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Archive for the ‘Histoire’ Category

Henri Lefebvre, Sur les situationnistes, 1983

13 janvier 2019 Laisser un commentaire

La Critique de la vie quotidienne d’Henri Lefebvre a nourri les situationnistes au cours d’une amitié qui a duré « environ quatre à cinq ans » Dans cet entretien inédit réalisé par Kristin Ross en 1983, Henri Lefebvre raconte comment s’est noué ce rapport, autour de quelles thématiques : de nouvelles manières d’arpenter la ville, la nécessité de transformer l’urbain, et la Commune de Paris comme fête. Entre Amsterdam, Strasbourg, Navarrenx et Paris, du groupe CoBrA à Mai 68, Lefebvre retrace la grande fresque du moment « situ », de ses audaces et de ses sectarismes. Entre récit de rupture et témoignage bienveillant, Lefebvre revient sur une séquence d’innovations théoriques, artistiques, militantes qui ont bouleversé la théorie et la pratique révolutionnaires. Lire la suite…

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François Jarrige, Les inventeurs, héros déchus du progrès technique, 2008

25 novembre 2018 Laisser un commentaire

Christine MacLeod,
Heroes of Invention.
Technology, Liberalism and British Identity, 1750-1914,
Cambridge, Cambridge University Press, 2007.

 

L’héroïsation de la figure de l’inventeur a accompagné le développement de la société industrielle dans l’Angleterre du XIXe siècle. L’historienne des techniques Christine MacLeod montre comment James Watt ou George Stephenson, incarnations du progrès, ont été glorifiés par leurs contemporains. L’inventeur adulé a ensuite cédé la place au scientifique anonyme, avant que l’image de l’apprenti sorcier vienne jeter le doute sur les bienfaits du progrès technique.

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Jean-Baptiste Fressoz, Désintellectualiser la critique est fondamental, 2018

22 novembre 2018 Laisser un commentaire

C’est un mot qui a trouvé sa place dans les débats environnementaux : Anthropocène. Les humains seraient ainsi devenus une force géologique à même de modifier le système Terre. Si le concept a un certain mérite, il a toutefois la fâcheuse tendance d’unifier l’humanité de manière indifférenciée : désigner l’espèce humaine comme responsable de la crise environnementale, c’est oublier les rapports économiques, sociaux et coloniaux qui, sous l’effet de la classe dominante, ont conditionné le changement climatique. Co-auteur, avec Christophe Bonneuil, de L’Événement Anthropocène, Jean-Baptiste Fressoz est historien des sciences et des techniques : en interrogeant les catégories et les récits qui nous permettent de penser la crise climatique, il souhaite repolitiser l’histoire longue de l’Anthropocène. Nous rencontrons l’historien dans une librairie toulousaine. Lire la suite…

Radio: Jean-Baptiste Fressoz, Le mythe de la transition énergétique, 2018

13 novembre 2018 Laisser un commentaire

Conférence de Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, qui montre comment la « transition énergétique » est un mythe forgé par des experts afin de neutraliser la charge critique de la « crise de l’énergie » et du changement climatique. Il montre comment les choix technologiques des États et des classes dominantes ont systématiquement écarté les énergies renouvelables et les solutions collectives, imposant partout la recherche de la puissance et du résultat immédiat au détriment du rendement et de l’économie de ressources.

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Le mythe de la transition énergétique

63 mn

Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle diffusée sur Radio Zinzine.

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Radio: Célia Izoard, Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ?, 2011

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Le Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs

Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ? À Toulouse, entre 1980 et 1983, ce mystérieux Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs faisait la une des journaux en incendiant des usines d’informatique. C’est avant, bien sûr. Avant que nous ayons (presque) tous un iPod dans la poche et un portable à la main. À une époque où les gens étaient tellement sceptiques sur l’utilité d’un ordinateur à la maison que le gouvernement s’était mis à distribuer des Minitel à tour de bras…

La nuit du 5 avril 1980, à Toulouse, les locaux de la société Phillips Informatique sont en feu. Trois jours plus tard, on signale un incendie à la compagnie d’informatique CII-Honeywell-Bull. Le procédé est rudimentaire : ordinateurs, fichiers et documents ont été entassés dans le hall et brûlés. Le 10 avril, c’est-à-dire le lendemain de l’incendie de la CII, une fausse alerte à la bombe nécessite l’évacuation des locaux d’IBM, à Toulouse. On fait des rapprochements avec un attentat qui avait visé l’ancien siège de DATA Systems le 24 novembre 1977… Lire la suite…

Bernard Charbonneau, Écologie, espace géographique, temps historique, 1989

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’originalité de l’écologie est d’être une science synthétique, étudiant les ensembles ou écosystèmes naturels. Elle a inspiré un mouvement « écologique », dénonçant les menaces que le système industriel fait peser sur la nature : id est l’écosystème planétaire où intervient l’homme.

