Archive

Posts Tagged ‘1997’

André Pichot, Des biologistes et des races, 1997

25 décembre 2017 Laisser un commentaire

Ce qui est en question dans le racisme,
ce n’est pas la diversité des races

Les déclarations de J.-M. Le Pen sur l’inégalité des races et The Bell Curve de R.J. Herrnstein et C. Murray nous ont valu, de la part de grands biologistes et autres intellectuels, quelques considérations que l’on peut classer en deux groupes : l’un caractérisé par la réunion d’octobre 1996 au musée de l’Homme où François Jacob et al. ont déclaré que la race était un « faux concept » 1, l’autre par l’article de N. Block dans La Recherche 2, qui s’efforce de déficeler les arguments attribuant aux Noirs une intelligence héréditairement inférieure.

Tout d’abord, combattre le racisme en laissant entendre que les races n’existent pas est une ineptie. Tout un chacun sait d’expérience courante qu’il existe des Blancs, des Noirs, des Jaunes, et que l’on peut même faire quelques distinctions à l’intérieur de ces groupes ; et tout un chacun sait que ces groupes sont appelés « races ». L’existence même des métis, souvent utilisée pour conforter l’unicité de l’espèce humaine, implique la diversité de races. Sans races, pas de métis ; et sans possibilité de métissage, pas de races, mais des espèces différentes. Lire la suite…

Publicités

André Pichot, Biólogos e raças, 1997

25 décembre 2017 Laisser un commentaire

As declarações de J-M. Le Pen sobre a desigualdade das raças e The Bell Curve de R.J. Herrnstein e C. Murray nos valeram, da parte de grandes biólogos e outros intelectuais, algumas considerações que podemos classificar em dois grupos : um caracterizado pela reunião de outubro de 1996 no museu do Homem onde François Jacob et al. declararam que a raça é um “falso conceito” 1 ; o outro pelo artigo de N. Block em La Recherche 2, que se esforça para denodar os argumentos atribuindo aos negros uma inteligência hereditariamente inferior.

Antes de tudo, combater o racismo deixando entender que as raças não existem é uma inépcia. Todo mundo sabe pela experiência corrente que existem brancos, negros, amarelos, e que se pode mesmo fazer algumas distinções no interior desses grupos ; e todo mundo sabe que esses grupos são chamados “raças”. A existência mesma dos mestiços, frequentemente utilizada para apoiar a unicidade da espécie humana, implica a diversidade de raças. Sem raças, sem mestiços ; e sem possibilidade de mestiçagem, nada de raças, mas espécies diferentes. Lire la suite…

Teodor Shanin, L’idée de progrès, 1997

24 janvier 2017 Laisser un commentaire

La philosophie des XVIIe, XVIIIe, et XIXe siècles a légué à nos sciences sociales contemporaines un héritage majeur, l’idée de progrès. Cette idée laïque, s’écartant résolument de la pensée médiévale qui expliquait tout par la volonté de Dieu, proposait une théorie forte, durable et séduisante, permettant d’ordonner et d’interpréter l’ensemble de la vie passée, présente et future de l’Humanité. Le concept est d’une simplicité extrême : malgré quelques aléas, toute société se déplace régulièrement vers le “haut”, le long d’une route qui l’éloigne de la pauvreté, de la barbarie, du despotisme et de l’ignorance pour la conduire vers la richesse, la civilisation, la démocratie et la Raison (incarnée par sa quintessence, la science).

C’est un mouvement irréversible, depuis la diversité infinie des particularismes – gaspilleurs d’énergie humaine et de ressources – jusqu’à un monde unifié, simplifié et rationnel. Lire la suite…

Teodor Shanin, The Idea of Progress, 1997

24 janvier 2017 Laisser un commentaire

The he idea of progress is the major philosophical legacy left by the seventeenth to nineteenth centuries to the contemporary social sciences. The idea was secular, departing from the medieval mind-set where everything could be explained by God’s will, and it offered a powerful and pervasive supra-theory that ordered and interpreted everything within the life of humanity – past, present and future. The core of the concept, and its derivations and the images attached to it, have been overwhelmingly simple and straightforward, with a few temporary deviations, all societies are advancing naturally and consistently “up”, on a route from poverty, barbarism, despotism and ignorance to riches, civilization, democracy and rationality, the highest expression of which is science. This is also an irreversible movement from an endless diversity of particularities, wasteful of human energies and economic resources, to a world unified and simplified into the most rational arrangement, It is therefore a movement from badness to goodness and from mindlessness to knowledge, which gave this message its ethical promise, its optimism and its reformist “punch” The nature of the interdependence of the diverse advances – economic, political, cultural and so on – has been the subject of fundamental divisions and debate; for example, is it the growth of rationality or of the forces of production which acts as the prime mover? What was usually left unquestioned was the basic historiography of the necessary sequence and/or stages along the main road of progress as the organizing principle on which all other interpretations rest. Lire la suite…

