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Archive for the ‘Critique sociale’ Category

Maria Mies, Pas de communs sans communauté, 2014

Maria Mies, 2011

Résumé

L’intérêt actuel pour les nouveaux communaux est bienvenue. Cela montre que de plus en plus de gens comprennent que notre système mondial capitaliste actuel ne peut résoudre aucun des problèmes qu’il a lui-même créés. La plupart des gens qui veulent créer de nouveaux communaux recherchent un nouveau paradigme économique et social. Pourtant, je pense qu’il est nécessaire de porter un regard plus critique sur les principaux concepts et arguments utilisés dans le discours contemporain sur « les biens communs ». Aujourd’hui, les « nouveaux biens communs » font l’objet d’un battage médiatique, notamment le mythe d’Internet comme bien commun et source de nouvelles communautés. Dans cet article, je pose plusieurs questions : Que voulons-nous dire lorsque nous parlons de « nouveaux biens communs » ? Que pouvons-nous apprendre des anciens communaux ? Qu’est-ce qui doit être changé aujourd’hui ? Y a-t-il une perspective réaliste pour les nouveaux biens communs ? Lire la suite…

Maria Mies, No commons without a community, 2014

Maria Mies, 2011

Abstract

The present interest in new commons is a very welcome development. It shows that more and more people understand that our present capitalist world system cannot solve any of the problems it itself has created. Most people who want to create new commons are looking for an altogether new paradigm of economy and society. Yet I think it is necessary to look more critically at the main concepts and arguments used in the contemporary discourse on “the commons”. Today there is a new hype about the “new commons”, including myths about the Internet as a commons and that it has created new communities. In this article I ask: what do we mean when we speak of “new commons”? What can we learn from the old commons? What has to be changed today? Is there a realistic perspective for new commons? Lire la suite…

Bertrand Louart, À écouter certains écolos, on a l’impression que les machines nous tombent du ciel!, 2020

Nicolas Casaux : Je me suis entretenu avec Bertrand Louart, auteur, notamment, de Les êtres vivants ne sont pas des machines (éd. La Lenteur, 2018), animateur de l’émission Racine de Moins Un sur Radio Zinzine, rédacteur du bulletin de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle Notes & Morceaux choisis (éd. La Lenteur), contributeur au blog de critique du scientisme Et vous n’avez encore rien vu…, et membre de la coopérative européenne Longo maï où il est menuisier-ébeniste.

 

Nicolas Casaux : De plus en plus de gens se réclament désormais de l’anticapitalisme, y compris dans le grand capharnaüm qu’on appelle parfois « mouvement écologiste ». Le journaliste du Guardian George Monbiot, par exemple, mais aussi Naomi Klein ou encore Cyril Dion. Je cite ces trois là parce que leur « anticapitalisme » est à peu près le même (Dion et Monbiot renvoient aux thèses de Naomi Klein en ce qui concerne l’anticapitalisme et les changements sociaux qui devraient, selon eux, prendre place). Qu’en penses-tu ? Le capitalisme, c’est quoi ? Sont-ils anticapitalistes ?

Bertrand Louart : J’avoue que je n’ai pas comme toi la patience de lire la prose de toutes ces figures médiatiques. Mais je crois que l’on peut dire sans se tromper que leur anticapitalisme est tronqué : ils s’en prennent à tel ou tel aspect du système – ce qui est souvent justifié – sans voir l’unité et la dynamique globale. Lire la suite…

Ivan Illich, La pauvreté planifiée, 1969

Ivan Illich a été l’un des premiers à émettre de sérieuses critiques au sujet des politiques occidentales d’aide au développement des pays du Tiers Monde. Ce texte, extrait du dernier chapitre “La pauvreté planifiée” de l’ouvrage Libérer l’avenir (éd. Seuil, 1971 ; traduction de l’ouvrage publié en 1969 sous le titre Celebration of Awareness) a été rédigé suite au rapport Pearson publié en 1968, préconisant d’allouer un taux de 1% du PNB américain en Aide publique au développement.

