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Archive for the ‘Critique de la science’ Category

Ivan Illich, L’obsession de la santé parfaite, 1999

23 avril 2021 Laisser un commentaire

Un facteur pathogène dominant

 

Dans les pays développés, l’obsession de la santé parfaite est devenue un facteur pathogène prédominant. Le système médical, dans un monde imprégné de l’idéal instrumental de la science, crée sans cesse de nouveaux besoins de soins. Mais plus grande est l’offre de santé, plus les gens répondent qu’ils ont des problèmes, des besoins, des maladies. Chacun exige que le progrès mette fin aux souffrances du corps, maintienne le plus longtemps possible la fraîcheur de la jeunesse, et prolonge la vie à l’infini. Ni vieillesse, ni douleur, ni mort. Oubliant ainsi qu’un tel dégoût de l’art de souffrir est la négation même de la condition humaine.
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Ivan Illich, Némésis de la médecine, 1975

23 avril 2021 Laisser un commentaire

Après avoir lu Némésis médicale, cinq sommités du monde médical allemand ont engagé le débat avec Ivan Illich. Il s’agit de Harald Bräutigam, gynécologue de Hambourg, des professeurs Hans Schäfer, Thure von Uexküll et Hans-Georg Wolters, ainsi que de Hans Tons, directeur de la Fédération des caisses d’assurance-maladie. Ce débat, parfois très vif, a été organisé et enregistré par l’hebdomadaire de Hambourg Die Zeit qui l’a publié intégralement, sur six grandes pages dans son édition du 18 avril 1975. On en trouvera ci-dessous les principaux passages. Lire la suite…

Jacques Grinevald, Progrès et entropie, cinquante ans après, 2000

8 octobre 2020 Laisser un commentaire

Cinquante ans après les pages célèbres de Norbert Wiener [1950, ch. 2 : “Progress and Entropy”], il me semble opportun de faire le point sur le « problème » [Adams, 1919, ch. 1] du progrès et de l’entropie [Grinevald, 1978], qui intéresse la « problématique de l’évolution » [voir “La question du progrès” dans la thèse de Meyer, 1954, p. 155-172 ; et E. O. Wiley, “Evolution, progress, and entropy”, in Nitecki (éd.), 1988, p. 275-291]. Ce débat est actuellement en pleine évolution ! Évidemment, on ne peut traiter ici que sommairement une affaire aussi complexe, difficile et controversée, et qui demanderait des détails et des arguments plus techniques, mais qui nous prendraient trop de place, et surtout pour lesquels je n’ai pas toutes les compétences requises. Il ne s’agit ici que de quelques notes à propos d’un work in progress. Lire la suite…

Pilmis & Castel, Le virus des biais, 2020

3 octobre 2020 Laisser un commentaire

Peut-on vraiment prendre au sérieux ces approches comportementalistes. Réponse aussi solide qu’argumentée de deux sociologues à travers l’analyse d’une vidéo à succès publiée sur YouTube par Olivier Sibony, professeur associé à HEC, et titrée « Biais cognitifs et crise du Covid-19 ».

Depuis sa parution sur Youtube le 7 avril 2020, la vidéo d’un séminaire en ligne d’Olivier Sibony, professeur associé à HEC, est devenue « virale » (s’agissant de la captation d’un séminaire académique d’une durée d’une heure), jusqu’à être vue près de 275 000 fois deux mois après sa mise en ligne. L’auteur a par ailleurs développé des arguments similaires dans la presse écrite (tribune dans le journal Le Monde du 25 avril 2020) ou en ligne (conférence diffusée sur la page Facebook de Boma France en partenariat avec l’édition française du Huffington Post et une série d’articles sur LinkedIn). Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, La médecine et le « tribunal du public » au XVIIIe siècle, 2015

19 février 2020 Laisser un commentaire

Résumé

Cet article étudie la figure du « tribunal du public » dans le champ médical du XVIIIe siècle. En se centrant sur la controverse de l’inoculation variolique, il montre que le « public » possède des fonctions multiples : établir les réputations médicales, produire et certifier des faits et juger les innovations. En annonçant l’entrée dans une ère nouvelle de réflexivité technologique et en promouvant l’heuristique des controverses sociotechniques, la littérature contemporaine sur la démocratie technique réactive, à deux siècles d’écart, présente la vision d’une sphère publique dont la fonction critique s’étendrait aux sciences et aux techniques. Lire la suite…

