutiny on the figures these monuments celebrate — allowing history to be retold from the viewpoint of their victims.

 

Anti-racism is a battle for memory. This is one of the most remarkable features of the wave of protests that has arisen worldwide after the killing of George Floyd in Minneapolis. Everywhere, anti-racist movements have put the past into question by targeting monuments that symbolize the legacy of slavery and colonialism: the Confederate general Robert E. Lee in Virginia; Theodore Roosevelt in New York City; Christopher Columbus in many US cities; the Belgian king Leopold II in Brussels; the slave trader Edward Colston in Bristol; Jean-Baptiste Colbert, Finance Minister for Louis XIV and author of the infamous Code Noir in France; the father of modern Italian journalism and former propagandist for fascist colonialism, Indro Montanelli, and so on.

Whether they are toppled, destroyed, painted, or graffitied, these statues epitomize a new dimension of struggle: the connection between rights and memory. They highlight the contrast between the status of blacks and postcolonial subjects as stigmatized and brutalized minorities, and the symbolic place given in the public space to their oppressors — a space which also makes up the urban environment of our everyday lives.
Lire la suite…

Lewis Mumford, Lettres à des Allemands, 1945

14 juin 2020 Laisser un commentaire

Peu de temps après la défaite de l’Allemagne, l’Office of War Information [Service de renseignement des armées américain ; NdT] me demanda d’écrire un bref ouvrage à l’adresse des Allemands, afin de leur donner une idée de la manière dont les Américains considèrent l’histoire du Nazisme et des crimes qui furent commis au nom de l’Allemagne. Cette tâche s’avérait ardue si je suivais à la lettre la directive que j’avais reçue et si je m’adressais à la masse anonyme des Allemands. Je ne pouvais m’imaginer un seul Allemand lisant trois pages de ce que j’avais à dire : la distance psychologique entre nous était trop grande.

C’est ce qui me poussa à adopter la forme d’une lettre, adressée soit à quelqu’un qui existait vraiment, soit à une chimère formée de personnes et d’amis que j’avais effectivement connus dans l’Allemagne d’avant la guerre. Cette méthode avait ses limites, surtout parce qu’elle me confinait à des gens de ma génération ; mais cette limite avait un certain avantage, en ceci qu’elle me permettait de traiter de faiblesses qui n’étaient pas à l’origine particulièrement national-socialistes. Il est important, tant pour les Allemands que pour les Américains, de réaliser à quelle profondeur plongent les racines du Nazisme allemand ; nous ne devons pas commettre l’erreur de penser une nouvelle fois que nous avons détruit l’arbre quand nous n’avons fait qu’en couper les branches et que le tronc demeure. Lire la suite…

François Jarrige, Une « armée de justiciers » ?, 2010

Justice et répression du luddisme en Angleterre (1811-1816)

 

Le leader des luddites

Si l’Angleterre de la première moitié du XIXe siècle ne connaît pas de bouleversements révolutionnaires équivalents à ceux qui ont lieu sur le continent, le pays expérimente néanmoins quelques grands conflits sociopolitiques [1]. L’épisode du luddisme, qui s’étend entre 1811 et 1816, en est sans doute l’un des plus marquants. Durant plusieurs années, les trois principaux comtés industriels du nord de l’Angleterre se sont trouvés dans une situation quasi-insurrectionnelle. Des violences d’une grande ampleur, associant la destruction des machines, les menaces contre des fabricants et des magistrats, mais aussi des assassinats et des vols, ont entretenu pendant de longs mois le spectre d’une insurrection généralisée dans le Pays. Ces conflits sociaux complexes associant la plainte des travailleurs concurrencés par la machine, des révoltes frumentaires plus classiques, et une agitation politique radicale clandestine ont effrayé les possédants et les élites. Lire la suite…

Christian Ferrer, Hommage aux luddites, 2011

27 mars 2020 Laisser un commentaire

Le code sanglant

Depuis la plus haute antiquité, la corde a toujours constitué un châtiment ignominieux. En méditant sur sa familiarité structurelle personnelle avec l’échafaud, on saisit pourquoi cette peine symbolise le plus haut degré de dénigrement de la personne. N’y ont accédé que les délinquants de plus bas étage ou les réfractaires ; qui refusait de ployer les genoux devait courber la nuque de force. Quelques condamnés de l’époque moderne furent des martyrs : on se souvient, à chaque 1er mai, de Parsons, Spies et de leurs compagnons [1] de potence.

