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Archive for the ‘Techniques & Métiers’ Category

Georges Canguilhem, La décadence de l’idée de Progrès, 1987

3 avril 2020 Laisser un commentaire

Résumé

Les philosophes du siècle des Lumières ont conçu le Progrès comme manifestation de la perfectibilité naturelle de l’humanité. Le XIXe siècle a vu se ternir cette image d’avenir sous l’effet de ruptures épistémologiques et de surprises techniques. Conséquences imprévisibles de l’invention et de l’emploi de la machine à vapeur, les principes de dégradation énergétique en physique, les analyses révolutionnaires des rapports d’inégalité socio-économique dans les sociétés industrielles ont entraîné la dislocation d’une idée qui avait joué le rôle d’un principe de conservation des valeurs. Chez Freud et chez Lévi-Strauss le principe de Carnot est devenu principe de jugement de l’histoire. Lire la suite…

Rob Wallace, Agrobusiness et épidémie, 2020

23 mars 2020 Laisser un commentaire

D’où viens le coronavirus ?

 

Pas un jour ne passe sans qu’un gouvernement ne prenne des mesures spectaculaires face à l’épidémie de coronavirus. L’état d’urgence est déclaré, des millions de personnes sont confinées, les vols provenant d’Europe sont interdits aux États-Unis et les écoles françaises sont fermées. S’il est évident que face aux progrès de la maladie, des mesures s’imposent, il n’en demeure pas moins que les causes profondes de l’apparition du coronavirus demeurent absentes tant des débats qui font rage en ce moment que des politiques sanitaires menées par les différents gouvernements. Dans cet entretien réalisé le 11 mars 2020, le biologiste Rob Wallace souligne la responsabilité de l’agro-industrie dans l’émergence de nouvelles infections et esquisse des mesures radicales pour les empêcher : des mesures contre le capital.

Quel danger représente ce nouveau coronavirus ?

Rob Wallace : Cela dépend de différents facteurs. Où en est l’épidémie locale dans votre région ? Au début, au pic, à la fin ? Quelle est la qualité de la réponse en matière de santé publique ? Quelles sont les données démographiques locales ? Quel âge avez-vous ? Êtes-vous immunologiquement compromis ? Quel est votre état de santé sous-jacent ? Et puis il y a des facteurs qui ne sont pas diagnostiquables, par exemple, est-ce que votre immunogénétique, la génétique sous-jacente à votre réponse immunitaire, s’aligne ou non avec le virus ?

Toute cette agitation autour du virus n’est donc qu’une tactique pour nous faire peur ?

Non, certainement pas. Au niveau des populations, le Covid-19 affichait un taux de mortalité de 2 à 4 % au début de l’épidémie à Wuhan. En dehors de Wuhan, le taux de mortalité baisse à environ 1 %, voire moins, mais il paraît aussi augmenter par endroits, notamment en Italie et aux États-Unis. Sa mortalité ne semble donc pas très élevée par rapport, par exemple, au SRAS à 10 %, à la grippe de 1918 à 5-20 %, à la « grippe aviaire » H5N1 à 60 % ou, à certains endroits, au virus Ebola à 90 %. Mais elle dépasse certainement le taux de 0,1 % de la grippe saisonnière. Le danger ne se limite pas au taux de mortalité. Nous devons nous attaquer à ce que l’on appelle la pénétrance ou le taux d’attaque communautaire, c’est-à-dire la proportion de la population mondiale touchée par l’épidémie. Lire la suite…

Rob Wallace, Agribusiness would risk millions of deaths, 2020

23 mars 2020 Laisser un commentaire

The coronavirus is keeping the world in a state of shock. But instead of fighting the structural causes of the pandemic, the government is focusing on emergency measures. A talk with Rob Wallace (Evolutionary Biologist) about the dangers of Covid-19, the responsibility of agribusiness and sustainable solutions to combat infectious diseases

How dangerous is the new coronavirus?

Rob Wallace: It depends on where you are in the timing of your local outbreak of Covid-19: early, peak level, late? How good is your region’s public health response? What are your demographics? How old are you? Are you immunologically compromised? What is your underlying health? To ask an undiagnosable possibility, do your immuogenetics, the genetics underlying your immune response, line up with the virus or not?

So all this fuss about the virus is just scare tactics?

No, certainly not. At the population level, Covid-19 was clocking in at between 2 and 4% case fatality ratio or CFR at the start of the outbreak in Wuhan. Outside Wuhan, the CFR appears to drop off to more like 1% and even less, but also appears to spike in spots here and there, including in places in Italy and the United States.. Its range doesn’t seem much in comparison to, say, SARS at 10%, the influenza of1918 5-20%, »avian influenza« H5N1 60%, or at some points Ebola 90%. But it certainly exceeds seasonal influenza’s 0.1% CFR. The danger isn’t just a matter of the death rate, however. We have to grapple with what’s called penetrance or community attack rate: how much of the global population is penetrated by the outbreak. Lire la suite…

Michel Barrillon, Regards croisés sur les Luddites et autres briseurs de machines, 2008

14 mars 2020 Laisser un commentaire

La place de la technique dans la problématique du changement social

 

« Ceux qui nous traitent de “briseurs de machines”, nous devons les traiter en retour de “briseurs d’hommes”. »

Günther Anders, “Briseur de machines ?”, 1987.

 

Pour une relecture
de la Révolution industrielle

Récemment, en l’espace d’une année, sans concertation, des maisons d’édition françaises ont publié quatre ouvrages portant sur la destruction de machines [1]. Jusqu’alors, les éditeurs, reflétant en cela les préoccupations de la majorité des historiens, ne s’étaient guère intéressés aux révoltes ouvrières contre les machines à l’aube de la Révolution industrielle. Cela tenait essentiellement au fait que ces mouvements étaient perçus comme la manifestation d’un « obscurantisme technologique », une réaction archaïque au regard d’une dynamique historique présumée placée sous les auspices du « Progrès ». Les manuels d’histoire en témoignent : ainsi, quand les faits en question ne sont pas purement et simplement ignorés, ils sont présentés comme un « réflexe primitif » [2].

Dans l’art de la dénégation, David S. Landes apparaît comme un virtuose : sur les quelque 750 pages d’un livre consacré à la naissance et à l’essor du capitalisme industriel, il ne dit rien des troubles sociaux qui ont marqué les débuts de l’industrie textile en Angleterre dans les premières décennies du XIXe siècle. À ses yeux : « la Révolution industrielle puis le mariage de la science et de la technique sont l’apogée de millénaires de progrès industriel ». Et cette acmé ouvre une nouvelle ère d’expansion indéfinie avec l’amorce d’un « progrès cumulatif de la technique et de la technologie, un progrès autonome » d’autant plus débridé que les préjugés et la tradition auront été écartés [3].

Même Paul Mantoux, qui pourtant disserte longuement sur le luddisme et autres formes de destruction de machines, utilise de manière récurrente l’épithète « suranné » pour qualifier les méthodes de production de l’industrie à domicile, les réglementations la régissant ou encore les arguments avancés par les ouvriers pour défendre leur métier [4].

Il faut croire qu’il est difficile de se départir de l’idée que ce qui est devait fatalement advenir. Et la plupart des historiens ne faillissent pas à la règle, si bien que, à travers leur regard nécessairement rétrospectif, ils ont tendance à apprécier les événements passés à l’aune du présent, et à justifier les verdicts rendus par l’histoire. Il n’est bien évidemment pas question ici d’imaginer ce qui se serait produit si les ouvriers de métier étaient sortis victorieux de leur combat contre le machinisme et le système de la fabrique. On notera toutefois au passage qu’ils sont parvenus à juguler pendant deux siècles un mouvement qui visait à leur imposer la dictature de la machine [5]. Il s’agit plutôt de comprendre les enjeux de ce conflit majeur qui marque la naissance du capitalisme industriel – un drame qui, avec le recul de l’histoire, apparaît comme le crime fondateur de notre civilisation. Lire la suite…

Michel Barrillon, Faut-il refuser le progrès ?, 2004

Le mythe du progrès au regard de la critique sociale

Prélude

De la nécessité de sortir des faux dilemmes

Si nous étions un tant soit peu sensés, nous remiserions parmi les vieilleries éculées ces notions de progrès, tradition, développement, croissance…, abusivement traitées comme des concepts. Ou, si nous étions rigoureux, nous les considérerions comme des fictions chimériques constitutives de l’imaginaire capitaliste et de l’idéologie de la plupart des économistes, ses plus zélés propagandistes ; reconnues ainsi comme mythes fondateurs ou « significations imaginaires sociales » de la modernité, elles seraient assimilables à autant d’objets d’étude relevant de l’histoire des croyances ou de l’anthropologie culturelle.

Mais, comme le disait Serge-Christophe Kolm à propos de certains de ses collègues, il est difficile à un auteur très « engagé » dans sa discipline de « reconnaître avec égalité d’âme qu’il a perdu des années de sa vie, ou toute celle-ci, à pratiquer une activité stérile » [1]. La remarque s’applique à une communauté de spécialistes qui s’obstinent vainement depuis un demi-siècle à chercher « la » solution des problèmes de développement. Ils sont d’autant plus enclins à persévérer dans cette quête illusoire qu’ils y trouvent le moyen de « réaffirmer leur légitimité » [2], quand ce n’est pas un poste gratifiant, ou le statut honorifique et envié de conseiller du Prince, ou encore celui d’intellectuel organique de mouvements politiques. On n’abandonne pas aisément ce qui s’apparente à un fonds de commerce [3]. Lire la suite…

Radio: Jean-Baptiste Fressoz, Une histoire politique du CO2, 2015

24 février 2020 Laisser un commentaire

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, nous brosse à grands traits une histoire politique du CO2 aux XIXe et XXe siècles. Car aussi fameuse que soit la courbe des émission de CO2 établie par le GIEC, il est en fait assez difficile d’en faire une histoire suffisamment précise pour permettre par exemple de retracer la part de différents choix technologiques dans les émissions de gaz a effet de serre. Il est impossible de savoir, dans cette courbe, ce qui relève de l’automobile, de l’agriculture industrielle ou de la guerre. Il s’agit donc d’essayer de politiser le constat du changement climatique.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°59,
diffusée sur Radio Zinzine en février 2020.

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Matthieu Amiech, Comme le nez au milieu de la figure, 2019

9 février 2020 Laisser un commentaire

Un complexe militaro-industriel « caché » au cœur de notre région

Il y a trois ans, le journaliste lillois Tomjo proposait un tableau percutant du capitalisme de sa région, sous le titre Au nord de l’économie. Matthieu Amiech, habitant du Tarn-et-Garonne, engagé dans diverses luttes contre l’informatisation de la société, propose ici la première mouture d’une réponse à ce texte : il ébauche un Sud-Ouest de l’économie, en présentant l’atout-maître de la région Occitanie, le complexe militaro-industriel toulousain, qui alimente et se nourrit de tout un secteur d’innovation technologique extrêmement dynamique. Autant pour nos idéaux d’égalité sociale et de liberté, autant pour la fameuse convivencia occitane… Lire la suite…

Matthieu Amiech, Notre libre-arbitre est aspiré par Internet, 2019

8 février 2020 Laisser un commentaire

L’essayiste et éditeur Matthieu Amiech, membre du Groupe MARCUSE (Mouvement autonome de réflexion critique à l’usage des survivants de l’économie), revient sur les dangers de l’informatisation de notre société, problème politique majeur, selon lui.

Le Groupe MARCUSE – en référence à Herbert Marcuse – vient de rééditer La Liberté dans le coma (éd. La Lenteur), six ans après la première version. Cette nouvelle édition comporte une préface conséquente et des tribunes. Dans cet ouvrage, le collectif critique les conséquences de l’informatisation croissante de nos vies. Il s’agit pour eux d’un problème politique majeur.

« La vie privée n’est pas mise en danger par les “dérives” d’internet, elle est déjà en lambeaux, mise à sac par les assauts répétés de la société moderne au nom de la prospérité économique et de l’impératif d’élévation du niveau de vie. La surveillance, mercantile ou policière, résulte du choix collectif d’un mode de vie irresponsable. Elle est inévitable tant que les individus accepteront que des organisations géantes administrent leur existence. »

Membre du collectif et co-fondateur des éditions La Lenteur, Matthieu Amiech revient avec nous sur les enjeux du numérique. Lire la suite…

Quentin Hardy et Pierre de Jouvancourt, Y a-t-il un « danger écologique » ?, 2019

3 février 2020 Laisser un commentaire

Disqualifier l’écologie et réhabiliter le progrès par l’innovation dans le champ médiatique français (2005-2017)

 

Résumé

2018 restera probablement perçue comme une année de césure dans la réception médiatique et populaire du changement climatique : certaines questions écologiques ont alors bénéficié d’un écho plus important et relativement plus rigoureux au regard des enjeux qu’elles soulèvent – même si d’immenses problèmes politiques subsistent. Dans la séquence précédente, à partir du début du siècle et jusqu’à très récemment, une grande confusion a régné autour de l’écologie, que ce soit dans l’opinion publique ou dans une partie du monde académique et journalistique. Une plongée dans les discours de plusieurs « intellectuels » médiatiques influents colportant avec obstination un discours de disqualification de l’écologie est instructive. Cette analyse permet d’aider à comprendre pourquoi ces enjeux ont été si longtemps relégués à l’arrière-plan et de montrer la forte valorisation chez ces auteurs d’une société fondée sur le principe de l’innovation infinie et de la disruption technologique. Lire la suite…

Radio: Ingénieur, pourquoi?, 2019

9 janvier 2020 Laisser un commentaire

Les études d’ingénieur, c’est – dit-on – la « voie royale ». Avoir un diplôme d’ingénieur permet de gagner confortablement sa vie, et de faire partie des gagnants.

Mais pour certains, un bon salaire ne suffit pas à répondre aux grandes questions existentielles. À quoi servent les ingénieurs aujourd’hui ? À être des bons petits soldats de la fuite en avant technologique ? À remplacer les humains par les robots, à les rendre toujours plus dépendants de la technologie, d’industries toujours plus avides d’énergie et de ressources ?

Alors que les rapports scientifiques alarmants sur l’accélération de la catastrophe écologique se multiplient, ces questions sont quasiment absentes des formations d’ingénieurs. On apprend essentiellement aux étudiants à se conformer aux attentes du marché du travail et des entreprises, qui n’ont pour but que la croissance de leurs bénéfices.

De plus en plus nombreux sont les étudiants en école d’ingénieur qui se posent des questions sur leur rôle social et ne veulent plus suivre cette « voie royale » qu’on leur a tracé.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°58,
diffusée sur Radio Zinzine en décembre 2019.

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