 

Dans leur bienveillance, les nations riches entendent aujourd’hui passer aux nations pauvres la camisole de force du développement, avec ses embouteillages et ses emprisonnements dans les hôpitaux ou dans les salles de classe… Au nom du développement, l’opinion internationale approuve cette action. Les riches, les scolarisés, les anciens de ce monde essaient de partager leurs douteux avantages en convainquant le Tiers-Monde d’adopter leurs solutions préemballées ! Lire la suite…

Michel Barrillon, De la nécessité de sortir du faux dilemme primitivisme/progressisme, 2016

Résumé

Massacres, génocides, ethnocides, écocides… L’Occident moderne n’a pas tergiversé sur les moyens pour établir son hégémonie à l’échelle mondiale. Et rares sont les peuples indigènes qui ont résisté au « char triomphant du progrès ». Si « l’histoire elle-même rend la justice », alors tout porte à croire qu’elle légitime l’entreprise des « vainqueurs ». Pourtant, au sein même de l’Occident, la rencontre de l’Autre primitif a très tôt suscité des interrogations sur « l’espèce humaine », la relativité des mœurs, le sens de l’histoire… Des réfractaires à la civilisation occidentale ont ainsi rêvé d’un « âge d’or » situé ailleurs ou dans un lointain passé. On peut cependant rejeter le progressisme sans succomber aux chimères du primitivisme. Et tirer de l’expérience concrète des primitifs, des leçons en matière d’écologie, d’économie, de politique, de mode de vie… Lire la suite…

Jérôme Baschet, Le XXIe siècle commence maintenant, 2020

20 avril 2020 Laisser un commentaire

Qu’est-ce qu’il nous arrive ?

Beaucoup de questions et quelques perspectives par temps de coronavirus

 

Il n’est sans doute pas faux de dire que le Covid-19 est une maladie du Capitalocène et qu’il nous fait entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. Pour la première fois sans doute, il nous fait éprouver de façon tangible la véritable ampleur des catastrophes globales des temps à venir 1.

 

Le monde sera collaboratif et non compétitif ou ne sera pas

Mais encore faut-il tenter de comprendre plus précisément ce qu’il nous arrive, en ce qui concerne tant l’épidémie provoquée par le SARS-CoV-2 que les politiques sanitaires adoptées pour l’endiguer, au prix d’une stupéfiante paralysie de l’économie ; car on ne peut, sans ces préalables, espérer identifier les opportunités qui pourraient s’ouvrir dans ces circonstances largement inédites. La démarche n’a cependant rien d’assurée. Pris dans le tourbillon d’informations chaque jour plus surprenantes ou déconcertantes que suscite l’événement, on titube. On n’en croit parfois ni ses yeux ni ses oreilles, ni nul autre de ses sens. Mieux vaut admettre que bien des certitudes vacillent. Bien des hypothèses aussi. Mais il faut bien commencer à tenter quelque chose, provisoirement et partiellement, en attendant que des élaborations collectives mieux assurées ne prennent le relais. Lire la suite…

Gaïa Lassaube, Cassandre appelant de ses vœux la catastrophe, 2019

17 avril 2020 Laisser un commentaire

Quand Laurent Alexandre écrivait de la science-fiction

 

La résistible ascension de Maximo Doctissimo

Véritable portrait de Laurent Alexandre

On ne présente plus Laurent Alexandre : médecin urologue, ancien de l’IEP de Paris, de HEC, de l’ENA, fondateur du site Doctissimo et entrepreneur de la cause entrepreneuriale [1]. L’histoire est connue : après le rachat du site par le groupe Hachette, l’homme a abandonné les habits de l’urologue pour endosser ceux du futurologue médiatique. Depuis la publication de son premier essai en 2011 [2], Laurent Alexandre s’est hissé en l’espace de quelques années au rang de figure incontournable du transhumanisme en France [3]. Il n’aura pas échappé au lecteur que sa trajectoire est semblable à celles, bien connues, des intellectuels médiatiques qui ont accès à des filières de notoriété au sein desquelles le capital relationnel prime sur le capital culturel [4]. À la différence près que le capital économique de Laurent Alexandre précède son capital relationnel. Pour ce type d’intellectuels médiatiques, on ne cherche plus par relations personnelles à gagner l’accès à une filière de notoriété intellectuelle : la détention d’un capital actionnarial permet de construire sa propre notoriété. Lire la suite…

Un postier répond au lynchage médiatique, 2020

14 avril 2020 6 commentaires

Depuis le début de la crise, les postiers subissent un lynchage médiatique, accusés de ne pas assez se sacrifier pour l’effort de « guerre ». Lettre d’un non-héros du quotidien, postier grenoblois à la presse.

Je suis postier en CDI, et je continue de bosser pendant le confinement. Le 28 mars dernier, Le Daubé (surnom du quotidien régional Le Dauphiné Libéré) a publié un grand article, pour une fois non signé et énervé, intitulé « Quand La Poste vous prive de votre journal  ». Et tous les journaux se sont passé le mot criant à une « rupture de service public préjudiciable à l’information et aux entreprises » et critiquant le choix de la direction de La Poste de ne distribuer le courrier pendant le confinement plus que trois jours par semaine, les mercredis, jeudis et vendredis. Pour rajouter au drame les journaux interrogeaient des retraités émus de ne plus pouvoir lire leur journal le matin. Puis la télévision a emboîté le pas, même TF1 était outrée par les fermetures de nombreux bureaux de Poste et les pauvres retraités qui ne peuvent plus retirer leurs économies.

