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Richard C. Lewontin, Les causes et leurs effets, 1991

« Il faudra que certains aient le courage d’intervenir sur la lignée germinale [humaine] sans être sûrs du résultat. De plus, et personne n’ose le dire, si nous pouvions créer des êtres humains meilleurs grâce à l’addition de gènes (provenant de plantes ou d’animaux), pourquoi s’en priver ? Où est le problème ? »

Déclaration de James Watson,
– codécouvreur de la structure en double hélice de l’ADN en 1953 –
lors d’une conférence à l’université de Californie en 1998.

Ce qui suit est un ensemble d’extraits adaptés et commentés du chapitre III (Causes and their effects) du livre de Richard C. Lewontin, Biology as Ideology, the doctrine of DNA (1991). Les passages que nous avons réécrits, parce que Lewontin considère que son lecteur possède déjà des connaissances en biologie, sont entre points (•…•) et les commentaires que nous avons ajoutés, parce qu’il ne va pas toujours au bout de ses raisonnements, sont entre crochets et en italiques ([…]) ; toutes les notes de bas de page ont été ajoutées par nous. Lewontin, en tant que scientifique, emploie le “nous” pour parler des travaux et des activités des chercheurs. Dans nos commentaires et nos corrections, notre point de vue étant différent, nous avons employé d’autres tournures.

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La biologie moderne se caractérise par le fait qu’elle dépend d’un certain nombre de d’idées préconçues, lesquels façonnent sa façon d’expliquer les choses et la manière dont les recherches sont effectuées. Une de ces principales idées préconçues porte sur la nature des causes. On recherche généralement la cause d’un effet, ou, si l’on concède l’existence d’un certain nombre de causes, on suppose qu’il y a une cause prépondérante et que les autres ne sont qu’accessoires. Dans tous les cas, ces causes sont séparées des autres, elles sont étudiées à part, manipulées et mises en relation de façon indépendante. De plus, ces causes ne sont étudiées que dans une perspective particulière : on examine le gène ou l’organe défectueux d’un individu déterminé, considéré comme l’hôte ou le réceptacle de causes biologiques internes et soumis à d’autres causes externes provenant d’une nature autonome.

[Autrement dit, la biologie moderne ne considère pas le vivant comme une totalité organique, où chaque phénomène ne peut être compris qu’en relation avec l’unité que constitue l’organisme, mais plutôt comme une accumulation de fonctions, indépendantes les unes des autres et subissant des modifications suivant les circonstances, tout comme les éléments d’une machine.]

Nulle part cette vision n’est plus évidente que dans nos théories relatives à la santé et à la maladie. N’importe quel manuel de médecine dira que la cause de la tuberculose est le bacille tuberculeux (bacille de Koch) qui nous apporte la maladie au moment où il nous infecte. La médecine moderne dira que c’est grâce à la médecine scientifique (c’est-à-dire à elle-même) que nous ne mourons plus de maladies infectieuses, grâce aux antibiotiques, aux traitements chimiques, et aux méthodes high-tech avec lesquelles on s’occupe des malades ; que c’est grâce à tout cela que cette bactérie a été vaincue.

Quelle est la cause du cancer ? Une prolifération illimitée de cellules, conséquence du fait que certains gènes n’arrivent plus à réguler la division des cellules. Donc, nous avons un cancer parce que nos gènes ne font pas leur travail. Auparavant, les gens pensaient que les virus étaient une des causes principales du cancer, et on a dépensé beaucoup d’argent et passé beaucoup de temps à chercher, sans succès, les causes virales du cancer chez l’être humain. Mais aujourd’hui, l’explication par les gènes est à la mode.

Il existe aussi d’autres théories des causes du cancer, liées à l’environnement. On nous dit que les cancers sont causés par l’amiante, les PCB ou par des produits chimiques naturels sur lesquels nous n’avons aucun contrôle, et auxquels nous sommes exposés toute notre vie, même si leur concentration est très minime. Donc, tout comme nous éviterons de mourir de la tuberculose en nous occupant du microbe qui en est la cause, nous éviterons le cancer en débarrassant notre environnement des produits chimiques particulièrement nocifs qui s’y trouvent.

Assurément, il est vrai que l’on ne peut attraper la tuberculose en l’absence du bacille tuberculeux, tout comme on ne peut avoir un cancer du mésothéliome sans avoir ingéré de l’amiante ou des produits similaires. Mais cela ne veux pas dire que la cause de la tuberculose est le bacille tuberculeux, ni que la cause du mésothéliome est l’amiante. Qu’elles sont les conséquences de cette façon de penser pour notre santé ? Supposons que nous remarquions que la tuberculose était une maladie extrêmement répandue dans les misérables ateliers et usines du XIXe siècle, et que le pourcentage de tuberculeux était bien plus faible chez les ruraux et les membres des classes supérieures. Il serait peut-être alors justifié de prétendre que la cause de la tuberculose est le capitalisme sauvage et industriel, et que si nous nous débarrassons de ce système social nous n’aurons plus de soucis avec le bacille tuberculeux. Si nous jetons un œil sur l’histoire de la maladie et de la santé dans l’Europe moderne, cette explication vaut bien celle du bacille 1.

Quelle est la preuve des avantages de la médecine moderne ? Il est certain que nous vivons bien plus longtemps que nos ancêtres. Aux États-Unis, en 1890, l’espérance de vie à la naissance d’un petit Blanc était de 45 ans, aujourd’hui elle est de 75 ans. Mais cela ne vient pas du fait que la médecine moderne ait prolongé l’existence des vieillards et des gens malades. Pour une part importante, ce changement de durée de l’espérance de vie vient de l’extraordinaire réduction de la mortalité infantile. Avant le début du XXe siècle, et surtout au début du XIXe siècle, un enfant avait peu de chances d’atteindre l’âge d’un an. En 1860 le taux de mortalité infantile était de 13% aux États-Unis, l’espérance de vie moyenne de toute la population était donc considérablement réduite. Les pierres tombales des personnes mortes au milieu du XIXe siècle indiquent pourtant qu’un nombre considérable de gens mouraient vieux. En fait, la médecine moderne n’a pas fait grand’chose pour ajouter des années de vie aux personnes ayant déjà atteint l’âge de la maturité. Ces 50 dernières années, l’espérance de vie d’une personne de 60 ans ne s’est accrue que 4 mois.

Nous le savons tous, dans l’Europe moderne, les femmes vivent plus longtemps que les hommes ; mais ce ne fut pas toujours le cas. Avant le début du siècle, les femmes mouraient avant les hommes, et la médecine moderne nous explique couramment que la cause principale de la mortalité féminine venait des accouchements. Selon cette conception, la médecine antiseptique moderne et l’hôpital ont grandement contribué à sauver la vie des jeunes femmes en âge d’enfanter. Mais si l’on regarde les statistiques, on se rend compte que les infections liées à l’accouchement n’ont pas été un grand facteur de mortalité au XIXe siècle. Presque tout l’excès de mortalité venait de la tuberculose, et lorsque celle-ci cessa d’être un fléau majeur, l’espérance de vie des femmes cessa d’être inférieure à celle des hommes. Une cause très importante de mortalité des enfants était l’eau bouillante et les brûlures, et cela concernait particulièrement les petites filles, qui passaient beaucoup de leur temps dans les cuisines (près du feu, donc). Leurs jeunes frères passaient beaucoup de leur temps hors de la maison, dans des ateliers qui, même s’ils n’étaient pas des modèles de bonnes conditions de travail, étaient un peu moins dangereux que le foyer familial.

