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Posts Tagged ‘2014’

Bertrand Louart, Écran Total à Lyon, 2014

30 octobre 2018 Laisser un commentaire

Durant le week-end du 31 janvier au 2 février 2014, s’est tenue à Lyon la seconde rencontre Ecran Total qui rassemble un certain nombre d’individus et de collectifs opposés à l’informatisation et aux techniques de gestion dans leur domaine professionnel ou leur vie quotidienne.

Lors de la première réunion publique qui s’est tenue à Montreuil en octobre 2013 1, on a ainsi vu témoigner des assistantes sociales refusant de faire remonter les statistiques qu’on exige d’elles ; des éleveurs écrasés par les contraintes administratives qui ne veulent pas épingler leurs troupeaux de puces électroniques ; des enseignants opposés à l’équipement à marche forcée des écoles en ordinateurs, tablettes, tableaux interactifs, etc. ; des travailleurs de la chaîne du livre soumis à la concurrence des robots et des supermarchés. Les participants à ces rencontres ont décidé de se revoir pour discuter plus précisément de la nature des bouleversements qu’ils vivent et de ce qu’il convient de faire pour s’y opposer, et prêter main forte à ceux qui subissent déjà des sanctions pour leur refus d’y participer. Lire la suite…

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Bertrand Louart, Ecran Total in Lyon, 2014

30 octobre 2018 Laisser un commentaire

Vom 31. Januar bis zum 2. Februar 2014 fand in Lyon die zweite Zusammenkunft von Ecran Total (Bildschirm Total) statt, einem Bündnis von Einzelpersonen und Kollektiven, die sich der Digitalisierung und Durchdringung ihrer Arbeitswelt oder ihres Lebensalltags mit High-Tech widersetzen.

Während der ersten Zusammenkunft, die im Oktober 2013 in Montreuil stattfand, berichteten Sozialarbeiter_innen davon, wie sie die ihnen abverlangte Vorlage von Statistiken verweigerten; Viehzüchter gaben zu Protokoll, wie sie von Verwaltungen in Bedrängnis gebracht werden, wenn sie die Bestückung ihrer Tierherden mit elektronischen Chips ablehnen; Lehrer informierten, wie sie sich der forcierten Ausstattung ihrer Schulen mit Computern, Tablets oder elektronischen Tafeln widersetzen; Beschäftigte des Buchhandels führten aus, wie die Konkurrenz von Supermärkten und des «E-Commerce» ihnen zu schaffen macht. Die Teilneh-mer_innen der verschiedenen Versammlungen kamen überein, bei Folgetreffen sich über den Charakter der gegenwärtigen Umwälzungen mehr im Detail zu verständigen sowie darüber, was wirksamer Widerstand sein kann und wie diejenigen wirksam unterstützt werden können, die für ihr Engagement bereits bestraft werden. Lire la suite…

Cecilia Calheiros, Cyberspace and Eschatological Expectations, 2014

On How Techno-Sciences Bolster the Belief in a Spiritually Connected Humanity

Abstract

Following the studies analyzing the phenomena of religiosity that new technologies create (O. Krüger, D. Noble, H. Campbell), this paper questions the ways in which the Internet is understood as a salvation means. This media, closely linked to the idea of spiritual unity of humanity as a higher stage of evolution, inspired technological innovations underpinned by eschatological concerns. These expectations are related to the way the mind works and how increasing it through techno-sciences. The former are motivated by a quest for immortality by getting rid of the body, transferring the human spirit into the machine. Thus, predictive softwares, such as the Global Consciousness Project, the WebBot Project or Google Brain, have been designed mixing global consciousness, the anticipation of the future and apocalypse. What is the meaning of the phenomenon of spiritual reappropriation of the Internet? How do we move from a technological link to a spiritual connection that would supposedly transcend humanity? Most importantly, what links could be found between predictive softwares and the willingness to disembody man to make him immortal? Based on an analysis of the canonical sources of cyberculture and a study of communities following anticipations of predictive softwares, this paper analyzes the uses of belief in global consciousness when linked to Internet-assisted divination. First, it shows that the development of these softwares reveals a certain secularization of the discourses around global consciousness, while scientific positivism emerges from then. Then, it enlightens us about the role of techno-sciences in the building of lived utopias. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une lecture politique des systèmes énergétiques, 2014

5 avril 2018 Laisser un commentaire

Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l’ère du pétrole, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Paris, La Découverte, 2013, 280 p.

