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Jacques Roger, Darwin, Haeckel et les Français, 1982

On sait que les Français font assez triste figure dans l’histoire du darwinisme. Darwin s’en plaignait déjà à Dareste 1 et Huxley n’hésitait pas à parler d’une « conspiration du silence » 2. Mais surtout, on reproche aux Français de n’avoir pas compris l’originalité de la pensée darwinienne, de n’y avoir vu qu’un avatar du lamarckisme, et d’avoir finalement choisi Lamarck contre Darwin au moment où Weismann rendra le choix nécessaire.

Cette « non-introduction » du darwinisme en France au XIXe siècle a été magistralement étudiée par Yvette Conry 3 et il est inutile d’y revenir ici. Je voudrais seulement m’attarder sur le rôle joué dans cette affaire par le célèbre darwinien allemand Ernst Haeckel, dont l’influence en France a été considérable, et sur un petit livre qui, je crois, a donné aux Français la première occasion de découvrir dans leur langue la pensée de Haeckel, le petit ouvrage de Léon Dumont intitulé : Haeckel et la théorie de l’évolution en Allemagne, publié en 1873 à Paris chez Germer-Baillière. J’examinerai donc ici rapidement le « darwinisme » de Haeckel et la présentation qu’en fait Léon Dumont.

Il n’est pas nécessaire de rappeler ici en détail la biographie intellectuelle d’Ernst Haeckel qui, élève de Johannes Millier à Berlin en 1854-1855, fut converti par son maître à l’étude des invertébrés marins, en particulier les radiolaires, auxquels il consacra plusieurs études qui assurèrent sa réputation scientifique 4. En 1860, la lecture de L’Origine des espèces dans la traduction de Bronn fait de lui le darwinien convaincu et l’apôtre de l’évolutionnisme qu’il restera jusqu’à sa mort en 1919. Il expose ses nouvelles convictions dès 1860 dans sa monographie sur les radiolaires puis, plus complètement, en 1863, dans une conférence au congrès de la Société des Savants et Médecins Allemands à Stettin. En 1866, il publie sa Generelle Morphologie et, en 1868, sa Naturliche Schöpfungsgeschichte, ouvrage de synthèse et de vulgarisation, qui sera suivi de beaucoup d’ouvrages semblables dont le succès sera considérable : la Schöpfunsggeschichte en sera à sa dixième édition en 1902 et les Enigmes de l’Univers de 1899 seront vendues à 400 000 exemplaires en allemand et traduites dans toutes les langues.

Très vite, les ouvrages de Haeckel ont pris une allure philosophique autant que scientifique car, pour lui, l’avènement de la théorie de l’évolution marque une nouvelle époque dans l’histoire de l’esprit humain et exige l’abandon des croyances anciennes, surtout religieuses, et l’adoption d’une nouvelle philosophie, le monisme. Néanmoins, nous nous limiterons ici à l’examen des positions scientifiques de Haeckel, en prenant comme texte de base la Naturliche Schöpfungsgeschichte. C’est en effet sur la quatrième édition de cet ouvrage que Léon Dumont a fondé son propre livre, et ce fut aussi le premier ouvrage de Haeckel traduit en français (1874). Enfin, c’est le premier des exposés généraux de la pensée de Haeckel. Nous ne nous priverons pas cependant de recourir le cas échéant à la Generelle Morphologie qui, sans avoir jamais été traduite, n’est pas restée inconnue du public français.

La Naturliche Schöpfungsgeschichte ou, pour lui donner son titre français, l’Histoire de la création des êtres organisés d’après les lois naturelles 5, attribue trois fondateurs à la théorie de l’évolution, Goethe, Lamarck et Darwin, et commence par une section historique qui retrace les premières formulations de la théorie en Allemagne, en France et en Angleterre. C’est dans la seconde des cinq sections du livre que sera exposé le darwinisme proprement dit 6. Ce n’est donc pas Darwin qui a inventé la théorie, mais ses mérites n’en sont pas moins grands : il « l’a exposée dans son entier, en lui assignant une base étiologique, et voilà pourquoi on ne désigne plus cette théorie que par le nom quelque peu immérité de théorie darwinienne » 7. Darwin « enrichit encore la théorie généalogique de Goethe et de Lamarck de l’importante et nouvelle donnée de la sélection naturelle » 8. Le premier, il est parvenu à « fonder une interprétation mécanique de l’origine des formes animales et végétales » 9, « à démontrer réellement quelles sont les vraies causes mécaniques de la métamorphose des espèces organiques » 10. Renvoyons à plus tard les interrogations que peut susciter cette présentation historique, et voyons comment Haeckel expose le darwinisme dans la seconde section du livre, la « Section darwinienne ».

Relevons d’abord la réponse de Haeckel aux critiques qui reprochent au darwinisme de n’être qu’une « hypothèse » 11. On peut y discerner des influences diverses et d’abord celle de Kant, à propos de l’impossibilité de « pénétrer jusqu’au fond des choses », qu’il s’agisse de la gravitation universelle, des affinités chimiques ou des propriétés de la matière organique. Mais Haeckel connaît aussi Stuart Mill, qu’il a longuement cité déjà dans la Generelle Morphologie 12 et qu’il utilise encore à propos du rôle respectif de l’induction et de la déduction. La comparaison qu’il reprend entre le darwinisme et le newtonianisme évoque les discussions anglaises entre Herschel et Whewell sur la nature de la vera causa 13. Haeckel est sans doute plus proche de Whewell en insistant sur les caractéristiques rationnelles de l’explication par la sélection naturelle, dont l’existence est déduite (de la variabilité des formes et de la compétition entre les organismes) indépendamment de l’évolution, et qui est capable à elle seule d’expliquer un grand nombre de phénomènes apparemment indépendants les uns des autres. Un esprit soupçonneux remarquerait peut-être que Haeckel semble laisser dans l’ombre un des caractères essentiels, depuis Newton, de la vera causa, à savoir d’être « suffisante pour expliquer les phénomènes » 14. La « suffisance » de la sélection naturelle n’est peut-être pas aussi claire pour Haeckel que pour Darwin.

Après un long exposé sur la sélection artificielle, c’est pourtant l’analyse du mécanisme de la sélection naturelle qui constitue le cœur de la « Section darwinienne » du livre. Haeckel insiste sur le fait que cette sélection naturelle est le résultat nécessaire de la variabilité et de la compétition entre organismes vivants, compétition qui n’est elle-même que la conséquence des observations de Malthus. Ainsi :

« La production de nouvelles espèces par la sélection naturelle est en soi une nécessité mathématique, fatale, qui n’a besoin d’aucune démonstration. »

« La sélection naturelle est la grande cause efficiente qui a produit toutes les manifestations étonnamment variées de la vie organique sur la terre. » 15

Haeckel étend immédiatement la notion à l’histoire de l’humanité :

« L’histoire des peuples, ce que l’on appelle l’histoire universelle, doit s’expliquer aussi par la sélection naturelle ; ce doit être en définitive un phénomène physico-chimique dépendant de l’action combinée de l’adaptation et de l’hérédité dans la lutte pour l’existence. » 16

