Raphaël Deschamps, Sans smartphone, pas de liberté ?, 2021

N’est-il plus possible d’imaginer préserver des libertés publiques sans avoir recours à un « smartphone », à une caméra et à toute l’infrastructure numérique que cette quincaillerie alimente et génère ? N’est-il pas contradictoire et singulièrement imprudent d’attribuer à un instrument symbolique de la « start-up nation », un rôle central dans le combat pour la liberté ? Retour critique sur la contestation de la loi Sécurité Globale.

 

On ne trouvera nulle mention de la crise (dite) sanitaire et ses innombrables conséquences dans ce texte écrit début 2021 en marge de la contestation de la loi sécurité globale. Cependant, les inquiétudes plus anciennes qui s’y manifestent ont depuis grandies très au delà de nos craintes d’alors, il faut bien le reconnaitre.

On pense d’une part à la capacité accrue des troupes régulières de la technocratie au pouvoir, à faire feu de tout bois pour mener leur offensive de numérisation de nos vies et d’autre part aux moyens, qui parfois trahissent les fins, dont un large spectre de la gauche accepte de se doter pour, soi disant, y résister. Alors que le QR code est devenu en quelques mois le sésame providentiel pour un fonctionnement « normal » de notre société de masse, nous avons appris, dans le meilleur des cas, à nous contenter sur cette question du silence ou de l’absence complice de la gauche et de l’extrême gauche. Plus souvent hélas, il aura fallu subir les appels à soutenir, voire à durcir, au nom du camp anticapitaliste et des classes populaires, les protocoles de gestion électronique des populations. Lire la suite »

Michel Tibon-Cornillot, La numérisation générale et son avatar biométrique, 2006

Jeudi 17 novembre, une vingtaine de personnes ont mené une action contre la biométrie au prestigieux lycée de la Vallée de Chevreuse, situé dans la technopole de Saclay, en région parisienne. A l’heure du déjeuner, les appareils biométriques situés dans la cantine scolaire ont été totalement détruits à coup de masse. C’est le développement et la diffusion de ces technologies qui sont contestés en actes pour la première fois en France. Deux étudiantes parisiennes de 22 et 24 ans et un jeune homme sans profession de 26 ans ont été interpellés et ont été jugés le 20 janvier 2006 au T.G.I d’Evry pour dégradation de biens en réunion. Voici le texte de l’intervention de Michel Tibon-cornillot :

 

Je désire présenter devant vous les motifs qui m’ont amené à témoigner en faveur des trois étudiantes et étudiants poursuivis. Cette démarche s’inscrit aussi dans le contexte actuel marqué par le développement rapide des machines et techniques biométriques, la faiblesse des débats publics liée à un vide juridique important et surtout par l’afflux massif d’investissements financiers et industriels.Lire la suite »

Radio: Matthieu Amiech, Compter, gérer, exploiter, 2021

Pourquoi résister à l’informatisation du monde ? Comment l’économie règne aujourd’hui sur nos vies ? Pourquoi les écologistes doivent critiquer radicalement la technologie et la société industrielle de masse ? Comment s’en défaire ?

Ce sont les questions que nous sommes allés poser à Matthieu Amiech, une des plumes du groupe Marcuse qui a signé le livre La Liberté dans le coma. Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer en 2013 (réédition 2019). Il participe également aux éditions La Lenteur et au groupe Écran total de résistance à l’informatisation et à la gestion de nos vies.

[Voir plus bas sur cette page le texte Peut-on s’opposer à l’informatisation du monde ?]

Une interview réalisée par les membres du blog Floraison en octobre 2021.

Compter, gérer, exploiter, ainsi va la mégamachine bureaucratique:

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°73,
diffusée sur Radio Zinzine en janvier 2022.

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Radio Zinzine
2021: 40 ans de Radio Zinzine

.Lire la suite »

Moins !, L’école : vers un enfermement dans le numérique ?, 2021

Présentation du dossier

Aujourd’hui, de plus en plus rares, nous semble-t-il, sont les milieux professionnels qui réfléchissent et s’organisent collectivement pour exiger le maintien ou le retour de conditions de travail dignes, définies d’une part, par un revenu, des droits et une protection acceptables, et d’autre part, par une liberté et une autonomie professionnelles, un sens et un rôle joués pour la collectivité. Pourtant, force est de reconnaître que nombre d’entre nous ne peut se targuer d’avoir un emploi digne, selon cette définition.