Les systèmes énergétiques auraient-ils des propriétés politiques ? Le livre de Tim Mitchell, récemment traduit en français, propose une relecture de l’histoire du XXe siècle par le prisme du pétrole.

En dépit de son titre, Carbon Democracy raconte l’histoire de la lutte contre la démocratie au XXe siècle. La thèse principale, désormais célèbre 1, est que les propriétés physiques différentes du charbon et du pétrole ont façonné des « formes de vies » collectives très contrastées : à la fin du XIXe siècle, dans les pays industrialisés, le charbon a permis aux ouvriers d’obtenir des avancées sociales et démocratiques majeures ; à l’inverse, au Moyen-Orient, au XXe siècle, la fluidité du pétrole a privé les ouvriers d’un point d’appui technologique essentiel pour asseoir leurs revendications. Tim Mitchell invite à lire la démocratie non comme une idée, un mouvement social ou l’histoire de luttes politiques, mais comme un ensemble de vulnérabilités technologiques des oligarchies face au sabotage. Lire la suite…

Olivier Rey, Le transhumanisme comme régression, 2014

27 mars 2018 Laisser un commentaire

Au début du XVIIe siècle, Cervantès a mis en scène dans le premier roman moderne, Don Quichotte, un personnage si imbu de romans de chevalerie que c’est à travers eux qu’il appréhendait la réalité, ce qui lui valut bien des déboires. Au XIXe siècle, Flaubert a raconté une histoire similaire : à la place de Don Quichotte parcourant l’Espagne, madame Bovary dans la campagne normande, à la place des romans de chevalerie qui ont détraqué l’esprit du Quichotte, les romans d’amour de style troubadour qui ont égaré Emma. Là encore, la confrontation à la réalité est douloureuse. Peut-être qu’au XXIe siècle, il faudra écrire l’histoire d’un être gavé de propagande transhumaniste, et déconfit de ne pas trouver dans les implants, prothèses, augmentations et autres interfaces corps-machine l’accomplissement et l’enchantement qu’on lui prédisait et qu’il se promettait. Lire la suite…

Céline Lafontaine, Le corps cybernétique de la bioéconomie, 2014

23 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

La molécularisation du corps à travers la déconstruction de ses composantes biologiques constitue le socle épistémologique sur lequel s’est instituée la bioéconomie. Cette dernière repose sur un modèle cybernétique du vivant et de l’économie. De manière tangible, le corps ne disparaît évidemment pas, mais la vision moléculaire participe de sa dématérialisation et de sa décomposition technoscientifique camouflant ainsi les nouvelles logiques d’appropriation économique dont il est l’objet. Lire la suite…

Anne Steiner, Université: la changer ou l’achever?, 2014

16 novembre 2017 Laisser un commentaire

La reproduction des élites

Jusqu’au début des années 1950, il y a eu en France, comme sous d’autres noms dans la majorité des pays industrialisés, deux réseaux d’enseignement bien distincts :

— Le réseau primaire, réservé aux enfants des classes populaires, qui conduisait au certificat d’études primaires complété, éventuellement, par une ou deux années de cours en école primaire supérieure (enseignement général) ou en centre d’apprentissage (enseignement professionnel). On en sortait à l’âge de 13 ou 14 ans. Ceux qui avaient été le plus loin pouvaient espérer obtenir des emplois d’ouvriers qualifiés ou d’employés. Mais, globalement, ce réseau ne formait qu’à des emplois d’exécution.

— Le réseau secondaire supérieur réservé aux enfants de la bourgeoisie, qui conduisait au baccalauréat et aux études supérieures. On le quittait entre 20 et 25 ans. L’enseignement secondaire ne s’inscrivait pas alors dans la continuité du primaire. Il y avait un examen d’entrée en classe de sixième. Les lycées, situés en centre-ville, possédaient leur propre premier cycle appelé « petit lycée » et, pour certains, leurs propres classes élémentaires. Fréquenter ces classes constituait la meilleure garantie d’accéder au secondaire. Le passage par ce réseau débouchait, selon le cursus suivi, sur des professions libérales, des carrières intéressantes dans l’administration, des emplois d’encadrement et de direction dans l’industrie.