Suit l’éloge des Spartiates et des Indiens Peaux-rouges qui n’hésitent pas à faire périr les nouveaux-nés peu robustes, ainsi que la dénonciation du rôle néfaste de la conscription et de la médecine. La première envoie à la mort les jeunes gens les plus vigoureux et protège les débiles physiques et mentaux, cependant que la seconde, incapable de guérir phtisiques, scrofuleux, syphilitiques ou malades mentaux, leur permet cependant de survivre et de se reproduire. Notre « civilisation humanitaire » prolonge les malades et veut abolir la peine de mort, mais accepte la guerre sans murmurer. Heureusement, la sélection naturelle sera la plus forte :

« En général, ce n’est pas l’homme armé du meilleur revolver, c’est l’homme doué de l’intelligence la plus développée, qui l’emporte ; et il léguera à ses rejetons les facultés cérébrales qui lui ont valu la victoire. Nous avons donc le droit d’espérer, qu’en dépit des forces rétrogrades, nous verrons, sous l’influence bénie de la sélection naturelle, se réaliser toujours de plus en plus le progrès de l’humanité vers la liberté et par conséquent vers le plus grand perfectionnement possible. » 17

Nous avons ici un bon exemple de la manière dont Haeckel, tout naturellement semble-t-il, quitte le domaine des sciences naturelles et met le darwinisme au service d’une théorie du progrès qui, au mieux, lui est étrangère, au pire, est en contradiction formelle avec certaines affirmations majeures de L’Origine des espèces.

Après un développement sur le mimétisme, exemple particulièrement frappant de l’action de la sélection naturelle 18, Haeckel expose la théorie de la sélection sexuelle 19, le principe de divergence, qu’il préfère appeler « loi de la division du travail » 20, les chaînes de relations complexes qui unissent les organismes vivants, avec l’exemple désormais classique de la série chats-campagnols-bourdons-trèfle rouge, série que Haeckel fait remonter en amont, avec Huxley, aux vieilles filles anglaises qui protègent les chats et qu’il prolonge en aval, avec Carl Vogt, du trèfle au bétail anglais et aux bons roastbeefs, responsables de la « vigueur corporelle et intellectuelle » des Britanniques, et donc de leur « prééminence cérébrale et intellectuelle » 21. C’est ainsi que les vieilles filles travaillent à la prospérité de l’Angleterre et de son empire 22.

Autre thème darwinien important : la répartition géographique des espèces. Haeckel note que les faits étaient connus, en particulier grâce à Humboldt et à de Candolle, mais Darwin et Wallace en ont donné les causes, fondant ainsi une vraie science, que Haeckel nomme « chorologie ». Nous avons là, selon Haeckel, un bon exemple du pouvoir explicatif du darwinisme, mais aussi une bonne illustration de ce que doit être une science selon Haeckel, à savoir, une connaissance des causes agissant selon des lois 23. Le problème des migrations, de leurs moyens et de leur rôle dans l’évolution est longuement examiné, et Haeckel prend parti dans la controverse suscitée par Moritz Wagner sur la nécessité de l’isolement pour la spéciation 24. Haeckel se range avec Darwin, Wallace et Weismann contre Wagner, qui soutenait que l’isolement géographique était indispensable pour que puisse s’établir l’isolement reproductif. Il semble donc se comporter en darwinien orthodoxe, mais il est intéressant de noter que, s’il refuse la thèse de Wagner, ce n’est pas pour les mêmes raisons que Darwin. Pour celui-ci, en effet, la théorie de Wagner a le défaut majeur de ne pas expliquer les faits d’adaptation 25. Pour Haeckel au contraire, elle a le défaut d’ignorer tous les organismes dont la reproduction n’est pas sexuée, et qui sont les plus anciens et les plus nombreux 26. La différence de point de vue est flagrante, et sûrement significative.

Reste que les thèmes majeurs du darwinisme ont été présentés dans cette « Section darwinienne » de l’Histoire de la Création naturelle. Mais le livre ne s’arrête pas là.

En effet, dès sa conférence de Stettin en 1863, Haeckel avait affirmé son intention de « compléter » le darwinisme 27. Intention clairement reprise dans la Generelle Morphologie et plus clairement encore manifestée dans le plan même de l’Histoire de la Création naturelle, où la « Section Darwinienne » est suivie de trois autres : « Section Cosmogénétique : Lois de la théorie du développement », « Section Phylogénétique : La phylogénie ou histoire généalogique des organismes », « Section Anthropogénétique : Application de la théorie du développement à l’homme ». Même dans la « Section Darwinienne », seules deux leçons sur cinq étaient vraiment consacrées à Darwin. Les « compléments » sont donc importants : en quoi consistent-ils ?

Tout d’abord, dans l’application du darwinisme à l’origine de l’homme, absente de l’Origine des Espèces. Ce point, très important pour Haeckel, devient moins nouveau après la publication de La descendance de l’homme en 1871.

Il s’agit ensuite de replacer l’évolution du vivant dans une évolution générale de l’univers. C’est l’objet de la « Section Cosmogénétique » où Haeckel expose la « cosmogonie gazeuse » de Kant-Laplace-Herschel. L’évolution devient ainsi un phénomène cosmique, ce qui ne va pas sans difficultés, par exemple à propos de la conciliation de l’idée de « premier commencement » avec le postulat nécessaire d’un univers éternel. Mais l’évolution cosmique est la seule théorie cohérente et cela suffit à la faire accepter.

Pour passer de l’évolution cosmique à l’évolution du vivant, on doit résoudre le problème de l’apparition du vivant à partir du non-vivant. La génération spontanée, ou « autogonie », fait l’objet d’une longue étude où Haeckel, après avoir reconnu qu’aucune expérience n’en a prouvé la possibilité, s’attache à montrer que les expériences contraires – il s’agit évidemment de Pasteur, qui n’est toutefois pas nommé – ne prouvent rien, d’abord parce qu’elles ont été faites « dans des conditions absolument artificielles » 28, ensuite parce que, dans les « âges primitifs », les conditions physico-chimiques ont pu être tout à fait différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui. Idée classique, on le sait, de Buffon jusqu’à Haldane et Oparine 29.

Il y a deux arguments très forts en faveur de la génération spontanée : d’abord, l’identité chimique du vivant et du non-vivant, ensuite, l’existence d’êtres vivants très simples, dépourvus de noyau, simples « grumeaux mucilagineux » constitués « par une substance carbonée albuminoïde », les « monères ». Ces monères se trouvent en abondance dans l’eau douce et plus encore dans l’eau de mer, la plus célèbre étant le Bathybius Haeckelii, ainsi nommé par Huxley, et dont « le corps tout entier […] consiste purement et simplement en un plasma sans structure, ou proto-plasma » 30. Ces monères ont pu se former aisément par génération spontanée. Il est même très vraisemblable qu’il s’en forme encore aujourd’hui 31. Ensuite, « il nous suffit de supposer une simple condensation » physique des molécules albuminoïdes » pour expliquer la formation du noyau et de la membrane cellulaire 32.

Jusqu’à présent, les « compléments » apportés par Haeckel se situent pour ainsi dire en aval et surtout en amont de la théorie darwinienne de la formation des espèces. Ce qui suit concerne directement le mécanisme de la spéciation. Il s’agit, d’abord, d’expliquer « mécaniquement » les phénomènes biologiques fondamentaux qui interviennent dans l’évolution : hérédité, reproduction, variation, adaptation.

