Accueil > écologie > Jean-Baptiste Fressoz & Fabien Locher, L’agir humain sur le climat et la naissance de la climatologie historique, 2015

Jean-Baptiste Fressoz & Fabien Locher, L’agir humain sur le climat et la naissance de la climatologie historique, 2015

Résumé

L’idée d’un changement climatique, causé par l’homme ou par des facteurs naturels, s’est imposée peu à peu, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. La climatologie historique a émergé, dès cette époque, pour l’étudier grâce à un regard rétrospectif sur les registres météorologiques, les sources historiques, les végétations anciennes et l’évolution des fleuves et des glaciers. Dès 1671, Robert Boyle recommande d’observer le temps pour étudier l’action humaine sur le climat. Des enjeux multiples ont contribué à cette historicisation : la colonisation de l’Amérique du Nord et la comparaison transatlantique des climats ; l’essor d’un discours historique mêlant processus de civilisation des peuples et amélioration climatique ; le projet des monarchies éclairées d’améliorer le climat ; la volonté de percer le mystère des cycles météorologiques ; et enfin l’émergence d’une conception historiciste de la nature (la géologie, les théories de la Terre). Les théories influentes de Richard Grove et Dipesh Chakrabarty sur les liens entre histoire, climat et réflexivité environnementale des sociétés sont ici réinterrogées.

.

Le changement climatique contemporain constitue pour l’histoire un puissant motif de réflexion sur ses objets et ses méthodes. Dans ce retour sur soi, l’intervention la plus influente est sans doute venue de l’historien subalterniste Dipesh Chakrabarty. Dans un article intitulé le “climat de l’histoire” 1, cet auteur expliquait que le grand partage entre « histoire des sociétés » et « histoire de la nature » s’était construit à l’époque moderne, en prenant pour acquises les limites de l’agir humain sur les structures naturelles. L’humanité ayant récemment pris conscience de sa force géologique, il serait devenu impératif de repenser et de dépasser ce hiatus périmé. La discipline historique est ainsi questionnée à partir d’un nouveau « récit des origines » fondé sur le grand partage entre temps de la nature et temps des sociétés, entre grands phénomènes naturels et domaine de l’agir anthropique. Un grand partage qui aurait fondé nos visions savantes du passé, et dont nous commencerions à peine à nous affranchir.

Cette prise de position et la grande audience dont elle a bénéficié ont motivé notre enquête. Elles nous ont amenés à répondre à Chakrabarty 2, initiant une recherche au long cours dont nous livrons ici les premiers résultats. Celle-ci vise à analyser la place que le changement climatique a occupée comme mobile pour la pensée, l’action, le gouvernement des êtres et des choses, dans les sociétés française et européenne depuis l’époque moderne.

Elle révèle que les notions d’historicité climatique et d’agir humain sur le climat se sont imposées peu à peu, au fil des XVIIe et XVIIIe siècles, par la sédimentation et la mise en résonance de discours profanes et savants, touchant notamment à la viabilité et au devenir des colonies nord-américaines. La philosophie naturelle s’empare très tôt de ces questions : dès 1671, l’une de ses figures de proue, Robert Boyle, exhorte à quantifier les changements climatiques pour mesurer l’influence de l’action humaine. Au XVIIIe siècle, le terme même de climat, qui renvoyait d’abord à une caractérisation purement géométrique et cosmographique 3, se transforme pour désigner le caractère d’un lieu, où humidité, température et constitution de l’air jouent un rôle essentiel. Ce processus va de pair avec une objectivation croissante de la notion, tributaire de l’essor de la météorologie instrumentale, mais aussi de celui de nouvelles pratiques savantes centrées sur l’étude de l’évolution historique des climats.

Dès la décennie 1770, pour tenter de retracer leur histoire, les savants étudient une grande variété d’indicateurs : accroissement des glaciers, séries d’événements extrêmes, variation des étagements de la végétation ou du niveau des rivières. Ils tentent de faire fonctionner des thermomètres vieux de plusieurs décennies et de comparer des données anciennes aux mesures contemporaines ; ils étudient les auteurs latins ou les chroniques médiévales relatant les grands hivers ; ils interrogent les vieillards. C’est ainsi qu’émergent des méthodes d’enquête comme la climatologie historique et, au début du siècle suivant, des théories comme celle des âges glaciaires. Elles viennent alimenter, dans ces décennies de bouleversements historiques, un premier ensemble de débats et de savoirs sur le changement climatique, structuré autour de questionnements sur les cycles de l’eau, l’impact de la déforestation et des grands processus géologiques et astronomiques sur le climat.

Or ce n’est pas le partage, mais la concordance des temps qui structure ces discussions intenses sur la nature, le rythme et les causes des transformations climatiques – et la part à attribuer à l’activité humaine. Se nouent ici la temporalité, immédiate, des sécheresses et des grands hivers qui agissent sur les récoltes, les épidémies, la vie urbaine ; celle, plus longue, du propriétaire et de l’administrateur qui souhaitent anticiper le rendement futur d’une vigne ou d’une forêt ; celle des colons qui cherchent à penser – et à promouvoir – de nouvelles sociétés, de l’autre côté de l’Atlantique. Les interrogations sur l’agir climatique humain, les savoirs de l’historicité climatique ont une histoire longue, que notre ambition est de restituer pour majorer la capacité de l’histoire à faire face, dans ses propres termes, aux défis que la crise environnementale lance aux sciences sociales.

Notre volonté est aussi, ce faisant, d’infléchir l’historiographie sur le questionnement climatique à l’époque moderne. Depuis quelques années, une nouvelle génération de travaux est venue enrichir notre connaissance de la place que la mutabilité climatique a occupée, au cours de cette période, dans la réflexivité environnementale des sociétés 4. Ces apports opèrent un dépassement des thèses, influentes, de l’historien britannique Richard Grove. Celui-ci avait identifié les colonies insulaires françaises et anglaises du XVIIIe siècle comme le creuset d’une proto-conscience écologique, influente au siècle suivant au sein des Empires, et fonctionnant autour de l’idée d’un impact de la déforestation sur le climat 5. Grove insiste en particulier sur la dimension supposément séminale des écrits et des actions de conservation de Pierre Poivre, intendant de l’île de France (actuelle île Maurice) dans les années 1760. Pourtant, une enquête approfondie révèle que ses prises de position sur le changement climatique sont extrêmement laconiques, quelques lignes au total dans ses œuvres 6. De plus, elles ne sont pour ainsi dire jamais mobilisées dans les débats pléthoriques sur le changement climatique de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle 7. En outre, l’idée d’une dégradation climatique suscitée par l’action humaine, loin d’être exclusive aux mondes insulaires coloniaux, peut être identifiée dès le XVIIe siècle sur des terrains européens 8. En 1685, l’astronome Geminiano Montanari étudie par exemple l’effet néfaste des défrichements sur le régime des vents dans la région de Venise 9. Pour toutes ces raisons, il paraît aujourd’hui important de découpler la question du changement climatique de celle des « origines » de l’environnementalisme – une notion en elle-même problématique 10 – et plus encore de la référence exclusive aux colonies insulaires de l’époque moderne.

Le climat du Nouveau Monde

L’expansion coloniale européenne a néanmoins joué un rôle déterminant dans l’émergence des réflexions sur le changement anthropique des climats. D’entrée de jeu, se pose en effet la question des grandes différences de température et de précipitation entre des territoires situés à la même latitude, de part et d’autre de l’Atlantique. Les hivers canadiens suscitent cette interrogation avec une acuité particulière. Dans les années 1600-1610 apparaissent les premières installations françaises pérennes à Port-Royal et Québec 11. Dans la foulée, leurs protagonistes font paraître en métropole des textes où le climat occupe une place importante : la première Histoire de la colonie, de l’avocat Marc Lescarbot (1609), et la Relation du père Biard (1616) – le premier d’une longue série de témoignages jésuites ayant contribué, aux XVIIe et XVIIIe siècles, à façonner l’image métropolitaine du Canada 12. Ces écrits prennent la forme d’argumentaires en faveur de la colonisation et de l’évangélisation des populations d’outre-Atlantique ; leurs auteurs les adressent au Roi et, dans le cas de Biard, à la hiérarchie religieuse. Il s’agit de contrer les représentations du Canada, montré comme une terre hostile et maudite – par exemple, quelques années auparavant, par le fou d’Henri IV 13.

Les deux hommes soulignent d’abord que la France et le Canada se trouvent à la même latitude, donc sous le même climat au sens cosmographique du terme 14. Biard utilise ce constat pour justifier la souveraineté française, contestée par les Britanniques : « ces terres-là », écrit-il, « sont parralleles à nostre France et non point à l’Angleterre » 15. Mais l’argument excède l’idée d’une continuité spatiale : car à même climat (cosmographique), mêmes étoiles et mêmes durées des jours, mais aussi – raisonnent en premier lieu ces auteurs – mêmes températures et mêmes saisons, même climat en tant que caractère du lieu 16. Ce glissement sous-tend, chez Lescarbot, une seconde justification de la colonisation. Son récit rapproche les climats français et canadien, mais les contraste aussi implicitement avec celui du Brésil équatorial – où a eu lieu la débâcle de la colonie de la « France antarctique » en 1555-1560 17. Il est influencé par les théories de Jean Bodin sur la correspondance entre nature des lieux et mœurs des peuples 18. Les efforts de colonisation seront fructueux au Canada, argumente Lescarbot, car les mœurs des Français et des Indiens sont homologues, comme le sont leurs lieux de vie : ce n’était pas le cas pour le Brésil et les Brésiliens.

Mais un élément, massif, vient déstabiliser les discours sur l’homologie des climats : les hivers longs et glacés du Canada, fameux depuis l’hivernage désastreux de la seconde expédition Cartier 19. Au XVIIe siècle, leur description est un passage obligé des récits traitant de cette partie de la Nouvelle-France 20. Or ils marquent un hiatus avec les climats français, et contribuent beaucoup à la mauvaise réputation du Canada. C’est autour de cette tension qu’un discours sur la transformation anthropique des climats se structure, dans ces premières décennies du XVIIe siècle, afin de promouvoir une apologie de la colonisation.

Lescarbot comme Biard s’emploient à rechercher les causes expliquant les hivers d’outre-Atlantique. L’avocat donne deux raisons à leur durée hors-norme : le caractère intrinsèquement humide et froid de l’Amérique, mais aussi l’immensité des forêts canadiennes, qui empêche le soleil d’échauffer la terre 21. Biard explique lui aussi que c’est la « forest infinie » du continent qui fait que la chaleur du soleil ne peut atteindre le sol et le réchauffer 22. Or, avance-t-il, cela changerait si la terre était habitée et cultivée. Trois ans plus tôt, Champlain affichait la même conviction. « Ie croy », soulignait-il, « [que la neige] se concerue beaucoup plus qu’elle ne feroit si le païs estoit labouré » 23.

Lorsqu’ils invoquent des causes physiques (eau, montagnes), ces argumentaires s’inscrivent dans la droite ligne des réflexions de l’Histoire naturelle et morale des Indes du jésuite Joseph Acosta, traduite en français en 1598 24. Une bonne partie du livre II est consacrée, justement, à expliquer les diversités de température sous des climats identiques, en énumérant des causes géographiques 25. Mais Acosta ne mobilise pas l’idée d’un changement anthropique. Dans les discours sur le Canada, au contraire, cette notion joue un rôle important. Elle vient appuyer la perspective d’une colonisation de peuplement, sédentaire et fondée sur une exploitation agricole des sols 26. Cette dernière, en plus de ses vertus économiques, morales et spirituelles, doit contribuer à civiliser le climat, à le rendre pareil à celui de la métropole. En un cercle vertueux, les hivers plus cléments permettront de meilleures récoltes. Ce processus de normalisation renforcera aussi, par la double homologie des climats et des mœurs, la légitimité française sur ces terres. Ce modèle d’amélioration agro-climatique renvoie à deux formes alternatives d’usage des terres canadiennes. La première est celle des Indiens. Les forêts infinies, les grands hivers sont le signe de l’état de vacance de ces espaces qu’ils n’ont pas su mettre en valeur. Ce même argument est central, au XVIIe siècle, dans les discours tenus pour justifier la souveraineté britannique sur la Nouvelle-Angleterre 27. L’autre modèle dont il s’agit de se distinguer, c’est celui de l’économie de pêche et de traite promue par les négociants et les armateurs actifs au Canada, et jusque-là dominante. Pour pousser le pouvoir monarchique à agir en faveur de l’agriculture et du peuplement, le changement anthropique a alors la double vertu de promettre une richesse agricole accrue et de parer à l’argument du froid canadien comme obstacle à la vie sédentaire.

