Thierry Ribault, Redémarrage d’un réacteur nucléaire au Japon, 2015

Les maîtres chanteurs du nucléaire redémarrent un réacteur au Japon face à une résistance effroyablement inoffensive

 

Le 11 août 2015, le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Sendaï, dans le département de Kagoshima situé au sud-ouest du Japon, a redémarré. L’administration Abe souhaite donner à ce moment un caractère décisif pour sa stratégie énergétique, considérant le nucléaire comme « vital » pour l’avenir de la nation, au même titre qu’entre 1931 et 1945, l’occupation de la Mandchourie était également considérée comme « vitale » pour un Empire dont on connaît le bel avenir auquel il a été promis. Lire la suite »

Philippe Oberlé, La pandémie est nucléaire, 2020

Dans un épisode de la série de vidéos « Il est temps » d’Arte (3 août 2020), Jean-Marc Jancovici, ingénieur français diplômé de l’École Polytechnique, fondateur et président de The Shift Project – « le think tank de la transition carbone » – et associé fondateur de Carbone 4 – « premier cabinet de conseil spécialisé sur la transition énergétique et l’adaptation au changement climatique » – n’ a pas peur de déclarer:

« Et gros, je vois le nucléaire comme un amortiseur de la décroissance, plus efficace que l’éolien ou le solaire. Et amortir la décroissance, quand on est dans un monde instable, c’est diminuer les risques, parce que sinon, la décroissance subie et rapide, ça se termine en barbarie. »

Cette déclaration est à classer parmi les nombreuses absurdités défendues avec vigueur par les nuisibles et autres parasites proches du pouvoir cherchant par tous les moyens à maintenir l’ordre socio-économique et technologique dominant, même au prix de la vie sur Terre. Lire la suite »

Antoine Costa, Gilets jaunes & Or noir, 2019

« Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. »

Dominique Strauss-Kahn, La Flamme et la Cendre, 2002.

 

LE SOIR DU 5 MAI 2017, à deux heures du début de la période de réserve de l’élection présidentielle qui interdit aux médias et aux partis politiques de s’exprimer (Macron sera élu deux jours plus tard) le site de Wikileaks publie ce qui s’appellera par la suite « les Macronleaks », 15 gigaoctets d’e-mails échangées entre 2009 et 2017 par l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Deux ans après, l’enquête ne donne rien, personne ne sait véritablement qui est l’origine du piratage, même si Le Monde affirme que « toutes les pistes mènent vers l’Est », un euphémisme pour désigner la Russie.

Il aura fallu du temps pour décortiquer les informations. Le 25 décembre 2018, un peu plus d’un mois après le démarrage du mouvement des Gilets jaunes, Wikileaks annonce via son compte twitter que « dès le début, la taxe carbone a été conçue pour compenser l’allègement des cotisations patronales ». Juan Branco, l’auteur du best-seller Crépuscule reprend l’information en la qualifiant d’ « exclusive ». En vérité cette information n’est pas un scoop et elle n’était pas secrète, mais le mouvement des Gilets jaunes va mettre en lumière l’insolence de cette politique : la fiscalité verte pèse lourdement sur les plus pauvres et elle ne sert que partiellement à financer la transition écologique, la majeure partie étant destiner à compenser des exonérations faites aux plus riches. Lire la suite »

Atecopol, Lettre aux salarié.e.s de l’aéronautique toulousaine, 2020

Nous faisons partie de l’Atécopol [1], un collectif de plus d’une centaine de scientifiques de la région toulousaine, de multiples disciplines et de presque tous les établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Comme beaucoup de Toulousaines et Toulousains, nous nous interrogeons sur l’avenir de l’industrie aéronautique, et nous souhaiterions partager quelques réflexions avec vous, salarié.e.s de ce secteur stratégique.

La crise du covid-19 provoque un ébranlement immense et touche de plein fouet votre domaine d’activité. Aujourd’hui drastiquement réduit, le trafic aérien pourrait être affecté pour longtemps par le ralentissement du commerce et du tourisme à longue distance, ou par des restrictions réglementaires face aux risques pandémiques présents et futurs. Rebondira-t-il ou pas, et à quelle échéance, personne ne peut encore le dire. Dans ce contexte d’extrême incertitude, et sans doute de rupture, nous souhaitons souligner par ce courrier combien cette crise peut être l’occasion d’affronter également et conjointement les enjeux écologiques cruciaux auxquels fait face le monde tributaire de l’aviation. Lire la suite »

Radio: Jean-Baptiste Fressoz, Une histoire politique du CO2, 2015

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, nous brosse à grands traits une histoire politique du CO2 aux XIXe et XXe siècles. Car aussi fameuse que soit la courbe des émission de CO2 établie par le GIEC, il est en fait assez difficile d’en faire une histoire suffisamment précise pour permettre par exemple de retracer la part de différents choix technologiques dans les émissions de gaz a effet de serre. Il est impossible de savoir, dans cette courbe, ce qui relève de l’automobile, de l’agriculture industrielle ou de la guerre. Il s’agit donc d’essayer de politiser le constat du changement climatique.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°59,
diffusée sur Radio Zinzine en février 2020.

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Radio: Ingénieur, pourquoi?, 2019

Les études d’ingénieur, c’est – dit-on – la « voie royale ». Avoir un diplôme d’ingénieur permet de gagner confortablement sa vie, et de faire partie des gagnants.

Mais pour certains, un bon salaire ne suffit pas à répondre aux grandes questions existentielles. À quoi servent les ingénieurs aujourd’hui ? À être des bons petits soldats de la fuite en avant technologique ? À remplacer les humains par les robots, à les rendre toujours plus dépendants de la technologie, d’industries toujours plus avides d’énergie et de ressources ?

Alors que les rapports scientifiques alarmants sur l’accélération de la catastrophe écologique se multiplient, ces questions sont quasiment absentes des formations d’ingénieurs. On apprend essentiellement aux étudiants à se conformer aux attentes du marché du travail et des entreprises, qui n’ont pour but que la croissance de leurs bénéfices.

De plus en plus nombreux sont les étudiants en école d’ingénieur qui se posent des questions sur leur rôle social et ne veulent plus suivre cette « voie royale » qu’on leur a tracé.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°58,
diffusée sur Radio Zinzine en décembre 2019.

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Jérôme Small, En Australie, l’apocalypse, 2020

Depuis plusieurs semaines, des incendies dévastateurs ravagent l’Australie. Nous reproduisons ci-dessous l’analyse publiée par le site australien Redflag, affilié au mouvement australien Socialist Alternative, qui pointe du doigt la responsabilité des industries fossiles et de la classe politique australiennes.

Certains pompiers signalent des flammes de 150 mètres de haut. Relisez ça, lentement. Des flammes de 150 mètres de haut. Plus hautes qu’un immeuble de 40 étages.

C’est la nouvelle norme estivale en Australie. Des flammes gigantesques et des humains terrifiés, blottis sur la plage dans la nuit noire ou la lueur orange du jour. Désorganisées, paniquées, des milliers de personnes sont forcées de fuir. Des villes et des villages ont été enveloppés pendant des jours, des semaines et maintenant des mois dans une brume de fumée qui va de l’irritant au toxique jusqu’au mortel. Une zone incendiée dont la dimension dépasse largement celle des terres touchées par les incendies d’Amazonie et de Californie.

Des douzaines de personnes sont mortes ou portées disparues. Et ce n’est que le début. Lire la suite »

Matthieu Amiech, Les gouvernements font partie du problème écologique, pas de la solution, 2019

Les couches dirigeantes, coupables d’inaction climatique ? C’est pire. Elles sont coupables et responsables de politiques farouchement volontaristes qui aggravent la crise. Il n’y a pas lieu de les implorer d’en faire plus, avertit l’auteur de cette tribune. Nous devons plutôt commencer, à la base de la société, à redéfinir nos modes de vie et nos besoins.

 

Depuis la fin de 2018, l’idée que les gouvernements du monde entier n’en font pas assez pour lutter contre le réchauffement climatique est devenu une antienne du débat public. Cette idée est le fondement de l’action en justice lancée par d’importantes ONG écologistes sous le titre spectaculaire de l’« Affaire du siècle ».

Elle est le contenu du cri très médiatisé de la jeune Suédoise, Greta Thunberg. Elle est, par ricochet, le motif central des manifestations répétées de centaines de milliers de personnes, lycéens et étudiants notamment, qui « marchent pour le climat » dans les villes occidentales depuis décembre dernier. Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, Cinécologie, 2015

Si le cinéma, surtout sous son versant documentaire, s’est fait parfois enregistrement du délabrement, preuve visuelle d’un cancer industriel, il témoigne aussi d’un imaginaire et d’un optimisme technologique que la réalité environnementale ne cesse de désavouer. Cinéma-symptôme, qui demande à être lu à l’envers pour que s’y laisse déceler son accointance congénitale avec tout ce qui n’a cessé de propulser le désastre – le capitalisme.

C’est dans cette optique que nous sommes allés frapper à la porte de Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, pensant avec raison que son regard éloigné nourrirait des réflexions enrichies par une connaissance aigüe des problématiques écologiques. Lire la suite »

De Cadarache à Bure, mettre fin au délire nucléaire!

«Pourquoi ce centre inoffensif n’a-t-il pas été installé tout simplement à Paris, et plus spécialement dans les jardins inutiles de l’Élysée? […] Si on me dit que, malgré son innocuité certifiée, ce centre nucléaire ferait courir quelque danger à Paris et aux hôtes de l’Élysée, je répondrai que notre sort et celui de nos enfants présents et futurs nous sont également très chers.»

Jean Giono, A propos de la construction de Cadarache, Provence, 1961.

En 70 ans, la filière nucléaire française a produit 1,62 million de m³ de déchets radioactifs, soit l’équivalent de 648 piscines olympiques de matériaux qui resteront hautement toxiques pour des centaines de milliers d’années (1). Chaque année, elle en produit 25 000 m³ de plus. A 30 km d’ici, 42 000 m3 de déchets nucléaires sont entreposés dans le gigantesque centre de Cadarache où, de l’aveu même des autorités, ils contaminent le sol et les eaux souterraines.

La « solution » décidée par l’État est l’enfouissement des plus dangereux de ces déchets à Bure, dans le nord-est de la France, une campagne sinistrée par les deux guerres mondiales et l’agro-industrie. Cette gigantesque poubelle nucléaire baptisée « Centre industriel de stockage géologique » (Cigéo), plongeant jusqu’à 500 mètres sous terre et comptant 300 km de galeries, devrait coûter au minimum 25 milliards d’euros d’argent public (2).Lire la suite »