Revenons maintenant à la tuberculose et aux autres maladies infectieuses qui tuèrent tant de personnes au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Un examen des causes de mortalité, répertoriées pour la première fois vers 1830 en Grande-Bretagne et un peu plus tard en Amérique du Nord, montre qu’en fait la plupart des gens mouraient de maladies infectieuses, en particulier de maladies respiratoires. Ils mouraient à cause de la tuberculose, de la diphtérie, de la bronchite, de pneumonies, de la rougeole (les enfants essentiellement), et de la variole. A mesure que l’on avance dans le XIXe siècle, ces maladies ont régulièrement décliné. Les avancées de la médecine ont traité la variole, mais on ne saurait prétendre qu’il s’agisse là des avancées de la médecine moderne, le vaccin ayant été découvert au XVIIIe siècle et ayant commencé à être largement utilisé au début du XIXe siècle. Le taux de mortalité dû à la bronchite, la pneumonie et la tuberculose diminua assez régulièrement pendant le XIXe siècle, sans raison évidente. La théorie microbienne avancée en 1876 par Robert Koch n’eut aucun effet sur le taux de mortalité. Le taux de mortalité lié à ces maladies infectieuses continua à décliner, comme si Koch n’avait jamais existé. Et au moment où fut introduite la thérapie chimique contre la tuberculose, au début du XXe siècle, le taux de mortalité dû à cette maladie avait déjà chuté de 90%.

L’un des cas les plus éclairant est celui de la rougeole. Aujourd’hui les petits Américains et Canadiens ne l’attrapent plus beaucoup, car ils ont été vaccinés ; mais tous les écoliers de la génération précédente la contractaient, et pourtant très peu en mouraient. Au XIXe siècle, la rougeole était un fléau mortel et aujourd’hui en Afrique, elle reste la cause la plus importante de mortalité infantile. La rougeole est une maladie que tout le monde attrape, contre laquelle il n’y a pas de traitement médical et qui, dans les pays avancés, a cessé d’être fatale.

La régression progressive du taux de mortalité ne fut pas une conséquence de l’hygiène moderne, car les maladies les plus mortelles du XIXe siècle étaient véhiculées par l’air et non par l’eau. Tout ce que l’on peut dire, c’est que l’amélioration de l’alimentation et l’augmentation des salaires réels sont la raison principale de cette régression de la mortalité. Aujourd’hui, dans un pays comme le Brésil, la mortalité varie en fonction du montant du salaire minimum. Au XIXe siècle, et, en Angleterre jusque tard dans le XXe siècle, les hommes qui travaillaient étaient mieux nourris que les femmes au foyer. Souvent, dans une famille urbaine de travailleurs anglais, s’il y avait de la viande, on la gardait pour les hommes. Il y a donc eu des changements sociaux complexes, dont le résultat est que les salaires de la grande masse de la population ont augmenté ; cela s’est traduit par une alimentation de bien meilleure qualité, laquelle est à la base de l’augmentation de notre longévité et de la diminution du taux de mortalité causé par les maladies infectieuses. Aussi, bien que l’on puisse dire que le bacille tuberculeux provoque la tuberculose, il est plus exact de dire que les causes de la tuberculose étaient le capitalisme sauvage du XIXe siècle, non tempéré par les exigences des syndicats et de l’État. Mais l’origine sociale des pathologies ne relève pas des compétences de la biologie, et les étudiants en médecine continuent donc d’apprendre que la cause de la tuberculose est un bacille.

Ces vingt dernières années, en raison justement du déclin des maladies infectieuses en tant que cause importante de morbidité, d’autres explications monocausales aux maladies ont été avancées. Il ne fait aucun doute que les produits polluants et les déchets industriels sont les causes physiologiques immédiates de cancer, de la silicose du mineur, des problèmes pulmonaires des ouvriers du textile et de tout un tas d’autres dommages. De plus, il est tout aussi vrai qu’il se trouve des traces de diverses substances cancérigènes même dans la meilleure nourriture et dans l’eau non contaminée par les pesticides et les herbicides – lesquels rendent malades les agriculteurs qui les répandent. Mais dire que les pesticides causent la mort des agriculteurs ou que les fibres de coton engendrent des maladies pulmonaires chez les ouvriers du textile revient à transformer des objets inanimés en fétiches. Il nous faut faire la distinction entre agents et causes. Les fibres d’amiante et les pesticides sont les agents de maladies et d’invalidités, mais c’est une illusion que de supposer que si nous éliminons ces polluants particuliers, les maladies s’en iront. Car d’autres polluants prendront leur place. Aussi longtemps que les gens seront prisonniers de besoins économiques ou de la régulation étatique de la production et de la consommation de certains biens, un polluant remplacera l’autre. Les agences de régulation ou les services de planification centrale calculent des rapports coût/bénéfices dans le cadre desquels la misère humaine est évaluée au cours du dollar. L’amiante et les fibres de coton ne sont pas les causes du cancer. Ce sont les agents de causes sociales, de formations sociales qui déterminent la nature de nos existences de producteurs et de consommateurs, et ce n’est finalement qu’en transformant ces forces sociales que nous pouvons prendre le problème de la santé à la racine.

Faire résider la puissance causale dans des agents inanimés qui paraissent posséder un pouvoir et une existence propre, plutôt que dans les relations sociales est une des principales mystifications de la science et de ses idéologies.

[Pour pertinente qu’elle soit, cette distinction si tranchée entre agents et cause n’est pas pleinement satisfaisante, dans la mesure où elle n’est pas complètement développée : en effet, les agents pathogènes du XXe siècle différent radicalement de ceux du XIXe siècle. Si le bacille de Koch n’est, en effet, qu’un agent de la tuberculose et qu’il est possible de remédier aux causes sociales de cette maladie en relevant les salaires des ouvriers, il est plus difficile, par contre, de soutenir le même raisonnement en ce qui concerne la quasi-totalité des polluants d’aujourd’hui. A supposer qu’une transformation radicale de la société puisse en arrêter demain la production, les quantités déjà produites et disséminées d’amiante, de produits chimiques ou encore de gènes bricolés, continueront à nuire encore pour un moment ; et notamment dans le cas de la pollution radioactive, pendant plusieurs générations. Les responsables du système savent bien qu’ils ne peuvent empêcher l’empoisonnement général par quelque réforme ou réglementation que ce soit, aussi se contentent-ils plus modestement de le gérer, c’est-à-dire d’en encadrer les effets en planifiant le nombre de victimes annuelles selon des calculs coûts/bénéfices et des normes « d’acceptabilité sociale ».

