Herbert Marcuse, Le règne de la liberté et le règne de la nécessité, 1969

Une nouvelle interprétation

J’étais très heureux d’entendre mon ami Norman Birnbaum parler ce matin des concepts utopiques et de la manière dont ces concepts prétendument utopiques se sont incarnés dans la réalité, ou du moins ont été sur le point de le faire lors des évènements de mai et de juin en France.

Je suis tout aussi heureux et honoré de m’adresser à vous aujourd’hui en présence d’Ernst Bloch, dont l’ouvrage L’Esprit de l’utopie, publié il y a plus de quarante ans, a influencé au moins ma génération et montré comment des concepts utopiques réalistes peuvent être proches de l’action, proches de la pratique. Lire la suite »

Herbert Marcuse, The Realm of Freedom and the Realm of Necessity, 1969

A Reconsideration

I was very happy to hear that my friend Norman Birnbaum in his paper this morning spoke of utopian concepts and of the way in which allegedly utopian concepts were translated into reality, or were at least in the process of being translated into reality by the events of and June in France.

I am equally happy and honored to talk to you in the presence of Ernst Bloch whose work Geist der Utopie, published more than forty years ago, has influenced at my generation, and licks shown how realistic utopian concepts can be, lose to action, how close to practice. Lire la suite »

Radio: Barbara Stiegler, L’idéologie du libéralisme autoritaire, 2020

Barbara Stiegler, professeure de philosophie politique à l’université Bordeaux-Montaigne, analyse comment les cabinets de conseil comme McKinsey ou la BVA Nudge Unit, se basant sur les sciences comportementales ont inspiré la gestion de l’épidémie de Covid-19 ces dernières années. Et plus généralement comment l’idéologie des biais cognitifs et des « nudges » constituent des éléments pseudo-scientifiques servant à justifier la forme autoritaire que prend le libéralisme aujourd’hui.

Conférence tenue dans le cadre de la Fabrique du citoyen le 7 avril 2022, animée par Manon Delobel.

SOMMAIRE DES QUESTIONS :

03:26 Qu’entendez-vous par l’idéologie des biais cognitifs ?
16:58 Que deviens la démocratie face à un discours qui dévalorise es capacités de jugement politique des populations ?
22:20 Y a-t-il des bons et des mauvais usages des biais cognitifs ? Que sont les « nudges » ?
41:49 Gérald Bronner, la commission « les lumières à l’ère numérique » et réseaux sociaux
51:48 Fin

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°77,
diffusée sur Radio Zinzine en juillet 2022. Lire la suite »

Aurélien Berlan, L’opinion publique et ses élites, 2013

Recensé :
Ferdinand Tönnies,
Critique de l’opinion publique,
traduit de l’allemand par Pierre Osmo,
Gallimard, Paris, 2012. 784 p., 36, 90 €.

 

Dans sa Critique de l’opinion publique, parue en 1922 et récemment traduite en français, Ferdinand Tönnies analyse l’émergence dans les sociétés modernes de ce tribunal moral qu’est l’opinion publique, aussi puissant que l’était la religion. Mais ce rapprochement l’empêche de voir que cette expression collective est le plus souvent mise sous contrôle.

 

La réception française de l’œuvre de Ferdinand Tönnies (1855-1936), considéré outre-Rhin comme l’un des « pères fondateurs de la sociologie » (avec Georg Simmel et Max Weber, qui lui doivent nombre de problématiques et d’intuitions), a été assez sinueuse. Plus vite traduit et introduit en France que Weber [1] , il est ensuite tombé dans un oubli et un discrédit presque complet. Mais il connaît actuellement une sorte de seconde naissance : Communauté et société, son ouvrage majeur de 1887, a été retraduit en 2010 [2], et dans la foulée viennent d’être publiées sa monographie sur Marx [3] (1921) ainsi qu’une monumentale Critique de l’opinion publique (1922). Lire la suite »