Dès 1633, la Relation du jésuite Le Jeune fait état des premières observations attestant une amélioration climatique, circonscrite mais sensible, au Canada 28. Toutefois, cette question n’apparaît par la suite que de loin en loin dans les écrits métropolitains. Au début des années 1670, dans le sillage de l’élan colonisateur impulsé par Colbert, l’entrepreneur Nicolas Denys publie à Paris une description de l’Amérique septentrionale en forme de discours promotionnel 29. Denys a passé plus de quarante ans au Canada, à la tête d’une compagnie de pêche et de traite. La question climatique occupe une place importante dans sa Description, et son intention est claire : combattre l’un des principaux griefs faits à la Nouvelle-France, le froid de ses hivers qui décourage les vocations. Selon Denys, ce froid régresse : « Kebec », écrit-il, « a deux mois d’Hyver moins qu’il n’avoit avant que les terres y fussent défrichées » 30. L’action délibérée des colons peut rectifier le climat de la Nouvelle-France, ils ont commencé à le faire et cela ouvre des perspectives immenses à ceux qui voudraient s’y établir.

On retrouve, au même moment, l’idée d’un changement climatique anthropique à propos des colonies anglaises en Amérique du Nord 31. Dans les années 1620, la littérature de promotion coloniale souligne la possibilité d’améliorer leurs climats grâce à la déforestation et l’assèchement des marais 32. Comme en France, le constat d’une transformation effective est posé dans la décennie 1630, dans le New England Prospect de l’entrepreneur colonial William Wood, qui cherche lui aussi à faire venir des colons 33. Comme le souligne Brant Vogel, ces discours restent toutefois isolés avant le dernier tiers du XVIIe siècle, puis se multiplient dans la décennie 1670 pour servir d’argument à la promotion de la colonie de Virginie, jusqu’à ce que celle-ci s’engage, suite à la révolte de Nathaniel Bacon, dans le recours à une main-d’œuvre servile de préférence à une colonisation de peuplement 34. Son hypothèse est que cette idée de changement climatique devait se présenter comme un lieu commun, véhiculé à leur retour par les colons et les navigateurs, et circulant dans les conversations tout en émergeant ponctuellement dans la littérature de promotion coloniale.

Changement climatique
et philosophie naturelle

Ce n’est que dans un second temps que la thèse du changement anthropique s’impose comme un objet d’étude au sein du monde savant britannique. Dans les années 1660, celui-ci s’organise autour de la Royal Society mais également en étroite interaction avec les milieux londoniens du commerce colonial 35. La colonisation est conçue par les savants comme une source de revenus mais aussi comme un terrain d’expérience pour l’arithmétique politique et la philosophie naturelle 36. Se met alors en place, et notamment dans l’espace transatlantique, cette « machine coloniale » de production de savoirs décrite par les historiens des sciences modernes 37.

En 1671, dans ses Cosmical Suspicions, Robert Boyle, membre fondateur de la Royal Society, aborde la question du changement climatique 38. Ce texte appréhende une classe de phénomènes qui échappe encore aux investigations de la philosophie naturelle, et en particulier aux interprétations mécanistes : les états atmosphériques, les inondations, les épidémies, le changement des climats. Pour caractériser ce dernier, Boyle mobilise trois types de preuves, ouvrant une fenêtre inespérée sur les processus d’accréditation de cette idée au sein du monde savant. Tout d’abord : la littérature de promotion coloniale. Boyle cite les passages du New Englands Prospect de Wood décrivant la modération des saisons consécutive à l’action des colons. Ensuite, Boyle explique avoir interrogé personnellement un gentleman de Nouvelle-Angleterre, qui lui a certifié que le climat y était devenu plus doux. Enfin et surtout, Boyle aurait assisté en personne à la réception par Charles II du gouverneur de la Nouvelle-Angleterre. Le souverain l’aurait interrogé très directement sur la « température de l’air ». La réponse du gouverneur (John Winthrop), donnée comme une citation littérale, aurait été que le climat a changé et perdu beaucoup de son froid depuis l’installation des Anglais. Il est impossible de vérifier cette anecdote, mais le projet intellectuel de Boyle, tout entier fondé sur la production de témoignages fiables engageant l’honneur aristocratique des acteurs, lui confère un poids certain 39. Quoi qu’il en soit, l’évocation du changement climatique au plus haut niveau est frappante.

Sous la Restauration, littérature de promotion et témoignages des colons convergent ainsi pour accréditer la thèse du changement climatique au sein des cercles savants et politiques britanniques. Confiant dans la réalité du phénomène – dont on découvrira peu à peu, écrit-il, l’intensité et la durée –, Boyle ouvre un espace d’interrogation sur sa nature : est-il le produit de forces non-humaines, émanant des astres ou de l’intérieur de la Terre ? Ou bien est-il le fait de l’action humaine ?

C’est à cette question qu’Henry Nicholson, un ancien étudiant du Trinity College intéressé par les sciences naturelles, cherche à répondre lorsqu’il écrit depuis Dublin, en 1676, pour décrire le changement en cours en Irlande 40. Nicholson réagit à l’idée, décrite comme commune chez les colons américains, d’une amélioration climatique en cours sous l’effet du peuplement, du défrichement et de la mise en culture. Mais son propos vise un autre terrain de l’expansion coloniale anglaise : l’Irlande. Celle-ci, explique-t-il, est moins peuplée et moins bien cultivée qu’elle ne l’était auparavant. Or, de l’avis de ses habitants, l’île s’est réchauffée et asséchée. L’argument vient ainsi déstabiliser le discours colonial sur les causes du changement, mais sans remettre en cause son existence. Il décrit dans la foulée les observations météorologiques qu’il a entreprises, et dont il transmet les premiers résultats afin qu’ils puissent servir à quantifier cette évolution, ainsi que Boyle le préconisait 41. Il est très frappant que dès cette seconde moitié du XVIIe siècle (qui voit les instruments météorologiques se fixer sous leurs formes modernes), leur usage pour documenter des changements climatiques fasse partie des fonctions qui leur sont assignées 42.

L’intervention de Nicholson, au-delà de ces interrogations sur l’ampleur et les causes du changement, est porteuse d’un message sans cesse affleurant : l’interprétation du réchauffement comme un signe providentiel venant sanctifier la colonisation anglaise. Sa lettre paraît à une période critique dans l’histoire de l’Irlande 43. La répression de la révolte de 1641 par Cromwell, les famines et les épidémies ont conduit à un effondrement démographique. Dans la foulée, les confiscations foncières au profit des colons se sont intensifiées. Il faut comprendre la référence de Nicholson à la dépopulation irlandaise et celle – plus ambiguë – à une moins bonne exploitation agricole, à l’aune de ces éléments. La déforestation de l’espace insulaire, massive au XVIIe siècle 44 est aussi à l’arrière-plan de son propos, par rapprochement avec le cas de l’Amérique. Mais justement, malgré ces destructions, la colonisation de l’île apparaît, sous la plume de Nicholson, comme bénie par la sanction de la Providence, par un jugement moral du réchauffement qui s’applique aussi, dans le même mouvement, aux colonies d’outre-Atlantique.

Le choix de s’adresser à Boyle est loin d’être anodin. Le père du philosophe, Richard Boyle, a été une figure essentielle du processus de colonisation de l’Irlande, dont il a été lord trésorier et où il s’est constitué un immense domaine. Robert Boyle y est né, il y possède lui-même de vastes terres, et au moment de la parution des Cosmical Suspicions, son frère Richard y assure le même poste stratégique de grand argentier. C’est dire à quel point la sanction providentielle du changement climatique peut intéresser Boyle, d’un point de vue à la fois intellectuel et matériel (ressortissant à la gestion de son domaine). Outre Boyle, l’intervention de Nicholson conforte d’autres personnages influents en Irlande et au sein de la Royal Society, et notamment William Petty, membre fondateur de la société, chantre de l’improvement de l’île par la colonisation, et lui-même grand propriétaire foncier 45.

En France, la thèse du changement anthropique passe plus tardivement des récits de voyage et de promotion coloniale aux cercles de la philosophie naturelle. C’est seulement au mitan de la décennie 1740 qu’elle est discutée, à l’Académie des sciences, par le naturaliste et physicien Duhamel du Monceau, grand promoteur de la météorologie quantitative en France 46. Celui-ci rend régulièrement compte des observations thermométriques de Jean-François Gaultier, médecin du roi établi à Québec 47. C’est à cette occasion que Duhamel évoque le changement climatique en cours en Nouvelle-France 48. Il se fait l’écho de témoignages recueillis sur place par Gauthier à l’occasion de l’année 1745, très clémente. Des « anciens du pays » lui auraient attesté que les moissons de blé étaient autrefois plus tardives et moins bonnes 49. La volonté d’aborder cette question a été inspirée à Duhamel par sa lecture du livre du jésuite Charlevoix sur la Nouvelle-France, qui analyse les « causes du froid au Canada » en évoquant tour à tour la proximité des glaces du Nord, l’humidité intrinsèque du pays et l’action des forêts. Pour lui, ce dernier facteur ne saurait être révoqué en doute car, écrit-il, « il n’y a rien à répliquer contre l’expérience, qui nous rend sensible la diminution du froid, à mesure que le pays se découvre » 50. Ce texte illustre une fois encore le lien entre amélioration climatique et promotion coloniale. Hagiographe de la Compagnie de Jésus, Charlevoix a été directement mêlé à la politique canadienne de la France, notamment comme envoyé du régent Philippe d’Orléans, chargé d’évaluer la pertinence d’une initiative française à l’Ouest 51. Dans son livre, évoquant la prise de Québec par l’expédition Kirke de 1629-1630, il expose les raisons de ceux qui, en France, prônaient l’abandon pur et simple de la colonie, au motif que « le climat y est trop dur » et le bilan économique déficitaire 52. Or dans l’énumération des arguments en défense – qui sonne comme un plaidoyer pour le présent – vient en premier lieu l’argument que « le climat de la Nouvelle France s’adouciroit à mesure que le pays se découvriroit ».

Changement climatique,
civilisation et hiérarchie des peuples

Au XVIIIe siècle, la thèse d’un changement anthropique des climats s’affirme aussi au sein d’un genre historique émergent, traitant de l’histoire longue des peuples européens. Ce nouveau type de discours met en scène non pas des entités politiques (Église ou royautés), mais des « peuples », c’est-à-dire des entités biologiques agissant sur des territoires par prolifération et migration. Or le climat est vu comme une force modelant de façon décisive les corps et les mœurs de ces peuples.

L’idée d’une influence du climat sur l’homme hérite d’une longue histoire. Depuis le dernier quart du XVIe siècle au moins 53, elle fait partie du fonds argumentaire commun au monde lettré 54. Elle gagne encore en crédit à partir des années 1710, avec l’essor des philosophies matérialistes (empirisme, sensualisme) 55. Cette idée joue un rôle bien connu, au XVIIIe siècle, dans les débats sur la civilisation et la nature des régimes politiques 56.

Mais comment expliquer l’évolution des sociétés, si on suppose que celles-ci sont façonnées par le climat ? Pour une série d’auteurs, la thèse d’un changement climatique constitue la clé pour insuffler un caractère dynamique à leurs réflexions sur la vie des peuples.

