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Archive for the ‘Techniques & Métiers’ Category

Résumé: Groupe MARCUSE, La liberté dans le coma, 2012

essai sur l’identification électronique
et les motifs de s’y opposer

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Le texte qui suit est un résumé d’un ouvrage de 244 pages. De nombreux exemples qui viennent à l’appui des idées et des analyses ici exposés succinctement n’ont donc pas été reproduits ni cités. Ce résumé ne peut donc se substituer à la lecture de l’ouvrage entier ; il n’est là que pour donner un aperçu des thèses développées dans le livre.

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Sommaire de l’ouvrage :

Introduction

1. Bureaucratie et informatique, le pacte du siècle.

2. La liberté, pour quoi faire ?

3. L’insoumission possible, ou ne pas laisser le monde se refermer.

Annexes

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Cécilia Calheiros, Cyberespace et attentes eschatologiques, 2015

Comment les technosciences participent-elles à la croyance en une humanité spirituellement connectée ?

Résumé

Dans la continuité des études analysant les phénomènes de religiosité que les nouvelles technologies suscitent (O. Krueger, D. Noble, H. Campbell), cet article propose de questionner les façons dont Internet est appréhendé comme moyen de salut. Ce média, intrinsèquement lié à l’idée d’unité spirituelle de l’humanité comme stade supérieur de l’évolution, a inspiré des innovations technologiques sous-tendues par des préoccupations eschatologiques. Elles sont liées au fonctionnement de l’esprit, aux moyens de l’augmenter par les technosciences et sont motivées par une quête d’immortalité visant, à terme, à se débarrasser de la chair en transférant l’esprit humain dans la machine. Ainsi, des logiciels prédictifs, comme le Global Consciousness Project, le WebBot Project ou Google Brain, articulant conscience globale, anticipation du futur et fin du monde sont apparus. Quel sens donner à ce phénomène de réappropriation religieuse d’Internet ? Comment passe-t-on d’un lien technologique à un lien spirituel qui transcenderait l’humanité ? Et surtout, quels liens peut-il y avoir entre des logiciels prédictifs et la volonté de décorporéiser l’humain, afin de le rendre immortel ? À partir d’une analyse des sources canoniques de la cyberculture et d’une étude des communautés adhérant aux énoncés de logiciels prédictifs, cet article analyse les usages de la croyance en la conscience globale lorsqu’elle est corrélée à la divination assistée par Internet. Il montre que le développement de ces logiciels, en se parant d’un positivisme scientifique, est révélateur d’une certaine sécularisation des discours autour de la conscience globale et nous informe du rôle des technosciences dans la fabrication d’utopies pratiquées. Lire la suite…

Cecilia Calheiros, Cyberspace and Eschatological Expectations, 2014

On How Techno-Sciences Bolster the Belief in a Spiritually Connected Humanity

Abstract

Following the studies analyzing the phenomena of religiosity that new technologies create (O. Krüger, D. Noble, H. Campbell), this paper questions the ways in which the Internet is understood as a salvation means. This media, closely linked to the idea of spiritual unity of humanity as a higher stage of evolution, inspired technological innovations underpinned by eschatological concerns. These expectations are related to the way the mind works and how increasing it through techno-sciences. The former are motivated by a quest for immortality by getting rid of the body, transferring the human spirit into the machine. Thus, predictive softwares, such as the Global Consciousness Project, the WebBot Project or Google Brain, have been designed mixing global consciousness, the anticipation of the future and apocalypse. What is the meaning of the phenomenon of spiritual reappropriation of the Internet? How do we move from a technological link to a spiritual connection that would supposedly transcend humanity? Most importantly, what links could be found between predictive softwares and the willingness to disembody man to make him immortal? Based on an analysis of the canonical sources of cyberculture and a study of communities following anticipations of predictive softwares, this paper analyzes the uses of belief in global consciousness when linked to Internet-assisted divination. First, it shows that the development of these softwares reveals a certain secularization of the discourses around global consciousness, while scientific positivism emerges from then. Then, it enlightens us about the role of techno-sciences in the building of lived utopias. Lire la suite…

