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Posts Tagged ‘génomique’

Richard C. Lewontin, Les causes et leurs effets, 1991

17 février 2016 Laisser un commentaire

« Il faudra que certains aient le courage d’intervenir sur la lignée germinale [humaine] sans être sûrs du résultat. De plus, et personne n’ose le dire, si nous pouvions créer des êtres humains meilleurs grâce à l’addition de gènes (provenant de plantes ou d’animaux), pourquoi s’en priver ? Où est le problème ? »

Déclaration de James Watson,
– codécouvreur de la structure en double hélice de l’ADN en 1953 –
lors d’une conférence à l’université de Californie en 1998.

Ce qui suit est un ensemble d’extraits adaptés et commentés du chapitre III (Causes and their effects) du livre de Richard C. Lewontin, Biology as Ideology, the doctrine of DNA (1991). Les passages que nous avons réécrits, parce que Lewontin considère que son lecteur possède déjà des connaissances en biologie, sont entre points (•…•) et les commentaires que nous avons ajoutés, parce qu’il ne va pas toujours au bout de ses raisonnements, sont entre crochets et en italiques ([…]) ; toutes les notes de bas de page ont été ajoutées par nous. Lewontin, en tant que scientifique, emploie le “nous” pour parler des travaux et des activités des chercheurs. Dans nos commentaires et nos corrections, notre point de vue étant différent, nous avons employé d’autres tournures. Lire la suite…

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Henri Atlan, ADN: programme ou données?, 1994

24 octobre 2013 Laisser un commentaire

Le texte qui suit, est un extrait d’une conférence prononcée à l’occasion du Premier Congrès de Médecine et Philosophie tenu à Paris le 30 mai au 4 juin 1994 sous le parrainage de l’Association Descartes. Il est une expression des critiques déjà anciennes du réductionnisme génétique contenu dans la métaphore du programme génétique dans le contexte où le projet de séquençage du génome humain était présenté comme le nec plus ultra de la biologie contemporaine et devait aboutir à rien de moins que le déchiffrage du « Livre de la Vie » (James Watson) et la connaissance qui s’ensuivrait du tout de la nature humaine.

La notion de programme génétique est la métaphore la plus répandue et la plus prégnante de la biologie actuelle. Elle sert à se représenter les mécanismes par lesquels la structure des gènes détermine le développement de l’individu et l’apparition de caractères normaux ou pathologiques dans la structure et les fonctions de l’organisme. Mais ce n’est qu’une métaphore qui permet de donner un nom à un ensemble de mécanismes que l’on connaît encore très mal. Lire la suite…

André Pichot, Bioéthique et épistémologie, 2012

27 décembre 2012 Laisser un commentaire

Dans « bioéthique », il y a « éthique », mais il y a aussi « bio ». Or, si l’aspect « éthique » fait l’objet de toutes les attentions, l’aspect « bio » est assez négligé. Il est certes à l’origine des problèmes qui réclament un examen éthique, mais lui-même n’est jamais mis en question. Premièrement, parce que la bioéthique ignore tout questionnement philosophique sur la vie (il est vrai que ce champ d’études a disparu de l’université). Deuxièmement, parce que la bioéthique fait l’économie de toute réflexion sur la biologie, qu’elle soit épistémologique ou historique (elle tend même à se substituer à ces réflexions pour imposer son propre discours).

Tout se passe comme s’il y avait une science – la biologie – qui progresse de manière inexorable, produisant sans cesse des nouveautés dont les hommes doivent s’accommoder du mieux qu’ils peuvent (comme ils le font des phénomènes naturels, météorologie ou dérive des continents). Ce n’est pas qu’en eux-mêmes ces progrès soient mauvais, mais leurs applications (inexorables elles aussi) engendrent des problèmes éthiques, soit très concrets (dans la pratique médicale, par exemple), soit dans le domaine des idées (en perturbant des conceptions philosophiques, politiques ou religieuses établies). Les problèmes bioéthiques seraient ainsi, peu ou prou, les conséquences naturelles des incontestables et non moins naturels progrès de la biologie.

En réalité, ce schéma ne résiste pas à l’examen. Il existe une multitude de cas de figure. Les progrès et les problèmes ne sont pas toujours où on les voit, et ne sont pas toujours des progrès ni des problèmes. Les biologistes ne sont pas toujours les agents innocents du progrès, ils savent jouer avec les problèmes (y compris les problèmes éthiques), et se prennent parfois à leurs propres discours (voire à leurs propres pièges). Voici quelques exemples. Lire la suite…

Génome humain: l’heure de la désillusion, 2010

8 septembre 2011 Laisser un commentaire

Nous reproduisons ici la traduction d’un article de la revue Prospect (Londres) paru dans Courrier International n°1025 du 24 au 30 juin 2010 qui viens confirmer en tous points le Mémoire pour rectifier les jugements du public sur la révolution biologique d’André Pichot.

Achevé depuis dix ans, le séquençage complet de nos gènes devait permettre de créer des médicaments innovants. Mais on les attend toujours…

Il y a dix ans, la première ébauche de séquence du génome humain fut présentée comme le début d’une ère nouvelle de la médecine. Francis Collins – qui dirigeait à l’époque le consortium international pour le séquençage du génome humain (IHGS) et qui se trouve aujourd’hui à la tête des Instituts américains de la santé (NIH) – affirmait que les connaissances acquises grâce aux travaux de séquençage allaient permettre aux médecins d’adapter les traitements au profil génétique des patients. Il voyait ce rêve devenir réalité avant 2010. Lire la suite…