Haeckel, et ceci est essentiel, ramène l’hérédité à la reproduction et la variation à l’adaptation. L’idée qu’il se fait des deux catégories de phénomènes apparaît clairement dans un long texte qu’il faut pourtant citer tout entier :

« Si maintenant nous examinons en elle-même la nature de ces deux importantes propriétés vitales [la reproduction et l’adaptation], nous les pourrons ramener, comme toutes les fonctions physiologiques, aux causes physiques et chimiques, aux propriétés et aux phénomènes de la matière qui constituent la vie des animaux et des plantes […]. On peut dire, d’une manière générale, que l’hérédité est caractérisée par la continuité matérielle, par l’identité matérielle partielle de l’organisme générateur et de l’organisme procréé, de l’enfant et des parents. Par le fait de tout acte reproducteur, une certaine quantité du protoplasme ou de la matière albuminoïde des parents est transmise à l’enfant, et avec ce protoplasme le mode individuel spécial du mouvement moléculaire [souligné par Haeckel] est simultanément transmis. Or ces mouvements moléculaires du protoplasme, qui suscitent les phénomènes vitaux et en sont la vraie cause, sont plus ou moins variés et dissemblables chez tous les individus vivants.

D’autre part, l’adaptation ou la variation est simplement le résultat des influences matérielles subies par la matière constituante de l’organisme sous l’influence du milieu naturel ambiant, c’est-à-dire des conditions de la vie dans le sens le plus large de l’expression. Ces influences extérieures ont pour moyen d’action les phénomènes moléculaires de la nutrition dans la trame de chaque partie du corps. Dans chaque acte d’adaptation le mouvement moléculaire spécial à l’individu est troublé ou modifié […] par des influences mécaniques, physiques ou chimiques. » Par là les mouvements vitaux du plasma, ceux qui sont innés, hérités, c’est-à-dire les mouvements moléculaires des plus petites parties albuminoïdes, sont plus ou moins changés. » 33

C’est à la lumière de cette conception de l’hérédité comme transmission de protoplasme et de « mouvements moléculaires » et de cette idée purement physico-chimique du milieu et de son influence sur le vivant, qu’il faut comprendre la théorie haeckelienne de la variation et de l’adaptation. Pour Haeckel, l’hérédité est à la fois « conservatrice » et « progressive ». La fameuse « loi biogénétique fondamentale », selon laquelle l’ontogenèse récapitule la phylogenèse, relève de « l’hérédité conservatrice » 34. De « l’hérédité progressive » relève la « loi de l’hérédité adaptée ou acquise » 35. Ainsi, « l’organisme a la faculté de transmettre à sa postérité non seulement les propriétés que lui-même a reçues de ses progéniteurs […] ; il peut même léguer les propriétés qu’il a acquises pendant sa vie sous l’influence des conditions de climat, d’alimentation, d’éducation, etc. » 36. L’adaptation consiste donc proprement en cette transmission de l’acquis :

« L’adaptation sera donc la résultante de toutes les modifications matérielles suscitées dans les échanges matériels de l’organisme par les conditions extérieures de l’existence, par l’influence du milieu ambiant. » 37

On comprend que, pour Haeckel, l’hérédité de l’acquis soit « une base indispensable de la théorie de l’évolution » 38.

A côté de cette adaptation « directe » ou « actuelle » par transmission directe de caractère acquis par l’individu sous l’influence du milieu, il y a, précise Haeckel, une adaptation « indirecte » ou « potentielle » dans laquelle l’action du milieu se porte, non sur la morphologie de l’individu mais sur ses organes reproducteurs et ne se manifestera donc que dans sa descendance. L’étude de ces phénomènes « a été généralement fort négligée jusqu’ici et c’est un des mérites de Darwin d’avoir tout particulièrement attiré l’attention sur cet ordre de modification » 39. Les naturalistes ne sont d’ailleurs pas d’accord sur l’importance relative des deux types d’adaptation, « directe » et « indirecte » :

« Quelques naturalistes, notamment Darwin et Carl Vogt, attribuent à l’adaptation indirecte ou potentielle une activité plus considérable et même presque exclusive. » 40

Pour Haeckel, c’est un débat assez inutile, car nous ne sommes pas en état de décider si une variation donnée relève d’un type d’adaptation ou d’un autre.

Pour terminer notre tableau de l’évolutionnisme haeckelien, nous évoquerons rapidement deux de ses traits, importants en eux-mêmes, mais plus faciles à situer dans notre perspective : l’importance attachée à l’embryologie et l’effort considérable pour reconstituer l’histoire de la vie.

Pour Haeckel, l’importance de l’embryologie est philosophique : elle montre que l’homme n’a pas une place à part dans la création puisque « durant les deux premiers mois de leur vie embryologique, tous les « embryons humains, nobles ou bourgeois, se distinguent à peine des embryons modèles du chien et des autres mammifères » 41. Mais surtout, en décrivant les métamorphoses de l’ontogenèse, elle rend vraisemblable et même, grâce à la loi de récapitulation, elle permet de reconstituer les métamorphoses de la phylogenèse. L’embryologie permet de suppléer aux lacunes des documents paléontologiques, surtout en ce qui concerne les premiers stades de la vie, qui ont dû correspondre aux premiers stades de la vie embryonnaire 42. Ce qui est très important pour Haeckel, dont le projet est précisément de reconstituer l’histoire de la vie, des monères jusqu’à l’homme. Reconstitution qui occupe plus de 300 des 650 pages de l’Histoire de la Création naturelle, et qui donne lieu à un grand nombre de tableaux et d’arbres phylogénétiques, de plus en plus particuliers et détaillés puisqu’ils commencent par la phylogénie des grands groupes et finissent par celle des « douze espèces humaines » et, précisément encore, par la phylogénie des « sémites » et des « indo-germaniques ». Cette obsession de l’histoire, si étrangère à Darwin, est un élément essentiel dans les « compléments » que Haeckel veut apporter au darwinisme.

La question qui se pose à nous maintenant est claire : en « complétant » ainsi le darwinisme, Haeckel l’a-t-il dénaturé ? Si la question est claire, la réponse est moins facile, car nous ne pouvons nous contenter de prendre comme terme de comparaison le texte relativement simple de L’Origine des espèces ; au moins dans cette quatrième édition de l’Histoire de la Création naturelle, Haeckel a visiblement utilisé les textes plus embarrassés de La Variation des Animaux et des Plantes et, bien entendu La Descendance de l’Homme. Cependant, les hésitations ou les repentirs de Darwin ne sont pas tels qu’ils défigurent sa pensée et, d’autre part, Haeckel a déjà exprimé ses vues essentielles dans la Generelle Morphologie de 1866 ou dans la première édition de la Natürliche Schöpfungsgeschichte, en 1868 43. Un certain nombre de remarques semblent donc possibles.