Roger Belbéoch, Le travail, 1973

Le travail est la préoccupation majeure de tous, soit que l’on y consacre toute son énergie, comme la morale le voudrait, soit que l’on veuille y échapper, car c’est une activité fatigante et chiante. L’enfant, depuis quelques dizaines d’années, a été retiré du circuit productif, mais ce n’est pas pour autant qu’il reste étranger au travail. Toute l’éducation n’est finalement qu’un apprentissage à son rôle de futur producteur. La préoccupation dominante des parents, c’est de savoir quelle place il tiendra dans la production, sans se soucier beaucoup de l’état dans lequel il y arrivera. C’est donc par rapport au travail qu’il faut, pour nous, juger une société ou un projet de transformation sociale. Lire la suite »

Barbara Stiegler & François Alla, La prévention en santé menace-t-elle nos libertés ?, 2019

Introduction

La santé est depuis toujours un enjeu politique majeur. Hygiénisme, politiques de santé publique et aujourd’hui médecine dite des « 4P » (Prédictive, Préventive, Personnalisée, Participative)… la prévention en santé a évolué au rythme des progrès de la médecine, des changements sociaux et des politiques de santé publique nationales et mondiales. Elle adapte ses programmes pour préserver la santé des populations, utilise des outils et des techniques pour mieux cibler ses messages. Elle fait l’actualité de tous les jours sur des sujets d’intérêt général : alcool, pesticide, danger routier… Comment et jusqu’où la prévention en santé cherche-t-elle à influencer nos comportements au nom d’une certaine efficacité ?

De la recommandation à l’obligation, les normes de santé publique se posent en garantes d’une vie en bonne santé. Mais les individus sont-ils tous égaux quand il s’agit d’appliquer les politiques de santé publique ? Quelle liberté de choix reste-t-il à l’individu et aux citoyens face aux injonctions de bonne santé ?

Ces questions ont été au cœur de la soirée débat organisée le 12 juin 2019 par l’ERENA-Bordeaux avec Barbara Stiegler, professeur en philosophie politique à l’Université Bordeaux Montaigne et François Alla, professeur d’université-praticien hospitalier, ISPED, Université de Bordeaux et Pôle Santé publique, CHU de Bordeaux, et animée par Bernard Broustet, journaliste. Lire la suite »

Collectif Ruptures, Réflexions sur l’autoritarisme et l’extrême droite, 2022

Notre participation au mouvement anti-passe nous a parfois amené à côtoyer des militants politiques avec lesquels nous n’avons guère en commun. Cela nous a amenés à quelques réflexions sur l’extrême droite et les conditions de son émergence, que nous vous livrons ici.

 

Nous participons régulièrement aux manifestations contre le passe sanitaire et nous constatons que ce mouvement est composite. On y trouve des personnes inquiètes du rétrécissement des libertés publiques, en questionnement sur les potentiels effets secondaires d’un vaccin d’un type nouveau sans retour d’expérience, d’autres qui prônent des médecines alternatives, des gens qui pensent que la situation actuelle a été sciemment créée et orchestrée par l’oligarchie, des gilets jaunes critiques des inégalités sociales, de la vie chère et du mépris de Macron envers les classes populaires, des soignants suspendus… et cette liste est loin d’être exhaustive. On trouve également des partis politiques d’extrême droite (notamment Civitas et les Patriotes à Grenoble), ainsi que leurs sympathisants.

Mais nous constatons surtout, avec une pointe d’amertume, une situation qu’on n’aurait pas imaginée dans nos pires cauchemars : des militants d’extrême droite, mouvance ouvertement autoritaire et inégalitaire, sont là pour scander le mot « liberté ». Alors que ceux qui, habituellement s’en revendiquent (notamment à gauche), leur laissent le terrain, et parfois même soutiennent les mesures du gouvernement. Lire la suite »

Geneviève Pruvost, Penser et vivre depuis les maisonnées, 2021

Changer d’échelle

Lors des rencontres Reprises de terres, qui ont eu lieu sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes en août 2021, la sociologue Geneviève Pruvost a proposé une intervention nourrissant les discussions et les réflexions entamées lors de cette semaine de rencontres. Ce texte, qui fait écho à la parution de son ouvrage Quotidien politique. Féminisme, écologie et subsistance (La Découverte, 2021) est la trace écrite et légèrement remaniée de son intervention estivale.

