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Posts Tagged ‘informatique’

No-TICE pour le collège, 2015

2 février 2017 Laisser un commentaire

A la rentrée 2014 nous apprenions que notre collège serait « collège connecté ». Ce qui signifie que notre établissement se voit « doté d’équipements mobiles et de ressources numériques » et que nous bénéficions « d’une formation spécifique aux usages pédagogiques du numérique » 1. En novembre 2014 le Président de la République annonçait que tous les élèves de 5° seraient dotés de tablettes dès la rentrée 2016. Il est fait de l’utilisation du numérique au collège une priorité. Le ministère de l’Education Nationale affirme qu’il veut mettre en œuvre une stratégie ambitieuse pour faire entrer l’école dans l’ère du numérique 2.

Par le numérique nous entendons, tout comme les autorités d’ailleurs, le recours aux ressources en lignes, aux sites Internet en classe et surtout l’utilisation des tablettes par nos élèves. Nous nous intéresserons moins aux vidéo-projecteurs dans le sens où ils nous servent essentiellement de projecteurs diapositives très perfectionnés. Ils n’ont jamais eu pour vocation de changer nos pratiques, notre rôle d’enseignant ni l’environnement cognitif des élèves. Les tablettes, si 3.

Si on nous a abondamment consultés sur les pratiques du numérique, notamment lors de la concertation nationale sur le numérique lancée le 20 janvier 2015, on ne nous a jamais questionnés sur la pertinence de son utilisation et de sa massification. Comme si le bien fondé du numérique au collège allait de soi. Lire la suite…

Étienne Path, Verba volent, scripta manent ?, 2014

30 janvier 2017 Laisser un commentaire

img072Suite à des discussions individuelles que nous avons eues lors de la rencontre lyonnaise du groupe Écran total – rencontre ayant eu pour objet une réflexion critique sur la transformation des métiers et les modes de vie par l’informatique et les méthodes de gestion –, nous proposons ici une présentation des transformations en cours et, peut-être, à venir au sein des bibliothèques. Ce texte s’adresse à tout ceux qui ont un intérêt pour les bibliothèques.

Le monde des bibliothèques est fait d’établissements variés tant en termes de statuts, de tailles, de lieux que de budgets. Nous essayerons donc de préciser le cadrage de nos critiques dans la mesure où une vue d’ensemble nous intéresse plus que la description d’une bibliothèque particulière. Lire la suite…

Groupe MARCUSE, Informatique ou liberté ?, 2014

29 septembre 2016 Laisser un commentaire

Un texte du Groupe MARCUSE après les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance des communications numériques par les services secrets américains. Tribune parue à l’origine dans Le Monde du 3 janvier 2014 sous le titre « Misère de notre addiction numérique », en voici sa version longue, avec le titre que désiraient ses auteurs.

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La cascade de « révélations » sur les programmes de surveillance électronique, déclenchée par Edward Snowden au mois de juillet dernier, continue ces jours-ci. Après les classes politiques européennes et la presse, ce sont maintenant des écrivains du monde entier qui s’indignent et réclament l’édiction par l’ONU d’une déclaration des droits de l’homme numérique (cf. la tribune « Refusons la société de surveillance ! » dans Le Monde du 11 décembre). Les opinions publiques, qu’ils appellent à se soulever en défense de ces droits, semblent, elles, largement indifférentes.

Dans cette affaire, ceux qui ne s’émeuvent point font sans doute preuve de plus de sagesse et de mémoire que ceux qui se montrent surpris et choqués. Car pour qui s’intéresse quelque peu au cours suivi par notre société-monde ces dernières décennies, l’ampleur des données aujourd’hui automatiquement à disposition des officines de surveillance politique et d’intelligence économique n’a rien d’étonnant. Face à l’ampleur des transformations de la vie quotidienne et du travail, face à la puissance du mouvement d’interconnexion de tous les réseaux de communication modernes, des milliers d’articles de journaux, des dizaines d’ouvrages sont parus au fil des ans pour annoncer la situation où nous nous trouvons désormais. Lire la suite…

Plate-forme Écran total

13 septembre 2016 Laisser un commentaire

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Résister à la gestion et l’informatisation de nos vies

Depuis 2011, un certain nombre d’éleveuses de brebis et d’éleveurs de chèvres désobéissent à la directive européenne qui les oblige à poser des puces électroniques à l’oreille de leurs bêtes. Ils refusent de gérer leur troupeau par ordinateur et de se conformer aux nécessités de la production industrielle, comme la traçabilité. Ils s’organisent entre collègues, voisins, amis, pour répondre collectivement aux contrôles qu’exerce l’administration sur leur travail, et faire face aux sanctions financières qui leur sont infligées en conséquence.