Jean-Marc Lévy-Leblond, La science et le progrès, quel rapport ?, 2000

28 juin 2019 Laisser un commentaire

La science entretient avec l’idée de progrès un rapport privilégié, à un double titre. D’une part, depuis le XVIIIe siècle, la science est conçue comme le parangon du progrès, comme l’une des (rares) pratiques humaines où le progrès semble incontestable. Après tout, l’on peut discuter longuement pour savoir si le sens moral de l’humanité ou ses œuvres d’art témoignent d’un réel mieux au cours des siècles. Mais il semble exister un domaine où le doute n’est pas de mise : nos connaissances scientifiques ne sont- elles pas, de toute évidence, supérieures à celles de nos prédécesseurs, et en constant accroissement ? L’idée de progrès telle qu’elle s’est développée à l’époque des Lumières, ce grand projet qui visait l’ensemble des activités humaines, disposait ainsi d’au moins un exemple qui pouvait le garantir contre une trop manifeste utopie. D’autre part, la science, par-delà son statut comme exemple emblématique du progrès, se vit promue au rang de source même du progrès – de tout progrès : le progrès scientifique entraînerait le progrès technique, lui-même fécondant le progrès économique, origine à son tour du progrès social, qui provoquerait le progrès culturel, conduisant enfin au progrès moral, selon une causalité inéluctable – elle-même évidemment inspirée du déterminisme scientifique. Lire la suite…

Olivier Rey, La confusion des lois, 2015

16 juin 2019 Laisser un commentaire

Dans les dictionnaires français contemporains, comme le Trésor de la langue française (1971-1994), les multiples acceptions du mot « loi » se rangent sous deux grandes rubriques :

I. Règle générale impérative.

II. Régularité générale constatable.

Dans le premier cas, la loi s’énonce sur le mode d’un devoir, de ce qui doit être – elle est impérative. Dans le second, elle s’énonce comme un état de fait, comme ce qui est – on peut la constater. Cette ambivalence n’est pas une singularité du français, mais se retrouve dans toutes les langues européennes (avec les termes law en anglais, Gesetz en allemand, legge en italien, ley en espagnol, lei en portugais, nomos en grec, etc.) Un net contraste existe pourtant entre les deux acceptions du mot. Lire la suite…

Thierry Ribault, Nucléaire – Quand la science ignore l’ignorance, 2018

12 juillet 2018 Laisser un commentaire

Depuis que la vérité est donnée pour morte, il est devenu extrêmement facile de déguiser des policiers en fact-checkers. Le fact-checking, nouveau segment de l’industrie de la vérité, épaulé par des comités d’éthique scientifique toujours prêts à trier le bon doute du mauvais, aboutit à une autre impasse de la véritocratie, à savoir l’incapacité à appréhender l’ignorance organisée. Fruit d’une inaction institutionnelle, celle-ci est générée et reproduite au sein même des institutions scientifiques, des autorités de réglementation en charge de la protection sanitaire et des groupes d’experts. Comprendre pourquoi on ne connaît pas ce que l’on ne connaît pas, n’est pas une affaire de décodeur, ni d’éthique. L’observation du désastre nucléaire de « Fukushima » nous amène à identifier deux vecteurs de la production d’ignorance institutionnelle. Lire la suite…

Carolyn Merchant, Exploiter le ventre de la terre, 1980

27 juin 2018 Laisser un commentaire

La domination de la terre par la technologie et l’avènement corrélatif de l’image du monde comme Machina ex Deo furent les grandes caractéristiques de la révolution scientifique des XVIe et XVIIe siècles. Au cours de cette période, ces deux concepts de mécanisme et de domination de la nature sont devenus les concepts clés et les représentations prédominantes de notre monde moderne. La conception organique qui a prévalu depuis les temps anciens jusqu’à la Renaissance, dans laquelle le principe féminin jouait un rôle positif significatif, fut graduellement sapée et remplacée par un état d’esprit technologique qui se servait des différents principes féminins en les exploitant 1. Parallèlement à la mécanisation croissante de la culture occidentale au XVIIe siècle, la terre nourricière et cosmique a été remplacée par la machine. Lire la suite…

Recension : E. Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

10 juin 2018 Laisser un commentaire

Eugène Huzar et l’invention du catastrophisme technologique

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Eugène Huzar, La Fin du monde par la science, 1855

(textes choisis et annotés par Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige, postface de Bruno Latour)

éd. È®e, 2008, 160 pages.

Résumé

En 1855, paraît La fin du monde par la science. Son auteur : un avocat obscur au nom d’Eugène Huzar ; son originalité : proposer la première philosophie catastrophiste du progrès technologique. Huzar nous intéresse aujourd’hui en tant que symptôme : à l’encontre du grand récit postmoderne, il nous montre que la modernité positiviste qui aurait pensé les techniques sans leurs conséquences lointaines semblait déjà caduque lors de la révolution industrielle. Découvrir l’œuvre de Huzar aujourd’hui nous force à penser la réflexivité environnementale des sociétés de la révolution industrielle.

« La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. »

Hans Jonas, Le Principe responsabilité, 1979 (trad. fr. éd. Flammarion, 1995, p. 233.)

En avril 1855, à Paris, alors que la foule se presse au Palais de l’Industrie pour y admirer machines et inventions, paraît un petit ouvrage au titre énigmatique, La Fin du monde par la science. L’auteur, un avocat obscur au nom d’Eugène Huzar, propose ce qui constitue vraisemblablement la première théorie du catastrophisme technologique. Le livre est un succès et deux ans après, Huzar développe sa théorie dans L’Arbre de la science 1. Lire la suite…