Cécilia Calheiros, Le Projet WebBot, 2012

Résumé

Cet article propose d’analyser l’élaboration d’une prédiction issue d’un logiciel prédictif annonçant la fin du monde pour décembre 2012. S’adressant principalement à un public proche des théories apocalyptiques et des théories dites de la conspiration, les procédés narratifs des concepteurs de ce logiciel visent à générer un système de croyances autour de la capacité d’anticipation de leur système technique hybride. Ainsi, tout en insérant leur prédiction dans un imaginaire eschatologique plus large, ils présentent leurs énoncés prédictifs comme étant le fruit d’un savoir alternatif, reposant sur l’alliance de la science et de la métaphysique. Lire la suite…

Le Postillon, Numérique: mais qu’est-ce qu’on attend?, 2018

A propos de l’incendie de
la Casemate à Grenoble

« S’opposer au numérique inclusif, c’est s’opposer à la liberté des esprits. » C’est un tweet de Mounir Mahjoubi, député En Marche et secrétaire d’État chargé du numérique. Il l’a écrit pour réagir à l’incendie de la Casemate, un centre de culture scientifique technique et industriel (CCSTI), qui a eu lieu fin novembre à Grenoble. C’était juste pendant le bouclage du dernier Postillon, alors on n’a presque rien écrit dessus. Pendant la distribution du journal, beaucoup de gens nous en ont parlé, interloqués, dubitatifs, voire en colère.

Moi, franchement, la liberté des esprits, je suis pour. Et c’est pour ça que je me pose plein de questions autour de l’invasion actuelle du « numérique inclusif » dans toutes les sphères de la vie, et du « grand remplacement » des humains par les robots. Des questions qui ne sont portées que par quelques esprits chagrins rompant l’enthousiasme général autour du tsunami numérique, et qui n’existent quasiment pas dans les centres de culture scientifique comme la Casemate, alors que cela devrait être leur raison d’être. Avec ces questions, je suis allé au festival Transfo, « le premier festival du numérique 100 % alpin », et à une rencontre avec la nouvelle directrice de la Casemate. Et j’en reviens avec la certitude que s’opposer au déferlement numérique est une nécessité impérieuse. Lire la suite…

Il est temps de défendre d’autres manières d’habiter, 2018

9 avril 2018 Laisser un commentaire

A la veille de la destruction annoncée d’habitats sur la ZaD dans une gigantesque opération policière, une centaine d’architectes, urbanistes, et autres penseurs publient un appel à « la défense d’autres manière d’habiter ». Ils y mettent en avant la richesse des habitats auto-construits de la ZaD, la réappropriation des savoirs et l’expérience d’architecture vernaculaire qui s’y met en œuvre depuis plusieurs années. Ils affirment à quel point cette vision de l’habiter correspond profondément et positivement à la recherche de nouveaux choix de société nécessaires aujourd’hui. Ils s’y opposent à « l’expulsion des habitants de la ZaD ainsi qu’à la destruction des formes d’organisation collective et des constructions atypiques qui s’y sont développées et s’y développent ». Lire la suite…

Olivier Rey, Le transhumanisme comme régression, 2014

27 mars 2018 Laisser un commentaire

Au début du XVIIe siècle, Cervantès a mis en scène dans le premier roman moderne, Don Quichotte, un personnage si imbu de romans de chevalerie que c’est à travers eux qu’il appréhendait la réalité, ce qui lui valut bien des déboires. Au XIXe siècle, Flaubert a raconté une histoire similaire : à la place de Don Quichotte parcourant l’Espagne, madame Bovary dans la campagne normande, à la place des romans de chevalerie qui ont détraqué l’esprit du Quichotte, les romans d’amour de style troubadour qui ont égaré Emma. Là encore, la confrontation à la réalité est douloureuse. Peut-être qu’au XXIe siècle, il faudra écrire l’histoire d’un être gavé de propagande transhumaniste, et déconfit de ne pas trouver dans les implants, prothèses, augmentations et autres interfaces corps-machine l’accomplissement et l’enchantement qu’on lui prédisait et qu’il se promettait. Lire la suite…

Radio: Aude Vidal, On achève bien les éleveurs, 2017

10 mars 2018 Laisser un commentaire

Aude Vidal (dir.), On achève bien les éleveurs, éd. L’Echappée, 2017.

