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Archive for the ‘Animaux’ Category

Frédéric J. J. Buytendijk, L’homme et l’animal, 1958

17 juin 2018 Laisser un commentaire

essai de
psychologie comparée

L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a toujours suscité tâtonnement et provoqué de nombreuses tentatives d’interprétation.

Le professeur Buytendijk (1887-1974), un des maîtres de la psychologie comparée, expose les recherches faites dans ce domaine et donne une synthèse des explications psychologiques et philosophiques.

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Résumé encyclopédique

La psychologie comparée

L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a depuis toujours suscité l’étonnement et provoqué les tentatives d’interprétation et d’explication. Essayer de comprendre cette analogie n’est possible qu’à partir d’une conception déterminée de la nature humaine, de l’origine du monde et de l’essence de sa vie. Dès lors les résultats diffèrent suivant le point de départ choisi. Lire la suite…

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Aurélien Berlan, Libérer les animaux ou se délivrer d’eux ?, 2016

L’élevage n’a pas bonne presse, de nos jours. Il essuie de nombreuses critiques : sociales en raison de son emprise sur les terres arables, écologiques du fait des pollutions qu’il génère, sanitaires à cause des épidémies qu’il provoque et qui affectent parfois la santé humaine, mais aussi éthiques, liées à la violence qu’il fait subir aux animaux. C’est à cette critique éthique que je voudrais m’intéresser dans la perspective de ses implications pratiques et de ses présupposés politiques. L’« éthique animale » ouvrent sur deux démarches possibles : soit on cherche à minimiser la souffrance des bêtes en se préoccupant de leur « bien-être », de manière plutôt « réformiste » puisqu’il s’agit d’une politique des « petits pas en avant » supposant de collaborer avec les pouvoirs en place : exploitants, politiques, chercheurs ; soit on milite, dans le sillage du mouvement vegan, pour leur « libération » sur un mode apparemment plus « révolutionnaire » puisqu’il s’agit de rompre radicalement avec l’exploitation des animaux. Dans le monde des préoccupations « animalitaires » 1, la première position est celle des « welfaristes » (de l’anglais welfare, « bien-être ») et la seconde celle des « abolitionnistes » 2.

Tout l’intérêt du travail de Jocelyne Porcher, sur lequel je vais largement m’appuyer, est de dynamiter les lignes de front de ce débat. Elle propose une critique radicale de « l’élevage industriel » (en dévoilant la contradiction que cette expression occulte) et, dans le même mouvement, de ses critiques « welfaristes » et « abolitionnistes ». Car pour elle, toutes ces positions apparemment inconciliables vont en réalité dans le même sens : en finir avec l’élevage, rompre le lien multimillénaire qu’il tisse entre humains et animaux. Lire la suite…

Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Quelques considérations sur la Girafe, 1827

Le pacha d’Égypte qui avait déjà donné au Roi de fort beaux animaux, tels que l’Éléphant d’Afrique, des Chevaux arabes, des Gazelles etc., consulta, sur un autre envoi qu’il voulait faire, le consul français M. Drovetti ; celui-ci désigna une Girafe, et le pacha en fit aussitôt demander dans le Sennaar et au Dar-Four. De pauvres arabes sur la lizière des terres cultivées entre ces deux grandes provinces en nourrissaient deux très-jeunes avec le lait de leurs chamelles. Elles furent bientôt conduites et vendues au gouverneur du Sennaar, qui les envoya en présent à Mehemet-Ali pacha.

Ces Girafes firent route, d’abord à pied avec une caravane qui se rendit du Sennaar à Siout, ville de l’Égypte supérieure, ensuite étant embarquées sur le Nil, pour être transportées de Siout au Caire. Le pacha les garda trois mois dans ses jardins, voulant leur donner le temps de se reposer et de raffermir leur santé ; puis il les envoya par la voie du Nil, à Alexandrie, où elles furent remises, l’une au consul de France, et l’autre au consul d’Angleterre. C’étaient deux jeunes femelles ; l’individu donné au roi d’Angleterre aurait, dit-on, péri à Malte.

La Girafe destinée au roi de France fut embarquée pour Marseille sur un bâtiment Sarde : elle eut à souffrir quelques mauvais temps ; néanmoins elle se remit très-promptement ; et près avoir satisfait, elle et ses serviteurs, aux lois de la quarantaine, elle entra dans Marseille le 14 novembre 1826. M. le préfet, comte de Villeneuve, la plaça dans des dépendances de son hôtel, et lui fit donner des soins qui furent efficaces : car elle n’a cessé de jouir, durant son séjour à Marseille, de la meilleure santé. Lire la suite…

Philippe Descola, À chacun ses animaux, 2009

Je ne répondrai pas directement à la question de savoir s’il faut libérer les animaux, d’abord parce que je manque de compétences pour l’aborder autrement qu’en livrant une opinion non étayée, mais aussi et surtout parce que c’est une question remarquablement ethnocentriste. On voit bien qu’elle fait référence aux thèses du philosophe australien Peter Singer sur la libération animale et aux débats fort vifs suscités par les revendications des organisations animalitaires quant à la transformation du statut des animaux de rente, des animaux de compagnie et de certaines catégories d’espèces sauvages afin de faire valoir à leur endroit un régime juridique nouveau.

Cette question est sans aucun doute cruciale et il est de plus en plus manifeste que l’un des grands défis politiques du XXIe siècle sera de trouver les moyens de donner aux non-humains des formes de représentation à la mesure de la place considérable qu’ils occupent dans nos collectifs. C’est parce que nous avons refusé de le faire jusqu’à présent, c’est parce que nous, les Modernes, nous nous sommes constamment attachés à séparer la nature de la société, à dissocier ce qui relève de la sphère des conventions et des normes, d’une part, et ce qui relève des phénomènes s’accomplissant indépendamment de la volonté humaine, d’autre part, que nous nous trouvons dans la situation présente, incapables de penser une destinée commune à la couche d’ozone, aux habitants des bidonvilles, aux poulets en batterie, à l’effet de serre et aux insectes pollinisateurs. Lire la suite…

Thomas Droulez, L’homme, la bête et le zombi, 2009

24 décembre 2017 Laisser un commentaire

L’originalité de l’esprit animal :
entre le réflexe et la réflexion, la conscience

La définition du terme « animalité » apparaît d’emblée comme très problématique si l’on entend par là, non simplement une sorte de qualification morale servant à établir un repoussoir par rapport à l’« humanité », mais plutôt une caractérisation positive de ce qui constitue l’originalité et la spécificité de l’essence de la vie animale, à la fois par rapport à l’essence de la vie végétale et celle de la vie humaine.

Il est intéressant de revenir aux implications de l’étymologie même des mots « animal » et « animalité ». L’animal c’est d’abord, dans une approche intuitive ancienne, l’animé, l’être doté d’une anima, c’est-à-dire d’un souffle de vie, d’une respiration gonflant ses tissus ou d’un tressaillement agitant ses membres, et, par extensions et abstractions successives, d’une force subtile communiquant un mouvement autonome à son corps.

Mais cette approche « pneumatologique » primitive et naïve ne permet pas, en soi, de distinguer ce qui, dans la communauté des êtres dits « animés », sépare la croissance d’une plante des mouvements coordonnés et parfois imprévisibles d’un animal. Ne faudrait-il pas, à l’intérieur même du domaine du vivant, établir une distinction entre différents types d’« âmes » spécialisées assurant différentes fonctions, un peu à la manière d’Aristote qui distinguait l’âme végétative ou nutritive, l’âme sensitive ou désirante et l’âme intellective ou réflexive ? L’on retrouve une idée semblable dans certaines conceptions orthogénétiques de l’évolution du vivant ou dans certaines interprétations récapitulationnistes de la psychologie du développement : cette hiérarchie et cette imbrication des fonctions seraient ainsi réinterprétées non plus dans un sens fixiste mais dans un sens évolutionniste, en faisant de chaque être vivant une sommation ou une récapitulation de certaines fonctions qu’il partage avec ses précurseurs et de certaines autres fonctions qui lui sont propres et préfigurent elles-mêmes l’avènement d’êtres ultérieurs. Le problème qu’il y a à surmonter dans l’optique d’une définition unitaire de ce qui fonde l’originalité de la vie animale provient surtout de la multiplicité des créatures vivantes plus ou moins exotiques et complexes que l’on entend regrouper et englober sous une même définition. Il y a donc un effort à faire si l’on tient à discerner et distinguer rigoureusement ce qui doit l’être. Il sera donc question ici de l’« animalité » de l’animal dans une perspective existentielle et surtout psychologique, cherchant à naviguer entre les écueils respectifs du « chauvinisme » anthropocentriste et du « libéralisme » panpsychiste. Ces deux types d’annexion de la vie animale oublient que l’un des véritables tournants de l’évolution du vivant s’est joué dans l’apparition des animaux, à savoir, comme nous allons le voir, la constitution d’une ouverture perceptive au monde et d’une auto-mobilité qui, libérée du réflexe, a rendu possible l’apparition de la conscience. Lire la suite…

Guy Kastler, Vache folle, À quand la prochaine crise?, 2001

14 décembre 2017 Laisser un commentaire

Introduction

Les réponses aux crises sanitaires provoquées par la progression de la MVF (Maladie de la Vache Folle) sont toutes données au nom du principe de précaution. En réalité, elles visent avant tout à protéger certains intérêts économiques, quitte à prendre des risques inconsidérés avec la santé des consommateurs. L’interdiction de l’utilisation des FVO (farines de viande et d’os) n’arrêtera pas la production de farines contaminées qui restent, avant leur incinération le principal facteur de dissémination de prions anormaux dans l’environnement. Elle n’arrêtera pas non plus la production de dérivés bovins contaminés qui, utilisés par l’agro-alimentaire et la pharmacie, sont le principal facteur de transmission de la maladie à l’homme, bien avant la consommation de viande. Bien en deçà de l’utilisation des FVO (farines de viande et d’os) dans l’alimentation des ruminants, ce sont les pratiques contre-nature de l’élevage intensif qui ont fait le lit de la MVF : intoxication médicamenteuse sélection génétique à outrance, alimentation à base de concentrés protéiques et azotés non ruminés. Seul l’arrêt définitif de ces pratiques fera disparaître la MVF et les risques de transmission à l’homme. Lire la suite…

Francis Wolff, Libérer les animaux?, 2009

12 octobre 2017 Laisser un commentaire

Un slogan immoral et absurde

Libérer les animaux ? Qui pourrait être contre un objectif apparemment si généreux ? Qui ne s’indigne devant les conditions d’élevage, de transport et d’abattage induites par le productivisme contemporain ? Qui n’a tremblé d’émotion en voyant à la télévision les conditions de vie (si l’on peut appeler cela une vie) des porcs et des veaux ? Qui ne s’est indigné en apprenant les abandons de chiens sur les bords d’autoroute au début des vacances d’été ? Il est clair que la protection animale fait aujourd’hui partie de nos devoirs.

Toutefois, quand on parle de libérer les animaux, on ne veut pas dire « améliorer leurs conditions de vie ». On veut dire tout autre chose : on veut dire cesser de les exploiter. On sous-entend donc que les animaux seraient asservis par l’homme. Cela implique que le processus de domestication par lequel l’homme, au moins depuis le néolithique, a appris à apprivoiser, à élever, à entretenir, à soigner, à dresser certaines espèces, à créer de nouvelles espèces, variétés, races, ne serait en fait qu’une gigantesque entreprise d’esclavage. Ainsi, de même qu’il y a 11 000 ans, l’homme a amorcé son processus de civilisation en inventant l’agriculture et l’élevage et en domestiquant plantes et animaux, il faudrait aujourd’hui qu’il s’arrache à cette « barbarie » en libérant les animaux qu’il asservit ainsi depuis plus de cent siècles ! Lire la suite…

Adolf Portmann, La vie et ses formes, 1968

5 octobre 2017 Laisser un commentaire

L’Art d’aujourd’hui, explorant toujours plus avant le domaine de « l’abstrait », se détourne des formes familières de la vie. Le dessinateur, le peintre, le sculpteur – les hommes du regard en général – cherchent des voies nouvelles pour le libre jeu des lignes, des surfaces, des volumes et des couleurs, mais en refusant la Nature qu’il leur fallait auparavant, jusqu’au dégoût, prendre pour modèle.

Art et Savoir

Voici pourtant un livre d’art [Théo Jahn, La vie et ses formes, éd. Bordas, 1968] qui offre des images d’une présence extraordinaire sur le monde réel des formes vivantes. L’effet produit par ces documents correspond-il bien à leur clarté et à leur beauté ?

Sans vouloir porter un jugement trop général sur nos contemporains, il me faut pourtant avouer la déception que j’éprouve souvent devant l’indifférence avec laquelle beaucoup de gens accueillent aujourd’hui de telles merveilles. Comblés, gâtés par des réussites toujours plus grandes dans le domaine des images, sommes-nous encore capables de les apprécier autrement que de façon fugitive ? Lire la suite…

Jocelyne Porcher, L’esprit du don: archaïsme ou modernité de l’élevage? 2002

3 novembre 2016 Laisser un commentaire

Éléments pour une réflexion sur la place des animaux d’élevage dans le lien social

Le contexte actuel de remise en cause, par différents types d’acteurs sociaux, des moyens voire des fins mêmes des activités d’élevage conduit à s’interroger sur la nature des liens qui unissent hommes et animaux en élevage et sur la place de la relation aux animaux dans les sociétés occidentales contemporaines.

La primauté de la raison économique s’impose aujourd’hui dans les filières de production animale, notamment industrielles, aussi bien que dans la recherche ou dans l’encadrement technique des éleveurs 1. Depuis les années cinquante en France, et de façon moins évidente depuis le milieu du XIXe siècle quand a émergé le projet d’industrialisation de l’élevage, c’est-à-dire la volonté de faire de l’élevage un ensemble d’activités rentables inscrites dans l’économie industrielle, l’affirmation de ce primat s’est appuyée sur la construction d’un statut de l’animal d’élevage réifié et sur le déni du lien entre éleveurs et animaux. Les finalités de l’élevage ont été réduites à la seule rationalité économique. Lire la suite…

Jocelyne Porcher, Le travail des animaux d’élevage: un partenariat invisible?, 2015

30 octobre 2016 Laisser un commentaire

« Je suis un homme et rien de ce qui est humain, je crois, ne m’est étranger », écrivait le poète Térence, et c’est bien pourquoi, en effet, au-delà de la validité de l’activité scientifique, les sciences humaines ont une indéniable légitimité à parler des êtres humains et à parler pour les êtres humains. Il n’en est pas de même en ce qui concerne les vaches, les cochons ou les chiens. Pour les sciences humaines, comme pour les sciences dites de la nature – qui, rappelons-le, sont elles aussi avant tout des sciences humaines – en première analyse, le poète aurait pu écrire : « Je ne suis pas une vache, et tout ce qui est vache, je crois, m’est étranger ». Au-delà de la rupture, constitutive pour les sciences, entre humanité et animalité, cette étrangeté, cette irréductible altérité, expliquent en partie la distance paradigmatique que les sciences humaines ont longtemps gardée vis à vis des animaux.

Pour les anthropologues, les animaux ont toujours fait partie des sociétés humaines, tout comme les rites et les contes, comme tout ce qui est produit par l’homme et destiné à son usage. En dépit du chemin qu’a fait l’anthropologie vers les animaux, les processus domesticatoires restent encore largement décrits comme des processus d’appropriation et d’exploitation de la nature et des animaux qui, loin de dissoudre l’étrangeté des bêtes, participent au contraire de leur mise à distance. La vache est cachée par le troupeau, l’affection par l’intérêt, le don par la prédation originelle et par l’accumulation du capital.

Or on peut penser, et c’est sur quoi se fonde ma proposition, que ce que nous appelons la domestication est avant tout un processus coopératif d’insertion des animaux dans les sociétés humaines par le travail, lequel porte en lui, comme l’écrivait Marx, une part d’exploitation et d’aliénation, mais aussi et surtout une perspective d’émancipation. Lire la suite…