Recension: M. Hawkins, Le darwinisme social dans la pensée européenne et Américaine, 1997

Mike Hawkins,

Le darwinisme social dans la pensée européenne et Américaine, 1860-1945

La nature comme modèle et comme menace.

éd. Cambridge University Press, 1997.

.

Hawkins fournit une analyse fine du darwinisme social dans un travail important et stimulant qui va sûrement devenir un ouvrage de référence sur le sujet pour les quelques temps à venir. C’est un magnifique correctif à l’interprétation révisionniste assez populaire du darwinisme social propagé par Robert C. Bannister et d’autres. Cependant, son interprétation n’est pas simplement une réitération de la thèse classique de Richard Hofstadter.

Contrairement à Hofstadter, qui assimilait le darwinisme social au laisser-faire économique, au racisme, au le militarisme et l’impérialisme, bien des études récentes sur le darwinisme social ont mis l’accent sur ses différentes variantes, car souvent des penseurs ont appliqué le darwinisme à la pensée sociale et politique de façons contradictoires – les socialistes et les pacifistes ont également fait appel au darwinisme comme appui pour leurs doctrines autant que les promoteurs du laissez-faire et les militaristes. La beauté de l’analyse de Hawkins réside dans le fait qu’il tient compte de la diversité des opinions politiques et sociales adoptées par les darwinistes, tout en faisant ressortir les points communs sous-jacents. Il le fait en distinguant entre le darwinisme social comme une vision du monde fondamentale et les idéologies politiques et sociales construites sur cette vision du monde. Lire la suite…

Review: M. Hawkins, Social Darwinism in European and American Thought, 1997

Mike Hawkins,

Social Darwinism in European and American Thought, 1860-1945

Nature as Model and Nature as Threat.

Cambridge University Press, 1997.

.

Hawkins provides a keen analysis of Social Darwinism in an important and thought-provoking work that will surely become the standard work on the subject for some time to come. It is a superb corrective to the fairly popular revisionist interpretation of Social Darwinism propagated by Robert C. Bannister and others. However, his interpretation is not simply a reiteration of the classic Richard Hofstadter thesis.

Unlike Hofstadter, who boiled down Social Darwinism to laissez-faire economics, racism, militarism, and imperialism, much recent scholarship on Social Darwinism has emphasized the varieties of Social Darwinism, since thinkers often applied Darwinism to social and political thought in contradictory ways–socialists and pacifists appealed to Darwinism for support as much as laissez faire proponents and militarists. The beauty of Hawkins’ analysis is that he takes account of the diversity of political and social views espoused by Darwinists, while bringing out the underlying commonalities. He does this by distinguishing between Social Darwinism as a fundamental world view and the political and social ideologies built on that world view. He defines Social Darwinism as a world view containing the following five beliefs: 1) biological laws govern all of nature, including humans, 2) Malthusian population pressure produces a struggle for existence, 3) physical and mental traits providing an advantage to individuals or species would spread, 4) selection and inheritance would produce new species and eliminate others, and 5) natural laws (including the four above) extend to human social existence, including morality and religion. Those embracing these fundamental points are Social Darwinists, whether they are militarists or pacifists, laissez-faire proponents or socialists. Lire la suite…

Stephen Jay Gould, Kropotkine n’était pas cinoque!, 1997

7 février 2016 Laisser un commentaire

Stephen Jay Gould (1941-2002) est un distrayant personnage. Lorsqu’il se risque à évoquer des thèses qui entrent en contradiction avec les idées de Darwin, c’est avec le « deux poids, deux mesures » qui caractérisent l’idéologue dans son numéro de mauvaise foi. Dans le texte qui suit, on en trouvera plusieurs exemples.