À l’origine de ce livre, le dessinateur Guillaume Trouillard. Loin de se contenter d’illustrer les entretiens qui sont ici retranscrits et mis en forme, il a ouvert les premières pistes de ce qui est devenu On achève bien les éleveurs. C’est lui que la lecture de La Liberté dans le coma, ouvrage du groupe Marcuse, a convaincu de la nécessité d’aborder la question du puçage des bêtes, du contrôle et plus globalement de l’administration du métier d’éleveur… et des résistances à cette lame de fond. C’est encore lui qui, après avoir découvert la chercheuse Jocelyne Porcher et l’éleveur Xavier Noulhianne dans l’émission de Ruth Stegassy sur France Culture, « Terre à terre », a souhaité que nous les rencontrions. Lire la suite…

Aurélien Berlan, Libérer les animaux ou se délivrer d’eux ?, 2016

L’élevage n’a pas bonne presse, de nos jours. Il essuie de nombreuses critiques : sociales en raison de son emprise sur les terres arables, écologiques du fait des pollutions qu’il génère, sanitaires à cause des épidémies qu’il provoque et qui affectent parfois la santé humaine, mais aussi éthiques, liées à la violence qu’il fait subir aux animaux. C’est à cette critique éthique que je voudrais m’intéresser dans la perspective de ses implications pratiques et de ses présupposés politiques. L’« éthique animale » ouvrent sur deux démarches possibles : soit on cherche à minimiser la souffrance des bêtes en se préoccupant de leur « bien-être », de manière plutôt « réformiste » puisqu’il s’agit d’une politique des « petits pas en avant » supposant de collaborer avec les pouvoirs en place : exploitants, politiques, chercheurs ; soit on milite, dans le sillage du mouvement vegan, pour leur « libération » sur un mode apparemment plus « révolutionnaire » puisqu’il s’agit de rompre radicalement avec l’exploitation des animaux. Dans le monde des préoccupations « animalitaires » 1, la première position est celle des « welfaristes » (de l’anglais welfare, « bien-être ») et la seconde celle des « abolitionnistes » 2.

Tout l’intérêt du travail de Jocelyne Porcher, sur lequel je vais largement m’appuyer, est de dynamiter les lignes de front de ce débat. Elle propose une critique radicale de « l’élevage industriel » (en dévoilant la contradiction que cette expression occulte) et, dans le même mouvement, de ses critiques « welfaristes » et « abolitionnistes ». Car pour elle, toutes ces positions apparemment inconciliables vont en réalité dans le même sens : en finir avec l’élevage, rompre le lien multimillénaire qu’il tisse entre humains et animaux. Lire la suite…

Philippe Descola, À chacun ses animaux, 2009

Je ne répondrai pas directement à la question de savoir s’il faut libérer les animaux, d’abord parce que je manque de compétences pour l’aborder autrement qu’en livrant une opinion non étayée, mais aussi et surtout parce que c’est une question remarquablement ethnocentriste. On voit bien qu’elle fait référence aux thèses du philosophe australien Peter Singer sur la libération animale et aux débats fort vifs suscités par les revendications des organisations animalitaires quant à la transformation du statut des animaux de rente, des animaux de compagnie et de certaines catégories d’espèces sauvages afin de faire valoir à leur endroit un régime juridique nouveau.

Cette question est sans aucun doute cruciale et il est de plus en plus manifeste que l’un des grands défis politiques du XXIe siècle sera de trouver les moyens de donner aux non-humains des formes de représentation à la mesure de la place considérable qu’ils occupent dans nos collectifs. C’est parce que nous avons refusé de le faire jusqu’à présent, c’est parce que nous, les Modernes, nous nous sommes constamment attachés à séparer la nature de la société, à dissocier ce qui relève de la sphère des conventions et des normes, d’une part, et ce qui relève des phénomènes s’accomplissant indépendamment de la volonté humaine, d’autre part, que nous nous trouvons dans la situation présente, incapables de penser une destinée commune à la couche d’ozone, aux habitants des bidonvilles, aux poulets en batterie, à l’effet de serre et aux insectes pollinisateurs. Lire la suite…