Il faudrait donc compléter le raisonnement de Lewontin en disant que notre époque se caractérise, et c’est ce qui la distingue des siècles précédents, par le fait que les agents continuent d’agir même si les causes de leur incidence ont disparues, c’est-à-dire que les agents qu’elle produit deviennent à leur tour des causes qui, aux yeux du public, justifient non pas la réforme ou l’arrêt du système industriel qui en est à l’origine – et donc un changement social radical –, mais au contraire son renforcement, son amélioration et son perfectionnement, c’est-à-dire la fuite en avant dans le développement technologique et la croissance économique. Ainsi, comme le suggèrent insidieusement les publicités des grands groupes industriels en vantant le monde « plus propre, plus sain et plus sûr » que paraît-il leurs départements en « sciences de la vie » nous préparent, demain, il faudra par exemple des thérapies génétiques pour nous adapter à un environnement de plus en plus pollué par les produits industriels et des OGM pour adapter les plantes et les animaux aux conséquences du changement climatique engendré par le développement industriel, etc. Par les désastres qu’il engendre irrémédiablement, le système justifie le maintient – voire la dégradation – des rapports sociaux en même temps que la fuite en avant technologique et la poursuite de la croissance économique. L’industrie de la dépollution est ainsi présentée comme le seul remède à la pollution industrielle…

Par conséquent, il n’est plus forcément réformiste de lutter contre la dissémination des agents, puisque c’est ainsi s’opposer à ce qui a toutes les chances de devenir par la suite une justification supplémentaire du renforcement du système, au nom de la protection de la santé du citoyen-consommateur. Au contraire, une telle lutte doit être comprise comme relevant du « conservatisme ontologique » tel que le définissait Günther Anders :

« Il y a la célèbre formule de Marx : “Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières, ce qui importe, c’est de le transformer.” Mais maintenant, elle est dépassée. Aujourd’hui, il ne suffit plus de transformer le monde ; avant tout, il faut le préserver. Ensuite, nous pourrons le transformer, beaucoup, et même d’une façon révolutionnaire. Mais avant tout, nous devons être conservateurs au sens authentique, conservateurs dans un sens qu’aucun homme qui s’affiche comme conservateur n’accepterait. »

Günther Anders, Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ?, interview réalisée en 1977 (trad. fr. éd. Allia, 2001).

Être conservateur, au sens révolutionnaire que suggère ici Anders, consiste d’abord à lutter pour la préservation des conditions qui permettent la vie humaine sur Terre. Par là, il faut entendre évidement la préservation des conditions biologiques de la vie (par l’opposition à l’industrie, à l’armement et à la guerre nucléaire, à la pollution chimique et génétique de la nature, à la destruction de l’environnement par l’industrialisation et l’urbanisation de la vie sociale) à partir desquelles, en fait, aucune liberté et aucune autonomie humaines ne sont possibles. Partout où les conditions biologiques de la vie sont dégradées – que ce soit dans les grands centres urbains, les banlieues dortoir ou les campagnes industrialisées ou muséifiées – les hommes sont étranger à cet environnement menaçant et la vie sociale est elle-même appauvrie et corrompue. On voit donc que le problème dépasse de loin les jérémiades écologistes ou citoyennes qui demandent plus de « contrôles » et de « transparence », c’est-à-dire une planification plus rigoureuse du nombre des victimes et de l’étendue des dégâts.

L’industrie produit les marchandises en masse, mais aussi le salariat et la pollution, c’est-à-dire les conditions sociales et environnementales qui font que l’on ne peut plus faire autrement que d’y avoir recours, qui les rendent indispensables à chacun, et avec l’aide de l’État, elle dispense en plus les compensations psychologiques et distractions subjectives (télévision, jeux vidéos, culture en toc, participation citoyenne, etc.) qui permettent de faire oublier la misère de cette existence.

Être conservateur au sens révolutionnaire, aujourd’hui, alors que la rationalisation de l’existence par les prothèses technologiques tend à imposer dans tous les domaines la dépossession des facultés humaines et la soumission à la nécessité économique et industrielle, nous semble pouvoir consister dans la préservation de ces facultés humaines par leur mise en pratique autonome. Il ne faut évidement pas entendre ici les mots de « conservation » et de « préservation » dans un sens muséographique, qui consisterait à retrouver intactes et à maintenir figées les connaissances, les savoir-faire et les pratiques qui ont permis par le passé aux hommes de construire ce qui fut d’abord leur monde – si plein de « défauts » et « d’archaïsmes » fût-il. Ce que la paysannerie et l’artisanat, notamment, ont réalisé à la fois comme productions, rapport à la nature, rapports sociaux et modes de vie contient des éléments dont ont peut utilement s’inspirer aujourd’hui pour commencer de se sauver de la société industrielle, pour sortir un tant soit peu de la dépendance au salariat et à la marchandise à quoi tous ses moyens sont employés à réduire tout le monde.

Il est moins nécessaire en ces questions d’innover radicalement que de re-produire, c’est-à-dire de produire à nouveau, les conditions d’une existence moins soumise à la marchandise en commençant par prendre en main les conditions matérielles de sa propre existence (et l’opposition aux nuisances industrielles peut en être l’occasion et le point de départ 2) et sur cette base trouver d’autres personnes avec qui s’associer.]

Tout comme la pollution est la version la plus moderne et la plus à la mode des forces extérieures hostiles du monde physique auxquelles nous devons, paraît-il, nous mesurer, de simples forces inertes, les gènes, sont maintenant tenues pour responsables, non seulement de la santé humaine au sens médical du terme, mais de toute une variété de problèmes sociaux, comme par exemple l’alcoolisme, la criminalité, la dépendance aux drogues et les dérangements mentaux 3. D’où le projet de séquençage du génome humain, un programme représentant plusieurs milliards de dollars qui prend la place du programme spatial pour dépenser l’argent public.

• Il y a plusieurs choses à savoir sur les gènes et sur la manière dont les scientifiques en parlent. L’ensemble du matériel génétique d’un être vivant est présent dans chacune de ses cellules, et c’est donc d’abord à ce niveau que la biologie moléculaire fait ses recherches. Le noyau de la cellule abrite plusieurs long brins d’ADN roulés en des sortes de pelotes qui constituent les chromosomes. Chaque brin d’ADN est une longue séquence d’éléments nommés nucléotides, dont il n’existe que quatre variétés, désignés par les lettres A, T, C et G. L’ADN est un long cordon constitué de milliards de ces nucléotides placés dans un certain ordre (par exemple: AATCCGATT…), dont seulement une partie constitue les gènes proprement dit. Quant au reste de ces séquences qui ne sont pas des gènes, les chercheurs l’appellent « l’ADN poubelle » (junk DNA). Selon eux, il serait qu’un résidu de l’évolution génétique, quoiqu’il représente une grande partie du matériel génétique chez l’homme et qu’ils ignorent s’il a une fonction précise ou non.