La première remarque portera sur un point de vocabulaire. On sait que Darwin lui-même n’a guère employé le mot « évolution », parlant le plus souvent de « my theory » qu’il définit comme « the theory of descent with subsequent modification » ou « theory of modification through natural selection » 44. Haeckel lui-même ne semble pas très pointilleux dans le choix des mots 45. Néanmoins, il distingue soigneusement la théorie darwinienne, qu’il nomme « Selectionstheorie » ou « Züchtungslehre » 46 et la théorie de l’évolution, qu’il désigne comme « Entwickelungslehre » ou « Abstammungslehre », ce dernier mot étant parfois remplacé par « Descendenztheorie ». Or « Entwickelungslehre » signifie proprement « théorie du développement», et ce sens est d’autant mieux marqué que Haeckel parle d’une « histoire du développement » (« Entwickelungsgeschichte ») pour désigner indifféremment l’ontogenèse et la phylogenèse 47. Dans les deux cas, il s’agit d’une genèse des formes (« Morphogenie ») et la loi de récapitulation prend tout son sens dans ce vocabulaire. Quant à « Abstammungslehre », que Letourneau traduit par « théorie généalogique » et le traducteur anglais par « theory of filiation » ou « theory of descent », le mot souligne en effet la filiation des formes à travers l’histoire. Insistance sur l’histoire ou sur le déterminisme du développement, le vocabulaire de Haeckel paraît aussi peu fidèle à l’esprit de Darwin que le sera bientôt la langue anglaise en privilégiant le mot « évolution ». Au moins Haeckel a-t-il le mérite de ne pas confondre évolution et darwinisme.

Il avait d’autant plus raison de le faire que la théorie haeckelienne de l’évolution n’est pas darwinienne, et d’abord à cause de son réductionnisme physico-chimique. Il ne s’agit pas ici de préférence philosophique : Darwin ne refusait sans doute pas l’idée que la vie se ramenait finalement à des phénomènes physico-chimiques, mais il semble n’avoir pas vu quel bénéfice immédiat la théorie de l’évolution pouvait tirer de cette conviction 48. La loi de la sélection naturelle énonçait le résultat des rapports entre organismes vivants dans un milieu donné, sans préjuger des mécanismes physiologiques à l’œuvre. En déplaçant le centre de gravité de la théorie du réseau des relations écologiques au mécanisme physico-chimique des phénomènes physiologiques, Haeckel transformait profondément la nature même du darwinisme. La loi de la sélection naturelle était nécessairement probabiliste, et l’évolution générale de la vie en était le résultat de fait, non la conséquence nécessaire. En passant de l’écologie à la physiologie, Haeckel réintroduisait le déterminisme de l’évolution. Dès 1866 il avait écrit :

« La phylogenèse […] est un processus physiologique qui, comme toutes les autres fonctions physiologiques des organismes, est déterminé avec une nécessité absolue par des causes mécaniques. » 49

Haeckel ne « complétait » pas le darwinisme, il le transformait en une autre théorie de l’évolution.

Les conséquences de ce changement fondamental se font sentir jusque dans le détail des explications, et en particulier dans l’étude des relations de l’organisme et du milieu, relations que Haeckel, de façon significative, décrit globalement par le mot « nourriture » (Ernahrung). Il ne s’agit plus d’interaction, mais d’action unilatérale, « mécanique », c’est-à-dire physicochimique et donc déterministe, du « milieu » sur le vivant. Les autres vivants ont disparu du paysage, et la compétition avec eux. C’est ce qui conduit Haeckel à identifier constamment la variation et l’adaptation et à ignorer la possibilité d’une variation non adaptative. Pour lui, toute variation naît de l’action directe du climat qui, à la fois, provoque et dirige la variation.

Certes, Darwin ne niait pas l’existence possible d’une variation « définie » directement induite chez l’individu par l’action du milieu et transmise ensuite par l’hérédité de l’acquis 50. Mais, quelles qu’aient pu être ses fluctuations sur ce point, il a toujours laissé le premier rôle à l’action « indirecte » du milieu qui, en agissant sur les organes reproducteurs des parents, provoque une variabilité des formes dans la descendance 51. Variabilité qui se traduit par l’apparition de formes nouvelles, adaptées ou non, entre lesquelles précisément la sélection naturelle opérera, hic et nunc, le tri nécessaire. Haeckel, nous l’avons vu, souligne l’intérêt que Darwin porte – c’est le moins qu’on puisse dire ! – à ce processus qu’il nomme, lui, « adaptation indirecte ou potentielle », ce qui suffit à en changer la nature. Car s’il accepte l’idée darwinienne d’une action du milieu sur les organes reproducteurs des parents, il considère que cette action provoque une « variation » qui, pour rester chez eux « latente » ou « en puissance », n’en est pas moins déjà définie, puisqu’elle va constituer une « impulsion vers une nouvelle forme », forme qui se réalisera in actu dans la descendance. Le déterminisme de l’action du milieu est indirect, mais n’en est pas moins un déterminisme. On n’est donc pas surpris de voir que la sélection naturelle a disparu dans cette étude de la « variation ou adaptation », rendue inutile par un déterminisme évidemment lié au caractère unilatéral et exclusivement physico-chimique de l’action du milieu sur l’organisme.

Enfin, en insistant comme il le fait sur l’histoire de l’évolution, Haeckel transforme encore, et dans le même sens, la théorie darwinienne. Il sait fort bien que Darwin ne s’est guère intéressé à « la généalogie des formes vivantes » 52 et, ici aussi, il n’a conscience que de la « compléter ». Ce n’est d’ailleurs pas en soi une opération illégitime que de s’intéresser à l’histoire des formes telle que la paléontologie la révèle, et de montrer que la théorie darwinienne de l’évolution peut en rendre compte. C’est ce que Simpson fera au XXe siècle, et ce sera sa contribution à l’édification de la théorie synthétique. Mais toute conception de l’histoire n’est pas compatible avec le darwinisme. En particulier, l’action de la sélection naturelle, s’exerçant en fonction de situations locales et momentanées, ne permet pas de ramener l’évolution à un processus linéaire, au développement d’une courbe dont l’équation est connue d’avance. La sélection naturelle est une loi de la nature, elle n’est pas une loi de l’histoire. L’histoire de la vie, de la « monère » à l’homme, est une histoire de fait, non de droit.

Or, le rôle central de la loi de récapitulation dans la pensée de Haeckel le conduit à concevoir l’histoire de la vie sur le modèle de l’ontogenèse, à y introduire les mêmes lois et le même déterminisme. Selon Haeckel, cette histoire de la vie est soumise à deux lois, la loi de divergence et surtout la loi de progrès ou de perfectionnement 53, loi dont Haeckel, nous l’avons vu, étend l’empire à l’histoire de l’humanité 54. Certes, Darwin n’a pas refusé « l’opinion admise par la plupart des paléontologistes que, dans son ensemble, l’organisation a progressé » 55. Il a admis que « toutes les qualités corporelles et intellectuelles doivent tendre à progresser vers la perfection » 56. Mais :

« Cela n’empêche pas que [la sélection naturelle] peut laisser à de nombreux êtres une conformation simple et inférieure, appropriée à des conditions d’existence moins complexes et, dans certains cas même, elle peut déterminer chez eux une simplification et une dégradation de l’organisation de façon à les mieux adapter à des conditions particulières. » 57

Certains êtres n’ont pas évolué : « l’organisation des Foraminifères n’a pas progressé depuis l’époque laurentienne » 58. Et Darwin de conclure :

« Si ma théorie impliquait comme condition nécessaire le progrès de l’organisation, des objections de cette nature lui seraient fatales. » 59

Mais le darwinisme n’implique pas le progrès et d’ailleurs, il serait bien difficile de « décider quelles sont les formes les plus élevées par leur organisation » 60. Il ne semble pas que Haeckel ait prêté à ces textes une attention suffisante.

En réalité, la théorie haeckelienne de l’évolution n’est pas darwinienne. Le darwinisme s’articule autour de deux données essentielles : variabilité non dirigée des formes et compétition entre les organismes. La sélection naturelle, le principe de divergence, la sélection sexuelle même, sont les conséquences de ces deux données fondamentales. La théorie haeckelienne s’articule autour du déterminisme physico-chimique et de la loi de récapitulation : le déterminisme de l’histoire et du progrès en résulte nécessairement. L’un pense en termes d’organismes vivants, l’autre en termes de matière vivante. Le mot même d’organisation n’a pas le même sens pour l’un et pour l’autre. Sans nier ce qu’ils ont en commun, on ne peut sous-estimer ce qu’ont de profondément différent leurs intuitions fondamentales.

Pour employer le vocabulaire d’Ernst Mayr 61, Haeckel a voulu ramener la biologie de l’évolution à une biologie du développement. C’est qu’il appartient pleinement à l’école de la biologie allemande et que son idéal scientifique est de calquer la biologie sur la physique et de donner une explication « mécanique » de la vie. Il est donc parfaitement à l’aise dans les limites d’une définition de la science que le naturaliste anglais Darwin est en train de faire éclater. Mais la théorie haeckelienne de l’évolution s’enracine dans un tout autre terrain que le darwinisme. Son mécanisme réductionniste la situe dans la tradition de la « biologie » lamarckienne, et les « mouvements moléculaires » qu’elle invoque jouent exactement le rôle mythique du « mouvement des fluides » imaginé par Lamarck. La loi de récapitulation nous renvoie à la Naturphilosophie et tend à faire revivre, sous le déguisement du déterminisme, l’ontologie idéaliste de la philosophie du « développement ». Sa double loi de l’histoire, divergence et progrès, est très proche de celle de Spencer et, comme elle, dérive de l’embryologie de von Baer. Malgré l’adjonction hâtive de la sélection naturelle, la théorie haeckelienne de l’évolution est essentiellement pré-darwinienne.

C’est, en tout cas, cette théorie que Léon Dumont présenta en 1873 au public français sous le titre parfaitement exact de : Haeckel et la théorie de l’évolution en Allemagne. A cette date, Haeckel n’était certainement pas un inconnu en France, au moins dans les milieux scientifiques où l’on avait assurément lu sa Generelle Morphologie dans l’original allemand 62. Mais le livre de Dumont était destiné à un plus large public. Philosophe, intéressé par les problèmes de la sensation et de l’esthétique, Léon Dumont connaissait bien la pensée allemande à laquelle il avait été introduit par Alexandre Buchner 63. Celui-ci, qui finira sa carrière comme professeur de littératures étrangères à la Faculté des Lettres de Caen, était le frère du dramaturge révolutionnaire Georg Buchner, l’auteur de La mort de Danton et de Louis Buchner, auteur du célèbre ouvrage de philosophie biologique matérialiste Force et matière, traduit en français dès 1863 et indéfiniment réédité. Mais Dumont connaissait aussi la pensée anglaise, en particulier Dugald Stewart, et avait sûrement lu Darwin. Il est donc capable de signaler des différences entre Darwin et Haeckel, de souligner, par exemple, que Darwin est plus intéressé par la théorie des mécanismes de la sélection et Haeckel par l’histoire de la vie 64, voire de faire disparaître les aspects les moins darwiniens de la pensée de Haeckel sur « l’adaptation potentielle » 65.

Mais, frappé comme tout le monde, et comme Darwin lui-même, de l’extraordinaire succès du darwinisme en Allemagne et de son échec en France, Dumont cherche à écarter les obstacles qui se sont opposés au succès de Darwin en France et qui sont surtout, selon lui, d’ordre philosophique, moral et politique. Pour ce faire, Dumont répudie hautement le monisme de Haeckel comme le matérialisme de Büchner. Partisan, déjà, de l’énergétisme contre le matérialisme, il dénonce comme archaïque le physico-chimisme de Haeckel :

« Tandis que Haeckel réduit la force à n’être qu’une propriété de la matière, nous pensons que la matière n’est elle-même, en dernière analyse, qu’une force ; ce n’est pas une substance, mais un simple phénomène […]. La théorie de Haeckel fait dépendre la physique et la mécanique de la chimie, tandis que la chimie moderne a une tendance à s’absorber dans la physique, et la physique elle-même dans la mécanique. » 66

Cette réflexion de Dumont est intéressante, non seulement parce qu’elle souligne d’entrée de jeu les motivations idéologiques qui vont sous-tendre le débat sur les mécanismes de l’évolution pendant toute la fin du siècle, mais aussi parce qu’elle nous aide à comprendre pourquoi la théorie darwinienne, considérée comme matérialiste en Angleterre, a pu être accusée d’idéalisme sur le continent.

Mais surtout, écrivant en 1873, c’est-à-dire deux ans après la Commune de Paris, Dumont veut dégager le darwinisme, et même le matérialisme, de toute responsabilité dans la floraison des utopies socialistes et communistes. Au contraire, le darwinisme, fondé sur l’économie politique, est une « justification scientifique » de la « doctrine conservatrice ». A cette date, Léon Dumont fait preuve d’une perspicacité remarquable lorsqu’il écrit :

« Ce qu’il y aurait bien plutôt à craindre, ce serait que le darwinisme, lorsque ses conséquences pratiques seront plus généralement comprises, ne provoquât au contraire une réaction exagérée contre les tendances démocratique et égalitaires, et ne nous ramenât aux principes politiques de Hobbes, de Machiavel et de Joseph de Maistre. » 67

C’est donc au spiritualisme, et surtout au spiritualisme chrétien, ainsi qu’à l’ignorance de l’économie politique, qu’il faut attribuer le penchant des pays latins, en particulier la France, pour le communisme et, parallèlement, leur refus du darwinisme.

On pourrait dire que les deux arguments de Dumont se contredisaient l’un l’autre, mais il faut lui reconnaître une perspicacité rare en France à cette date. Dans l’ensemble, son entreprise reste ambiguë car, s’il est capable de mettre en pleine lumière les enjeux idéologiques des discussions qui vont avoir lieu en France sur l’évolution et sur le darwinisme, s’il peut même, sans doute grâce à sa connaissance directe de Darwin, prendre ses distances à l’égard du « darwinisme » haeckelien, ce n’en est pas moins la pensée de Haeckel qu’il présente au public français, et non celle de Darwin lui-même. Ce choix peut être celui d’un « journaliste », désireux d’informer des lecteurs très sensibilisés à ce qui se passait outre-Rhin, et même, dès lors, outre-Vosges. Mais ses réserves trop discrètes risquaient de passer inaperçues.

De fait, Dumont avait écrit son livre parce qu’il pensait que l’Histoire de la Création naturelle ne méritait pas d’être traduite. Or, dès 1874, une traduction française en était publiée par le Dr Letourneau, avec une préface de Charles Martins, professeur d’Histoire naturelle à la Faculté de Médecine de Montpellier. L’éditeur Reinwald fut spécialement félicité par Lacaze-Duthiers pour cette publication 68. Le préfacier, qui avait publié jadis une traduction des Œuvres d’Histoire naturelle de Goethe (1837) et, tout récemment, une réédition de la Philosophie zoologique de Lamarck (1873) 69, indiquait que l’ouvrage de Haeckel « renferme l’exposé complet de l’état actuel de la doctrine de l’évolution connue aussi sous le nom de transformisme ou de darwinisme » 70. La confusion risquait d’autant moins de se dissiper que le succès de Haeckel en France allait devenir triomphal. Tandis que se multipliaient les traductions françaises de ses ouvrages 71, Haeckel lui-même était invité en 1878 au Congrès de l’Association française pour l’Avancement des Sciences, qui organisa un banquet en son honneur. A la fin du repas, Edmond Perrier porta un toast à celui qui « hâte le jour où la raison seule gouvernera les hommes » 72. Ici encore, l’idéologie était étroitement liée au combat scientifique.

Le succès de Haeckel en France n’est d’ailleurs qu’un cas éminent de l’engouement général pour la science allemande, et particulièrement pour la biologie, qui se manifesta dans notre pays après la défaite de 1871. Contrairement à une légende tenace, les savants français ne rejetèrent pas la science étrangère, mais cherchèrent à s’instruire auprès de leurs vainqueurs. Avant 1870, déjà, Claude Bernard décrivait avec jalousie l’ampleur et la commodité des laboratoires allemands. Après 1871, ce fut une véritable invasion. Trente ans plus tard, Trouessart, professeur au Muséum, évoquait ses souvenirs de la Faculté de Médecine :

« Pendant plus de dix ans, après 1870, les étudiants de nos Facultés n’ont eu entre les mains que des traductions de traités allemands. C’est l’Anatomie comparée de Gegenbaur (1874), la Physiologie de Wundt (1872), la Zoologie de Clauss (1877), la Botanique de Sachs (1873), la Pathologie de Niemeyer (1873), et d’autres encore que j’oublie. » 73

L’admiration pour la science allemande était assez forte pour que Dumont se contente de relever « en souriant », deux ans après la défaite, le chauvinisme de Haeckel qui, considérant que le degré de culture d’un peuple se mesurait à l’enthousiasme avec lequel il adoptait la théorie de l’évolution, affirmait la supériorité de l’Allemagne et de l’Angleterre sur toutes les nations d’Europe. Il est vrai que la France avait été vaincue par la Prusse et que Haeckel était saxon. Il est vrai qu’il n’était pas encore devenu l’admirateur fervent de Bismarck. Il est vrai surtout que Haeckel était « moniste », farouchement anticatholique 74, et que la solidarité idéologique aidait à oublier les frontières nationales. C’est plus tard seulement, à l’aube du XXe siècle, que l’on commença à opposer la « science française » à la « science allemande », et plus tard encore, après la mort de Haeckel, qu’on découvrit comment la Ligue moniste qu’il avait fondée avait préparé les voies du national-socialisme 75.

Certes, les Français n’avaient pas attendu Haeckel pour méconnaître ou travestir Darwin en l’interprétant à la lumière d’une tradition lamarckienne. La préface de Clémence Royer à sa traduction de l’Origine des espèces en 1862, le livre de Quatrefages sur Darwin et ses précurseurs français en 1870, suffiraient à montrer que cette réaction avait été spontanée et ne devait rien à personne. L’œuvre de Haeckel a l’intérêt de montrer que cette façon de comprendre Darwin, ou de ne pas le comprendre, n’a pas été exclusivement française. Mais surtout, en jetant dans la balance tout le poids de son autorité scientifique et philosophique et, peut-être indûment, tout le prestige de la science allemande, Haeckel a donné force de loi, en France comme dans d’autres pays d’Europe 76, à cette méconnaissance de l’originalité darwinienne, et a fait triompher, sous le nom de darwinisme, une théorie de l’évolution qui n’était pas celle de Darwin.

L’histoire de l’influence de Haeckel sur la pensée européenne, et sur la pensée française en particulier, n’a pas été écrite et ne peut pas même être esquissée ici. Il est certain cependant que cette influence allait perdurer dans la biologie française au-delà de la Première Guerre mondiale, pour des raisons à la fois idéologiques et scientifiques 77, et qu’elle allait alimenter la résistance obstinée des biologistes français aux idées de Weismann, de Mendel, et même à la génétique morganienne.

Le trop fameux débat sur l’hérédité de l’acquis ne représente dans cette résistance que la partie émergée de l’iceberg. Car l’hérédité de l’acquis est liée à une conception « somatique » de la reproduction, imaginée comme une transmission de matière protoplasmique, avec sa composition chimique spécifique et ses « mouvements moléculaires » particuliers, qui définissent l’espèce 78. Cette conception de la reproduction repose elle-même sur une biologie étroitement « matérialiste », qui ne veut connaître que la « matière vivante » et veut tout expliquer, de l’embryogenèse à la morphologie, par sa composition chimique, dont on ignore encore à peu près tout. Ce « matérialisme » étroit conduit à ne considérer les structures, en particulier les structures cellulaires, membranes, noyau, chromosomes, que comme des phénomènes secondaires, sans importance réelle, et à suspecter d’idéalisme ceux qui leur attachent de l’importance. Associé à un réductionnisme absolu et sans nuances, ce matérialisme étroit permet d’introduire dans l’évolution un déterminisme absolu et de soumettre la variation et la phylogenèse tout entière aux mêmes lois rigoureuses que l’ontogenèse.

Cette logique interne, à la fois idéologique et scientifique, de la biologie haeckelienne, on la retrouve chez Alfred Giard, chez Le Dantec, chez Delage, et jusque chez Étienne Rabaud, qui publiait encore un livre sur L’Hérédité en 1951 79. Une comparaison des textes le montrerait clairement. Après tout, un admirateur de Haeckel n’avait-il pas écrit que son nom « deviendra un symbole étincelant qui brillera pendant des siècles. Les générations passeront, d’autres se lèveront, les nations tomberont, les trônes s’écrouleront, mais le vieux sage génial d’Iéna survivra à tout » 80.

Haeckel n’est sans doute pas responsable de la survivance archaïque du lamarckisme français, même s’il l’a favorisée. D’autre part, et surtout, les convictions fondamentales qui animaient sa conception de la biologie et celle de ses disciples français, ont été, au moins dans une certaine mesure, justifiées a posteriori par les progrès modernes de la biologie moléculaire. Il n’en reste pas moins qu’elles l’ont empêché de comprendre Darwin, qu’elles ont contribué à répandre une interprétation erronée du darwinisme, et ont finalement constitué un obstacle aux progrès de la génétique en France.

Jacques Roger.

Article publié dans :

Yvette Conry (dir.)
De Darwin au darwinisme : science et idéologie
Congrès international pour le centenaire de la mort de Darwin
Paris-chantilly, 13-16 septembre 1982
Librairie philosophique J. Vrin, 1983.


Notes:

1 « Autant que je sache, mon livre n’a produit aucun effet en France », Lettre du 16 février 1863, in The Life and Letters of Charles Darwin, ed. by F. Darwin, New York, 1888, II, p. 192.

2 Ibid., I, p. 539.

3 L’introduction du darwinisme en France au XIXe siècle, Paris, Vrin, 1974.

4 Sur Haeckel, voir en particulier l’article de Georg Uschman in Dictionary of Scientific Biography, ed. by Charles C. Gillispie, New York, Scribner’s Sons et, du même auteur, « Haeckel’s Biological Materialism », in History and Philosophy of the Life Sciences, vol. 1, n° 1 (1979), pp. 101-118.

5 La traduction, faite par le Dr Charles Letourneau, a paru à Paris chez Reinwald et Cie en 1874. Nos références renvoient à cette traduction, désignée par le sigle H.C.N.

6 La division de l’ouvrage en cinq sections, sur laquelle nous reviendrons, est conservée dans la traduction française, mais disparaît dans la traduction anglaise.

7 H.C.N., p. 4.

8 Ibid., p. 107.

9 Ibid., p. 20.

10 Ibid., pp. 106-107. Haeckel insiste ici sur le fait que Darwin a découvert la cause de l’évolution, mais il juge encore plus important de pouvoir en énoncer les lois. C’est ce qui ressort clairement du texte suivant : « C’est seulement si la connaissance (Kenntnis) des formes s’élève à la hauteur d’un savoir organisé (Erkenntnis), si la considération (Betrachtung) des conformations parvient à une explication (Erklarung), si du chaos confus des formes surgissent les lois de leur formation, c’est alors seulement que l’art mineur de la morphographie se transformera en une science supérieure, la morphologie », Generelle Morphologie, I, p. 7. Souligné par Haeckel.

11 H.C.N., pp. 23-30.

12 Generelle Morphologie des Organismen, Berlin, Reimer, 1866, I, pp. 80-81. La citation est tirée de la Logique de l’induction, dont une traduction allemande a paru en 1849. Haeckel défend les droits de la théorie et de la déduction contre un empirisme borné.

13 Sur la question de la vera causa chez Herschel, Whewell et Darwin, voir Michael Ruse, The Darwinian Revolution, Chicago and London, The University of Chicago Press, 1979, pp. 5S-59, et M. J. S. Hodge, « The Structure and Strategy of Darwin’s “Long Argument” », in The British Journal for the History of Science, X, 3 (nov. 1977), pp. 237-246.

14 C’est la première des Regulae philosophandi dans les Principia de Newton (cf. Newton, Principia, transi, by A. Motte…, Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1966, II, p. 398). Selon Hodge (op. cit., note 13), ce caractère de la vera causa est aussi essentiel pour Darwin.

15 H.C.N., p. 151.

16 Ibid., p. 152.

17 Ibid., p. 156.

18 Ibid., pp. 233-235.

19 Ibid., pp. 235-239.

20 Ibid., pp. 239-242.

21 Notons que La Mettrie, philosophe matérialiste, attribuait à l’alimentation carnée la brutalité des mœurs britanniques. Mais La Mettrie était français et vivait au XVIIIe siècle !

22 H.C.N., p. 230.

23 C’est tout le sens de la Morphologie générale que Haeckel a publiée en 1866, et où la théorie de l’évolution, en énonçant les lois de la formation des organismes vivants, est chargée de transformer la description des formes en une science des formes. Voir, en particulier, Generelle Morphologie, I, p. 3, et I, p. 7.

24 Cf. Moritz Wagner, Die darwinische Theorie und das Migrationsgesetz der Organismen, Leipzig, 1868. Sur la controverse suscitée par ce livre, voir Ernst Mayr, The Growth of Biological Thought, Cambridge, Harvard University Press, 1982, pp. 562-565.

25 Cf. Lettre à Moritz Wagner in Life and Letters, op. cit. (note 1), II, pp. 337-338.

26 H.C.N., pp. 326-330.

27 Cf. Uschmann, op. cit. (note 4), p. 104.

28 H.C.N., p. 301.

29 Haeckel ne savait sans doute pas que Darwin avait, en privé, examiné la question d’une génération spontanée primitive. Mais pour celui-ci, l’obstacle à une génération spontanée actuelle ne résidait pas dans les conditions physico-chimiques, mais dans l’existence d’êtres vivants ; il écrivait à un ami en 1871 : « Si (attention, c’est un très grand Si !) dans quelque petite mare chaude contenant toutes sortes de sels ammoniaqués et phosphorés, il pouvait se former, grâce, entre autres, à la lumière, à la chaleur ou à l’électricité, etc., une protéine prête à subir d’autres modifications plus complexes, cette protéine serait, de nos jours, instantanément dévorée ou absorbée, ce qui n’aurait aucunement été le cas avant la formation des organismes vivants » (cité par R. Dickerson, « L’évolution chimique et l’origine de la vie », in L’Evolution, Paris, Pour la Science, 1978, p. 20). Darwin pense à la compétition là où Haeckel pense aux conditions physico-chimiques. La différence est claire.

30 H.C.N., p. 165. On sait que le chimiste de l’expédition océanographique du Challenger devait montrer, en 1874, que le Bathybius Haeckelii était en réalité un précipité de sulfate de chaux dont l’aspect « albuminoïde » était dû à sa conservation dans l’alcool. Cf. Pierre Thuillier, « Requiem pour un Bathybius », La Recherche, 62 (déc. 1975), pp. 1086-1090.

31 H.C.N., p. 307.

32 Ibid., pp. 304-305.

33 Ibid., pp. 142-143.

34 Sur le rôle de cette « loi » et sur la pensée de Haeckel en général, voir Stephen J. Gould, Ontogeny and Phylogeny, Cambridge, Harvard University Press, 1977, aux pages indiquées à l’art. Haeckel de l’Index (p. 493).

35 H.C.N., p. 190.

36 Ibid., p. 141.

37 Ibid., p. 198.

38 Anthropogénie, cité par Gould, op. cit. (note 34), p. 80.

39 H.C.N., p. 200.

40 Ibid., p. 201.

41 Ibid., p. 262.

42 Ibid., p. 359.

43 Nous nous sommes limité ici au texte de la quatrième édition, car c’est elle qui a servi de base au livre de Léon Dumont et à la traduction de Letourneau. Mais une étude attentive de la pensée de Haeckel exigerait une comparaison des éditions successives de l’ouvrage.

44 Le point a été examiné par E. Gilson, D’Aristote à Darwin et retour, Paris, Vrin, 1971, p. 87.

45 Outre les mots qu’il emploie lui-même pour désigner la théorie de l’évolution, il signale que d’autres auteurs emploient « Transmutations-Theorie », « Transformations-Theorie », « Umwandlungslehre », « Umbildungslehre », et que tous ces mots ont la même valeur. Cf. Generelle Morphologie, II, p. 148, note 1.

46 Littéralement « théorie de l’élevage ». La sélection artificielle étant « le choix de l’éleveur» (« Zuchtwahl »), la sélection naturelle devient: « die natürliche Zuchtwahl ».

47 « Entwickelimgsgeschichte » pour désigner l’ontogenèse appartient au vocabulaire de von Baer, auquel Haeckel renvoie explicitement dans sa Generelle Morphologie, II, p. 6.

48 Cf. p. ex. sa correspondance avec Romanes après la lecture du livre de Haeckel sur La Périgenèse des Plastidules (1876). Cité par Gould, op. cit. (note 34), p. 79.