Jean-Baptiste Dubos, le premier, mobilise cette explication pour rendre compte de l’écart entre les mœurs et le génie artistique des Romains de l’Antiquité et ceux des Romains de son temps 57. Simon Pelloutier, un pasteur huguenot membre de l’Académie de Berlin, reprend cette idée à l’occasion de l’enquête érudite qu’il mène, dans les années 1730-1750, sur l’origine des nations européennes. Sa thèse est qu’un peuple originel, celte, se serait disséminé en Europe avant de se différencier en nations gauloise, germaine, anglaise, etc. 58 Pelloutier décrit ces Celtes comme des guerriers, endurcis au contact d’un climat bien plus froid que celui de l’Europe du XVIIIe siècle. Ce constat d’un changement climatique s’appuie sur de nombreux indices tirés d’auteurs antiques, de Diodore de Sicile à Strabon et Ovide (gel des fleuves gaulois, présence d’ours et de sangliers blancs en Thrace) 59. L’interprétation de Pelloutier lie, plus largement, changement climatique et processus de civilisation. Au fil du temps les Celtes, délaissant l’épée, se seraient enracinés et tournés vers l’agriculture. Le défrichement des terres aurait réchauffé le climat. Pour saisir l’argument de Pelloutier, il faut revenir aux racines de son projet : analyser la trajectoire des Européens de la sauvagerie à la civilisation, par une mise en rapport avec le cas des Aborigènes d’Amérique 60. Il décrit Celtes et Indiens comme des peuples jumeaux, d’une égale sauvagerie et partageant la même origine 61. Le changement climatique américain sert ici d’analogue au processus à la fois naturel et culturel à l’origine de la civilisation européenne. Mais il permet aussi d’opposer deux grandes trajectoires historiques : celle des Européens entrés dès l’Antiquité dans le cycle vertueux de l’agriculture et de l’adoucissement climatique ; celle des Indiens, restés au seuil de l’agir sur la nature.

Paul-Henri Mallet, un Genevois protégé de la Couronne danoise, mobilise le même argument en 1755 62. Il explique, après Montesquieu, le caractère libre et sauvage des peuples scandinaves par le climat froid de leurs contrées 63. Mais comment comprendre alors l’état actuel de ces nations et l’absolutisme danois dont il est un porte-parole ? D’abord par l’action des causes morales, ensuite en s’appuyant sur les auteurs antiques, et sur Dubos, Pelloutier et Charlevoix pour invoquer un réchauffement climatique adoucissant les mœurs et conduisant à la stabilité politique 64.

On retrouve le même argument climatico-civilisationnel sous la plume de Michael Ignaz Schmidt, l’auteur de la première Histoire des Allemands considérés comme un seul peuple 65, ainsi que dans la fameuse Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain d’Edward Gibbon. En 1776, Gibbon y cite Dubos, Charlevoix et Pelloutier pour affirmer qu’à l’époque des invasions barbares, la Germanie étant beaucoup plus boisée, le climat rigoureux qui y régnait façonnait un peuple surpassant les Romains par sa vigueur physique. La comparaison avec l’Amérique septentrionale est encore et toujours en arrière-plan : « le Canada », écrit Gibbon, « nous présente maintenant une peinture exacte de l’ancienne Germanie » 66.

Cet argument possède également une forte dimension projective. L’introduction de lois naturelles dans les récits historiques permet d’anticiper les conséquences climatiques et morales des grandes évolutions. Ce point revêt une importance particulière pour les intellectuels patriotes de la jeune nation états-unienne. En 1771, Hugh Williamson, médecin et membre de l’American Philosophical Society, connaît une célébrité soudaine en Europe en remettant en vedette l’idée d’une modération des climats nord-américains sous l’effet du défrichement 67. Son intervention participe de la longue séquence polémique de la « controverse du Nouveau Monde » 68. Celle-ci a été impulsée par la description de la nature américaine distillée au fil de l’Histoire naturelle de Buffon. Elle est présentée comme froide et humide, et productrice, de ce fait, d’hommes et d’animaux de faible constitution physique et morale. Ces thèses sont reprises et amplifiées par des auteurs européens comme Cornelius de Pauw et William Robertson, qui théorisent l’infériorité de l’Amérique et des Américains dans des livres controversés, appelant des réactions comme celle de Williamson 69.

L’intervention de celui-ci est, a contrario, partie prenante d’un processus de construction nationale qui exalte à la fois une population protestante, industrieuse, et le climat qu’elle façonne et qui la fortifie en retour. Dans les années 1810, après avoir pris une part éminente à la Révolution et à la construction de la démocratie états-unienne, Williamson ira encore plus loin en décrivant son climat, sans cesse amélioré, comme le meilleur au monde et le berceau d’une nouvelle race d’hommes, forts et libres, ne déparant pas à côté des Grecs de l’Antiquité 70. Durant ces décennies charnières des XVIIIe et XIXe siècles, l’argument de l’amélioration climatique est, plus généralement, une ressource importante des discours de défense et d’illustration du « climat de liberté » de la jeune nation américaine 71. Ainsi chez Thomas Jefferson, observateur zélé, qui cherche à mettre sur pied un réseau météorologique pour documenter le changement anthropique en cours aux Etats-Unis 72.

Des discours sur la colonisation de l’Amérique aux récits sur les origines et l’histoire des peuples, une thèse fondamentale sur les liens entre nature et civilisation se cristallise autour de l’idée de changement anthropique. Cette thèse est double.

Premièrement, elle célèbre la puissance de l’humanité qui façonne la nature à son image. Une fois dépassé le stade barbare, les peuples européens abandonnent la guerre pour le travail de la terre, enclenchant un cercle climatico-civilisationnel vertueux. Cette thèse s’intègre bien au discours caméraliste et populationniste de la seconde moitié du XVIIIe siècle, ce cercle vertueux pouvant être accéléré par les princes soucieux d’accroître leur population.

La thèse du changement anthropique fonctionne aussi en tant qu’opérateur de hiérarchisation des sociétés et des trajectoires de civilisation. Son émergence marque une diversification des marqueurs du sauvage et du civilisé, les critères religieux et moraux s’effaçant au profit de la capacité à façonner la nature et, partant, à s’auto-produire en tant qu’entité biologique, morale et politique. Ce paradigme liant action sur la nature et civilisation a son manifeste : les Époques de la nature de Buffon. Le changement anthropique est dès le départ partie intégrante de la grande entreprise de l’Histoire naturelle 73. Mais Buffon s’y arrête surtout en 1764, dans sa notice sur l’élan et le renne, qui compare Europe et Amérique 74. Il mobilise Charlevoix pour affirmer que la Gaule était il y a deux mille ans ce que le Canada est aujourd’hui, avant que l’homme ne réchauffe son climat 75. Quinze ans plus tard, dans les Époques de la nature, Buffon livre un récit total de l’histoire du globe terrestre depuis sa formation. Or il décrit la septième et dernière époque comme celle qui a vu l’avènement de l’humanité en tant que force susceptible de modifier la planète 76. En boisant et déboisant judicieusement, écrit Buffon, l’homme a le pouvoir – et même le devoir moral 77 – de « modifier les influences du climat qu’il habite et [d’]en fixer pour ainsi dire la température au point qui lui convient » 78. Mais l’humanité est clivée : aux nations européennes s’opposent d’une part les « petites nations sauvages d’Amérique » et d’Afrique, qui vivent dans la nature sans la marquer de leur empreinte, et d’autre part ces « nations au quart policées », « vrais fléaux de la nature » qui la pillent sans la mettre en valeur. D’un continent et d’un temps à l’autre, la capacité à « améliorer » la nature et le climat s’est imposée comme une nouvelle métrique de la civilisation 79. Produit des bouleversements suscités, dans la pensée occidentale, par la globalisation impériale, l’essor des pensées matérialistes, de l’histoire civile, de la philosophie et de l’histoire naturelle, l’agir climatique s’impose au temps des Lumières comme une nouvelle aune, sécularisée, de la grande division entre « eux » et « nous ».

Pluralité des changements,
pluralité des causes

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le changement anthropique est devenu un phénomène largement accrédité dans la communauté savante, notamment parmi les acteurs engagés en histoire naturelle et en météorologie 80. Un thème essentiel, dans ce contexte, est le lien entre déforestation et climat. Mais il est loin de résumer l’ampleur des interrogations touchant à la question de l’historicité climatique, considérée à toutes les échelles de temps. Ces interrogations renvoient à des débats en cours dans la République des lettres : les causes et les effets du tremblement de terre de Lisbonne ; les évolutions de long terme de l’orbite terrestre ; le refroidissement progressif du globe, pièce maîtresse de la cosmogonie buffonienne. D’une manière générale, l’incertitude domine et les théories prolifèrent.

Les dynamiques climatiques sont tout d’abord rapportées à un premier ordre explicatif tellurique et chimique. L’interprétation des climats locaux par la nature du sol est ancienne. Par exemple, en 1717, le botaniste Pitton de Tournefort explique le froid paradoxal qui règne à Erzeron (Arménie) par la présence d’ammoniac dans le sol 81. Au XVIIIe siècle, l’idée d’une nature « substantielle » du froid reste influente : elle suppose que celui-ci peut être produit par réaction entre deux composés matériels, par exemple à l’occasion d’une éruption volcanique ou d’un séisme 82. Ce type d’interprétation alimente des anxiétés sur les effets météorologiques d’événements comme le tremblement de terre de Lisbonne. En 1778, le littérateur Simon Linguet souligne ainsi que, depuis une vingtaine d’années, le Nord de l’Europe est sujet à un dérangement « dans l’ordre des saisons », qu’il impute au désastre de 1755 83. En 1783, les brouillards inhabituels qui touchent l’Europe sont attribués à l’éruption du volcan Laki, en Islande, dont on sait aujourd’hui qu’il affecta bel et bien l’atmosphère – et les saisons – à l’échelle du continent 84.

Un second ordre explicatif est astronomique, avec plusieurs variantes possibles : changement de l’axe de rotation de la Terre, perturbations dues aux taches solaires ou bien resserrement de l’orbite terrestre autour du soleil. Il est notamment mobilisé par la minorité d’auteurs rétifs à l’idée d’une action de l’homme sur le climat. C’est le sens des articles qu’Honoré Flaugergues, un jeune notable du Vivarais, fait paraître dans les années 1770 en réponse aux thèses de Williamson sur le changement en cours dans les treize colonies 85. Contre Williamson, Flaugergues affirme qu’une cause astronomique – la transformation de l’orbite terrestre – peut tout aussi bien expliquer le raccourcissement des étés et l’adoucissement des hivers.

Un dernier ordre explicatif des changements climatiques, enfin, est cosmogonique. Au XVIIIe siècle, les interrogations sur ces processus se déclinent à la fois à l’échelle historique (le déboisement) mais aussi géologique, les deux temporalités étant commensurables et les causalités entremêlées. Au cours du siècle, l’idée d’un refroidissement climatique de long terme gagne du terrain, avec l’essor des mines de charbon. Les empreintes de végétaux, les fossiles d’animaux et les ossements de mammifères (comme les éléphants) qu’on y découvre engendrent le trouble, car tous sont connus pour vivre sous des climats tropicaux. Cette énigme est de plus en plus interprétée, dans la seconde moitié du siècle, comme l’effet d’un changement drastique et de très long terme des climats européens 86.

Pour en expliquer les causes, Buffon va élaborer la thèse cosmogonique la plus influente de la fin de l’époque moderne. Il décrit l’histoire de la terre comme celle d’un refroidissement progressif s’étendant sur 70 000 ans (chiffre qu’il calcule par extrapolation du temps de refroidissement de boules de métal) et se traduisant en surface par un changement climatique à l’échelle des temps géologiques, changement à l’origine des migrations et des disparitions d’espèces 87. Ce faisant, il propose un ensemble explicatif cohérent embrassant, dans un même mouvement, formation et évolution géologique du globe, histoire de la vie et transformation des climats. Pour Buffon, la Terre court à la mort thermique, mais l’homme – dont il célèbre, comme on l’a vu, la puissance d’action – peut en repousser le terme. Il a le pouvoir, écrit-il en 1778, de « s’opposer au refroidissement successif de la Terre et de réchauffer la température d’un climat », et il a déjà commencé à le faire 88.