De 2011 à 2013, des assistantes sociales ont boycotté le rendu annuel de statistiques, qui sert autant à évaluer leur travail qu’à collecter plus de données confidentielles sur les « usagers ». Elles affirment l’inutilité de l’informatique dans la relation d’aide. Elles dénoncent un des objectifs de l’administration et ses managers : celui de faire entrer l’obligation de résultats dans leur métier. Elles refusent qu’à chaque situation singulière doivent répondre des actions standard en un temps limité.

Dans les années 2000, des directeurs d’école et des parents d’élèves se sont opposés à la collecte de données personnelles sur tous les enfants scolarisés via le logiciel Base-élèves. Fin 2015, des personnels de l’éducation nationale ont dénoncé publiquement l’informatisation de l’école, par l’Appel de Beauchastel. Ils refusent de résumer leur enseignement à une pédagogie assistée par ordinateur, destinée à occuper la jeunesse en attente d’entrer sur le marché du travail.

En 2013 est né un réseau, baptisé « Écran total », pour fédérer ce type de résistances. Il réunit des personnes de toute la France travaillant dans l’élevage, l’éducation, le travail social, la médecine, la boulangerie, le maraîchage, la menuiserie ou les métiers du livre… Mais aussi des gens au chômage, au RSA ou sans activité. En comparant nos situations, nous avons reconnu une même logique à l’œuvre : l’informatique et la gestion détruisent nos métiers et dégradent les relations sociales. Nous nous y opposons ensemble, et appelons toutes celles et ceux qui vivent la même chose à rejoindre Écran total. Lire la suite…

Appel de Beauchastel contre l’école numérique

11 septembre 2016 Laisser un commentaire

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Une journée dans l’école numérique

Ma journée d’école commence, la sonnerie vient tout juste de retentir, je rentre dans ma salle de cours et déjà je m’interroge : dois-je accueillir la classe en disant bonjour aux élèves ou me tourner vers mon écran pour effectuer l’appel électronique ? Dans un souci de « diversification de mes pratiques », dois-je capter le regard des élèves à l’aide de l’écran de mon vidéoprojecteur, vérifier la mise en route de toutes leurs tablettes ou décider de me passer de tout appareillage numérique ? Alors que la séance se termine, prendrons-nous le temps de noter le travail à effectuer à la maison ou dois-je renvoyer chaque élève devant son écran pour consulter le cahier de textes numérique que je remplirai en fin de journée ? C’est la pause du repas ; à la cantine, que penser de ce flux d’élèves identifiés par leur main posée sur un écran biométrique et du bip régulier de la machine signalant son aval à leur passage ? Ces enfants dans la cour scrutant sans cesse leur téléphone, ces surveillants et ces professeurs derrière leur ordinateur, tout ce monde se disant parfois à peine bonjour, est-ce cela le progrès ? En fin de journée, dans la salle des profs, dois-je, toujours face à mon écran, trier mes courriels administratifs et remplir le cahier de textes numérique, ou ai-je encore le temps d’échanger de vive voix avec mes collègues sur le déroulement de cette journée de classe ? Lire la suite…

Recension: Seuls ensemble, 2015

8 septembre 2015 Laisser un commentaire

S’appuyant sur une décennie d’entretiens et d’études de terrain, la psychologue et anthropologue Sherry Turkle montre comment les nouvelles technologies ont redessiné le paysage de nos vies directives et de notre intimité. Et pas pour le meilleur… Son livre Seuls ensemble, qui a eu un grand retentissement aux États-Unis lors de sa parution, vient d’être traduit en français aux éditions L’échappée. L’ancienne cyber-enthousiaste nous montre, preuves à l’appui, que les technologies numériques simplifient, et appauvrissent les relations humaines, mettent en péril les bienfaits de la solitude et empêchent l’altérité.

Sherry Turkle, Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines (2011), traduit par Claire Richard, L’Échappée, 2015, 528 pages, 22 euros

Cédric Biagini : Depuis une trentaine d’années, vous travaillez sur les rapports entre les humains et les technologies. Comment ont-ils évolué ?