Les gènes quant à eux, remplissent deux fonctions. Premièrement, une partie de la séquence des nucléotides qui constituent un gène spécifie, tout comme un code, quelle sera la composition des protéines, c’est-à-dire des molécules dont sont faits tous les êtres vivants. Ces protéines comprennent les éléments structurels de notre corps, les matériaux de nos cellules et tissus et les enzymes et les hormones qui font que notre métabolisme peut exister et vivre. C’est dans le cytoplasme qui entoure le noyau de la cellule, que le métabolisme cellulaire produit toutes les protéines qui constituent la cellule elle-même ou qui sont nécessaires à l’organe ou à l’organisme dont elle fait partie. Une protéine est composée d’éléments simples, les acides aminés dont il existe 21 sortes, qui sont assemblées les uns à la suite des autres selon une succession spécifiée par la séquence des nucléotides dans le gène qui code pour cette protéine. De ce fait, si un ou plusieurs nucléotides sont changés dans le gène, cela peut “prescrire” un acide aminé différent et modifier la protéine, qui alors ne remplira pas aussi bien sa fonction physiologique. Dans d’autres cas, un nucléotide peut être substitué à un autre, le métabolisme de la cellule a alors des difficultés à interpréter le code, et une protéine déterminée peut être fabriquée en moins grande quantité, voire pas du tout.

Deuxièmement, d’autres parties de la séquence des nucléotides du gène forment un code qui active ou inhibe la production des protéines. Ainsi, quoique que toutes les cellules de l’organisme aient le même matériel génétique, elles se différencient en fonction de leur contexte, de l’organe dans lequel elles se trouvent, en produisant des protéines spécifiques adaptés à leur fonction au sein de cet organe. Ce processus d’activation et d’inhibition de la production de constituants cellulaires est donc sensible aux conditions extérieures. La membrane, qui constitue l’enveloppe extérieure de la cellule, comporte différents récepteurs (des protéines) qui sont sensibles à la présence d’hormones (des protéines également) et d’autres molécules ou détectent les récepteurs des autres cellules, constituant ainsi un moyen de reconnaissance des cellules entre-elles et de régulation de leurs échanges à l’intérieur d’un organe et plus généralement de l’organisme en son entier. Les gènes, en réglant la production de ces diverses protéines, jouent donc un rôle dans la formation et le fonctionnement de l’organisme tout entier.

La molécule d’ADN est dotée aussi d’une caractéristique spéciale, elle est le modèle pour la fabrication d’autres copies d’elle-même. Lorsqu’une cellule se reproduit, elle se divise en deux et chaque nouvelle cellule hérite une copie complète du matériel génétique, plus ou moins identique à celui de la cellule d’origine. La molécule d’ADN est constituée d’une double hélice sur laquelle se trouvent les nucléotides assemblés par paires complémentaires ; A est complémentaire de T, C est complémentaire de G, ainsi lorsque sur une hélice ont a, par exemple, la séquence AATCCGATT, sur l’autre hélice se trouve la séquence TTAGGCTAA. Au moment de la division cellulaire, les deux parties de cette double hélice sont séparées et la partie complémentaire peut être reconstituée, en quelque sorte “automatiquement”, pour former deux filaments d’ADN presque identiques. En effet, aucune duplication chimique n’étant parfaite, il y a nécessairement quelques erreurs, que les scientifiques qualifient de « mutations », qui se produisent une fois sur un million. La molécule d’ADN est donc partie prenante dans le processus de sa propre duplication.

L’exposé que nous venons de faire diffère subtilement des exposés de vulgarisation sur ce sujet. Les scientifiques disent assez couramment que les gènes font les protéines et que la molécule d’ADN est auto-reproductrice. Le problème est que cette manière de parler est extrêmement simplificatrice : avant que le gène « fasse » cela il faut d’abord que le métabolisme aie intégré les signaux ou marqueurs (aussi des protéines) propres à activer ce gène, et ensuite que le brin d’ADN qui le porte soit au contact du métabolisme de la cellule. En réalité, les gènes ne peuvent rien faire par eux-mêmes. Pas plus que l’amiante n’est la cause du cancer, un gène n’est la cause de la synthèse d’une protéine, il n’est que l’agent d’un processus beaucoup plus complexe et à propos duquel les biologistes moléculaires ignorent encore beaucoup de choses. •

[Les biologistes moléculaires n’ont aucune théorie sur le fonctionnement du métabolisme cellulaire. D’où le recours à des techniques aussi grossières et brutales que le bombardement des cellules par des fragments d’ADN afin d’insérer de force de nouveaux gènes dans le métabolisme cellulaire 4. La biologie moléculaire en est encore pour l’essentiel au stade de la description des composants cellulaires et arrive à peine à expliquer quelques cycles concernant le renouvellement de ses composants quantitativement les plus importants.

Cette “science” est donc loin de pouvoir évaluer les effets des modifications qu’elle produit dans le génome, ne serait-ce qu’à l’échelle de la cellule ; les manipulations génétiques actuelles peuvent donc tout à fait légitimement être qualifiée de bricolage 5.]

• Parfois, les scientifiques emploient une autre formule tout aussi équivoque, ils disent que le gène est le « schéma directeur » d’une protéine, ou la source d’une « information » déterminant la protéine. Pourtant, les protéines ne peuvent être fabriquées sans les gènes et le reste du métabolisme cellulaire. Les uns ne sont pas plus importants que l’autre. Dire des gènes qu’ils sont la « molécule maîtresse » de ce processus est un autre engagement idéologique inconscient : celui qui place l’esprit au dessus du corps, qui valorise le travail intellectuel par rapport au travail manuel, qui dit que l’information vaut plus que l’action.

De même, les scientifiques disent que la molécule d’ADN est « auto-reproductrice » parce qu’elle est particulièrement impliquée dans le processus de sa duplication. Mais en réalité, c’est le métabolisme de la cellule, dans les circonstances très particulière de la division cellulaire, qui parvient à mettre l’ADN en situation d’être dupliqué. Cet abus de langage n’est pas innocent : les chercheurs dotent ainsi le matériel génétique d’un être vivant d’un pouvoir mystérieux et autonome qui semble le placer au-dessus des autres composants ordinaires de l’organisme. Or, c’est justement l’organisme entier des êtres vivants qui est « auto-reproducteur », ou plus exactement qui possède la capacité de se reproduire : que ce soit en partie, par le renouvellement des tissus constituant les organes grâce à la division cellulaire, ou en totalité, en engendrant une nouvelle génération grâce à la reproduction sexuée. •

[D’une certaine manière, cette “auto-reproduction” du brin d’ADN tient lieu pour les biologistes moléculaires d’explication magique qui leur évite d’avoir à étudier et comprendre la capacité des êtres vivants de se reproduire et donc d’avoir à en tenir compte, ce qui leur facilite évidement le travail lorsqu’ils visent justement à la limiter ou à l’éliminer comme avec certains OGM et plus particulièrement avec la technologie dite Terminator 6.

Plus généralement, le fait que l’ADN est un code qui détermine la composition et la production des protéines a amené très tôt les chercheurs à avancer l’analogie mécaniste qui considère le vivant comme un gigantesque ordinateur dont le génome serait le programme. Le séquençage du génome humain ne pouvant être effectué sans ordinateurs ni une complexe machinerie chimique n’a fait que renforcer la croyance en la vraisemblance de cette analogie qui ainsi a été élevée sans discussion par tous les biologistes moléculaires au rang de théorie générale. En réalité, cette analogie entre gènes et programme d’ordinateur est extrêmement limitée : les gènes ne codent que pour la fabrication des protéines, pour le reste, à savoir les circonstances qui déterminent l’exécution de ce programme, il n’y a rien de commun avec le fonctionnement d’un ordinateur. Dans le métabolisme, il n’y a rien qui, par exemple, s’apparente à un référençage des éléments mis en jeu, comme dans les mémoires informatiques, qui les rendrait immédiatement disponible à un processeur. Il n’y a pas non plus de processeur central effectuant toutes les opérations selon une suite prédéterminée ; les gènes n’ont rien à voir avec un logiciel où les réponses à toutes les situations sont programmées. L’analogie informatique ne permet pas de rendre compte du fait que le métabolisme de la cellule autant que celui de l’organisme, est en totalité un processus de production qui est en même temps son propre objet de production, c’est-à-dire encore une fois un processus permanent de re-production de soi-même.]