Les premières mesures du changement

L’injonction de Buffon répond à des inquiétudes concrètes : en France, les années 1772 et 1775 sont marquées par une série de mauvaises saisons entraînant des récoltes insuffisantes et des troubles frumentaires 89. Les anomalies météorologiques, lourdes de conséquences économiques et politiques, suscitent des inquiétudes quant à la stabilité de l’ordre naturel. Par exemple, après le grand froid de l’hiver 1775-1776, l’hiver 1777 est particulièrement doux et l’été qui suit, froid. L’astronome Jérôme de Lalande croit devoir « rassurer le public » quant au caractère passager de ce « dérangement de l’ordre des saisons ». L’atmosphère, explique-t-il, est simplement sujette à une crise récurrente correspondant à la période de neuf ans de l’apogée lunaire. Le littérateur Simon Linguet refuse cette explication rassurante. Le climat européen, soutient-il, a changé de nature depuis le tremblement de terre de Lisbonne, ce dont témoignent les difficultés de la viticulture ou l’évolution des vêtements ; et les savants sont bien incapables de prévoir l’avenir climatique car « tout est lié dans la grande machine physique du globe. La moindre altération dans une de ses parties doit en produire de successives dans toutes les autres » 90.

L’évolution climatique est d’autant plus problématique que le climat est alors perçu comme intimement lié à la plupart des activités humaines, à l’agriculture et aux transports, et à travers eux à l’ensemble des transactions commerciales, mais aussi à la santé via le paradigme néo-hippocratique dominant en médecine. Les bulletins météorologiques imprimés qui apparaissent à cette époque 91 semblent embrasser tout le cosmos du temps : épidémies, fièvres, mouvement de la végétation, cours d’eau gelés qui mettent les manufactures au chômage, fleuves asséchés qui perturbent l’approvisionnement des villes et bien sûr grêles et sécheresses qui annoncent les chertés. Bien plus que pour nous, le rapport au « temps qu’il fait » constitue à ce moment un « fait social total ».

La météorologie instrumentale est portée par ce contexte. Des réseaux météorologiques internationaux se constituent, soutenus par les pouvoirs publics. Dans les années 1770, sont ainsi fondées la Societas meteorologica palatina à Mannheim et les Sociétés royales de médecine et d’agriculture à Paris, sociétés qui organisent et centralisent des observations météorologiques. La météorologie devient à cette époque un savoir de gouvernement lié à la connaissance et au contrôle du territoire, à l’anticipation des disettes, à la physiocratie et au mouvement agronomique, à la police médicale et à la surveillance des épidémies. En 1770, l’abbé Richard explique que son Histoire naturelle de l’air « n’est pas une étude de simple spéculation », mais qu’» elle est utile au grand art de gouverner les hommes » 92.

Le climat est un objet de gouvernement en un second sens. L’étude de l’atmosphère est liée à de vastes projets de réforme et de régénération conjointes de la nature et de la population. Inspirés par les travaux de Buffon sur la dégénérescence des espèces, naturalistes, agronomes, médecins ou démographes appellent de leurs vœux des projets de mise en valeur du territoire (par l’assèchement des marais, entre autres), aboutissant à l’amélioration morale et physique des populations 93. Par exemple, en 1778, Moheau et Montyon, dans leurs Recherches et considérations sur la population, identifient les ressorts politiques de l’accroissement démographique. Après avoir exposé des principes d’économie politique, ils concluent par un programme climatique à l’intention du Roi : la monarchie doit saisir tout « l’ordre physique » de son domaine car « un climat différent forme une espèce nouvelle » 94.

Pour toutes ces raisons, les météorologues les plus en vue de l’époque, Giuseppe Toaldo à Padoue, Louis Cotte à Montmorency, Van Swinden en Hollande ou Théodore Mann à Bruxelles, font du changement climatique une question importante de leur discipline. Dans la décennie 1770, la météorologie commence à incorporer une dimension d’analyse historique. Ce processus s’ancre dans des mutations profondes de la discipline, remontant à la fin du XVIIe siècle. L’étude du « météore », phénomène extraordinaire, singulier, s’efface alors devant celle des régularités. Le savant se doit désormais d’enregistrer l’état de l’atmosphère, même quand il ne présente rien de notable 95. C’est grâce à l’accumulation de registres météorologiques durant un siècle que la météorologie peut ainsi partir à l’assaut du passé. Également en lien avec l’enregistrement météorologique discipliné, s’impose au XVIIIe siècle une nouvelle acception du terme « climat ». Celui-ci ne désigne plus seulement une zone en latitude, ou une région marquée par une qualité de la température, pensée en termes d’oppositions binaires (froid/chaud, sec/humide). La littérature savante utilise de plus en plus « climat » dans son sens contemporain, pour désigner une certaine régularité numérique des paramètres météorologiques, mesurée par des instruments. La recherche de la régularité cachée derrière les variations erratiques du temps passe par le calcul de moyennes, engageant le plus grand nombre possible d’observations et d’années de recul.

Mais au milieu des années 1770, il apparaît que ce climat semble lui-même changer selon des tendances lentes, repérables à l’échelle de quelques décennies. Le changement devient mesurable parce que les météorologues ne se contentent plus de faire la moyenne générale de leurs données mais commencent à les reconsidérer de manière diachronique. « En un mot », écrit Cotte en 1774, « l’observateur météorologiste doit être l’historiographe de la nature » 96. En se référant à une profession clairement attachée à la narration, Cotte entend distinguer le projet météorologique de l’histoire naturelle classique, décrivant de manière exhaustive un ensemble de phénomènes saisis dans leurs régularités.

Ce nouveau regard sur les registres tient à un projet intellectuel précis, cherchant à corréler l’état de l’atmosphère aux positions respectives de la Terre, de la Lune et du Soleil. Son but ultime est de réduire la météorologie à l’astronomie afin de donner à la première la puissance prédictive de la seconde. Ce projet se présente comme newtonien, ce qui lui permet de se distinguer de l’astrologie. Nul besoin de faire l’hypothèse d’une influence mystérieuse : c’est la chaleur et l’attraction des astres qui relient leur course à l’atmosphère. À l’instar des marées, les points lunaires déterminent des « marées atmosphériques ».

En 1768, l’astronome Giuseppe Toaldo hérite des observations du marquis de Poleni, mathématicien, astronome, physicien et grande figure de l’université de Padoue. Celles-ci couvrent une période d’une exceptionnelle longueur : 1725-1768 97. Toaldo se lance dans l’analyse minutieuse de ces registres météorologiques afin de découvrir des relations entre positions astronomiques et temps qu’il fait. Son but est d’identifier le « retour des saisons » et de repérer, dans le chaos numérique, des structures temporelles fixes ramenant les mêmes conditions atmosphériques à intervalles réguliers. Calculateur aguerri (il est notamment l’auteur de tables trigonométriques), Toaldo est bien armé pour faire face à ce défi. La découverte de telles périodes rendrait la météorologie parfaitement prédictive et lui conférerait un immense intérêt pratique 98. Toaldo obtient ainsi des subsides du Sénat vénitien car son travail permettrait d’anticiper les mauvaises récoltes et de constituer des réserves en conséquence 99. Il collabore également avec des propriétaires terriens du Frioul et affirme avoir rendu de grands services aux spéculateurs en prévoyant les prix des grains 100. Selon un médecin, la météorologie lunaire pourrait permettre, à terme, de « prédire le retour des courses épidémiques, comme on prédit celui d’une comète » 101.

C’est au sein de ce paradigme astro-météorologique qu’apparaît la première caractérisation quantitative d’un changement climatique. Pour découvrir les cycles, Toaldo invente un outil météorologique appelé à un grand avenir : l’écart à la moyenne. En 1770, il compare ainsi les moyennes thermométriques annuelles à Padoue avec la moyenne calculée sur quarante ans et note brièvement une diminution des moyennes annuelles au cours des vingt dernières années 102. Louis Cotte, qui fait un compte rendu élogieux de cet ouvrage, accrédite également l’idée d’un récent « refroidissement des saisons » 103. Puis, en 1774-1775, Toaldo saute le pas en publiant une première table des écarts à la moyenne thermométriques sur quarante ans, doublée d’une autre retraçant l’évolution des moyennes annuelles de cinq ans en cinq ans, à Padoue. Cette dernière montre un refroidissement considérable entre 1725 et 1774 104. Pour la première fois, les météorologues ont produit une vision diachronique d’un climat local sur plusieurs décennies (document 1).

Les écueils de la thermométrie historique

Le travail de Toaldo repose sur l’exploitation d’une grande masse de données et leur moyennisation. Il reconnaît « qu’il peut s’être glissé quelque inattention dans les observations, dans les thermomètres, dans la situation du lieu, dans l’heure… mais on ne sera », poursuit-il, « je crois, jamais assez osé pour tout nier » 105. Il cherche ici à parer des critiques qui émergent et portent sur le hiatus entre ses méthodes « statistiques » et la culture expérimentale de la précision, alors en plein essor dans le monde savant 106. À l’Académie des sciences de Paris, l’étude du changement climatique est ainsi immédiatement reformulée en un problème de thermométrie de précision : comment s’assurer de la stabilité métrologique d’une prise de mesure sur une très longue durée ?

Un lieu cristallise ces questionnements : les caves de l’observatoire. En 1671, on y dépose un thermomètre dont on constate l’absence de variation. Jusqu’en 1774, les savants estiment que sa température est parfaitement constante, à 10° Réaumur. La Hire et Micheli du Crest s’en servent même comme point fixe pour graduer leurs thermomètres 107. Or, en 1774, deux astronomes, Jeaurat et Le Gentil de la Galaisière, constatent en utilisant des thermomètres anciens que les caves se sont refroidies de 1° Réaumur environ en quarante ans 108.

Ces résultats suscitent un grand intérêt car ils paraissent prouver la théorie buffonienne de l’affaiblissement progressif du feu central. Toaldo s’empresse également de les commenter car il y voit une confirmation de l’accroissement du froid à Padoue auquel, avoue-t-il, « il avait jusqu’alors peine à croire » 109. L’enjeu est bien de repérer par les instruments les indices d’un refroidissement du globe tout entier.

En fait, ces mesures vont surtout questionner la fiabilité des thermomètres anciens, et les méthodes des observateurs du passé. L’augmentation du froid détectée à Padoue ou dans les caves de l’observatoire semble trop rapide. Selon Cotte, l’écart mesuré par Jeaurat et Le Gentil s’explique plus probablement par l’altération de l’esprit de vin des thermomètres 110. Pour Charles Messier, c’est surtout qu’avant les années 1770, on descendait dans les caves avec des flambeaux qui perturbaient les instruments 111. Par ricochet, cela questionne les mesures de Poleni à Padoue. Ce qui était vu comme un changement climatique ne serait-il qu’un effet de l’altération des fluides thermométriques, ou de la négligence des observateurs ?

Ces débats sont d’autant plus vifs qu’ils coïncident avec le grand hiver de 1775-1776 qui vient relancer l’intérêt du public pour ces questions. En octobre 1775, Messier – qui tient un journal météorologique – se plaint d’être dérangé chaque matin par une foule de Parisiens désireux de connaître la température 112. Derrière la curiosité pour le phénomène extrême, la question posée est celle des « grands hivers », c’est-à-dire de leur mise en série, de leur comparaison et de l’évolution du climat. En témoignent certains thermomètres des années 1770, dont les échelles marquent les froids extrêmes du siècle. Selon l’académicien Baumé, « les gens du monde désiraient connaître [l’]intensité [de l’hiver 1775-1776] comparativement à celui de 1709 » 113.