Sherry Turkle : Deux tendances se précisèrent au milieu des années 1990. La première était le développement d’une vie pleinement intégrée aux réseaux numériques. Pour accèder à ceux-ci, il n’y avait plus besoin d’avoir une destination précise en tête. Les moteurs de recherche, comme Google, nous donnaient le sentiment de traverser un paysage infini dont la découverte serait inépuisable. Les connexions à Internet devinrent ensuite mobiles avec l’arrivée des smartphones, et il ne fut alors plus nécessaire de se connecter depuis un ordinateur. Désormais, nous portons en permanence le réseau avec nous, et sur nous. La seconde tendance concerne la robotique. Les robots ne se contentent plus d’accomplir pour nous des tâches difficiles ou dangereuses : ils sont en train de devenir nos « amis ». À la fin des années 1990, les plus jeunes firent ainsi la connaissance de « créatures » numériques – des jouets-robots – qui réclamaient leur attention autant qu’elles semblaient faire attention à eux. Mon livre analyse ces deux tendances. Il s’intéresse particulièrement aux jeunes, âgés de cinq à vingt- cinq ans : les « digital natives » [natifs du numérique] qui grandissent avec des téléphones et des jouets qui réclament de l’affection.

Pendant les années de recherches qu’a demandées ce livre, mes inquiétudes n’ont fait que croître. Manquant de confiance en nos relations, désirant l’intimité tout en la craignant, nous comptons sur la technologie pour nous permettre à la fois d’entretenir des relations et nous protéger de leurs dangers, comme par exemple lorsque nous répondons à un déluge de textos ou interagissons avec un robot. J’ai le sentiment d’assister à une nouvelle mutation de nos attentes vis-à-vis de la technologie et de nous-mêmes. Aujourd’hui, nous nous penchons vers l’inanimé avec une sollicitude nouvelle. Nous craignons les risques et les désillusions auxquels nous exposent les relations avec autrui. Nous attendons plus de la technologie, et moins les uns des autres.

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Serge Tisseron, acceptologue du numérique à Albi, 2015

8 juillet 2015 Laisser un commentaire

gwen_tomahawk_anachroniqueMercredi 27 mai 2015, en début de soirée, à l’université d’Albi, le groupe Faut Pas Pucer a perturbé une conférence de Serge Tisseron, expert psychiatre de son état, qui s’intitulait Apprivoiser les écrans et grandir. Organisée par la MAIF (assureur militant), cette conférence visait à traiter les inquiétudes d’un public d’âge mûr vis-à-vis du tsunami numérique en cours.

Nous avons distribué 150 exemplaires du tract ci-dessous, car même les plus motivés d’entre nous n’envisageaient pas une seconde qu’il y ait 600 personnes pour assister à cette opération de comm’ gluante. Il a été distribué dans la salle dès le début, comme complément d’information aux papiers de la MAIF disponibles à l’entrée, pour donner un point d’appui à nos interventions et perturbations ultérieures. Lire la suite…

Finn Brunton, Une histoire du spam, 2014

2 octobre 2014 Laisser un commentaire

Au moment de rédiger cet article, j’ai eu une pensée compatissante pour le traducteur français. « Spam » renvoie à un assemblage hétéroclite de néologismes et de pur charabia qui emprunte à la fois à l’informatique, à l’ingénierie de la protection, au droit pénal, au crime (amateur ou organisé) et à la poésie d’une Toile polyglotte gavée de jargon anglo-saxon. S’y côtoient pêle-mêle des notions absconses comme « empoisonnement bayésien » (l’art de contourner ou de corrompre les filtres antispam), « botnets » (réseaux de « machines zombies ») ou « linkbaits » (des liens sournoisement conçus pour stimuler le désir de l’internaute de cliquer dessus). Souvent, ce langage hautement savant évoque davantage des onomatopées de bande dessinée qu’un redoutable fléau planétaire : « sping » (contraction de « spam » et de « ping », qui désigne une requête envoyée d’un ordinateur vers un autre), « splog » (contraction de « spam » et de « blog »), « lulz » (trait humoristique cruel)… Tenter de décrire l’industrie du spam revient au fond à importer l’argot des brigands et des coquillards dans la technosphère du XXIe siècle, à connecter la cour des miracles au très haut débit. Imaginez François Villon avec une souris à la main, et vous commencerez à avoir une idée de ce qui vous guette.

