Jérôme Baschet, Zapatiste (Rébellion), 2020

Un article de l’Encyclopédie anarchiste

L’autonomie zapatiste, qui se construit depuis le 1er janvier 1994 dans les montagnes et la forêt du Chiapas, au sud du Mexique, constitue l’une des expériences rebelles contemporaines les plus remarquables par son ampleur, sa persistance et sa radicalité. Elle a pu déployer une forme d’autogouvernement populaire, en sécession complète par rapport aux institutions de l’État mexicain, en même temps qu’elle défend des modes de vie constituant une alternative concrète à la logique capitaliste dominante. Elle est le fruit d’une histoire très singulière, mais son écho et sa portée n’en dépassent pas moins les frontières du Mexique. Lire la suite »

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Celia Izoard, Cancer : L’art de ne pas regarder une épidémie, 2020

Comment se fait-il que, dans une société fondée sur le traitement de l’information et la collecte de données, il soit si difficile d’expliquer la multiplication effrénée de certains cancers ?

 

Voilà un fait étonnant : on ne sait pas combien de cancers surviennent en France chaque année. Ce chiffre n’existe pas, il n’a pas été produit. On ne sait pas exactement combien de cancers surviennent, on ne sait pas où ils surviennent. Quand Santé publique France, l’agence de veille sanitaire, annonce, par exemple, 346 000 cas de cancers pour l’année 2015, il s’agit d’une estimation réalisée à partir des registres des cancers, qui couvrent entre 19 et 22 départements selon le cancer étudié, soit 22 % de la population. le dernier bilan publié en 2019 précise :

« Cette méthodologie repose sur l’hypothèse que la zone géographique constituée par les registres est représentative de la France métropolitaine en termes d’incidence des cancers. » [1]

Pourtant, le Tarn, l’Hérault ou le Finistère, couverts par des registres, sont des départements relativement épargnés par l’urbanisation et l’industrie. En revanche, les cancers dans certaines des principales métropoles du pays, comme Paris, Marseille et Toulouse, ne sont pas décomptés. Et comme le montre une enquête de Viviane Thivent pour Le Monde, les départements les plus concernés par les sites Seveso ne sont pas non plus couverts par les registres : la Moselle (43 sites « Seveso seuil haut »), la Seine-Maritime (47), les Bouches-du-Rhône (44) [2]. Un complot ? Non. La simple démonstration du fait que connaître l’impact des pollutions urbaines et industrielles n’a pas figuré jusqu’ici au premier rang des préoccupations des épidémiologistes. Lire la suite »

François Jarrige, Sobriété énergétique, un nouvel oxymore ?, 2020

En consultation publique jusqu’au 19 février 2020, la Programmation pluriannuelle de l’énergie et la Stratégie nationale bas-carbone doivent fixer le cap énergétique de la France pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Pour y parvenir, on évoque depuis la loi de 2015 la sobriété énergétique, une expression qui risque fort de rejoindre la longue liste des oxymores (tels développement durable ou croissance verte) si on ne prend pas conscience collectivement de la nécessité d’une redéfinition profonde des modes de vie et du système capitaliste dominant. Lire la suite »

François Jarrige, Amish et lampes à huiles, 2020

Macron piégé par le technosolutionnisme

Dans un discours prononcé le 15 septembre 2020 devant les investisseurs de la French Tech, le président Macron a balayé la demande de moratoire sur le déploiement de la 5G, renvoyée au « modèle Amish » et au retour à la lampe à huile. Choisissant l’humour, les Amis de la Terre se sont renommés pour l’occasion les « Amish de la Terre » en organisant devant l’Élysée une manifestation éclairée à la bougie. Au-delà de l’anecdote quelque peu dérisoire alors que tant de drames et de catastrophes se jouent partout, l’évènement est pourtant révélateur du contexte intellectuel, social et politique dans lequel nous sommes et des impasses dans lesquels s’enferme le pouvoir en s’en remettant toujours plus entre les mains d’un technosolutionnisme hors-sol. Lire la suite »

Nicole Athea, Médicalisation de la vie reproductive des femmes, 2020

Quelques aspects

Le lien entre le corps et le politique se décline sous de nombreux aspects : l’un d’entre eux est celui de la médicalisation, qui est de plus en plus étendue et concerne aujourd’hui tous les aspects de la vie de chacun, y compris la plus intime. Derrière cette médicalisation, certains philosophes voient se cacher un ou des pouvoirs qui assurent leur domination par une normalisation préventive des individus, normalisation agissant par l’intériorisation d’une norme sociale que ces pouvoirs, pour l’essentiel, créent. Selon eux, cette évolution n’a cessé de croître avec l’accélération du développement technologique observé de façon générale dans notre société depuis les années 1950-1960, et qui a participé à étendre les champs de la médicalisation. Lire la suite »

Fabian Scheidler, L’ombre de l’hydre, 2020

pandémies, crise de la biosphère
et limites de l’expansion

La crise du coronavirus a révélé une ambivalence fondamentale de notre civilisation : tandis que tous les moyens ou presque sont bons pour endiguer le Covid-19 – même une paralysie temporaire de l’économie –, les gouvernements n’ont en quarante ans presque rien fait pour désamorcer la crise climatique. Il aurait fallu pour cela remettre en question l’expansion et l’accumulation sans fin. Nous voilà donc face à un moment charnière : à quand la fin de la mégamachine ?

 

Une dizaine d’années seulement après le krach financier de 2008-2009, la crise du coronavirus a de nouveau violemment ébranlé l’économie globale. Bien que ces deux crises aient des causes très différentes, elles ont pourtant en commun de mettre en lumière la vulnérabilité et l’instabilité croissante de l’ordre mondial actuel. Un aspect de cette perturbation n’a pas encore suscité l’attention qu’il mérite : le lien entre les pandémies et la destruction de la biosphère, qui progresse à toute vitesse. Lire la suite »

Sylvaine Bulle, Une politique d’émancipation doit mettre l’État à distance, 2020

Entretien avec la sociologue Sylvaine Bulle, autrice d’une enquête sur des expériences d’autonomie politique. Elle explique comment la pandémie peut renforcer le désir de ne pas être gouverné, et inciter à la recherche d’autres formes de vie.

 

S’il est actuellement beaucoup question du retour de l’État et de la restauration de la souveraineté, à droite comme à gauche du spectre politique, d’autres traditions militantes et intellectuelles se situent aux antipodes de cette logique. Au contraire, elles portent une critique radicale de l’État, qui n’en vise pas seulement les aspects les plus autoritaires et coercitifs, mais tout bonnement la prétention à gouverner les populations.

Pour évoquer cette mouvance, Mediapart s’est entretenu avec Sylvaine Bulle, professeure de sociologie à l’ENSA Paris Val de Seine (Université de Paris) et autrice d’Irréductibles. Enquête sur des milieux de vie de Bure à Notre-Dame-des-Landes (UGA Éditions, collection Écotopiques, 2020). Elle décrit les principes et les réalisations des « zones autogouvernées », et met en avant leurs atouts en temps de crise sanitaire. Elle répond aussi aux objections traditionnellement soulevées par ces expériences, comme celles qui moquent leur caractère localement circonscrit. Lire la suite »

Cambourakis & Guérin, If you love this planet, 2020

Des femmes contre le nucléaire

 

Comment construire une position antinucléaire à partir des questionnements féministes ? Dans les années 1970, elles furent peu nombreuses à chercher cette articulation et leurs efforts ont été largement oubliés. Pourtant, ces positions méconnues et ces combats constituent aujourd’hui un héritage à réinvestir.

 

Au départ de cet article écrit à quatre mains, il y a des paysages traversés au détour de nos existences : les falaises du Nez de Jobourg près de La Hague pour l’une, les lumières électriques du laboratoire de l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs (ANDRA) éclairant tout Bure la nuit pour l’autre. Le souvenir de rochers au milieu desquels on rit, la mer avec laquelle on s’éclabousse, des corps déliés au soleil, une impression de vie sauvage loin des pavillons de banlieue. Et puis un jour, quelque chose se précise dans le paysage, une usine de retraitement de déchets nucléaires dans le lointain, des histoires de luttes bretonnes appartenant au passé, une photo eighties de femmes encerclant un camp militaire. C’est un paysage de science-fiction que l’on apprend à aimer puis une série policière qui nous lie, une prison à ciel ouvert. Au milieu des champs de monoculture, des rondes des gendarmes et de la valse infernale des procès. C’est là où nous avons tenté, où nous tentons encore, d’habiter les ruines, nous, enfants des déchets nucléaires. Lire la suite »

Radio: Matthieu Amiech, Compter, gérer, exploiter, 2021

Pourquoi résister à l’informatisation du monde ? Comment l’économie règne aujourd’hui sur nos vies ? Pourquoi les écologistes doivent critiquer radicalement la technologie et la société industrielle de masse ? Comment s’en défaire ?

Ce sont les questions que nous sommes allés poser à Matthieu Amiech, une des plumes du groupe Marcuse qui a signé le livre La Liberté dans le coma. Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer en 2013 (réédition 2019). Il participe également aux éditions La Lenteur et au groupe Écran total de résistance à l’informatisation et à la gestion de nos vies.

[Voir plus bas sur cette page le texte Peut-on s’opposer à l’informatisation du monde ?]

Une interview réalisée par les membres du blog Floraison en octobre 2021.

Compter, gérer, exploiter, ainsi va la mégamachine bureaucratique:

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°73,
diffusée sur Radio Zinzine en janvier 2022.

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Radio Zinzine
2021: 40 ans de Radio Zinzine

.Lire la suite »

Aurélien Berlan, Réécrire l’histoire, neutraliser l’écologie politique, 2020

A propos d’Abondance et liberté
de Pierre Charbonnier

Où va l’écologie politique ? Derrière sa renaissance actuelle, que reste-t-il d’une tradition de pensées et d’actions qui s’est affirmée, dès ses débuts, comme une immense mise en question de l’héritage de la modernité ? La publication du livre Abondance et liberté de Pierre Charbonnier est l’occasion de tirer un premier bilan de cet héritage et d’exposer de francs désaccords.

 

– Mais « gloire » ne signifie pas « un bel argument pour te clouer le bec », objecta Alice.
– Moi, quand j’emploie un mot, dit Humpty Dumpty avec dédain, il signifie ce que je veux qu’il signifie, ni plus ni moins.
– La question est de savoir si l’on peut faire que les mots signifient autant de choses différentes, dit Alice.
– La question est de savoir qui est le maître, répondit Humpty Dumpty, un point c’est tout.

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir.

 

Dans un contexte où, comme nos sociétés et la biosphère, le sens de la liberté censée être au cœur de la modernité est entré en crise [1], la parution d’Abondance et liberté de Pierre Charbonnier semblait être une bonne nouvelle. Vu son ampleur (460 pages), on pouvait espérer une enquête historique fouillée sur les rapports entre l’abondance et la liberté dans la pensée moderne, ainsi qu’une réflexion philosophique à la hauteur de la situation présente. Comment est apparue la focalisation moderne sur « l’abondance » et que faut-il entendre par là ? Quels biais a-t-elle introduits dans l’idéal de liberté et comment ont-ils contribué à nous enfermer dans l’impasse actuelle ? En quel sens entendre cette « autonomie » que tant de contestataires, notamment écologistes, opposent à la conception individuelle et libérale de la liberté qui a contribué à faire le lit de nos « sociétés d’abondance » ? Lire la suite »