Y a t’il lutte ou coopération dans la nature ? Gould précise entre parenthèses : « en réalité, [la nature] n’est ni l’une ni l’autre, car les concepts humains sont vraiment inappropriés ». Mais dans la suite, il soutiendra toujours que c’est la « lutte » qui prédomine. Autrement dit, pour rendre compte des rapports entre les êtres vivants, ce concept est inapproprié, mais Darwin a raison de l’utiliser…

En conclusion, Gould déclare : « si on nous présente la nature précisément sous le jour qui nous conforte dans nos préjugés, il faut être doublement méfiant ». Méfiance qui ne s’applique bien évidement pas à la nature que nous présente Darwin, qui précisément nous conforte dans les préjugés de la société capitaliste et industrielle… Lire la suite…

Pierre Thuillier, Science, pouvoir et démocratie, pour une science responsable, 1997

27 novembre 2015 Laisser un commentaire

Nous reproduisons ce texte à titre de document. Les propos n’engagent que son auteur, et nous avons rajouté entre […] indications et commentaires.

Ce colloque est donc organisé en hommage à Martine Barrère. J’étais déjà chef de rubrique dans une revue dont j’ai oublié le nom [La Recherche] lorsqu’elle est arrivée place de l’Odéon. Nous nous sommes tout de suite retrouvés dans le même bureau, avec Jeanine Rondest, parfois avec quelques autres dont un comptable fou qui avait certainement tout compris avant nous puisqu’il a fini par jeter les meubles par la fenêtre… Catherine Allais en dira plus sur le travail de celle que j’appelais « Titine ». Pour ma part, je veux évoquer ici l’élan, la joie, la chaleur qu’elle apportait dans notre travail. Malgré de nombreux déménagements, nous avons continué à travailler ensemble, à pratiquer la lecture croisée de nos papiers, à débattre des heures durant sur tous les sujets. Je garde un excellent souvenir de cette collaboration fructueuse. Ainsi c’est sans doute parce que Martine avait elle-même abordé le sujet que j’ai été amené à écrire sur les expériences nazies sur l’hypothermie dans les camps de concentration. Je le dis ici sans complaisance aucune, je regrette son enthousiasme, sa curiosité, son esprit critique, son courage. Tout cela s’est terminé de bien triste façon, et je fais totalement miennes les paroles qu’a prononcées Catherine Allais au cimetière du Père Lachaise : Martine a bien été victime de quelques petits potentats dont on ne saurait qualifier la médiocrité.

Venons-en au colloque. J’avoue avancer ici tout tremblant tant le sujet paraît vaste. Je me contenterai donc de quelques remarques simplificatrices sans même aborder des sujets comme la vache folle ou le sang contaminé. Je souhaite vraiment que les interventions soient les plus pointues possibles. En effet, en trente ans de journalisme scientifique, j’ai connu bien des colloques sur le thème de la responsabilité, et j’y ai constaté que les personnes les plus complices du système, les journalistes les plus plats s’y régalaient. Il nous faut donc être pertinents, parfois méchants et ne pas nous satisfaire de la langue de bois. Lire la suite…

Thierry Paquot, Interview avec Augustin Berque, 1997

10 octobre 2015 Laisser un commentaire

Actif théoricien et propagandiste d’une géographie culturelle, Augustin Berque, né en 1942 à Rabat, pratique avec plaisir l’analyse comparée. Il est vrai que sa formation pluridisciplinaire ne peut que l’y encourager : après des études de géographie, de chinois et de japonais, Augustin Berque se plonge dans la lecture critique des philosophes, japonais et occidentaux. Comment une société aménage-t-elle ses espaces ? Quelles sont les relations que les hommes entretiennent avec le territoire ? Ces questions ne relèvent pas de la seule géographie, ou alors d’une géographie ouverte à la philosophie. Lire la suite…

Pierre Thuillier, La mystification d’Alan Sokal, 1997

9 décembre 2013 Laisser un commentaire

Les penseurs « postmodernes » manquent-ils de rigueur et de culture scientifique ? Pour le savoir, un physicien américain a expérimenté.

« Il faut dénoncer la paresse et l’imposture intellectuelle, d’où qu’elles viennent ». Telle est la justification qu’a fournie le physicien Alan Sokal, de l’Université de New York, après s’être livré à un brillant canular qui a fait couler beaucoup d’encre. Rappelons les faits. Lire la suite…