Mais peu se rappellent du nom de James Towle qui fut, en 1816, le dernier « casseur de machine » auquel on rompit le cou. Il chuta dans la trappe en hurlant un hymne luddite jusqu’à ce que ses cordes vocales ne forment qu’un seul nœud. Un cortège funèbre de trois mille personnes entonna la fin de l’hymne à sa place, a cappella. Trois ans auparavant, sur quatorze échafauds alignés, s’étaient balancés tout autant de condamnés accusés de pratiquer le « luddisme », surnom d’un nouveau crime récemment entré dans les textes. À l’époque existaient des dizaines de délits qualifiés faisant accéder leurs auteurs au royaume des cieux en passant par le nœud coulant. Nombreux étaient, en effet, les actes susceptibles de faire couper le fil de la vie : assassinat, adultère, vol, blasphème, dissidence politique… En 1830, on pendit un enfant à peine âgé de neuf ans pour avoir dérobé quelques craies de couleur et cet état de fait dura jusqu’en 1870, lorsqu’un décret humanitaire réajusta les crimes et délits en quatre catégories seulement. Les dures lois régnant alors sur les îles Britanniques étaient appelées the Bloody Code (le code sanglant). Lire la suite…

Philippe Minard, Le retour de Ned Ludd, 2007

26 mars 2020 Laisser un commentaire

Le luddisme et ses interprétations

 

À propos de :

Kevin Binfield ( Ed.),
Writings of the Luddites,
Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2004.

Vincent Bourdeau, François Jarrige, Julien Vincent,
Les Luddites. Bris de machines, économie politique et histoire,
Maisons-Alfort, éditions è®e, 2006.

 

Les luddites sont de retour : c’est ce que proclama en 1995 le journaliste Kickpatrick Sale, qui brisa un ordinateur devant 1500 personnes lors d’une conférence au New York City Town Hall, et publia la même année un livre sacralisant l’action des luddites anglais du XIXe siècle [1]. En se qualifiant de « néo-luddites », divers mouvements contestant le développement incontrôlé de la technologie revendiquent ainsi l’héritage, pourtant lointain, des ouvriers du textile insurgés contre les machines accusées de les priver d’emploi. De même, une récente synthèse sur Les Briseurs de machines en Angleterre et en France, établit le même type de rapprochement, avec un sous-titre qui dessine une généalogie significative : De Ned Ludd à José Bové [2]. Suivant un processus bien connu, la mise en cause politique des usages de la technologie sollicite l’histoire, à la recherche de précédents voire de mythes fondateurs. L’enjeu est d’importance, à l’heure où la question de l’empire de la technologie entend se soustraire sans débat au questionnement démocratique. Lire la suite…

Radio: Jean-Baptiste Fressoz, Une histoire politique du CO2, 2015

24 février 2020 Laisser un commentaire

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, nous brosse à grands traits une histoire politique du CO2 aux XIXe et XXe siècles. Car aussi fameuse que soit la courbe des émission de CO2 établie par le GIEC, il est en fait assez difficile d’en faire une histoire suffisamment précise pour permettre par exemple de retracer la part de différents choix technologiques dans les émissions de gaz a effet de serre. Il est impossible de savoir, dans cette courbe, ce qui relève de l’automobile, de l’agriculture industrielle ou de la guerre. Il s’agit donc d’essayer de politiser le constat du changement climatique.

.

.

Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
.
Émission Racine de Moins Un n°59,
diffusée sur Radio Zinzine en février 2020.

. Lire la suite…