Le projet de séquençage du génome humain a pour but de faire l’inventaire de toutes les séquences de nucléotides de tous les gènes de l’être humain. Avec la technique actuelle, il s’agit d’un projet immensément ambitieux qui pourrait durer 30 ans et mobiliser des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars. Bien sûr, on promet toujours qu’une amélioration des techniques permettra de réduire l’ampleur du travail 7. Mais pourquoi veut-on connaître les séquences complètes des nucléotides qui composent le génome humain ?

L’idée sous-jacente est qu’en disposant d’une séquence de référence provenant d’un individu prétendument « normal », en en comparant les parties avec celles d’une personne présentant des troubles, nous pourrions alors localiser le défaut génétique à l’origine de la maladie. Nous pourrions ensuite transférer le code génétique de la personne malade dans une protéine « malade », afin de voir ce que cette protéine à d’anormal, et ceci nous dirait de quelle manière traiter la maladie. Donc si les maladies proviennent de gènes défectueux, et si nous savons ce qu’est un gène normal, dans ses détails moléculaires les plus précis, nous saurons alors ce qu’il faut faire pour réparer les anomalies physiologiques. Nous saurons ce qui va de travers dans les protéines, et cause le cancer, et d’une façon ou d’une autre nous pourrions inventer des moyens de les réparer. Nous pourrions trouver des protéines particulières endommagées ou manquantes chez les schizophrènes ou les maniaco-dépressifs, chez les alcooliques et les drogués, et, avec des médicaments efficaces, les soulager de leurs terribles infirmités. Plus : en comparant tous les gènes de l’homme dans tous leurs détails moléculaires, avec ceux d’un chimpanzé ou d’un gorille, par exemple, nous saurions pourquoi nous sommes différents de ces animaux. Cela revient à dire que nous saurions ce qu’est l’être humain.

[Depuis l’achèvement du séquençage du génome humain, ce type de forfanterie a disparu. Les chercheurs se sont fait humbles en remettant à plus tard l’explication de la vie que cette opération magique était sensée leur fournir, et à plus forte raison l’explication des maladies ou des troubles du comportement. Voir l’article du journal Le Monde ci-dessous qui, après nous avoir appris que les deux chevaux de bataille (progrès de la médecine prédictive et efficacité des thérapies géniques) sur lesquels reposaient toute la propagande en faveur de ce décryptage ne sont que des illusions, nous dit que tout cela ne sert finalement qu’a « réinvestir le patient » 8. En somme, la propagande ne sert qu’à soutenir la propagande, car ce « soutien psychologique » apporté à quelques personnes d’une manière si dispendieuse, veut en fait signifier pour tout le monde très concrètement ceci : « Continuez à donner pour le Téléthon » et « Continuez à croire dans les progrès de la Science ». Escroquerie et esbroufe ne peuvent se soutenir sans user des procédés complémentaires du chantage aux sentiments et du recours à l’argument d’autorité.]


Le Monde, 16 février 2001.

Il existe encore plusieurs étapes avant de réaliser le livre de la vie

Après des mois de campagne publicitaire et d’espoir, de débats et d’attente, l’ébauche du séquençage du génome humain est aujourd’hui publiée. Victoire scientifique, le décodage des quelques trois milliards de paires de bases de notre ADN complet est, selon certains chercheurs à comparer aux premiers pas de l’homme sur la Lune, à la scission de l’atome et même pour certains à l’invention de la roue.

Souvent qualifiée d’empreinte génétique, ce décryptage constitue surtout une liste informe, plutôt humiliante de surcroît. De quoi l’homme est-il fait ? Apparemment de 10 000 gènes de plus que les 22 000 identifiés jusqu’ici (25 000 ont été découverts dans le génome de l’arabette des dames, Arabidopsis thaliana). A l’évidence, la vie est autre chose qu’une addition de gènes.

Nota Bene : Le Monde du 8 août 1945 avait rendu compte de l’explosion de la bombe atomique américaine sur Hiroshima avec ce surtitre : « Une révolution scientifique ». Il qualifie de même le séquençage du génome humain qui n’est, comme la bombe atomique, qu’une prouesse technique qui n’apporte aucune connaissance ni compréhension supplémentaire comme le montre bien le “scoop” à la fin de cet extrait…


En quoi cette façon de voir est-elle fausse ? La première erreur est de parler du génome humain comme si tous les humains étaient semblables. En fait, une protéine donnée peut exister en différentes variétés, sans que cela altère ses fonctions, et donc, entre deux individus normaux, il existe déjà de nombreuses variations de la séquence d’acides aminés qui constituent leurs protéines.

De plus, de par la nature même du code génétique, beaucoup de changements qui se situent au niveau de l’ADN ne se retrouvent pas dans les protéines elles-mêmes. Ce qui veut dire que différentes séquences d’ADN correspondent à la même protéine. Pour le moment, nous n’avons pas de bonnes estimations au sujet de l’être humain, mais si les humains sont comparables aux animaux de laboratoire, à peu près 1 nucléotide sur 500 sera différent dans l’ADN de deux personnes choisies au hasard. Étant donné qu’il y a grosso modo 3 milliards de nucléotides dans le génome humain, deux personnes auront une différence moyenne d’à peu près 600 000 nucléotides. Et un gène moyen long de disons 3 000 nucléotides sera différent de 20 nucléotides entre deux individus normaux. Quel sera donc le génome pouvant servir de référence ?

[Dans ce passage, Lewontin emploie sans nuance la notion de « normalité »… pour dénoncer l’absence de « génome de référence », c’est-à-dire l’absence d’être humain « normal » ! En tant que scientifique, il ne s’est pas lui-même dégagé entièrement de certains présupposés idéologiques du langage qu’il veut dénoncer. Dans d’autres passages, par exemple, il emploie le terme de « machinerie » pour qualifier le métabolisme de la cellule, c’est-à-dire qu’il emploie encore la métaphore machiniste qui est à l’origine de ce qu’il dénonce. Il pointe par-là, très justement, les travers du langage scientifique, mais uniquement par le biais des amalgames et des approximations les plus douteuses de certains de ses collègues, non comme le produit du point de vue erroné – mécanique, quantitatif et antihistorique – de la science moderne sur le vivant. Il est vrai que cela impliquerait l’existence, même à l’état embryonnaire, d’une autre forme méthodique et structurée de connaissance qui ne soit pas fondée exclusivement sur l’expérimentation quantitative, l’analyse logique formelle et la synthèse mathématique…]


Le Monde, 2 mars 2001.

Génome, après le tapage

CE qu’il y a de troublant dans l’excitation que suscite l’annonce du décryptage du génome humain, c’est le cortège de malentendus, d’incompréhensions et d’illusions qu’elle entraîne dans son sillage. Ce n’est pas nouveau. Chaque avancée de la génétique s’accompagne d’un vacarme assourdissant, d’innombrables clameurs qui résonnent tantôt comme des cris de joie, tantôt comme des cris d’alarme. Et l’opinion de s’interroger à juste raison : « Entre la diabolisation de la génétique et le triomphalisme de la guérison annoncée, qui dit la vérité ? »

Les meilleurs journalistes, les professionnels de la communication les plus talentueux semblent impuissants à combler le fossé qui se creuse entre une opinion publique méfiante et des scientifiques collectivement suspects de menacer l’humanité en tant que telle.

Si vous demandez à votre voisin ce qu’est au juste un gène et ce que le séquençage du génome va changer à sa vie, il vous répondra perplexe qu’il n’en sait rien, mais que toute cette histoire ne lui dit rien de bon. Qu’elle lui évoque plutôt une menaçante entreprise, synonyme d’eugénisme, de clonage humain et de catégorisation des hommes de sinistre mémoire. Beaucoup s’imaginent bientôt « fichés » pour leurs caractéristiques génétiques ou titulaires d’une carte génétique individuelle dont la puce contiendrait – à la manière d’une carte de groupe sanguin – l’identité génétique des personnes, à la disposition des compagnies d’assurances et des agences de recrutement ! A la manière d’un thème astral, nos gènes dicteraient nos conduites et gouverneraient notre destinée.

Grossière caricature, triste fiction ! Comme si les utopies, les faux problèmes et les scénarios catastrophes avaient capté tout l’intérêt que suscite notre jeune science. Paradoxalement, c’est lorsque le savoir et les outils de l’homme lui donnent la capacité de décomposer – et de recomposer – l’humain que les enjeux de la condition humaine se révèlent dans toute leur complexité. On pourrait épiloguer longtemps sur les sentiments d’excitation et d’effroi que suscitent ces annonces et sur l’état de sidération psychique qui en découle. Il reste que ce dernier empêche de penser sereinement les problèmes d’aujourd’hui.

Pourtant, si nous nous montrions collectivement capables de nous départir de cet effroi qui nous glace, pour ne retenir que la dimension constructive de la crainte, alors cette crainte salutaire, qui fait esquiver les écueils, pourrait nous servir de guide dans la détermination de ce à quoi nous tenons par dessus tout. Car, au fond, derrière cette méfiance que suscite la génétique, c’est bien le risque de défigurer l’image de l’homme qui nous hante. On retrouve dans cette affaire, comme dans bien d’autres domaines de la génétique, cette même difficulté à communiquer et à commuter l’effroi en une crainte constructive. Il faut bien reconnaître qu’il existe un réel déficit d’accompagnement et d’information sur les enjeux véritables. Déficit qualitatif plus que quantitatif, comme si les scientifiques n’avaient pas su trouver le ton juste, les mots simples et clairs que nos contemporains attendent de nous.

L’exercice n’est pas aisé : il s’agit pour nous d’exprimer en langage intelligible et – sans jeu de mots – de décrypter ce que l’opinion est en droit d’attendre du décryptage du génome. Premier et sans doute principal enseignement: la carte des gènes est la même chez tous les hommes d’hier et d’aujourd’hui, quelles que soient leur ethnie, religion, couleur de peau, d’yeux ou de cheveux. Le décryptage du génome prive les idéologies racistes de tout fondement scientifique.

Il n’y a donc pas lieu d’établir la carte génétique de tout un chacun. S’il nous prenait la folie de nous y hasarder, l’étude systématique des constituants élémentaires de nos gènes pourrait se révéler non seulement d’un coût exorbitant, mais aussi très décevante en termes de prédiction pour l’avenir de l’individu. En effet, les maladies courantes comme le diabète, l’hypertension artérielle, l’arthrite, l’obésité, où une prédisposition génétique est fortement soupçonnée, résultent en réalité de l’interaction entre l’environnement du sujet et une combinaison de facteurs génétiques hérités dont aucun ne peut être tenu à lui seul pour responsable de la maladie. De sorte que disposer de l’inventaire complet des gènes humains ne permet nullement d’identifier les sujets à risque dans la population.

Prétendre le contraire reviendrait à prendre des paris sur l’issue d’une compétition sportive sans connaître les règles du jeu ni le nom ou le nombre des joueurs. Bien sûr, cette complexité va se réduire, mais, pour l’heure, la médecine prédictive reste une abstraction. Bien des incertitudes planent encore sur le bien-fondé de l’hypothèse comme sur la fiabilité des résultats attendus. Bien des doutes subsistent sur les bénéfices de pratiques qui n’ont de médical que le nom, car, pour appartenir au champ de la médecine et non à celui de la médisance, il faudrait encore que ces prédictions soient suivies de mesures thérapeutiques, diététiques ou préventives de nature à faire reculer le spectre de la maladie annoncée. Ce qui reste à démontrer.

Il serait également présomptueux de prétendre que le décryptage du génome va accélérer l’avènement des thérapeutiques nouvelles. Voilà une quinzaine d’années que le séquençage du génome est achevé pour ce qui concerne les gènes de la myopathie de Duchenne et de la mucoviscidose. Pour autant, il n’existe toujours pas de traitement curateur de ces affections et nous sommes à peine moins démunis qu’il y a quinze ans ! Avoir un enfant atteint ou souffrir soi-même d’une maladie génétique est un terrible coup du destin. Il ne faudrait pas qu’à cette souffrance s’ajoute la désillusion de promesses thérapeutiques non tenues, ni que ceux qui ont mis tant d’espoirs en nous se considèrent un jour comme floués, bluffés.

Ces lignes ne sont pas pessimistes, elles se veulent réalistes. L’espoir que suscite la recherche en génétique est immense et l’information scientifique participe pleinement du projet thérapeutique, car parler avec précision et honnêteté du progrès des connaissances aide à y croire, à réinvestir l’enfant malade et à se dire : « On va se remettre au travail, on va continuer de se battre ! Comme les chercheurs ! » Cette mobilisation rend alors possible une réévaluation en profondeur de la prise en charge des patients.

Il y a presque toujours quelque chose à faire pour améliorer cette prise en charge. Toujours ou presque, on peut contribuer à renforcer ou à rebâtir un projet de vie pour l’enfant, pour le patient, pour sa famille. En l’absence de traitement, cette prise en charge fait bel et bien fonction de projet thérapeutique.

La route qui doit nous conduire du décryptage du génome à son usage thérapeutique est encore longue. Il nous faudra prouver qu’il est possible de modifier durablement le génome à des fins thérapeutiques. Ayons l’honnêteté de reconnaître que, en matière de risque prédictif comme en matière de traitement, la génétique comme le décryptage du génome suscitent dans l’opinion et sur les marchés financiers un enthousiasme – une excitation même – hors de proportion avec les bénéfices somme toute modestes qu’en retirent les patients au regard des souffrances qu’ils endurent et des espérances qu’ils ont placées en nous.

Arnold Munnich
est professeur à l’université René-Descartes-Paris-V,
centre de génétique de l’hôpital Necker – Enfants-Malades.


• Chaque gène est composé de deux allèles, c’est-à-dire de deux séquences de nucléotides codant pour la même protéine, l’une provenant de notre mère, l’autre de notre père. Les ovules et les spermatozoïdes ne contiennent en fait que la moitié du patrimoine génétique d’une femme ou d’un homme, les allèles qui les composent étant répartis au hasard. Certains allèles sont dit « dominants » et d’autres « récessifs », mais cela ne correspond que fort imparfaitement à une distinction entre « normal » et « anormal » : un allèle est dit « dominant » parce qu’il s’exprime en priorité face à un allèle « récessif ». Ainsi, si un gène est composé des allèles A et A (deux dominants) ou A et a (un dominant, un récessif), la protéine aura la forme A. Par contre si le gène est composé des allèles a et a (deux récessifs), la protéine aura la forme a, dont les fonctions seront légèrement différentes de la première. Certaines pathologies d’origine génétique sont très souvent dites « récessives » : pour qu’un individu en contracte une, il faut qu’il hérite de ses parents deux allèles récessifs (généralement assez rares) donnant une protéine défectueuse. Une personne « normale » peut donc posséder certains allèles défectueux « récessifs », hérités d’un parent, mais couverts par des allèles normaux « dominants », hérités de l’autre parent.

Tout génome peut donc comporter un certain nombre d’allèles défectueux impossibles à identifier, qui une fois séquencés figureront au catalogue. Quand on comparera l’ADN d’une personne malade avec celui d’une séquence standard dite « normale », il sera impossible de déterminer quelle différence entre les deux ADN, parmi les différences existantes, est responsable de la maladie. Le caractère « récessif » ou « dominant » d’un gène ne peut être déterminé que par les conséquences physiologiques sur l’organisme de la protéine qu’il génère et par l’hérédité, la permanence ou non de ces conséquences ou leur modification dans la descendance ou l’ascendance de l’individu. Il serait donc nécessaire d’étudier une population importante de gens « normaux » et de gens malades, pour voir s’il est possible de trouver des différences communes entre eux, quoique même cela ne puisse ne pas arriver si la maladie étudiée est la conséquence de plusieurs causes génétiques, car alors les gens auraient la même maladie pour des raisons différentes, même si toutes ces raisons viennent de changements génétiques. Il peut en effet y avoir, au sein d’une population, plusieurs versions d’allèles récessifs ou dominants qui codent pour une même protéine. •

Le second problème lié au projet de séquençage du génome humain est que l’on prétend qu’en connaissant la configuration moléculaire de nos gènes nous savons tout ce qui importe à notre sujet. C’est considérer que les gènes déterminent l’individu, et que l’individu détermine la société 9. C’est isoler une altération dans un prétendu gène du cancer comme la cause du cancer, même si l’altération de ce gène peut venir de l’ingestion d’un polluant, lui-même produit par un procédé industriel, lui-même étant une conséquence inévitable d’un investissement financier à 6%. Une fois de plus, la pauvre notion de causalité caractéristique de l’idéologie de la biologie moderne, cette notion qui confond les agents et les causes, nous entraîne dans des directions particulières pour trouver des solutions à nos problèmes.

[La molécule Famoxin de Genset (cf. article du journal Le Monde ci-dessous) illustre bien le genre de « direction particulière » que promeut cette manière d’aborder les problèmes. A défaut d’avoir pu trouver le gène de l’obésité à la suite du séquençage du génome, à défaut aussi de vouloir s’attaquer aux causes réelles de l’obésité (qui touche maintenant 25% des Américains et qui est en augmentation dans tous les pays industrialisés – juteux marché, donc) qu’ils connaissent parfaitement, à savoir ce « régime cafétéria » gras et sucré, nos scientifiques – à moins que ce ne soient des hommes d’affaires, on ne sait plus très bien – ont trouvé un palliatif technique qui permettra aux gens de continuer à manger n’importe quoi et à l’industrie agro-alimentaire de continuer à vendre cette néo-alimentation si adaptée au mode de vie moderne.

Remédier aux causes réelles de l’obésité aurait donc demandé un changement social de grande envergure. Toutes choses qui, impliquant l’exercice d’une volonté politique semblent bien être maintenant totalement hors de portée des sociétés soi-disant les plus « développées ». Le seul remède aux maux qui affectent les hommes dans la société industrielle est donc lui-même un produit de l’industrie, en l’occurrence une molécule « miracle » (en attendant qu’après la mise sur le marché soient découverts ses effets secondaires sur les cobayes humains) : There is no alternative ; Il n’y a pas d’autre politique possible.

Ce médicament, comme beaucoup de produits de l’industrie médico-pharmaceutique, ne permet donc pas de recouvrer la santé – qui consiste dans un équilibre général des facultés humaines –, mais de masquer les symptômes de la maladie ; il ne s’attaque pas aux causes du déséquilibre qui engendre l’obésité, mais cherche à éliminer ses conséquences. Ce que l’on appelle les « dépenses de santé », en constante augmentation dans les pays industrialisés, sont en réalité de plus en plus des dépenses de maladie qui permettent aux gens de continuer à vivre dans des conditions et d’avoir un comportement de plus en plus pathogène et morbide. « Plus rien, aujourd’hui, ne doit être insupportable. »

Un tel progrès technique ne peut en aucun cas engendrer un progrès humain puisque non seulement il n’aide personne à devenir maître de son existence et de ses conditions, mais qu’au contraire il encourage chacun à renoncer à cette maîtrise au profit d’objets techniques (et donc au profit des entreprises industrielles et commerciales qui les mettent sur le marché avec l’encouragement de l’État) censées permettre une “liberté sans responsabilité” – ils donnent l’illusion aux individus qu’ils peuvent par là acquérir la capacité de faire tout et le contraire de tout sans jamais avoir à en subir les conséquences. Cette “liberté de faire n’importe quoi” n’est en réalité qu’une version – magnifiée par la technologie – de la pauvre la liberté de consommer toutes les marchandises, et rien d’autre. Le palliatif technique qui la rend possible sur le moment et en apparence ne fait jamais que reporter les contradictions qu’il prétend éliminer sur une échelle plus étendue, c’est-à-dire en engendrant des nuisances et un abaissement des hommes qui atteint tout le monde.]

Lewontin_N&Mc4Article : Genset, Le Monde, 2 mars 2001.

Alors pourquoi tant de scientifiques puissants, célèbres, prospères et extrêmement intelligents veulent-ils séquencer le génome humain ? C’est en partie parce qu’ils sont si attachés à l’idéologie de la cause unique qu’ils croient aveuglément en l’efficacité de leurs recherches et ne se posent pas de questions plus compliquées. Une autre partie de la réponse est plus grossière. Participer et contrôler un projet de recherches de plusieurs milliards de dollars et qui durera peut-être 30 ou 50 ans, qui va impliquer le travail quotidien de milliers de techniciens et de petits scientifiques est, aux yeux d’un biologiste ambitieux, une perspective extraordinairement attirante. De grandes carrières vont s’ouvrir, avec à la clef des prix Nobel et des diplômes honorifiques. Ceux qui dirigeront ce projet et qui produiront un volume important de données informatiques à partir du séquençage du génome humain disposeront de postes importants dans l’enseignement et d’immenses laboratoires.