Or deux autres disciplines à vocation synthétique pourraient compléter une écologie limitée à la nature : la Géographie et l’Histoire. La géographie étudie les ensembles naturels et humains dans le cadre de l’espace local et terrestre, comme l’histoire dans celui du temps. Mais l’accumulation des informations contraint la géographie et l’histoire à devenir de plus en plus scientifiques, techniques et spécialisées. Elles risquent ainsi de trahir leur vocation de connaissance synthétique dans le cadre de l’espace-temps. L’écologie, la géographie et l’histoire peuvent-elles s’unir pour une connaissance de l’ensemble vivant, naturel et culturel, fruit de l’action humaine sur terre ? Dans l’état actuel de la recherche scientifique est-ce possible ? Est-ce la seule affaire des sciences ? Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz & Fabien Locher, L’agir humain sur le climat et la naissance de la climatologie historique, 2015

16 septembre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’idée d’un changement climatique, causé par l’homme ou par des facteurs naturels, s’est imposée peu à peu, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. La climatologie historique a émergé, dès cette époque, pour l’étudier grâce à un regard rétrospectif sur les registres météorologiques, les sources historiques, les végétations anciennes et l’évolution des fleuves et des glaciers. Dès 1671, Robert Boyle recommande d’observer le temps pour étudier l’action humaine sur le climat. Des enjeux multiples ont contribué à cette historicisation : la colonisation de l’Amérique du Nord et la comparaison transatlantique des climats ; l’essor d’un discours historique mêlant processus de civilisation des peuples et amélioration climatique ; le projet des monarchies éclairées d’améliorer le climat ; la volonté de percer le mystère des cycles météorologiques ; et enfin l’émergence d’une conception historiciste de la nature (la géologie, les théories de la Terre). Les théories influentes de Richard Grove et Dipesh Chakrabarty sur les liens entre histoire, climat et réflexivité environnementale des sociétés sont ici réinterrogées. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Biopouvoir et désinhibitions modernes, 2013

16 septembre 2018 Laisser un commentaire

La fabrication du consentement technologique au tournant des XVIIIe et XIXe siècles

Résumé

La notion foucaldienne de biopouvoir permet de retourner la question mal posée de la « prise de conscience environnementale » et de ses origines historiques. D’une part elle souligne que la politisation de l’environnement possède une longue histoire puisant certaines de ses racines dans la biopolitique, dans la gestion conjointe des environnements et de la santé des populations ; de l’autre elle focalise le regard historien sur l’imposition technologique et la résorption de sa critique. Trois exemples de désinhibitions modernes au tournant des XVIIIe et XIXe siècles sont étudiés : le basculement des étiologies médicales de l’environnemental au social, l’application de la notion de risque à la gestion de la vie, la définition expertale des caractéristiques du vaccin après 1800. Lire la suite…

Hugues Berger, Je ne connaissais pas Jérôme Laronze, 2018

24 juillet 2018 Laisser un commentaire

Je ne connaissais pas Jérôme Laronze. Pas plus que je ne connaissais Angelo Garand, Joseph Guerdner, Amine Bentounsi, Rémi Fraisse, Adama Traoré ou les autres victimes de meurtres policiers 1. Mais parmi les horreurs que nous livre chaque jour l’actualité, celle-ci est tombée si près de moi que j’ai tremblé. Nous avions presque le même âge. Nos fermes étaient distantes de quelques kilomètres seulement. Nous étions tous deux révoltés par l’industrialisation de l’agriculture. Malheureusement, nous ne nous sommes jamais rencontrés.

J’ai appris la mort de Jérôme au détour d’une conversation. Un de ces faits divers qu’on a lus dans la presse et qui relance facilement une discussion en panne.

« L’agriculteur en cavale a été tué. Les gendarmes ont tiré alors qu’il leur fonçait dessus. »

Stupeur.

« Comment ? Tu n’as pas entendu parler de cette histoire de dingue ? »

Il faut dire que durant neuf jours, le journal local en a fait le personnage principal de son feuilleton. Rendez-vous compte ! Dans cette campagne où les journalistes attendent les accidents de la route pour faire la une, un agriculteur offre la trame d’un western. Présenté tantôt comme un forcené, tantôt comme un idéaliste rêveur, ils ont fait de Jérôme Laronze un cowboy. Combien de bêtises ont-elles été écrites à son sujet ? Combien de mensonges ont-ils circulé de bouche en bouche ? Lire la suite…

Stephen Jay Gould, Haldane et la guerre chimique, 2002

9 juillet 2018 Laisser un commentaire

Les guerres longues, coûteuses et qui s’embourbent, débutent souvent dans la ferveur patriotique, mais tendent à se terminer dans la souffrance et la désillusion. Notre propre guerre de Sécession s’est soldée par un nombre de morts terriblement élevé et a cruellement remué la conscience collective de notre pays, dont la douleur n’a fait que s’accroître avec le temps. En 1862, les recrues de l’armée fédérale nordiste reprenaient à l’envi la chanson la plus célèbre de l’année :

« Oui, nous allons nous regrouper autour de notre drapeau, les gars, nous allons nous regrouper une fois de plus
Lançant bien haut le cri de bataille de la Liberté,
Nous allons descendre de nos collines, nous allons venir de nos plaines,
Lançant bien haut le cri de bataille de la Liberté…
C’est ainsi que nous accourons de l’Est et de l’Ouest
Et que nous allons expulser cette bande de rebelles du pays que nous aimons le plus. »

Mais deux ans plus tard, la chanson de Walter Kittredge, « Camper sur l’ancien terrain, » était devenue la rengaine favorite des deux armées. Le refrain, avec sa mélodie obsédante (même naïve), résumait bien l’état d’esprit que partageaient désormais les deux parties :

« Nombreux sont les cœurs las, ce soir,
Espérant la fin de la guerre ;
Nombreux sont les cœurs espérant le droit
De voir l’aube de la paix. »

Mais rien n’a égalé les horreurs de la Première Guerre mondiale, ce conflit que les Français appellent toujours la Grande Guerre, et que nous, Américains, avions qualifié de « guerre pour mettre fin à toutes les guerres. » Lire la suite…