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Archive for the ‘Histoire’ Category

Marc Bloch, Avènement et conquêtes du moulin à eau, 1935

17 mars 2019 Laisser un commentaire

I

Au moment où les premières roues de moulin commencèrent à battre le fil des rivières, l’art de moudre les céréales avait déjà, en Europe et dans les civilisations méditerranéennes, un passé beaucoup plus que millénaire. À l’origine, il faut imaginer le plus rudimentaire des procédés : les grains concassés à coups de pierres brutes. Mais dès la préhistoire, à des dates et en des lieux qu’il ne nous appartient pas ici de rechercher, un pas décisif avait été franchi par l’invention de véritables outils. C’étaient, tantôt le mortier avec son pilon, tantôt, allant et venant sur un support allongé, le rouleau de pierre que les statuettes égyptiennes mettent aux mains de femmes, généralement agenouillées. Puis apparut la meule tournante. Imaginée dans le bassin de la Méditerranée et peut-être en Italie, au cours des deux ou trois siècles qui précédèrent l’ère chrétienne, elle avait pénétré en Gaule peu avant la Conquête [1]. Elle pouvait être mue, elle aussi, par l’homme et le fut, en effet, souvent. Lire la suite…

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Marc Bloch, Les inventions médiévales, 1935

17 mars 2019 Laisser un commentaire

I

Pendant le moyen âge, « sauf l’invention de la poudre, la technique… resta en grande partie stationnaire » [1]. Voici moins de quinze ans que cette phrase a été écrite. Elle était dès lors scandaleuse au regard de quelques rares spécialistes. Que tous les historiens, je le veux croire, et, sans conteste, beaucoup de personnes simplement cultivées s’accordent aujourd’hui à la juger telle, l’honneur en revient, avant tout, aux découvertes comme aux vigoureuses campagnes du Commandant Lefebvre des Noettes [2]. Nous savons maintenant, à n’en pas douter, qu’au moment où elles partirent à la conquête des grandes routes océanes, les sociétés européennes disposaient d’un outillage infiniment supérieur à celui de l’Empire romain à son déclin. Mais nous savons encore très mal comment, à quelles dates au juste et sous l’action de quelles causes ces divers progrès avaient été réalisés. Sur l’histoire de l’un d’eux j’ai présenté plus haut quelques faits et quelques conjectures. Pour reprendre un à un tous les postes du bilan, il faudra des équipes de chercheurs. C’est dans l’espoir d’aider peut-être à leur effort que je voudrais grouper ici diverses remarques, dont beaucoup ne seront guère plus que des questions. Lire la suite…

Céline Lafontaine, L’économie du vivant, 2015

14 février 2019 Laisser un commentaire

De la cybernétique au vivant pensé comme information

La Cause du désir : Votre premier sujet de recherche était la cybernétique. Pourriez-vous nous dire quelques mots de cette passion pour l’informationnel qui anime la science contemporaine ?

Céline Lafontaine : J’ai étudié ces questions dans mon travail de thèse. À l’époque, à la fin des années 1990, on commençait à parler de cyberespace. J’ai essayé de comprendre l’origine de cette révolution technoscientifique, et c’est ainsi que je suis remontée à la cybernétique. Très peu de gens s’y intéressaient alors, parce que la discipline cybernétique a disparu au tournant des années 1980, tout le monde étant devenu cybernéticien. Cette science a perdu sa crédibilité du fait d’un trop grand engouement. Lire la suite…

Henri Lefebvre, Sur les situationnistes, 1983

13 janvier 2019 Laisser un commentaire

La Critique de la vie quotidienne d’Henri Lefebvre a nourri les situationnistes au cours d’une amitié qui a duré « environ quatre à cinq ans » Dans cet entretien inédit réalisé par Kristin Ross en 1983, Henri Lefebvre raconte comment s’est noué ce rapport, autour de quelles thématiques : de nouvelles manières d’arpenter la ville, la nécessité de transformer l’urbain, et la Commune de Paris comme fête. Entre Amsterdam, Strasbourg, Navarrenx et Paris, du groupe CoBrA à Mai 68, Lefebvre retrace la grande fresque du moment « situ », de ses audaces et de ses sectarismes. Entre récit de rupture et témoignage bienveillant, Lefebvre revient sur une séquence d’innovations théoriques, artistiques, militantes qui ont bouleversé la théorie et la pratique révolutionnaires. Lire la suite…

François Jarrige, Les inventeurs, héros déchus du progrès technique, 2008

25 novembre 2018 Laisser un commentaire

Christine MacLeod,
Heroes of Invention.
Technology, Liberalism and British Identity, 1750-1914,
Cambridge, Cambridge University Press, 2007.

 

L’héroïsation de la figure de l’inventeur a accompagné le développement de la société industrielle dans l’Angleterre du XIXe siècle. L’historienne des techniques Christine MacLeod montre comment James Watt ou George Stephenson, incarnations du progrès, ont été glorifiés par leurs contemporains. L’inventeur adulé a ensuite cédé la place au scientifique anonyme, avant que l’image de l’apprenti sorcier vienne jeter le doute sur les bienfaits du progrès technique.