49 Generelle Morphologie, II, p. 365.

50 Voir en particulier les chapitres XXII à XXVI de La variation des animaux et des plantes…

51 Ibid., II, p. 284.

52 H.C.N., p. 363.

53 Ibid., p. 245.

54 Ibid., pp. 247-248.

55 Origine des espèces, tr. Ed. Barbier, rééd. F. Maspéro, 1980, II, p. 422.

56 Ibid., II, p. 575.

57 Ibid., II, p. 412.

58 Ibid., II, p. 413.

59 Ibid., II, p. 413.

60 Ibid., II, p. 414.

61 Cf. E. Mayr, La biologie de l’évolution, Paris, Hermann, 1981, pp. 104-108.

62 L’état de l’exemplaire de la Bibliothèque centrale du Muséum National d’Histoire naturelle atteste que l’ouvrage a été abondamment consulté, et il est difficile de croire que les seuls historiens de la biologie en sont responsables. D’autre part, la Bibliothèque centrale du Muséum National d’Histoire naturelle possède les quatre premières éditions allemandes de la Naturliche Schöpfungsgeschichte, 1868, 1870, 1872 et 1873.

63 Nous connaissons Léon Dumont par une notice nécrologique publiée par J. Delbœuf dans la Revue scientifique du 2 juin 1877, pp. 1149-1156. Né à Valenciennes en 1837, mort le 17 janvier 1877, Dumont était un collaborateur régulier de la Revue scientifique où il publiait des chroniques sur l’actualité intellectuelle en Angleterre et en Allemagne. Le livre sur Haeckel avait été précédé par des articles parus dans la revue. Auteur de travaux sur Les causes du rire et Le sentiment du gracieux, Dumont devait publier en 1875 une Théorie scientifique de la sensibilité d’inspiration matérialiste et « darwinienne ». Il est à remarquer que, dans sa notice, Delbœuf reprend à son compte les réflexions de Dumont sur tout ce qui sépare Darwin du matérialisme, de l’athéisme et du communisme.

64 L. Dumont, Haeckel et la théorie de l’évolution en Allemagne, Paris, 1873, p. 149.

65 Ibid., p. 60.

66 Ibid., pp. 11-12.

67 Ibid., p. 7.

68 Cf. R. E. Stebbins, in The Comparative Reception of Darwinism, Austin and London The University of Texas Press, 1972, p. 139.

69 Né à Paris en 1805, Charles-Frédéric Martins était d’origine allemande. Docteur en médecine en 1834, professeur à Montpellier en 1846, il était toujours actif en 1874 et vivait toujours au moment de la publication du tome X du Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse, auquel nous avons emprunté ces renseignements biographiques.

70 H.C.N., p. xvi.

71 Haeckel a beaucoup écrit et pratiquement tous ses ouvrages ont été traduits en français. Mais les grandes bibliothèques françaises, en particulier la Bibliothèque Nationale et la Bibliothèque centrale du Muséum National d’Histoire naturelle, possèdent également, et parfois dans plusieurs éditions, les œuvres de Haeckel dans l’original allemand. A titre de comparaison, signalons que le Conseil des Professeurs du Muséum ne semble pas avoir jugé nécessaire, en 1859, de faire acheter L’Origine des espèces par la Bibliothèque centrale (communication personnelle de M. Yves Laissus, actuel conservateur en chef de la Bibliothèque). Pour prendre un autre exemple, l’ouvrage de Ronald Fisher, The Genetical Theory of Natural Selection, publié en 1930 et qui est un des premiers grands livres de la génétique des populations, non seulement n’a jamais été traduit en français, mais ne figure pas au catalogue de cette même Bibliothèque centrale du Muséum. La Bibliothèque Nationale n’en possède que la seconde édition (1953). L’histoire des acquisitions d’ouvrages étrangers par les grandes bibliothèques françaises mériterait d’être faite.

72 Cf. Stebbins, op. cit. (note 68), p. 139.

73 E.L. Trouessart, Cuvier et Geoffroy Saint-Hitaire d’après les naturalistes allemands, Paris, Mercure de France, 1909, p. 20.

74 Témoin ce texte guerrier tiré de l’Anthropogénie (1874) : « Dans ce combat intellectuel, qui émeut aujourd’hui toute l’humanité pensante […] se tiennent d’un côté, sous la bannière brillante de la science, la liberté de l’esprit et la vérité, la raison et la civilisation, l’évolution et le progrès ; de l’autre, sous le noir drapeau de la hiérarchie, on trouve la servitude de l’esprit et le mensonge, la déraison et la barbarie, la superstition et la régression […]. Car l’histoire de l’évolution est l’arme lourde dans le « combat pour la vérité ». Des rangs entiers de sophismes dualistes s’abattent sous le feu roulant de l’artillerie moniste et l’orgueilleuse puissance de la hiérarchie romaine, la violente oppression du dogme « infaillible », s’effondre comme un château de cartes ». Traduit par nous nous sur l’original allemand cité par S. J. Gould, op. cit. (note 34), p. 421. La réconciliation de l’empereur d’Allemagne et de l’Église catholique était pour Haeckel « une nouvelle défaite de la dignité impériale allemande, qui ne peut que remplir d’un chagrin profond le cœur de tout ami sincère de la patrie […]. Ou bien c’est l’empereur qui règne, ou bien c’est le pape ! », Religion et Évolution, trad. franç., Paris, Schleicher, s.d., pp. 125-126. Les conférences traduites dans ce livre ont été prononcées en avril 1906. La traduction française a été publiée dans une « Bibliothèque rationaliste » où figurent, à côté d’autres ouvrages de Haeckel, l’Origine des espèces de Darwin, Force et matière de Louis Büchner et Moïse ou Darwin ? d’Arnold Dodel.

75 Cf. D. Gasman, The Scientific Origins of National Socialism : Social Darwinism in Ernst Haeckel and the German Monist League, London, MacDonald, 1971.

76 Dans sa préface à la 7e édition de l’Histoire de la Création naturelle, l’auteur indiquait avec une satisfaction légitime que son livre avait été traduit en polonais (1871), en danois (1872), en russe (1873), en français (1874), en serbe (1875), en anglais (1876), en hollandais (1877) et en espagnol (1878).

77 L’Histoire de la Création naturelle, comme Force et matière de Büchner, est encore éditée en traduction française après la Première Guerre mondiale (par exemple à Paris, chez Costes, en 1922).

78 Cf. A. Diara, « Sens et définition du mot « espèce » dans l’œuvre biologique de Félix Le Dantec », Revue de Synthèse, nos 101-102 (janvier-juin 1981).

79 Cf. Les néo-lamarckiens français, numéro spécial de la Revue de Synthèse 95-96 (juill.-déc. 1979), en particulier les articles de F. W. P. Dougherty, J.-L. Fisher, G. Gohau, A. Diara et K. Wellmann sur Haeckel, Delage, Giard et Le Dantec. Sur Etienne Rabaud et la résistance des biologistes français à la génétique mendélienne et morganienne, voir Denis Buican, « Le développement de la génétique classique en France », thèse pour le Doctorat d’Etat, Université de Paris I, 1983.

80 Cité par Gasman, op. cit. (note 75), p. 16.

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