À l’Académie des sciences, une commission composée de Lavoisier, Bezout, Baumé et Vandermonde est chargée d’établir la comparaison. Elle se heurte à des problèmes inextricables. Aucune comparaison directe n’est possible car le thermomètre avec lequel La Hire avait mesuré le froid de 1709 s’est entre-temps brisé. En outre, trente-huit thermomètres calibrés sur ce dernier et « jugés excellents » mesurent tous des températures différentes. La marge d’incertitude est de 2° Réaumur. « Il faut convenir [avoue Baumé] que les savants […] induits en erreur depuis plus de 50 ans […] ont été pris au dépourvu » 114. Lavoisier appelle l’Académie à « s’occuper de la réforme du thermomètre » 115. Les commissaires finissent d’ailleurs par se quereller sur les méthodes de mesure, Baumé refusant d’approuver le rapport final. Les académiciens consacrent ainsi de longues expériences et quatre mémoires pour savoir si le froid de 1709 était plus intense que celui de 1775 avec une précision de l’ordre de 0,5° Réaumur. Cet investissement scientifique considérable tient à l’importance que ce type d’événement revêt pour le Royaume, mais aussi à ce que son étude a révélé : une instabilité inquiétante des thermomètres dont dépendent alors de nombreuses pratiques savantes (allant de la chimie à l’astronomie de position) et commerciales (les étalons de mesure étant établis à 12 °Réaumur). L’essor, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, d’une exigence inédite en matière de stabilité et de précision des moyens de mesure, conduit ainsi à jeter un doute croissant sur la possibilité d’une analyse de long terme des évolutions climatiques, fondée sur des mesures anciennes. L’hiver 1775-1776 est le point de cristallisation, en France, de cette défiance méthodologique. Alors comment œuvrer, malgré tout, à la reconstitution historique du climat pour des époques lointaines ?

Aux sources de la climatologie historique :
les « proxys » climatiques

Cela passe par l’essor de nouvelles technologies de l’historicité climatique, combinant pratiques de recherche et de critique érudites (histoire, philologie, chronologie) et raisonnements physiciens. On ne se contente plus d’invoquer des événements ponctuels, tirés des classiques, pour souligner le changement climatique. L’objectif est désormais de fabriquer des indicateurs et des séries temporelles de longue durée, permettant de dégager une tendance ou de démontrer la fixité du climat. Les sources annalistiques, les archives sont compulsées pour en extraire des informations météorologiques. Celles-ci sont tabulées par type d’événement, comparées et critiquées afin d’estimer leur signification climatique.

Quatre ordres de phénomènes sont alors considérés comme révélateurs de l’historicité du climat : l’état des fleuves, la nature changeante de la végétation, le mouvement des glaciers, la fréquence des événements météorologiques extrêmes (tempêtes, sécheresses, grands froids). Ces « proxys climatiques » (c’est-à-dire des phénomènes « para-météorologiques », plus ou moins directement liés au temps qu’il fait, et susceptibles d’être appréhendés au moyen de sources historiques) demeurent, jusqu’à aujourd’hui, des piliers de la climatologie historique 116.

En 1776, Charles Messier propose de documenter l’histoire des grands hivers à travers les gels de la Seine, relatés par les chroniques depuis le Moyen Âge. Il en établit une liste remontant à 1392 à partir des Chroniques de Saint-Denis et de Philippe de Commines 117. Messier souligne que la congélation des fleuves n’est pas un phénomène simple. En comparant les états de la Seine aux mesures thermométriques des années 1760-1770, il montre qu’il n’y a pas de relation directe entre température de l’air et gel du fleuve. Interviennent entre autres choses le niveau des eaux, le débit, l’humidité de l’air, l’état du ciel et d’autres facteurs inconnus 118. Cette prudence est caractéristique des premiers historiens du climat : à chaque fois qu’un proxy est proposé, on souligne son caractère équivoque.

Malgré les incertitudes, les hauteurs historiques des cours d’eau, leurs gels et leurs étiages sont bien intégrés aux études climatiques de la fin du XVIIIe siècle. Du fait de leur rôle économique éminent, certains fleuves font l’objet d’une surveillance rigoureuse et constituent par conséquent les proxys climatiques les mieux renseignés. En ce qui concerne la Seine, son niveau est mesuré quotidiennement dès 1732 par le Bureau de la ville de Paris, en vue d’anticiper les difficultés d’approvisionnement durant les étiages, qui interrompent le commerce et mettent les moulins hors d’usage. En 1766, le prévôt des marchands commande à Philippe Buache, premier géographe du Roi, une étude historique de ces problèmes. Les inondations de la Seine font également l’objet de recherches historiques 119. Louis Cotte se fonde ensuite sur ce corpus solide pour retracer l’histoire des grandes sécheresses à Paris et conclure par exemple que l’année 1800 est sans doute la plus sèche du XVIIIe siècle 120.

L’émergence des proxys climatiques liés à la végétation s’inscrit, quant à elle, dans la lignée de trois traditions savantes étudiant chacune à leur manière l’influence de la météorologie sur le monde végétal : les observations botanico-météorologiques, le projet « acclimatationniste » et la géographie botanique.

Tout d’abord, avec l’essor de la pensée néo-virgilienne, l’étude des phénomènes végétatifs (floraison, maturation des fruits, date de récolte, etc.) se développe en Europe 121. La Société royale d’agriculture encourage les observations botanico-météorologiques à travers la France 122. Agronomie et météorologie participent d’un même projet de rationalisation des pratiques culturales. Dans son Traité de météorologie de 1774, Cotte consacre ainsi plusieurs pages à la culture des blés et de la vigne. Il montre en particulier que les dates de maturation des raisins sont déterminées par la somme des températures journalières durant les mois d’avril à juin 123. D’où l’idée d’utiliser les dates de vendanges comme proxy climatique. Ainsi, en 1774, Flaugergues déduit un raccourcissement des étés européens du fait qu’au XVIe siècle, les vendanges avaient lieu un mois plus tôt 124.

De la même manière, les efforts d’acclimatation des plantes (et leurs échecs) démontrent que certaines espèces ne prospèrent que dans des conditions climatiques très précises. La gestion pratique des serres (la disposition des plantes en fonction de la source de chaleur par exemple) révèle l’importance d’écarts minimes de température 125. Le programme d’acclimatation, soutenu par la royauté 126, encourage l’émergence d’une discipline nouvelle : la géographie botanique. Il revient à Giraud Soulavie, un prêtre naturaliste établi dans le Vivarais, d’en formaliser l’étude 127. Son ambition est considérable : réformer à la fois la classification des plantes et l’acclimatation. Concernant cette dernière, il dénonce « l’inconséquence de loger dans une même serre une variété étonnante de plantes de différents climats » 128. En reprenant le problème ancien de l’étagement montagnard de la végétation 129, il identifie pour le Vivarais six climats, caractérisés à partir de leur espèce dominante : l’oranger, l’olivier, la vigne, le châtaigner, le sapin et les gazons alpins. De manière très novatrice, ces climats sont représentés graphiquement sur une coupe botanique du mont Mézin (document 2).

Cette définition botanique des climats, fondée sur la prédominance de végétaux « repères », est déterminante pour la climatologie historique en ce qu’elle transforme les informations sur la végétation passée en sources sur le changement climatique. Les droits seigneuriaux payables en nature et ne correspondant plus au terroir local témoignent à tout un chacun de l’historicité du climat. Par exemple, Soulavie lui-même paie encore une censive en vin pour des terrains où la culture de la vigne est impossible. Intrigué, il sollicite l’aide d’un feudiste : il apparaît qu’au xive siècle la vigne était répandue à Antraigues, ce qui implique que le climat s’est beaucoup refroidi en trois siècles 130. En montagne, les modifications de l’étagement de la végétation sont étudiées dans cette perspective. Le botaniste suisse Jean-Louis Reynier, cherchant à con firmer la théorie buffonienne du refroidissement terrestre, examine ainsi la limite supérieure des forêts à travers l’histoire 131. Les indices de son abaissement, et donc d’un refroidissement climatique, lui paraissent nombreux. Il note qu’on trouve par exemple des troncs de mélèzes fossilisés ou les ruines d’une forge 100 toises au-dessus de la région boisée actuelle 132.

Les montagnes acquièrent ainsi une nouvelle fonction épistémique : celle d’archives du climat 133. D’autant qu’une autre question se pose avec acuité dans cet environnement particulier : l’évolution passée et future des glaciers alpins. Depuis la fin du XVIIe siècle, marquée par le minimum de Maunder 134, les montagnards se plaignent de l’augmentation des glaciers qui empiètent sur leurs pâturages et bloquent certains cols. Au XVIIIe siècle, les touristes-savants qui commencent à arpenter les Alpes se font l’écho de ces plaintes 135. Théodore Bourrit, un pasteur de Genève qui a joué un rôle décisif dans l’engouement touristique européen pour les glaciers grâce à ses gravures spectaculaires, estime que leur existence prouve la thèse buffonienne du refroidissement du globe. Buffon est à son tour convaincu par Bourrit et recourt à ce phénomène pour étayer sa théorie : « l’agrandissement de ces contrées de glace », écrit le naturaliste dans ses Époques de la nature, « est déjà et sera dans la suite, la preuve la plus palpable du refroidissement successif de la Terre » 136.

Des incertitudes pèsent néanmoins sur les conclusions à tirer de l’avance des glaciers. Il apparaît, tout d’abord, que leur évolution n’est pas régulière. En 1780, intriguée par les pertes de pâturages et par la thèse de Buffon, la Société économique de Berne propose un prix sur « les époques des envahissements des glaces dans ce pays sur les terrains fertiles » 137. C’est vraisemblablement en réponse à ce concours qu’en 1787, Bernhard Friedrich Kuhn, fils d’un pasteur de la vallée du Grindelwald, publie une étude très novatrice. En se fondant sur l’examen des moraines, il estime que les glaciers ont atteint leur taille maximale à la fin du xvie siècle. À cette époque, écrit-il, « les habitants furent alertés par une évolution extraordinaire […] la nature sortit de son cours normal » 138. Après une décrue au milieu du XVIIIe siècle, les glaciers avanceraient de nouveau depuis 1770. Cette chronologie complexe contredirait la thèse d’un refroidissement progressif. À cela s’ajoute que le lien entre climat et glaciers est tout sauf limpide. Pour certains naturalistes, leur accroissement n’est qu’apparent : c’est simplement qu’ils glissent et s’écoulent sous leur propre poids, « comme de la cire d’abeille amollie » 139.

L’intérêt savant pour les glaciers, à partir des années 1770, témoigne de la commensurabilité des temps géologiques et historiques à cette époque. La question qui taraude les voyageurs naturalistes européens et les élites suisses est de savoir si l’avance des glaciers mordant sur les alpages correspond à un phénomène erratique, à une oscillation d’origine astronomique, ou bien s’ils assistent « en direct » aux prodromes de la mort thermique du globe prédite par Buffon.

Aux sources de la climatologie historique :
recenser les événements « extraordinaires »

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les événements météorologiques extrêmes (« grands hivers », « froids extraordinaires », sécheresses, inondations, etc.) ne font pas l’objet de compilations spécifiques. Ils sont rapportés dans les annales et dans les chroniques au même titre que les événements politiques, les guerres, les comètes, les lunes couleur de sang, les famines et les épidémies 140.

Les premières recensions spécifiques ont une motivation médicale : la General Chronological History of Air (1749) du médecin écossais Thomas Short retrace l’histoire des phénomènes atmosphériques à travers le globe, du déluge au XVIIIe siècle. Son but est de faire la recension historique de toutes les conjonctions de phénomènes médicaux et météorologiques, non de repérer les évolutions du climat 141. De la même manière, la Chronological History of Weather and Seasons (1770) du médecin John Rutty, présentant l’histoire météorologique de Dublin de 1725 à 1770, s’inscrit dans la tradition des journaux médico-météorologiques et de l’histoire des constitutions médicales inspirée par Thomas Sydenham 142.