Le baccalauréat et la maîtrise du latin établissaient alors une frontière étanche entre l’homme du peuple et le bourgeois. L’enseignement des langues anciennes empêchait qu’un bon élève ayant acquis après les classes élémentaires un complément de formation technique ou générale puisse devenir aussi instruit et cultivé qu’un élève moyen ayant terminé le cycle secondaire : il instituait une véritable barrière de caste et c’était sa principale fonction. Quant à l’université, telle que la définissait le décret napoléonien de 1808, elle avait pour unique mission, jusqu’au milieu du XXe siècle, la reproduction des élites. On ne « parvenait », on ne devenait véritablement un bourgeois que si l’on réussissait à faire donner à ses enfants l’instruction secondaire qui ferait d’eux des bacheliers puis des étudiants. Lire la suite…

Groupe HUKO, iPads et iPocrisie, 2014

14 septembre 2017 Laisser un commentaire

« L’internaute après tout n’est que l’aboutissement délirant d’un long processus d’isolement des individus et de privation sensorielle ; et la cybervie qu’on lui propose n’est jamais destinée que pour quelque temps à quelques pour cent du genre humain, tout le reste se voyant versé sans attendre au Tartare de ce XXIe siècle. »

Baudouin de Bodinat, La vie sur Terre, 1996.

« Après s’être contenté de l’image, on se passera de la réalité. »

Étienne Gilson, La société de masse et sa culture, 1975.

L’introduction des iPads et autres tablettes dans les établissements scolaires, dont François Hollande, alors député de la Corrèze, a été le fer de lance en France, ne suscite guère de réactions indignées. Seuls ceux que les médias ont pris la déplorable habitude de classifier comme « technophobes » s’y opposent. Hélas, la « crainte de la technologie » ne porte en elle rien de positif, puisqu’elle s’inscrit d’emblée dans le registre de la peur, dont on sait qu’elle peut produire le pire. Rien de mieux, pour discréditer toute critique, que de la réduire à une crainte irrationnelle et réactionnaire. C’est une autre attaque, beaucoup plus profonde, qui est portée ici, contre le tout-numérique à l’école.

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Étienne Path, Verba volent, scripta manent ?, 2014

30 janvier 2017 Laisser un commentaire

img072Suite à des discussions individuelles que nous avons eues lors de la rencontre lyonnaise du groupe Écran total – rencontre ayant eu pour objet une réflexion critique sur la transformation des métiers et les modes de vie par l’informatique et les méthodes de gestion –, nous proposons ici une présentation des transformations en cours et, peut-être, à venir au sein des bibliothèques. Ce texte s’adresse à tout ceux qui ont un intérêt pour les bibliothèques.

Le monde des bibliothèques est fait d’établissements variés tant en termes de statuts, de tailles, de lieux que de budgets. Nous essayerons donc de préciser le cadrage de nos critiques dans la mesure où une vue d’ensemble nous intéresse plus que la description d’une bibliothèque particulière. Lire la suite…

Nicolas le Dévédec, Le meilleur des mondes transhumanistes, 2014

23 décembre 2016 Laisser un commentaire

Introduction au dossier Critique du Transhumanisme

« La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera non pas dans la société, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. »

Aldous Huxley

Jamais ces mots de l’écrivain Aldous Huxley, l’auteur de la célèbre dystopie Le meilleur des mondes (1932), n’ont-ils paru autant prémonitoires. Chirurgie esthétique, dopage sportif, contrôle de la procréation, augmentation des capacités cognitives ou lutte contre le vieillissement sont autant de manifestations actuelles d’une aspiration forte à améliorer l’être humain et la vie en elle-même par le biais des avancées technoscientifiques et biomédicales.

Depuis plusieurs années, la question de l’amélioration des performances humaines trouve dans le mouvement du transhumanisme son principal et radical promoteur. Courant culturel issu de la Silicon Valley, le transhumanisme considère « l’augmentation » biotechnologique de l’être humain comme un impératif éthique et politique. Se rendre plus beau, plus fort, plus intelligent, plus heureux et vivre presque éternellement grâce aux technosciences sont ses objectifs principaux. Par la cryogénie, la fusion de l’humain et de la machine, le recours à un eugénisme libéral ou encore l’usage de la pharmacologie et des nanotechnologies, les transhumanistes ambitionnent rien de moins que de dépasser entièrement la condition humaine pour accéder à un nouveau stade de l’évolution : la posthumanité. « L’humanité est une étape provisoire sur le sentier de l’évolution. Nous ne sommes pas le zénith du développement de la nature » 1, proclame ainsi le philosophe Max More, l’un des chefs de file du mouvement. Lire la suite…