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Jean-Baptiste Fressoz, Désintellectualiser la critique est fondamental, 2018

22 novembre 2018 Laisser un commentaire

C’est un mot qui a trouvé sa place dans les débats environnementaux : Anthropocène. Les humains seraient ainsi devenus une force géologique à même de modifier le système Terre. Si le concept a un certain mérite, il a toutefois la fâcheuse tendance d’unifier l’humanité de manière indifférenciée : désigner l’espèce humaine comme responsable de la crise environnementale, c’est oublier les rapports économiques, sociaux et coloniaux qui, sous l’effet de la classe dominante, ont conditionné le changement climatique. Co-auteur, avec Christophe Bonneuil, de L’Événement Anthropocène, Jean-Baptiste Fressoz est historien des sciences et des techniques : en interrogeant les catégories et les récits qui nous permettent de penser la crise climatique, il souhaite repolitiser l’histoire longue de l’Anthropocène. Nous rencontrons l’historien dans une librairie toulousaine. Lire la suite…

Radio: Jean-Baptiste Fressoz, Le mythe de la transition énergétique, 2018

13 novembre 2018 Laisser un commentaire

Conférence de Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, qui montre comment la « transition énergétique » est un mythe forgé par des experts afin de neutraliser la charge critique de la « crise de l’énergie » et du changement climatique. Il montre comment les choix technologiques des États et des classes dominantes ont systématiquement écarté les énergies renouvelables et les solutions collectives, imposant partout la recherche de la puissance et du résultat immédiat au détriment du rendement et de l’économie de ressources.

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Le mythe de la transition énergétique

63 mn

Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle diffusée sur Radio Zinzine.

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Radio: Célia Izoard, Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ?, 2011

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Le Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs

Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ? À Toulouse, entre 1980 et 1983, ce mystérieux Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs faisait la une des journaux en incendiant des usines d’informatique. C’est avant, bien sûr. Avant que nous ayons (presque) tous un iPod dans la poche et un portable à la main. À une époque où les gens étaient tellement sceptiques sur l’utilité d’un ordinateur à la maison que le gouvernement s’était mis à distribuer des Minitel à tour de bras…

La nuit du 5 avril 1980, à Toulouse, les locaux de la société Phillips Informatique sont en feu. Trois jours plus tard, on signale un incendie à la compagnie d’informatique CII-Honeywell-Bull. Le procédé est rudimentaire : ordinateurs, fichiers et documents ont été entassés dans le hall et brûlés. Le 10 avril, c’est-à-dire le lendemain de l’incendie de la CII, une fausse alerte à la bombe nécessite l’évacuation des locaux d’IBM, à Toulouse. On fait des rapprochements avec un attentat qui avait visé l’ancien siège de DATA Systems le 24 novembre 1977… Lire la suite…

Bernard Charbonneau, Écologie, espace géographique, temps historique, 1989

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’originalité de l’écologie est d’être une science synthétique, étudiant les ensembles ou écosystèmes naturels. Elle a inspiré un mouvement « écologique », dénonçant les menaces que le système industriel fait peser sur la nature : id est l’écosystème planétaire où intervient l’homme.

Or deux autres disciplines à vocation synthétique pourraient compléter une écologie limitée à la nature : la Géographie et l’Histoire. La géographie étudie les ensembles naturels et humains dans le cadre de l’espace local et terrestre, comme l’histoire dans celui du temps. Mais l’accumulation des informations contraint la géographie et l’histoire à devenir de plus en plus scientifiques, techniques et spécialisées. Elles risquent ainsi de trahir leur vocation de connaissance synthétique dans le cadre de l’espace-temps. L’écologie, la géographie et l’histoire peuvent-elles s’unir pour une connaissance de l’ensemble vivant, naturel et culturel, fruit de l’action humaine sur terre ? Dans l’état actuel de la recherche scientifique est-ce possible ? Est-ce la seule affaire des sciences ? Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz & Fabien Locher, L’agir humain sur le climat et la naissance de la climatologie historique, 2015

16 septembre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’idée d’un changement climatique, causé par l’homme ou par des facteurs naturels, s’est imposée peu à peu, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. La climatologie historique a émergé, dès cette époque, pour l’étudier grâce à un regard rétrospectif sur les registres météorologiques, les sources historiques, les végétations anciennes et l’évolution des fleuves et des glaciers. Dès 1671, Robert Boyle recommande d’observer le temps pour étudier l’action humaine sur le climat. Des enjeux multiples ont contribué à cette historicisation : la colonisation de l’Amérique du Nord et la comparaison transatlantique des climats ; l’essor d’un discours historique mêlant processus de civilisation des peuples et amélioration climatique ; le projet des monarchies éclairées d’améliorer le climat ; la volonté de percer le mystère des cycles météorologiques ; et enfin l’émergence d’une conception historiciste de la nature (la géologie, les théories de la Terre). Les théories influentes de Richard Grove et Dipesh Chakrabarty sur les liens entre histoire, climat et réflexivité environnementale des sociétés sont ici réinterrogées. Lire la suite…