La volonté de comparer les « grands hivers » constitue le second motif des projets de recension climatique. C’est l’ambition, en 1776, du physicien hollandais Van Swinden 143. Ce dernier est conscient des difficultés de l’entreprise. Il faudrait pouvoir distinguer dans les sources historiques entre les froids intenses et les froids longs. En outre, le climat s’étant selon lui adouci depuis deux mille ans, on ne peut ranger les hivers relatés par les auteurs de l’antiquité comme de « grands hivers » car ils sont normaux pour l’époque. L’histoire climatique nécessite donc une critique des sources :

« Ce n’est pas en accumulant simplement les faits qu’on fait faire des progrès à la physique ; c’est en les discutant. La critique n’est pas moins nécessaire en physique qu’en littérature. » 144

Le programme de recherche astro-météorologique fournit, enfin, un troisième genre de compilation des événements météorologiques anciens. Il s’agit ici de les corréler aux données astronomiques, à la recherche de périodicités cachées. Une fois encore, Giuseppe Toaldo ouvre la voie en publiant en 1776, dans son Giornale, une table comprenant plus d’une centaine « d’hivers mémorables » 145, complétée en 1784 par une autre donnant les sécheresses et les années pluvieuses 146. En prenant Toaldo comme guide, le jésuite et astronome viennois Anton Pilgram publie en 1788 ce qui constitue sans doute l’une des plus importantes sommes sur l’histoire du climat avant le XXe siècle. Il mobilise pas moins de 108 sources annalistiques concernant principalement les États germaniques, et rapporte, en tables chronologiques distinctes, les hivers froids et doux, les années humides et sèches, les vents violents ainsi que les bonnes et les mauvaises années pour le vin 147.

En 1792, le Mémoire sur les grandes gelées de l’abbé Théodore Augustin Mann, de l’Académie de Bruxelles, représente l’aboutissement de cette première époque de la climatologie historique. Il rassemble les lignes d’investigation qui conduisent à problématiser le changement climatique à la veille de la Révolution française 148.

Mann défend une théorie de la terre opposée à celle de Buffon et plus en accord avec le récit biblique. Selon lui, la Terre abrite un feu central, non pas en diminution mais en expansion constante 149. Cette hypothèse lui permet d’expliquer les tremblements de terre et les éruptions volcaniques, et s’accorde bien avec l’histoire biblique de la Terre séparée des eaux dans la Genèse et promise à la consumation dans les épîtres de saint Pierre. C’est pourquoi, en 1792, Mann s’attaque de front à la théorie buffonienne. Il répartit les grands hivers cités par les auteurs anciens et les historiens en sept catégories d’intensité, et en tire deux conclusions. D’abord les hivers les plus rigoureux étaient plus nombreux dans les périodes reculées, ce qui infirme la thèse de Buffon. Deuxièmement, l’étude historique ne décèle aucun retour périodique des grands hivers, ce qui condamne les théories astro-météorologiques, dont il pense que les cycles (s’ils existent) sont brouillés par une infinité d’effets locaux et contingents 150. Ces enjeux théoriques et théologiques se combinent, chez Mann, à des problèmes pratiques de gestion de la Flandre maritime. Sa théorie du globe se concrétise dans l’évolution des terroirs locaux ; le but de l’histoire de la nature est ici de prévoir le long terme pour mieux gérer le territoire. Par exemple, selon lui, du fait de l’expansion du feu central, la mer a reculé et continuera à le faire à l’avenir en Flandres. Le gouvernement devrait anticiper ce phénomène et approfondir les canaux drainant les côtes.

***

En 2006, durant l’élaboration collective du quatrième rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), le climatologue Stefan Bronnimann proposa d’y intégrer les travaux des savants de l’époque moderne, notamment ceux de l’abbé Mann et de Hugh Williamson. Le GIEC rejeta cet ajout au motif qu’il ne s’agissait « pas vraiment de science moderne » 151. En un sens, notre enquête donne raison au GIEC : ce n’est pas l’influence des émissions de gaz à effet de serre qui pousse les savants des XVIIe et XVIIIe siècles à s’intéresser au changement climatique, mais mille autres motifs : coloniser l’Amérique du Nord ; percer le secret des cycles météorologiques ; prévoir l’avenir thermique de la Terre et comprendre les effets de l’action humaine sur le monde végétal, le cycle de l’eau et, par leur entremise, sur le climat.

Pourtant, ce geste de coupure semble par trop absolu. La pensée contemporaine du changement climatique hérite d’une longue histoire. Dès le XVIIIe siècle, les savants jetèrent les bases méthodologiques d’une investigation du passé climatique : recours aux données anciennes, analyse des sources historiques, invention des proxys climatiques. L’émergence de la climatologie historique s’enracine dans un moment intellectuel mêlant interrogations sur l’agir humain et sur le devenir géologique de la planète Terre.

À rebours du récit mono-causal de Richard Grove, c’est une pluralité d’enjeux, de processus et de terrains historiques qui constituent le changement climatique en objet de connaissance et d’inquiétude, aux XVIIe et XVIIIe siècles : la colonisation de l’Amérique du Nord et ses effets sur la dynamique des savoirs en Occident ; l’importance cruciale du « temps qu’il fait » et du climat au sein des sociétés européennes ; l’ambition qu’ont les monarchies éclairées de prévoir le temps, de modifier le climat pour mieux gérer les pénuries, les épidémies et augmenter la population ; les mutations profondes des visions du monde qu’engage l’émergence d’une conception historiciste de la nature (la géologie, les théories de la Terre).

Enfin, contrairement à la thèse de Dipesh Chakrabarty, l’époque moderne ne saurait être décrite comme celle d’un partage des temps, d’un gouffre entre temporalités planétaires et temporalités sociales. Elle est, au contraire, une époque où est pensée, avec effroi mais surtout exaltation, la puissance de l’homme sur la nature, et sa capacité à en divertir le cours. L’histoire des hommes mêle à ses récits le climat, les fleuves gelés de la Gaule antique et les sangliers blancs de Thrace, et elle continuera à le faire jusque loin dans le XIXe siècle.

La conscience de l’agir climatique humain ne fera d’ailleurs que s’accentuer au siècle suivant. Les bouleversements sociaux, économiques, culturels et environnementaux causés par la Révolution française la nimberont d’un jour tragique, pour en faire un enjeu politique majeur du premier XIXe siècle.

Jean-Baptiste Fressoz,
Centre Alexandre Koyré-CNRS/EHESS,
27, rue Damesme,
75013 Paris

Fabien Locher,
Centre de recherches historiques-CNRS/EHESS,
190-198, avenue de France,
75013 Paris

Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher,
“L’agir humain sur le climat et la naissance de la climatologie historique, XVIIe-XVIIIe siècles”,
Revue d’histoire moderne et contemporaine n°62-1, janvier-mars 2015.

.


1 Dipesh Chakrabarty, “Le climat de l’histoire : quatre thèses”, Revue internationale des livres et des idées n°15, 2010, pp. 22-31 ; Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène. La terre, l’histoire et nous, Paris, Seuil, 2013.

2 J.-B. Fressoz, Fabien Locher, “Modernity’s frail climate. A climate history of environmental reflexivity”, Critical Inquiry, n°38-3, 2012, pp. 579-598 ; version en français : “Le climat fragile de la modernité. Petite histoire climatique de la réflexivité environnementale”, La vie des idées, 20 avril 2010.

3 Comme la bande que découpent, sur le globe, deux lignes de latitude.

4 J.-B. Fressoz, F. Locher, art. cit. ; James R. Fleming, Vladimir Jankovic (éd.), Osiris, n°26-1, 2011 : numéro spécial « Klima » ; Jan Golinski, British Weather and the Climate of Enlightenment, Chicago et Londres, The University of Chicago Press, 2007, pp. 170-202 ; Fredrik Albritton Jonsson, Enlightenment’s Frontier: the Scottish Highlands and the Origins of Environmentalism, New Haven, Yale University Press, 2013 ; Grégory Quenet, “Protéger le jardin d’Eden” [postface], in Richard Grove, Les îles du Paradis. L’invention de l’écologie aux colonies. 1660-1854 [1993], Paris, La Découverte, 2013, p. 77-120. Ceci ne doit pas minorer les apports essentiels de Jean Ehrard, L’idée de nature en France dans la première moitié du XVIIIe siècle, Paris, SEVPEN, 1963, vol. 2, et Clarence J. Glacken, Traces on the Rhodian Shore. Nature and Culture in Western Thought from Ancient Time to the End of the Eighteenth Century, Berkeley, University of California Press, 1967.

5 R. Grove, Green Imperialism: Colonial Expansion, Tropical Island Edens and the Origins of Environmentalism, 1600-1860, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.

6 Pierre Poivre, Voyages d’un philosophe ou Observations sur les mœurs et les arts des peuples de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique, Yverdon, de Felice, 1768, p. 31 ; Pierre Poivre, Discours prononcés par M. Pierre Poivre, commissaire du roi, Londres et Lyon, J. de Ville & L. Rosset, 1769, pp. 15-16.

7 La seule exception notable concerne Bernardin de Saint-Pierre, ingénieur en chef de la colonie sous Poivre : Jacques-Henri Bernardin de Saint Pierre, Voyage à l’Isle de France, Paris, Merlin, 1773, vol. 1, p. 104 ; Jacques-Henri Bernardin de Saint Pierre, Études de la nature [1784], Bâle, Tourneizen, vol. 2, 1797, pp. 355-357.

8 Pour l’Amérique, elle paraît remonter aux premiers contacts. Selon Fernando Colomb, son père avait la conviction qu’un déboisement de la Jamaïque pourrait en changer les pluies : Fernando Colombo, Historie del S.D. Fernando Colombo, Venise, Fraceschi Sanese, 1571, p. 118.

9 Geminiano Montanari, L’Astrologia Convinta di Falso col Mezzo di Nuove Esperienze, Venise, Francesco Nicolini, 1685, p. 22-24.

10 J.-B. Fressoz, L’apocalypse joyeuse, Une histoire du risque technologique, Paris, Seuil, 2012.

11 Gilles Havard, Cécile Vidal, Histoire de l’Amérique française [2003], Paris, Champs Flammarion, 2008.

12 Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, Paris, Chez Jean Milot, 1609 ; Pierre Biard, “Relation de la Nouvelle-France […] faite par le P. Pierre Biard” [1616], in Relations des Jésuites dans la Nouvelle-France, vol. 1, Québec, Augustin Coté, 1858, p. 1-76.

13 La Response de maistre Guillaume au Soldat François, s. éd., 1605, cité par Éric Thierry, “Le discours démonologique dans les récits de voyages au Canada et en Acadie au début du XVIIe siècle”, in Grégoire Holtz, Thibaut Maus de Rolley (éd.), Voyager avec le diable. Voyages réels, voyages imaginaires et discours démonologiques (XVe-XVIIe siècle), Paris, PUPS, 2008, pp. 209-220, p. 212.

14 P. Biard, “Relation de la Nouvelle-France”, art. cit., avant-propos ; M. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, op. cit., p. 624.

15 Ibidem, p. 66.

16 Ibidem, p. 3.

17 M. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, op. cit., pp. 143-228 ; Frank Lestringant, “Champlain, Lescarbot et la ‘conférence’ des histoires”, in Scritti sulla Nouvelle-France nel Seicento, Quaderni del Seicento francese, Bari, Adriatica, l984, pp. 69-88.

18 F. Lestringant, “Champlain, Lescarbot”, art. cit. ; F. Lestringant, “Europe et théorie des climats dans la seconde moitié du XVIe siècle”, in La conscience européenne au XVe et au XVIe siècle, Paris, Presses de l’École normale supérieure de jeunes filles, 1982, pp. 206-226.

19 Jacques Cartier, Voyages au Canada [1545], Paris, La Découverte, 1992, pp. 228-229.

20 Ils émaillent les Relations jésuites publiées en France : Richard Arès, “Les relations des Jésuites et le climat de la Nouvelle-France”, Mémoires de la société royale du Canada, 4-8, 1970, pp. 75-91.

21 M. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, op. cit., pp. 624-625.

22 P. Biard, “Relation de la Nouvelle-France”, art. cit., p. 5-6.

23 Samuel de Champlain, Les voyages du sieur de Champlain, xaintongeois, capitaine ordinaire pour le roy, Paris, Chez Jean Berjon, 1613, pp. 52-53.

