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Posts Tagged ‘société industrielle’

Hans Magnus Enzensberger, L’industrie culturelle, 1965

21 juillet 2019 Laisser un commentaire

Chacun, fût-il l’être le moins indépendant, se flatte d’être souverain dans le domaine de sa conscience. Depuis qu’il n’est plus question que de l’âme, qu’on fasse appel au confesseur ou au psychanalyste, la conscience passe pour le dernier refuge que le sujet, devant un monde catastrophique, cherche et croit trouver en lui- même, comme si c’était une citadelle capable de résister à un siège quotidien. Même dans les pires conditions, celles du pouvoir totalitaire, nul ne veut s’avouer à lui-même qu’il y a peut-être longtemps déjà que la citadelle est tombée [1]. Nulle illusion n’est plus tenace, tant est vaste et profonde l’influence de la philosophie, même sur ses détracteurs. Car la fausse croyance que l’individu, faute de l’être ailleurs, peut rester le maître dans sa propre conscience est le produit d’une philosophie qui n’a cessé de dégénérer de Descartes à Husserl, une philosophie essentiellement bourgeoise, un idéalisme en pantoufles, ramené à la mesure du particulier. Lire la suite…

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Radio: Une autre histoire des « Trente Glorieuses », 2013

12 juin 2019 Laisser un commentaire

Comme était doux le temps des « Trente Glorieuses » ! La démocratisation de la voiture et de la viande ! L’électroménager libérant la femme ! La mécanisation agricole éradiquant la famine ! La Troisième Guerre mondiale évitée et la grandeur nationale restaurée grâce à la dissuasion nucléaire ! Etc. Telle est aujourd’hui la vision dominante de cette période d’« expansion », objet d’une profonde nostalgie passéiste… au risque de l’aveuglement sur les racines de la crise contemporaine.

À rebours d’une histoire consensuelle de la modernisation, cet ouvrage dévoile l’autre face, noire, du rouleau compresseur de la « modernité » et du « progrès », qui tout à la fois créa et rendit invisibles ses victimes : les irradié.e.s des essais nucléaires en Algérie et en Polynésie, les ouvrier.ère.s de l’amiante ou des mines d’uranium contaminé.e.s, les rivières irrémédiablement polluées, les cerveaux colonisés par les mots d’ordre de la « croissance » et de la publicité…

Les conséquences sociales et environnementales des prétendues « Trente Glorieuses », de leur mythologie savamment construite par les « modernisateurs » eux-mêmes, de leurs choix technico-économiques et de leurs modes de vie, se révèlent aujourd’hui très lourdes. Il nous faut donc réévaluer la période et faire resurgir la voix des vaincu.e.s et des critiques du « progrès » (de l’atome, des pollutions, du productivisme et du consumérisme) antérieures à 1968. L’enjeu est non seulement de démonter les stratégies qui permirent alors de les contourner, mais aussi de les réinscrire dans les combats politiques et écologiques contemporains. Lire la suite…

Jean Robert, Les visages de la modération radicale, 2016

Illich et la guerre contre la subsistance,
hier et aujourd’hui

Durant l’automne de 2013, l’essayiste public que je prétends être a dû faire face à deux tâches hétérogènes entre lesquelles j’ai eu l’intuition de convergences à explorer, mais aussi la certitude immédiate d’incompatibilités. Ce furent, d’une part, la rédaction d’un essai et la traduction française de textes d’un collègue mexicain sur la « petite école » zapatiste qui eut lieu en août et, d’autre part l’élaboration de l’article que le lecteur a sous les yeux. Lire la suite…

Maria Mies, Patriarcat et exploitation dans l’économie mondialisée, 2005

9 février 2019 Laisser un commentaire

Dans les années 1970 et 1980, les féministes ont identifié plusieurs contradictions fondamentales des sociétés industrielles. En premier lieu, le fait que le travail domestique n’est pas comptabilisé comme du travail, qu’il s’agisse d’économistes capitalistes ou socialistes. C’est encore le cas : en 1999, Henderson estimait que jusqu’à 50% des produits et services utiles n’étaient pas rémunérés et largement produits par les femmes. Leur valeur s’élèverait à 16 000 milliards de dollars [1]. Le travail productif des femmes, porter et s’occuper des enfants, jardiner, nourrir sa famille, traire les vaches, élever des brebis pour sa consommation personnelle, tout ceci n’est pas comptabilisé dans les PIB nationaux, cela « ne compte pas » [2]. Ce travail n’est pas considéré comme une activité économique. Lire la suite…

Gilets jaunes, Macron à Francazal, 2019

7 février 2019 Laisser un commentaire

Célébration du complexe militaro-industriel et de la start-up nation à Toulouse.

Ce jeudi 17 janvier 2019, Macron a choisi de souhaiter les vœux aux armées sur le site de la base aérienne de Francazal à Toulouse. Macron est venu défendre sa Startup Nation Army : Technologies de pointes, surveillance, arme de dernier cris, caméras, drones, robots, etc… Lire la suite…

Gilets jaunes, Réveiller les paysans qui sommeillent en nous, 2019

5 février 2019 Laisser un commentaire

Notre insurrection doit faire un choix très fort.