Ce problème de langage commence avec le mot « spam » lui-même, vocable fourre-tout que même les spécialistes peinent à définir avec exactitude. Il s’applique à l’immense majorité – plus de 85% – des courriels échangés chaque jour dans le monde, qui atterrissent pour la plupart à la poubelle sans même être vus par leurs destinataires. Il recouvre des milliards de tweets, de publications Facebook, de SMS, de blogs, de commentaires, de sites, de contributions sur Wikipédia et autres formes d’expression en ligne. Pour avoir alimenté ce flux colossal, des individus ont été emprisonnés, des entreprises condamnées à la fermeture, des sites rayés des moteurs de recherche, des pays mis (brièvement) au ban de la Toile. Le spam a remodelé en profondeur Internet, ses systèmes et ses services, mais aussi le comportement de ses usagers. Lire la suite…

Jean-Baptiste Malet, Amazon, l’envers de l’écran, 2013

11 juillet 2014 Laisser un commentaire

Avec ses patrons célébrés par Hollywood, ses écrans lisses et ses couleurs acidulées, l’économie numérique évoque l’immatérialité, l’horizontalité, la créativité. Enquêter sur Amazon révèle une autre facette. Celle d’usines géantes où des humains pilotés par ordinateur s’activent jusqu’à l’épuisement.

 

Détachant son regard des affiches du syndicat allemand Vèr.di – le syndicat unifié des services – punaisées au mur de la salle de réunion, Mme Irmgard Schulz se lève soudain et prend la parole. Elle raconte :

« Au Japon, Amazon vient de recruter des chèvres pour qu’elles broutent aux abords d’un entrepôt. L’entreprise les a badgées avec la même carte que celle que nous portons autour du cou. Tout y est : le nom, la photo, le code-barres. »

Nous sommes à la réunion hebdomadaire des employés d’Amazon à Bad Hersfeld (Land de Hesse). En une image, l’ouvrière logistique vient de résumer la philosophie sociale de la multinationale de vente en ligne, qui propose au consommateur d’acheter en quelques clics et de se faire livrer sous quarante-huit heures un balai-brosse, les œuvres de Marcel Proust ou un motoculteur [1]. Lire la suite…

Olivier Rey, Nouveau dispositif dans la fabrique du dernier homme, 2012

14 mars 2014 Laisser un commentaire

« Les hommes et les femmes que je vois dans les lieux publics marchent comme des paniers vides. Ils semblent des noix creuses, ou des courants d’air. […] Tout se passe comme si l’on avait mis ses idées à la banque, retiré des bijoux aussitôt enfermés dans des coffres à serrures compliquées. Cette humanité ne se défend plus contre l’oubli puisque, ce qu’elle aurait pu oublier, elle en a simplement fait dépôt. Nous ne sommes plus ces trouvères qui portaient en eux tous les chants passés, à quoi bon, depuis que l’on inventa les bibliothèques ? Et cela n’est rien : l’écriture, l’imprimerie n’étaient encore qu’inventions enfantines auprès des mémoires modernes, des machines qui mettent la pensée sur un fil ou le chant, et les calculs. On n’a plus besoin de se souvenir du moment que les machines le font pour nous : comme ces ascenseurs où dix voyageurs appuient au hasard des boutons, pour commander désordonnément l’arrêt d’étages divers, et l’intelligence construite rétablit l’ordre des mouvements à exécuter, ne se trompe jamais. Ici l’erreur est impensable et donc repos nous est donné de cette complication du souvenir. Ici le progrès réside moins dans l’habileté du robot, que dans la démission de celui qui s’en sert. J’ai enfin acquis le droit à l’oubli. Mais ce progrès qui me prive d’une fonction peu à peu m’amène à en perdre l’organe. Plus l’ingéniosité de l’homme sera grande, plus l’homme sera démuni des outils physiologiques de l’ingéniosité. Ses esclaves de fer et de fil atteindront une perfection que l’homme de chair n’a jamais connue, tandis que celui-ci progressivement retournera vers l’amibe. Il va s’oublier. »

Louis Aragon, Blanche ou l’oubli

On connaît cette histoire de l’homme qui a prêté un chaudron à un ami et qui se plaint, après avoir récupéré son bien, d’y découvrir un trou. Pour sa défense, l’emprunteur déclare qu’il a rendu le chaudron intact, que par ailleurs le chaudron était déjà percé quand il l’a emprunté, et que de toute façon il n’a jamais emprunté de chaudron. Chacune de ces justifications, prise isolément, serait logiquement recevable. Mais leur empilement, destiné à mieux convaincre, devient incohérent. Or c’est précisément à un semblable empilement d’arguments que se trouve régulièrement confronté quiconque s’interroge sur l’opportunité d’une diffusion massive de telle ou telle innovation technique. Lire la suite…