24 Joseph de Acosta, Histoire naturelle et morale des Indes occidentales [1590], Paris, Payot, 1979, trad. Jacques Rémy-Zéphir, pp. 84-92.

25 Ibidem, pp. 63-68.

26 M. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, op. cit., p. 482, p. 156 et p. 228.

27 William Cronon, Changes in the Land: Indians, Colonists, and the Ecology of New England, New York, Hill & Wang, 1983, pp. 54-81.

28 Paul Le Jeune, Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France en l’année 1633, Paris, S. Cramoisy, 1634, pp. 106-107.

29 Nicolas Denys, Description géographique et historique des costes de l’Amérique septentrionale, Paris, chez Claude Barbin, 1672, 2 volumes.

30 Ibidem, vol. 2, pp. 8-12, citation p. 11-12.

31 Brant Vogel, “The letter from Dublin : climate change, colonialism, and the Royal Society in the seventeenth century”, Osiris, n°26-1, 2011, pp. 111-128.

32 Richard Whitbourne, A Discourse and Discovery of New-found-land, Londres, by Felix Kingston for William Barret, 1620, p. 57 ; Richard Eburne, A Plaine Path-Way to Plantations, Londres, by G. P. for John Marriott, 1624, p. 22.

33 William Wood, New Englands Prospect, Londres, by Tho. Cotes for John Bellamie, 1634.

34 B. Vogel, “The letter from Dublin…”, art. cit., p. 119.

35 Larry Stewart, Other centres of calculation, or, where the Royal Society didn’t count : commerce, coffee-houses and natural philosophy in early modern London, British Journal for the History of Science, 32, 1999, pp. 133-153.

36 Dès 1666, les Philosophical Transactions décrivent un dessèchement provoqué par la déforestation dans les Caraïbes : Observations made by a curious and learned person, sailing from England, to the Caribe-Islands, Philosophical Transactions of the Royal Society of London, 2, 1666-1667, pp. 493-500, p. 497.

37 James McClellan III, François Regourd, The Colonial Machine. French Science and Overseas Expansion in the Old Regime, Turnhout, Brepols, 2012.

38 Robert Boyle, Tractatus de cosmicis rerum qualitatibus etc., Amsterdam, ap. J. Janssonium a Waesberge, Hambourg, ap. G. Schultzen, 1671 ; édition consultée : Robert Boyle, Cosmical Suspicions, in The works of the Honourable Robert Boyle, Londres, W. Johnston et alii, 1772, vol. 3, pp. 316-325.

39 Simon Schaffer, Steven Shapin, Le Léviathan et la pompe à air. Hobbes et Boyle entre science et politique [1985], Paris, La Découverte, 1993.

40An extract of a letter etc. from Dublin may the 10th, 1676”, Philosophical Transactions of the Royal Society of London, 11, 1676, p. 647-653.

41 Ce courrier lui était probablement adressé, par un Nicholson soucieux de susciter sa bienveillance et d’engager un échange. Le reste de la lettre répond point par point à des questions soulevées dans les Cosmical Suspicions (sur le magnétisme, sur le musc animal).

42 Sur l’histoire des pratiques d’observation du temps : F. Locher, Le savant et la tempête. Étudier l’atmosphère et prévoir le temps au XIXe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008 ; J. Golinski, British Weather…, op. cit.

43 John Patrick Montano, The Roots of English Colonialism in Ireland, Cambridge, Cambridge University Press, 2011 ; Brian Mac Cuarta (éd.), Reshaping Ireland, 1550-1700: Colonization and Its Consequences, Dublin, Four Courts Press, 2011.

44 Eileen McCracken, The Irish Woods since Tudor Times : Distribution and Exploitation, Belfast, Newton Abbot, David & Charles, 1971.

45 Sur le modèle anglais de colonisation de l’Irlande : J. P. Montano, The Roots of English…, op. cit. Sur William Petty et l’Irlande : Mary Poovey, A History of the Modern Fact : Problems of Knowledge in the Sciences of Wealth and Society, Chicago, University of Chicago Press, 1998, pp. 120-138.

46 Jérémy Desarthe, « Duhamel du Monceau, météorologue », Revue d’histoire moderne & contemporaine, n°57-3, 2010, pp. 70-91.

47 “Observations botanico-météorologiques faites à Québec par M. Gaultier”, Histoire et mémoires de l’Académie royale des sciences, pour 1744, pp. 135-155 ; pour 1745, pp. 194-229 ; pour 1746, pp. 88-97 ; pour 1747, pp. 466-488. Sur Gaultier : Stéphanie Tésio, “Climat et médecine au Québec au milieu du XVIIIe siècle”, Scientia Canadensis : revue canadienne d’histoire des sciences, des techniques et de la médecine, 31-1/2, 2008, p. 155-165.

48 “Observations botanico-météorologiques”, art. cit., pour 1746, pp. 88-97.

49 “Journal des observations &c. de Mr. Gauthier à Kebec”, archives de l’Observatoire de Paris, A.A.7.6, n° 4-6, p. 17 et 46.

50 Pierre-François-Xavier de Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle-France, vol. 5, Paris, Veuve Ganeau, 1744, pp. 241-250, citation p. 246.

51 David M. Hayne, “Pierre-François-Xavier de Charlevoix”, Dictionnaire biographique du Canada, <www.biographi.ca/index-f.html> (consulté le 29 novembre 2014).

52 P.-F.-X. de Charlevoix, Histoire et description…, op. cit., vol. 1, Paris, Nyon fils, 1744, pp. 173-174.

53 Jean Bodin, Les six livres de la République, Paris, J. du Puys, 1576.

54 Michael Cardy, “Discussion of the theory of climate in the Querelle des anciens et des modernes”, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 163, 1976, pp. 73-88 ; Roger Mercier, “La théorie des climats des ‘Réflexions critiques’ à ‘L’Esprit des lois’ ”, Revue d’histoire littéraire de la France, 53, 1953, p. 17-37 et p. 159-174.

55 J. Ehrard, L’idée de nature, op. cit.

56 On songe bien sûr en premier lieu à Montesquieu.

57 Jean-Baptiste Dubos, Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, Paris, Jean Mariette, 1719, vol. 2, pp. 268-269.

58 Simon Pelloutier, Histoire des Celtes, La Haye, Isaac Beauregard, 1740 ; Colin Kidd, British Identities before Nationalism. Ethnicity and Nationhood in the Atlantic World, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, pp. 189-193 et pp. 207-209.

59 S. Pelloutier, Histoire des Celtes, op. cit., pp. 120-124.

60 S. Pelloutier, “Lettre de M. P. à M. de B. sur les Celtes”, Bibliothèque germanique, 28, 1734, pp. 33-51 ; S. Pelloutier, Histoire des Celtes, op. cit., pp. 239, 295 et 457.

61 S. Pelloutier, “Dissertation sur un passage des ‘Commentaires’ de Jules Cesar De Bello Gallico”, Histoire de l’Académie royale de Berlin pour 1749, Berlin, Haude et Spener, 1751, pp. 491-500.

62 Paul-Henri Mallet, Introduction à l’histoire de Dannemarc, où l’on traite de la religion, des lois, des mœurs et des usages des anciens Danois, Copenhague, Berling, par L. H. Lillie, 1755.

63 Ian Wood, The Modern Origins of the Early Medieval Ages, Oxford, Oxford University Press, 2013, pp. 37-45 ; Thor J. Beck, Northern Antiquities in French Learningand Literature (1755-1855). A Study in Preromantic Ideas, New York, Institute of French Studies/Columbia University, vol. 1, 1934, pp. 19-44.

64 P.-H. Mallet, Introduction…, op. cit., pp. 252-256.

65 Michael Ignaz Schmidt, Geschichte der Deutschen, Ulm, Stettin, 1778, vol. 1, traduit en français : Histoire des Allemands, Liège, Plomteux, 1784 ; Michael O. Printy, « From barbarism to religion : Church history and the enlightened narrative in Germany », German History, 23-2, 2005, p. 172-201.

66 Edward Gibbon, The History of the Decline and Fall of the Roman Empire, Londres, Strahan, 1776, vol. 1, p. 218.

67 Hugh Williamson, « An attempt to account for the change of climate, which has been observed in the Middle Colonies in North-America », Transactions of the American Philosophical Society, 1, 1771, p. 272-280 ; Id., « Essai dans lequel on tâche de rendre raison du changement de climat qu’on a observé dans les Colonies […] », Journal de Physique (Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts), 1, 1773, p. 430-436.

68 Antonello Gerbi, The Dispute of the New World. The History of a Polemic, 1750-1900 [1955], Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 2010 ; Jacques Roger, « Buffon, Jefferson et l’homme américain », Bulletins et mémoires de la Société d’anthropologie de Paris, 1-3/4, 1989, p. 57-65 ; Silvia Sebastiani, « What constituted historical evidence of the New World ? Closeness and distance in Robertson and Clavijero », Modern Intellectual History, 11-3, 2014, p. 675-693 ; James Delbourgo, Nicholas Dew (éd.), Science and Empire in the Atlantic World, New York, Routledge, 2008.

69 Cornélius de Pauw, Recherches philosophiques sur les Américains, Berlin, George Jacques Decker, 2 vol., 1768 et 1769 ; William Robertson, History of America, Dublin, Messrs. Whitestone, W. Watson etc., 1777, 3 vol.

70 H. Williamson, Observation on the Climate in Different Parts of America, New York, T. & J. Swords, 1811, p. 174-178.

71 L’expression est de J. Golinski, British Weather…, op. cit., p. 197-201, citation p. 201.

72 Thomas Jefferson, Notes on the State of Virginia, Londres, John Stockdale, 1787, p. 134-137.

73 Georges Louis Leclerc De Buffon, Histoire naturelle générale et particulière, vol. 1, Paris, Imprimerie royale, 1749, p. 242 et vol. 4, Paris, Imprimerie royale, 1753, p. 397.

74 Buffon, « L’élan et le renne », in Id., Histoire naturelle, vol. 12, Paris, Imprimerie royale, 1764, p. 79-117.

75 Ibidem, p. 92.

76 Buffon, Histoire naturelle générale et particulière, supplément, tome cinquième, Des époques de la nature, Paris, Imprimerie royale, 1778, p. 237.

77 Thierry Hoquet, « La théorie des climats dans l’Histoire naturelle de Buffon », Corpus. Revue de philosophie, 34, 1998, p. 59-90.

78 Buffon, […] Des époques de la nature, op. cit., p. 244.

79 Au XIXe siècle, elle sera un puissant motif idéologique en soutien à la colonisation, notamment dans le Maghreb : Diana K. Davis, Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb [2007], Seyssel, Champ Vallon, 2012.

80 Voir par exemple François Rozier, Cours complet d’agriculture, vol. 2, Paris, Hôtel Serpente, 1782, p. 664 ; Abbé Jérôme Richard, Histoire naturelle de l’air & des météores, Paris, Saillant et Nyon, 1770-1771, vol. 2, p. 245-246, p. 265-266, p. 295-297 ; Louis Cotte, Traité de météorologie, Paris, Imprimerie royale, 1774, p. 607-609.

81 Joseph Pitton de Tournefort, Relation d’un voyage au Levant, Paris, Imprimerie royale, 1717, vol. 2, p. 268.

82 Voir par exemple Jean-Jacques Dortous de Mairan, Dissertation sur la glace, ou explication physique de la formation de la glace et de ses divers phénomènes, Béziers, Barbut, 1717, p. 41-48.

83 Simon Linguet, “Du dérangement dans l’ordre des saisons”, Annales politiques, civiles et littéraires, Lausanne, vol. 1, 1778, p. 477-489.

84 Thorvaldur Thordarson, Stephen Self, “Atmospheric and environmental effects of the 1783-1784 Laki eruption”, Journal of Geophysical Research, 108-D1, 16 novembre 2003, p. 7(1)-7(29).

85 “Observation sur la chaleur des climats par M***, gentilhomme du Vivarais”, Journal de physique, 3, 1774, p. 243-249 et p. 4, p. 174-175.