De la prise de conscience des importantes récompenses à venir, en terme de statut social et d’économie, pour les participants à ce projet, est née une puissante opposition. Elle provient du monde de la biologie même, de chercheurs qui pratiquent un autre type de science et dont la carrière et les recherches sont menacées par le détournement vers le séquençage du génome humain de l’argent et des énergies, et de la prise de conscience du public.

Des biologistes qui réfléchissent sur le long terme ont mis en garde contre la terrible désillusion du public qui fera suite à l’achèvement du séquençage. Le public découvrira qu’en dépit des prétentions des spécialistes de la biologie moléculaire, les gens meurent toujours de cancers, de maladies du cœur, d’apoplexies, que les institutions sont toujours pleines de schizophrènes et de maniaco-dépressifs, que la guerre aux drogues n’a pas été gagnée. Beaucoup de scientifiques redoutent qu’en promettant trop de choses, la science ne détruise son image publique et que les gens deviennent cyniques, tout comme, par exemple, ils le sont devenus à propos de la guerre au cancer ou de la guerre à la pauvreté.

Les chercheurs ne sont pas impliqués dans ce combat uniquement en tant qu’universitaires. Parmi les professeurs de biologie moléculaire des universités, un grand nombre sont également des scientifiques ou des actionnaires principaux de firmes de biotechnologie. Cette technologie est une industrie et une source importante d’espoir de profits pour le capital-risque. Le projet de séquençage du génome humain, dans la mesure où il crée de nouvelles technologies au frais de l’État fournira des outils très puissants aux firmes de biotechnologie, qui leur permettront de mettre au point de nouveaux produits à mettre sur le marché. De plus, le succès du projet suscitera une foi plus grande dans les capacités des biotechnologies à produire des choses utiles.

Les « produits dérivés » issus du projet de séquençage du génome humain ne sont pas les seules sources d’immenses profits pour l’industrie des biotechnologies. La mise en œuvre du projet lui-même va consommer des quantités importantes de produits chimiques et de matériels. Des machines qui fabriquent de l’ADN à partir d’échantillons sont produites par des entreprises, et ce sont elles qui séquencent automatiquement l’ADN. Elles consomment toutes sortes de produits chimiques, vendus avec des profits énormes par les sociétés mêmes qui fabriquent ces machines. Le projet de séquençage du génome humain est d’abord du big business. Les milliards de dollars qu’on y dépense vont entrer dans une proportion importante dans les dividendes annuels des entreprises concernées.

Richard C. Lewontin

Traduction et adaptation Renaud Garel et Bertrand Louart – avril 2001.

Ce texte est paru dans :

Notes & Morceaux choisis,
bulletin critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle
n°4, “L’idéologie des sciences de la vie”,
juillet 2001.


C’est la première loi de la santé que d’accepter nos besoins non comme une nécessité, mais comme un luxe.

L’erreur de tout ce bavardage médical vient du fait qu’il associe l’idée de santé avec l’idée de soins. Qu’a la santé à faire avec des soins ? La santé consiste à ne point avoir de soins. Dans les cas spéciaux et anormaux, il est nécessaire de prendre des soins. Quand nous sommes particulièrement mal portants, il peut être nécessaire de nous soigner afin de redevenir bien portants. Mais alors même nous ne faisons qu’essayer de nous bien porter pour ne plus avoir besoin de soins. Si nous sommes médecins, nous nous adressons à des gens exceptionnellement malades et il faut leur recommander de se soigner. Mais lorsque nous sommes des sociologues nous nous adressons à l’homme normal, à l’humanité. Or l’humanité doit recevoir le conseil d’être la témérité même ; car toutes les fonctions fondamentales d’un être doivent impérativement être accomplies avec plaisir et par plaisir ; il faut impérativement qu’elles ne soient pas accomplies avec précaution et par précaution.

L’homme doit manger parce qu’il a un bon appétit à satisfaire et non pas du tout parce qu’il a un corps à nourrir. L’homme doit prendre de l’exercice, non parce qu’il a trop d’embonpoint, mais parce qu’il aime l’escrime, le cheval ou la montagne et qu’il les aime pour eux-mêmes. Et un homme doit se marier parce qu’il est amoureux et non pas du tout parce que le monde a besoin d’être peuplé. La nourriture renouvellera réellement ses tissus tant qu’il ne pensera pas à ses tissus. L’exercice le mettra en bonne forme aussi longtemps qu’il pensera à autre chose. Et le mariage aura réellement la chance de produire une génération de sang généreux s’il a son origine dans une passion naturelle et généreuse.

C’est la première loi de la santé que de ne pas accepter nos besoins comme des besoins, mais de les accepter comme un luxe. Ayons donc soin des petites choses, d’une égratignure ou d’une indisposition légère, de tout ce que l’on peut traiter par des soins ; mais au nom de tout ce qui est sain, ne prenons pas de soins pour les choses importantes telles que notre santé, sinon la source même de notre vie se tarira.

Gilbert Keit Chesterton, Hérétiques, 1905.


Notes:

1 Pour une approche légèrement différente et complémentaire de la question, voir Ivan Illich, Némésis Médicale, éd. Seuil, coll. Points, 1975. [NdE]

2 Voir Christian Fons, OGM – Ordre Génétique Mondial, en particulier le chapitre final A suivre…, éd. L’Esprit Frappeur, 2001.

3 Aujourd’hui, l’achèvement du séquençage du génome humain à fait revenir les chercheurs sur ce genre d’explication (mais peut-être pas le grand public qui en a tant été abreuvé depuis 10 ans).

4 Ces méthodes sont directement inspirées de la physique nucléaire, qui pour découvrir les « composants ultimes de la matière » (autre variante de la cause originelle) bombarde les particules avec d’autres particules de haute énergie.

5 La preuve en est que c’est seulement maintenant que ces messieurs « tentent de relever un nouveau défi : donner du sens et trouver des applications au travail effectué » (cf article du Monde sur Genset ci-dessous) ; la méthode est claire : on fait n’importe quoi, et l’on invente ensuite justifications et applications. Voilà comment fonctionne la “science” d’aujourd’hui !

6 Cf. Jean-Pierre Berlan, La guerre au vivant, OGM et mystifications scientifiques, éd. Agone, 2001.

7 C’est bien ce qui s’est produit, et le séquençage n’a finalement pris que 10 ans. [NdE]

8 Le langage de l’économie s’insinue partout, à mesure que les marchandises se substituent aux biens issus de la re-production autonome de la nature et des hommes, et aujourd’hui, le salarié moderne doit “gérer son capital santé” à l’égal de sont portefeuille d’actions en Bourse. Tous ceux qui emploient ce langage affichent par là leur soumission à ce mouvement de l’économie qui fait de tous les aspects de la vie un vulgaire matériau exploitable et recombinable à volonté par la production industrielle.

9 Là aussi, depuis l’achèvement du séquençage les chercheurs ont changé de discours. Plus personne ne soutient de telles simplifications, mais c’est pour réclamer de nouveaux crédits afin de poursuivre des recherches sur ces matières plus compliquées qu’ils ne le supposaient.

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