Et puis la déferlante médiatique s’est transformée en lynchage en règle contre les postiers. Tandis que les infirmières et les caissières étaient des héroïnes, nous, les postiers, on était des salauds, des déserteurs et en plus la fente des boites aux lettres est trop petite pour mettre les grosses enveloppes. Alors tout ça m’a mis en colère. Lire la suite…

Aurélien Berlan, Le « citoyen augmenté », 2017

10 avril 2020 Laisser un commentaire

un nouveau seuil dans l’aspiration à se délivrer de la politique

 

Il y a peu, l’expression « citoyen augmenté » est apparue pour suggérer ce que pourrait devenir la citoyenneté au XXIe siècle. On l’entend de plus en plus, certes de manière discrète, mais on peut s’attendre à ce qu’elle ait un succès médiatique croissant, à l’image des autres syntagmes construits avec l’adjectif « augmenté » : « réalité augmentée », « homme augmenté », « territoire augmenté », etc. [1] Toutes ces notions ont été forgées dans le sillage du mouvement transhumaniste qui, en 2008, s’est donné pour sigle la lettre « h » (pour humanity), suivie du signe « plus », le tout inséré dans une arobase symbolisant l’internet. Le message est limpide : grâce au web, symbole convenu des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), l’humanité de demain aura « quelque chose de plus ». Lire la suite…

Michel Barrillon, Regards croisés sur les Luddites et autres briseurs de machines, 2008

14 mars 2020 Laisser un commentaire

La place de la technique dans la problématique du changement social

 

« Ceux qui nous traitent de “briseurs de machines”, nous devons les traiter en retour de “briseurs d’hommes”. »

Günther Anders, “Briseur de machines ?”, 1987.

 

Pour une relecture
de la Révolution industrielle

Récemment, en l’espace d’une année, sans concertation, des maisons d’édition françaises ont publié quatre ouvrages portant sur la destruction de machines [1]. Jusqu’alors, les éditeurs, reflétant en cela les préoccupations de la majorité des historiens, ne s’étaient guère intéressés aux révoltes ouvrières contre les machines à l’aube de la Révolution industrielle. Cela tenait essentiellement au fait que ces mouvements étaient perçus comme la manifestation d’un « obscurantisme technologique », une réaction archaïque au regard d’une dynamique historique présumée placée sous les auspices du « Progrès ». Les manuels d’histoire en témoignent : ainsi, quand les faits en question ne sont pas purement et simplement ignorés, ils sont présentés comme un « réflexe primitif » [2].

Dans l’art de la dénégation, David S. Landes apparaît comme un virtuose : sur les quelque 750 pages d’un livre consacré à la naissance et à l’essor du capitalisme industriel, il ne dit rien des troubles sociaux qui ont marqué les débuts de l’industrie textile en Angleterre dans les premières décennies du XIXe siècle. À ses yeux : « la Révolution industrielle puis le mariage de la science et de la technique sont l’apogée de millénaires de progrès industriel ». Et cette acmé ouvre une nouvelle ère d’expansion indéfinie avec l’amorce d’un « progrès cumulatif de la technique et de la technologie, un progrès autonome » d’autant plus débridé que les préjugés et la tradition auront été écartés [3].

Même Paul Mantoux, qui pourtant disserte longuement sur le luddisme et autres formes de destruction de machines, utilise de manière récurrente l’épithète « suranné » pour qualifier les méthodes de production de l’industrie à domicile, les réglementations la régissant ou encore les arguments avancés par les ouvriers pour défendre leur métier [4].

Il faut croire qu’il est difficile de se départir de l’idée que ce qui est devait fatalement advenir. Et la plupart des historiens ne faillissent pas à la règle, si bien que, à travers leur regard nécessairement rétrospectif, ils ont tendance à apprécier les événements passés à l’aune du présent, et à justifier les verdicts rendus par l’histoire. Il n’est bien évidemment pas question ici d’imaginer ce qui se serait produit si les ouvriers de métier étaient sortis victorieux de leur combat contre le machinisme et le système de la fabrique. On notera toutefois au passage qu’ils sont parvenus à juguler pendant deux siècles un mouvement qui visait à leur imposer la dictature de la machine [5]. Il s’agit plutôt de comprendre les enjeux de ce conflit majeur qui marque la naissance du capitalisme industriel – un drame qui, avec le recul de l’histoire, apparaît comme le crime fondateur de notre civilisation. Lire la suite…