86 Jean-François-Clément Morand, Du charbon de terre et de ses mines. Description des arts et métiers, Paris, Desaint, 1761, p. 168 ; Jean-Louis Giraud-Soulavie, Histoire naturelle de la France méridionale, Paris, Quillau, 1781, vol. 4, p. 45-48.

87 Voir les analyses de Jacques Roger, in Buffon, Les époques de la nature, édition critique [1778], Paris, Muséum, 1988, p. xxvii-xxxv. G. L. de Buffon, “Premier mémoire. Recherches sur le refroidissement de la Terre et des planètes” et “Second mémoire. Fondement des recherches précédentes sur la température des planètes”, in Idem, Histoire naturelle générale et particulière, supplément, tome second, Paris, Imprimerie royale, 1775, p. 313-361 et p. 361-377.

88 G. L. de Buffon, […] Des époques de la nature, op. cit., p. 240.

89 Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, Paris, Fayard, 2006, vol. 2, p. 28-103. L’hiver 1772 est désastreux, puis trois ans plus tard des récoltes insuffisantes causent des troubles frumentaires dans le Nord de la France, connus sous le nom de « guerre des farines ».

90 S. Linguet « Du dérangement. », art. cit.

91 Le Journal de Paris publie chaque jour, à partir de 1784, un bulletin météorologique très populaire auprès des Parisiens, tiré des observations de l’Observatoire de Paris (archives de l’Observatoire de Paris, D6-39).

92 J. Richard, Histoire naturelle de l’air, op. cit., vol. 1, p. 2.

93 Emma Spary, Utopia’s Garden. French Natural History from Old Regime to Revolution, Chicago, Chicago University Press, 2000.

94 Jean-Baptiste Moheau, Antoine Montyon, Recherches et considérations sur la population de France, Paris, Moutard, 1778, vol. 2, p. 156.

95 J. Golinski, British Weather…, op. cit.

96 L. Cotte, Traité de météorologie…, op. cit., p. 519.

97 En comparaison, les observations de Cotte à Montmorency courent sur 13 ans seulement, de 1769 à 1782.

98 Les vocables utilisés (« conjectures », « règles de prévoyance ») et la référence au théorème de Bernoulli par Toaldo témoignent de la volonté de se démarquer des vendeurs d’almanachs. En 1805, s’inspirant de Toaldo, Cotte publie des prévisions météorologiques s’étendant jusqu’à la fin du XIXe siècle : L. Cotte, Mémoire sur la période lunaire de dix-neuf ans, Paris, Huzard, 1805.

99 Giuseppe Toaldo, Essai météorologique sur la véritable influence des astres, des saisons et changements de tems […], Chambéry, Gorrin, 1784, p. 189.

100 Ibidem, p. xvii, p. 220-222.

101 Ibidem, p. xii.

102 G. Toaldo, Della veraInfluenza degli Astri, Saggio Meteorologico, Padoue, Manfre, 1770, p. 146.

103 Journal des sçavans, octobre 1771, p. 103.

104 G. Toaldo, Essai de météorologie appliquée à l’agriculture, Montpellier, Martel, 1774, p. 58 ; Id., Meteorologia applicata all Agricultura, Venise, Storti, 1775, p. 40.

105 G. Toaldo, Essai météorologique…, op. cit., p. 174.

106 Norton Wise (éd.), The Values of Precision, Princeton, Princeton University Press, 1995 ; Christian Licoppe, La formation de la pratique scientifique : le discours de l’expérience en France et en Angleterre, 1630-1820, Paris, La Découverte, 1996.

107 Jean Gaussen, Dissertation sur le thermomètre de Réaumur, Béziers, Fuzier, 1789, p. 227.

108 Observations sur la physique, 4, 1774, p. 480 ; Histoire de l’Académie royale des sciences, année 1774, avec les Mémoires de mathématiques & de physique, pour la même année, tirés des registres de cette académie (désormais HARS, année.), Paris, Imprimerie royale, 1778, p. 688.

109 Observations sur la physique, 13, 1778, p. 456.

110 L. Cotte, Mémoires sur la météorologie, Paris, Imprimerie royale, 1788, vol. 2, p. 482-485.

111 Charles MESSIER, “Mémoire sur le froid extraordinaire qu’on a ressenti […] au commencement de cette année 1776”, HARS, année 1776, Paris, Imprimerie royale, 1779, p. 42.

112 Ibidem, p. 63.

113 Antoine Baumé, Opuscules chimiques, Paris, Agasse, an VI, p. 214.

114 Ibidem.

115 Etienne Bézout, Antoine Laurent Lavoisier et Alexis-Théophile Vandermonde, « Expériences faites par ordre de l’Académie, sur le froid de l’année 1776 », HARS, année 1777, Paris, Imprimerie royale, 1780, p. 505-526, citation p. 526 ; Jean-François Gauvin, « The instrument that never was : inventing, manufacturing, and branding Réaumur’s thermometer during the Enlightenment », Annals of Science, 69-4, 2012, p. 515-549.

116 Raymond Bradley, Philip Jones, Climate Since A.D. 1500, Londres, Routledge, 1995, p. 1-16.

117 C. Messier, « Mémoire sur le froid. », art. cit., p. 85.

118 Ibidem, p. 63-79.

119 Pierre Nicolas Bonamy, “Sur l’inondation de la Seine à Paris, au mois de décembre 1740”, Histoire de l’Académie royale des inscriptions et belles lettres, vol. 17, Paris, Imprimerie royale, 1751, p. 701 ; Antoine Deparcieux, “Mémoire sur les inondations de la Seine”, HARS, année 1764, Paris, Imprimerie royale, 1767, p. 457-487.

120 L. Cotte, “Notice des grands hivers […] et des grandes inondations de la Seine à Paris”, Journal de physique, 48, an VII (1799), p. 270-280 ; Id., “Notes sur la chaleur et la sécheresse extraordinaires de l’été de l’an VIII (1800)”, Journal de physique, 51, an VIII (1800), p. 216.

121 Inspirée par le texte des Géorgiques de Virgile qui rend compte du passage des saisons et des « événements » de la Nature (floraison, arrivée des oiseaux, etc.).

122 Guy Pueyo, “La météorologie à la Société royale d’agriculture au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle”, Comptes rendus des séances de l’Académie d’agriculture de France, 1975, p. 217-226.

123 L. Cotte, Traité de météorologie, op. cit., p. 420-422 et p. 451-457.

124 « Observation […] Vivarais », art. cit., p. 245-251.

125 Michel Adanson, Famille des plantes, Paris, Vincent, 1763, p. 124-148.

126 E. Spary, Utopia’s Garden…, op. cit., p. 117-133.

127 Marie-Noëlle Bourguet, “Landscape with numbers. Natural history, travel and instruments in the late eighteenth and early nineteenth centuries”, in M.-N. Bourguet, C. Licoppe et Heinz Otto Sibum (éd.), Instruments, Travel and Science. Itineraries of Precision for the Seventeenth to the Twentieth Century, Londres, Routledge, 2002, p. 97-126.

128 J.-L. Giraud-Soulavie, Histoire naturelle de la France méridionale. Les végétaux, Paris, Quillau, 1783, vol. 1, p. 177.

129 Numa Broc, Les montagnes au siècle des Lumières [1969], Paris, CTHS, 1991, p. 173.

130 J.-L. Giraud-Soulavie, Histoire naturelle…, op. cit., p. 241.

131 Jean-Louis Reynier, “Mémoire sur l’abaissement de la région boisée”, Mémoires d’agriculture, d’économie rurale et domestique, 1790, p. 60-71, p. 63.

132 Ibidem, p. 65-66.

133 Sur la « découverte »» savante des montagnes au XVIIIe siècle : N. Broc, Les montagnes…, op. cit. ; Jean-Claude Pont, Jan Lacki (éd.), Une cordée originale. Histoire des relations entre science et montagne, Genève, Georg, 2000 ; Claude Reichler, La découverte des Alpes et la question du paysage, Genève, Georg, 2002 ; Peter H. Hansen, The Summits of Modern Man. Mountaineering after the Enlightenment, Cambridge, Harvard University Press, 2013.

134 E. Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, op. cit., vol. 1, p. 409-529.

135 Johann Georg Altmann, Abraham Ruchat, L’état et les délices de la Suisse, Amsterdam, Wetsteins et Smith, 1730, vol. 2, p. 221 ; Pierre Martel, “Voyage aux glacières de Faucigny” [1742], in William Windham et Pierre Martel, Relations de leurs deux voyages aux glaciers de Chamonix (1741-1742), Genève, Bonnant, 1879, p. 35-67, p. 51.

136 G. L. de Buffon, Des époques de la Nature, op. cit., p. 143-144. Les pages des Époques de la nature consacrées aux glaciers sont toutes empruntées à Bourrit, à qui Buffon obtiendra une pension royale ; Douglas Freshfield, The life of Horace Benedict de Saussure [1920], Genève, Slaktine, 1989, p. 167.

137 Marc-Théodore Bourrit, “Lettre à M. le comte de Buffon, sur l’accroissement des glacières dans les Hautes-Alpes”, Esprit des journaux, 6, 1780, p. 302.

138 Bernhard Friedrich Kuhn, “Versuch uber den Mechanismus der Gletscher”, Magazin für die Naturkunde Helvetiens, 1, 1787, p. 117-136, citation p. 135.

139 César Bordier, Voyage pittoresque aux glacières de Savoye fait en 1772, Genève, La Caille, 1773, p. 225. Voir aussi Horace Benedict de Saussure, Voyages dans les Alpes, Genève, Barde, Manget & Cie, 1786, vol. 1, p. 453-455.

140 Sont ainsi utilisés par Messier et Van Swinden : François Eudes de Mézeray, Histoire de France depuis Faramond jusqu’au règne de Louis le Juste, 3 vol., Paris, Barbin, 1685 et Michel Félibien, Histoire de la ville de Paris, 4 vol., Paris, Desprez, 1725. Pour les chroniques universelles : John Axford, Catastrophe Mundi : Or, the Various Alterations and Changes that have happened in the World since 46 Years after the Creation, Londres, J. Nust, 1704.

141 Thomas Short, A General Chronological History of the Air, Weather, Seasons, Meteors & co in Sundry Places and Different Times, Londres, Longman, 1749.

142 John Rutty, Chronological History of Weather and Seasons and of the Prevailing Diseases in Dublin, Londres, Robinson, 1770.

143 Jan Hendrick, Van Swinden, Observations sur le froid rigoureux de janvier 1776, Amsterdam, Rey, 1778, p. vi.

144 J. H. Van Swinden, “Lettre sur les grands hivers adressée au citoyen Cotte”, Journal de physique et de chimie, 1, 1800, p. 279-281.

145 G. Toaldo, “Discorso sopra l’anno 1776”, Giornali Astro-meteorologici dall’ anno 1773 all anno 1798, Venise, Francesco Andreola, 1802, vol. 1, p. 138-147.

146 G. Toaldo, Essai météorologique…, op. cit., p. 244-253.

147 Anton Pilgram, Untersuchungen uber das Wahrscheinliche der Wetterkunde durch vieljahrige Beobachtungen, Vienne, Joseph Edlen, 1788.

148 Théodore Augustin Mann, Mémoire sur les grandes gelées et leurs effets, où l’on essaie de déterminer ce qu’il faut croire de leurs retours périodiques et de la gradation en plus ou moins froid de notre globe, Gand, Goesin, 1792. Ce mémoire a été réédité avec une présentation de Muriel Collart et une préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie, Paris, Hermann, 2012.

149 Il suit en cela la théorie du président de l’Académie de Bruxelles : Jean Needham, Nouvelles recherches physiques et métaphysiques sur la nature et la religion, avec une nouvelle théorie de la Terre, Paris et Londres, Lacombe, 1769.

150 T. A. Mann, Mémoire sur les grandes gelées…, op. cit., p. 112.

151 <http://pds.lib.harvard.edu/pds/view/7785862?n=34&gt; (consulté le 21 février 2014).

Publicités
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :