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Archive for the ‘Techniques & Métiers’ Category

Faut pas pucer, Lettre ouverte aux salariés d’Enedis, 2017

28 avril 2017 Laisser un commentaire

Lettre ouverte aux salariés d’Enedis et de ses multiples sous-traitants, qui sillonnent villes et campagnes de l’Hexagone pour installer à marche forcée les compteurs Linky et leurs relais.

Mesdames, Messieurs,

Vous n’êtes pas sans savoir qu’une étonnante vague de refus des compteurs Linky, dits « intelligents », traverse la France depuis plusieurs mois. Cette opposition a ceci d’étonnant qu’elle est informelle et décentralisée, qu’elle se développe hors de toute structure politique ou syndicale constituée, et en dépit de la puissante propagande de votre groupe, Enedis – en dépit, aussi, de l’absence de contre enquête de la part des grands médias sur les enjeux du projet Linky et les moyens utilisés pour le mettre en œuvre. Lire la suite…

Roger Heim, Préface du Printemps Silencieux, 1968

22 avril 2017 Laisser un commentaire

Le livre de Rachel Carson est arrivé à son heure en Amérique où il a obtenu un énorme succès, et le voici désormais en Europe où nous étions moins préparés peut-être à rédiger un ouvrage aussi nourri de faits, aussi bourré de chiffres, aussi creusé d’exemples. Pareillement indiscutable, pour tout dire. Car le procès est dorénavant ouvert, sans risque cette fois d’étouffement. Et c’est aux victimes de se porter partie civile, et aux empoisonneurs de payer à leur tour. Nos avocats seront ceux qui défendent l’Humain, mais aussi la Vie, toute la Vie. C’est-à-dire notre berceau, puis notre lit de repos, l’air et l’eau, le sol où dorment les semences, la forêt où chante la faune, et l’avenir où luit le soleil. En d’autres termes : la Nature. Celle d’où nous venons ; celle où nous allons souvent ; celle où nous irons à tout jamais. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Interview par Article11, 2010

9 avril 2017 Laisser un commentaire

Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et – donc – de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit – comme chaque année – aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et – de façon générale – le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on – enfin – expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot « transparence » a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère. Lire la suite…

No-TICE pour le collège, 2015

2 février 2017 Laisser un commentaire

A la rentrée 2014 nous apprenions que notre collège serait « collège connecté ». Ce qui signifie que notre établissement se voit « doté d’équipements mobiles et de ressources numériques » et que nous bénéficions « d’une formation spécifique aux usages pédagogiques du numérique » 1. En novembre 2014 le Président de la République annonçait que tous les élèves de 5° seraient dotés de tablettes dès la rentrée 2016. Il est fait de l’utilisation du numérique au collège une priorité. Le ministère de l’Education Nationale affirme qu’il veut mettre en œuvre une stratégie ambitieuse pour faire entrer l’école dans l’ère du numérique 2.

Par le numérique nous entendons, tout comme les autorités d’ailleurs, le recours aux ressources en lignes, aux sites Internet en classe et surtout l’utilisation des tablettes par nos élèves. Nous nous intéresserons moins aux vidéo-projecteurs dans le sens où ils nous servent essentiellement de projecteurs diapositives très perfectionnés. Ils n’ont jamais eu pour vocation de changer nos pratiques, notre rôle d’enseignant ni l’environnement cognitif des élèves. Les tablettes, si 3.

Si on nous a abondamment consultés sur les pratiques du numérique, notamment lors de la concertation nationale sur le numérique lancée le 20 janvier 2015, on ne nous a jamais questionnés sur la pertinence de son utilisation et de sa massification. Comme si le bien fondé du numérique au collège allait de soi. Lire la suite…

Étienne Path, Verba volent, scripta manent ?, 2014

30 janvier 2017 Laisser un commentaire

img072Suite à des discussions individuelles que nous avons eues lors de la rencontre lyonnaise du groupe Écran total – rencontre ayant eu pour objet une réflexion critique sur la transformation des métiers et les modes de vie par l’informatique et les méthodes de gestion –, nous proposons ici une présentation des transformations en cours et, peut-être, à venir au sein des bibliothèques. Ce texte s’adresse à tout ceux qui ont un intérêt pour les bibliothèques.

Le monde des bibliothèques est fait d’établissements variés tant en termes de statuts, de tailles, de lieux que de budgets. Nous essayerons donc de préciser le cadrage de nos critiques dans la mesure où une vue d’ensemble nous intéresse plus que la description d’une bibliothèque particulière. Lire la suite…

Henri Mora, Le travail et la marchandise, 2011

19 janvier 2017 Laisser un commentaire

Tout est si bien porté par la manière de considérer le monde qu’il paraît impossible de le voir différemment. Vendre et acheter se révèle être la seule occupation de nos contemporains afin de répondre à leur « soucis incessant d’améliorer leur sort ». Mais n’est-ce point le travail, non comme activité humaine, mais parce qu’il se trouve à l’origine des rapports sociaux qu’il crée en tant que producteur de richesse (de « plus-value »), qui détermine l’évolution de l’histoire et des conditions sociales, économiques et humaines, comme il détermine l’évolution des moyens de production ? Lire la suite…

Aurélien Berlan, Pouvoir et dépendance, 2016

13 janvier 2017 Laisser un commentaire

La réflexion sur le pouvoir – catégorie associée en priorité à la sphère politique, au point d’y être réduite – est en général absorbée entre les pôles de la force et de la normativité, de la coercition subie et de la soumission volontaire, de la domination dont la violence serait le « moyen spécifique » voire, en cas de défaillance des autres moyens, l’« ultima ratio » (Max Weber), et de l’autorité reconnue et consentie comme légitime (Hannah Arendt) 1. Pourtant, il y a des formes de pouvoir, au sens large de manières d’influencer l’action d’autrui, qui ne relèvent ni de la domination, ni de l’autorité : je pense aux formes impersonnelles ou indirectes de pouvoir, spécifiquement modernes, consistant à peser sur le comportement des autres sans leur donner d’ordre explicite, juste en modifiant le champ des possibles qui s’ouvrent à eux ou « en façonnant les conditions de leur action d’une manière qui limite leur marge de choix, et par conséquent d’action “libre”, tout en maintenant la fiction de cette liberté » 2. Parmi elles, je vais m’intéresser plus particulièrement au pouvoir nourricier, celui qui se pose en grand pourvoyeur des biens permettant de satisfaire nos besoins. Il influence notre comportement sans le recours à la violence physique ni le secours de la légitimité, juste par la dépendance dans laquelle il nous tient. Lire la suite…

Matthieu Amiech, Face à l’islamisme, sortir d’une polarisation idéologique stérile, 2016

9 janvier 2017 Laisser un commentaire

Attentat après attentat, polémique après rixe, provocation islamiste après mesure politicienne jetant de l’huile sur le feu, la société française encaisse et digère tant bien que mal. La paix civile plie mais ne rompt pas, ou plutôt, elle est régulièrement rompue mais pas submergée de toutes parts. Difficile de savoir quels sentiments et quels partis pris dominent dans les populations, mais l’accablement et l’aveuglement y ont visiblement une part importante.

Un des aspects les plus frappants et problématiques de la situation est la polarisation idéologique qu’elle entraîne : il est, ou il semble, de plus en plus difficile de prendre acte que des forces organisées ont déclaré la guerre à la société française (et au-delà, européenne) tout en critiquant l’état d’urgence indéfiniment prorogé. Il est, ou il semble, de plus en plus rare de trouver des positions qui condamnent le colonialisme et ses prolongements contemporains dans le capitalisme prédateur, tout en rejetant la ré-islamisation récente des sociétés arabes et africaines comme une régression qui n’était nullement inscrite par avance dans leur destin politique et culturel. Il devient, ou il semble devenir, incompatible de se préoccuper de la situation des Maghrébins en France du fait des regards soupçonneux qui pèsent sur eux (et elles), et de s’inquiéter (pour les Maghrébins et pour tous les autres) de l’emprise croissante des normes religieuses sur certains milieux. Lire la suite…

Nicolas le Dévédec, Le meilleur des mondes transhumanistes, 2014

23 décembre 2016 Laisser un commentaire

Introduction au dossier Critique du Transhumanisme

« La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. »

Aldous Huxley

Jamais ces mots de l’écrivain Aldous Huxley, l’auteur de la célèbre dystopie Le meilleur des mondes (1932), n’ont-ils paru autant prémonitoires. Chirurgie esthétique, dopage sportif, contrôle de la procréation, augmentation des capacités cognitives ou lutte contre le vieillissement sont autant de manifestations actuelles d’une aspiration forte à améliorer l’être humain et la vie en elle-même par le biais des avancées technoscientifiques et biomédicales.

Depuis plusieurs années, la question de l’amélioration des performances humaines trouve dans le mouvement du transhumanisme son principal et radical promoteur. Courant culturel issu de la Silicon Valley, le transhumanisme considère « l’augmentation » biotechnologique de l’être humain comme un impératif éthique et politique. Se rendre plus beau, plus fort, plus intelligent, plus heureux et vivre presque éternellement grâce aux technosciences sont ses objectifs principaux. Par la cryogénie, la fusion de l’humain et de la machine, le recours à un eugénisme libéral ou encore l’usage de la pharmacologie et des nanotechnologies, les transhumanistes ambitionnent rien de moins que de dépasser entièrement la condition humaine pour accéder à un nouveau stade de l’évolution : la posthumanité. « L’humanité est une étape provisoire sur le sentier de l’évolution. Nous ne sommes pas le zénith du développement de la nature » 1, proclame ainsi le philosophe Max More, l’un des chefs de file du mouvement. Lire la suite…

T. Dubarry & J. Hornung, Qui sont les transhumanistes ?, 2008

13 décembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Résumé

Nous avons ici tenté de décrypter la nature, la structure et les modalités d’actions d’une minorité active contemporaine au sein des pays développés. Les individus qui composent le mouvement transhumaniste reflètent admirablement bien, à des degrés divers et variés, la situation conflictuelle qui est celle de l’espèce humaine en ce début de 3ème millénaire confrontée à l’importance croissante prise par les sciences, les techniques et la technologie dans nos vies quotidiennes. Discutant de l’avenir de l’humanité, les transhumanistes questionnent des problématiques essentielles qui mettent progressivement en valeur une nouvelle identité idéale posthumaine où la technique, mise au service de l’humain, restaure la légitimité sociale et cosmologique de celui-ci. Lire la suite…