Pourquoi alors si peu de signes témoignent-ils d’une volonté de se concerter, d’échanger, de partager, de réfléchir, en tant que « corps de métier », sur ses conditions professionnelles ? Comment faut-il comprendre la résignation affichée sur nos lieux de travail face à nos supérieurs, qu’ils soient chefs d’entreprise ou membres du personnel politique ? Lire la suite »

Jean-Paul Malrieu, Les temps de la recherche, 2021

Loin de l’image d’Épinal du chercheur méditant dans l’enceinte apaisée de son laboratoire, la recherche scientifique est aujourd’hui soumise à la même accélération frénétique que le reste de la société. Le physicien moléculaire Jean-Paul Malrieu revient dans son témoignage sur la manière dont l’utilitarisme et la valeur instrumentale sont en train de bouleverser le temps de la recherche.

 

Les pratiques de la recherche scientifique sont multiples et très hétérogènes. Quelles similitudes entre la recherche de Philippe Descola, anthropologue passant trois ans immergé chez les Shuars en Amazonie, et celle de Serge Haroche, physicien spécialiste des atomes froids, entre celle d’un mathématicien et celle d’un historien de Sumer ? Les rapports au temps de leurs pratiques spécifiques peuvent-ils avoir quelque similitude ? Ils appartiennent pourtant tous à un même fragment du monde, ils sont passés par des canaux académiques parallèles, ils ont obtenu des positions similaires dans des institutions semblables, organismes de recherche ou universités, et ils sont gouvernés par les mêmes princes et leurs intendants, qui n’ont, ni les uns ni les autres, les compétences pour entrer dans les démarches de la recherche ni l’expérience d’aucune de ces pratiques. Lire la suite »

Laurence De Cock, École ouverte, 2021

ou le monde parallèle de Jean-Michel Blanquer

Le dernier livre auto-promotionnel de Jean-Michel Blanquer se lit comme un programme électoral, teinté de petits arrangements avec la vérité et sur un ton exagérément lyrique. Son titre, École ouverte, joue de la polysémie pour défendre tant l’ouverture des écoles pendant la pandémie que sa vision de « l’école du futur » – une école mondialisée, déshumanisée et guidée par l’impératif de compétitivité.

Entre 2014 et 2018, Jean-Michel Blanquer a successivement publié L’école de la vie, L’école de demain, L’école de la confiance, trois ouvrages qui résument assez bien sa vision de l’école, ses perspectives de carrière et ses desseins programmatiques. Mais on pensait la trilogie achevée. Or un petit dernier vient de voir le jour, pour lequel le ministre de l’Éducation nationale fait des infidélités à son éditeur fétiche Odile Jacob et entre dans la cour de la prestigieuse maison d’édition fondée par Gaston Gallimard. Il faut dire que l’enjeu est important. Il est désormais temps de défendre un bilan qui est loin de faire l’unanimité dans le monde de l’éducation. Lire la suite »

Nicolas Alep, Quelques pistes de réflexion pour une décroissance numérique, 2021

Dans notre petit essai corrosif Contre l’Alternumérisme [1], écrit avec Julia Laïnae, nous nous sommes employés à exposer les désaccords de fond qui nous séparent des courants prônant la maîtrise du numérique et à promouvoir l’idée d’une « désescalade technologique ». Le reproche principal qui nous a été adressé est que livre n’ouvre aucune perspective d’action, n’est pas un programme politique et encore moins un guide pour « mieux vivre avec le numérique ». Frustrant ? Pour nombre de lecteurs, visiblement oui. Mais en l’état, et pour de nombreuses raisons, il serait malhonnête de prétendre être en mesure de produire le mode d’emploi d’une sortie du numérique.

Tout d’abord, nous ne mesurons que trop bien l’aspect inoffensif de notre critique. Deux militants bricolant durant leur temps libre un texte politique, qui ne sera jamais lu que par les « gens qui lisent des livres », n’ont aucun pouvoir de changer quoi que ce soit par la force de leurs injonctions. Ce ne sera donc pas sous le commandement de Laïnae et Alep que sera menée la grande offensive néo-luddite qui abattra le « monde sans contact ». Et il y a aussi fort à parier que si Mark Zuckerberg savait lire, Contre l’Alternumérisme ne le convaincrait pas de fermer Facebook et d’entamer une reconversion vers un métier socialement utile. Dans tous les cas, tout comme personne ne demande notre bénédiction avant de brûler une antenne 5G, boycotter les cours en « distanciel » ou refuser la biométrie, nous espérons bien que ce débat pourra se poursuivre sans nous. Nous versons au pot commun des éléments de réflexion, mais une fois rentrés à la maison, chacun de nous doit aussi se débattre dans ses contradictions : être critique des technologies, mais vivre dans une société technologique. Lire la suite »

Nicolas Eyguesier, Faire de l’édition une pratique militante, 2021

Quand on finit par tomber, après plusieurs requêtes, sur le site internet des Éditions La Lenteur, c’est un pied de nez digne d’une « erreur 404 » qui s’affiche : « La Lenteur n’a pas de site internet ni de catalogue en ligne. Pour nous contacter, vous pouvez nous écrire à l’adresse suivante… » Se dressant contre l’informatisation, la surproduction et l’accélération qui ont fait du livre un produit de masse condamné à l’obsolescence, ses fondateurs ont fait le choix de publier « à leur rythme ». Rencontre avec Nicolas Eyguesier, cofondateur de cette discrète maison d’édition.

 

Socialter : Dans quel contexte les éditions La Lenteur sont-elles nées ?

Nicolas Eyguesier : La Lenteur a été créée en 2006 dans la foulée des mouvements étudiants contre le projet de loi Contrat première embauche (CPE). Notre histoire est intimement liée au militantisme, à la rédaction de tracts, de brochures, de publications. Nous faisions tous partie du Groupe Oblomoff, formé en 2004 par opposition au mouvement « Sauvons la recherche », qui présentait alors la recherche scientifique selon une image que nous jugions mensongère, décrite comme pure et désintéressée face aux attaques de la privatisation. Pour nous – c’était un des enseignements du combat contre les OGM – il y avait quelque chose à regarder à l’intérieur même du fonctionnement de la technoscience, qu’elle soit publique ou privée. C’est pour se doter de moyens supplémentaires, plus conséquents, afin de mieux diffuser nos idées, qu’avec Matthieu Amiech nous avons lancé les éditions La Lenteur. Lire la suite »

Lentxo, Du nouveau dans la cyberdépendance, 2021

La question de « comment produire du commun ? » apparaît bien lointaine en période de crise sanitaire où confinements et politiques répressives ont pour effet de provoquer repli sur soi et distanciation de la vie sociale. La belle aubaine pour maintenir la société en état de coma social. Ironie du sort, nous venons de passer deux dates anniversaires, aux résonances symboliques fort opposées.

La première est celle des 150 ans de la déclaration de la Commune de Paris (28 mars 1871), avec pour perspective, à l’époque, la mutualisation du bien commun et l’émancipation des masses face au joug industriel bourgeois.

La seconde est celle du 1er anniversaire du basculement dans… le « monde d’après » (idée qui résonnait dans beaucoup d’esprits lors du 1er confinement). En période de crise, de nouvelles catégories de penser et de nouvelles manières de nommer apparaissent. Depuis un an, les termes « distanciel » et « présentiel » se sont imposés et se sont répandus comme un feu de brousse dans le langage quotidien. Si le virage dans le « monde d’après » est en train d’advenir, il semblerait qu’il se fasse à la vitesse du méga-incendie « Amazon ». Le numérique fait écran au réel.

Forcer la porte de sortie de la dystopie en cours, vers des horizons plus autonomes, suppose de réfléchir nos modes d’organisation hors de la servitude numérique, hors du totalitarisme de la donnée d’une puissance financière et technologique sans précédent. Hors du commun… Lire la suite »

Radio: Atelier Paysan, Des robots pour sauver les agriculteurs ? (épisode 4), 2019

Robots désherbeurs, drones pour connaître l’état des cultures à distance, tracteurs guidés par satellite, rations et médicaments distribués automatiquement, l’ « agriculture connectée » serait une évolution inéluctable et la solution pour relever les défis auquel fait face le monde agricole aujourd’hui. Quels sont les enjeux de cette nouvelle offensive technologique ? Quelles conséquences peut-on en attendre sur la vie et le travail des agriculteurs, sur leur situation économique et foncière, et sur l’ensemble du modèle alimentaire ?

Intervenants : Elie Parachini est paysan-boulanger. Matthieu Amiech est éditeur et auteur de livres sur le divorce entre progrès technique et progrès humain. Ils habitent tous les deux dans le Tarn, où leurs interventions ont été enregistrées en novembre 2019. Ces deux intervenant font mention d’une action de perturbation du Forum toulousain de la robotique agricole, vous pouvez lire les tracts distribués à cette occasion ici.

Une conférence débat proposée par l’Atelier paysan, dans le cadre d’une tournée dans tout le pays La technologie va-t-elle sauver l’agriculture ?

Suivi d’une brève présentation de l’ouvrage de L’Atelier Paysan, Reprendre la terre aux machines, manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire, éd. Seuil, coll. Anthropocène, paru en mai 2021 (288 pages, 20 €) par Emmanuel Aze et Hugo Persillet.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°69,
diffusée sur Radio Zinzine en septembre 2021.

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40 ans de radio Zinzine