 

Qui travaille sans parvenir à toucher le SMIC, ne compte pas ses heures, même si la reconnaissance n’est pas au rendez-vous et ne peut faire autrement que de faire ce qu’il y a à faire, parfois le couteau sous la gorge, sinon personne ne mange ? Une première réponse à cette énigme pourrait être : les paysans. Mais cela pourrait tout aussi bien désigner les femmes, assignées au travail domestique. Paysans, paysannes, travailleurs, travailleuses de l’ombre dans les foyers, même combat ? Lire la suite »

Sylvaine Bulle, Une politique d’émancipation doit mettre l’État à distance, 2020

Entretien avec la sociologue Sylvaine Bulle, autrice d’une enquête sur des expériences d’autonomie politique. Elle explique comment la pandémie peut renforcer le désir de ne pas être gouverné, et inciter à la recherche d’autres formes de vie.

 

S’il est actuellement beaucoup question du retour de l’État et de la restauration de la souveraineté, à droite comme à gauche du spectre politique, d’autres traditions militantes et intellectuelles se situent aux antipodes de cette logique. Au contraire, elles portent une critique radicale de l’État, qui n’en vise pas seulement les aspects les plus autoritaires et coercitifs, mais tout bonnement la prétention à gouverner les populations.

Pour évoquer cette mouvance, Mediapart s’est entretenu avec Sylvaine Bulle, professeure de sociologie à l’ENSA Paris Val de Seine (Université de Paris) et autrice d’Irréductibles. Enquête sur des milieux de vie de Bure à Notre-Dame-des-Landes (UGA Éditions, collection Écotopiques, 2020). Elle décrit les principes et les réalisations des « zones autogouvernées », et met en avant leurs atouts en temps de crise sanitaire. Elle répond aussi aux objections traditionnellement soulevées par ces expériences, comme celles qui moquent leur caractère localement circonscrit. Lire la suite »

Geneviève Pruvost, Critique en acte de la vie quotidienne à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, 2017

Résumé

La lutte d’occupation de la zone à défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes contre l’aéroport se déploie depuis 2008 sur une zone rurale dans laquelle le mode de vie adopté par les occupants du site entend faire la démonstration in situ qu’un autre monde est possible. En miroir de ce type de mouvement qui dénonce une conception pyramidale logocentrique du politique (fondée sur des discours en assemblée) ou spectaculaire (établissant un ordre d’importance entre événements dits de « haute » et de « basse » intensité, événements majeurs et mineurs), on s’est par conséquent intéressé à la vie ordinaire : alors que, dans le monde marchand, ses fondements ne sont pas interrogés, s’opère au contraire à la ZAD une politisation du moindre geste ici et maintenant. La critique de la vie quotidienne à la ZAD prend de fait la forme de l’action directe (la pratique l’emporte sur les discours théoriques), de la simplicité (dans les échanges informels, les techniques en usage), de l’autogouvernement dans la répartition des tâches et de l’accès libre et gratuit aux ressources de base. La ZAD présente cependant une diversité d’arrangements dont on explore ici les points de convergence et de divergence.

 

Les luttes d’occupation se fondent sur l’installation illégale sur un site et sa transformation en lieu de vie – condition sine qua non de ce mode d’action politique. Un pas supplémentaire est franchi lorsque le mode de vie qui se déploie sur la zone occupée entend faire la démonstration in situ qu’un autre monde est possible, en proposant un renversement complet des normes (en termes de prise de décision, de rapports sociaux de sexe, de modèle économique, d’organisation domestique). Ainsi fonctionnent les Camps climats qui ont émergé à partir de 2006 en Grande-Bretagne : visant à alerter sur le changement climatique, ce type de rassemblement tient le pari d’occuper un lieu emblématique pendant une semaine en montant en quelques heures chapiteaux, stands, cantines, toilettes sèches sur le mode de l’autogestion, avec une empreinte écologique minimale. Un autre pas est encore franchi quand la lutte d’occupation s’installe dans la durée.Lire la suite »