Ou bien elle défend (qu’on le veuille ou non) le monde tel qu’il existe.

Ou bien nous cherchons la sortie de ce monde promis à la destruction.

L’étincelle qui a allumé la mèche des Gilets jaunes était économique : la hausse incessante du prix de l’essence, un sentiment largement partagé d’asphyxie financière. La question des bas revenus et de l’inégalité économique reste présente depuis, mais la révolte a pris un tour plus politique : critique de la classe dirigeante, dénonciation de son mépris pour des classes populaires qui n’ont aucun moyen de peser sur les grandes décisions, critique diffuse de la démocratie représentative, revendications d’outils de participation et de délibération plus ou moins radicaux… Mais si la nécessité de réorganiser les habitudes et les institutions politiques est largement évoquée dans le mouvement, la nécessité d’une autre organisation économique est très peu débattue : ne devons-nous pas tout autant réorganiser nos manières de survivre, de produire et d’échanger ? Lire la suite…

François Jarrige, Bure, des hiboux face aux autruches, 2018

12 janvier 2019 Laisser un commentaire

Le futur centre de stockage géologique des déchets les plus radioactifs du parc français de Bure (Meuse) est le théâtre de résistances que le gouvernement français tente d’étouffer par tous les moyens. Ces militants responsables ne font pourtant que répondre à l’injonction présidentielle de juin 2017 consistant à « make our planet great again ».

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La répression se déploie avec une force inédite autour du projet d’enfouissement des déchets nucléaire à Bure, témoignant des enjeux politiques considérables qui se jouent là-bas. Une cinquantaine de procès, 28 interdictions de territoire, deux ans de prison ferme et plusieurs centaines de mois avec sursis cumulés, voici le résultat d’une situation absurde qui se déroule sans que personne ou presque ne s’en offusque.

Depuis l’ouverture en juin 2017 d’une instruction judiciaire pour « association de malfaiteurs » et l’évacuation, en février 2018, du bois Lejuc, la police et la justice surveillent et tentent d’asphyxier la lutte locale dans un contexte où le projet doit entrer dans sa phase de réalisation concrète. Les premiers travaux pour construire une voie ferrée censée acheminer les déchets démarrent cet automne alors que la demande d’autorisation de construction n’a pas officiellement été déposée, prévue initialement mi-2018 elle le sera en 2019. Les autorités inquiètent vont tout faire pour que le calendrier soit respecté et que l’opposition reste confinée, il ne faut surtout pas que Bure devienne une grande cause comparable à Notre-Dame-des-Landes. Lire la suite…

Radio: Jean-Baptiste Fressoz, Le mythe de la transition énergétique, 2018

13 novembre 2018 Laisser un commentaire

Conférence de Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, qui montre comment la « transition énergétique » est un mythe forgé par des experts afin de neutraliser la charge critique de la « crise de l’énergie » et du changement climatique. Il montre comment les choix technologiques des États et des classes dominantes ont systématiquement écarté les énergies renouvelables et les solutions collectives, imposant partout la recherche de la puissance et du résultat immédiat au détriment du rendement et de l’économie de ressources.

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Le mythe de la transition énergétique

63 mn

Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle diffusée sur Radio Zinzine.

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Bernard Charbonneau, Écologie, espace géographique, temps historique, 1989

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’originalité de l’écologie est d’être une science synthétique, étudiant les ensembles ou écosystèmes naturels. Elle a inspiré un mouvement « écologique », dénonçant les menaces que le système industriel fait peser sur la nature : id est l’écosystème planétaire où intervient l’homme.

Or deux autres disciplines à vocation synthétique pourraient compléter une écologie limitée à la nature : la Géographie et l’Histoire. La géographie étudie les ensembles naturels et humains dans le cadre de l’espace local et terrestre, comme l’histoire dans celui du temps. Mais l’accumulation des informations contraint la géographie et l’histoire à devenir de plus en plus scientifiques, techniques et spécialisées. Elles risquent ainsi de trahir leur vocation de connaissance synthétique dans le cadre de l’espace-temps. L’écologie, la géographie et l’histoire peuvent-elles s’unir pour une connaissance de l’ensemble vivant, naturel et culturel, fruit de l’action humaine sur terre ? Dans l’état actuel de la recherche scientifique est-ce possible ? Est-ce la seule affaire des sciences ? Lire la suite…

Ivan Illich, L’énergie, un objet social, 1983

5 août 2018 Laisser un commentaire

Il y a peu en commun entre le symbole « E » qu’utilise le physicien et l’« énergie », quand ce mot est utilisé par un économiste, un politicien ou un passionné de moulins à vent. « E » est un algorithme, « énergie », un mot chargé de sens. « E » n’a de sens que dans une formule, le mot « énergie » est lourd d’implications cachées : il renvoie à un subtil « quelque chose » qui a la capacité de mettre la nature au travail. C’est quand il parle à ses clients que l’ingénieur dont la routine consiste à s’occuper de mégawatts prononce le mot « énergie ». Aujourd’hui, l’énergie a détrôné le travail en tant que symbole de ce dont les individus et les sociétés ont besoin. C’est un symbole qui va comme un gant à notre époque : celui de tout ce qui est à la fois abondant et rare. Lire la suite…