Veronika Bennholdt-Thomsen et Maria Mies, Subsistance et économie mondialisée, 1997

En introduction de leur ouvrage La Subsistance. Une perspective écoféministe, Veronika Bennholdt-Thomsen et Maria Mies nous racontent ce qu’elles ont appris d’une conversation entre des femmes d’un village du Bangladesh et Hillary Clinton, qu’elles utilisent ensuite pour expliquer leur perspective sur la subsistance, une perspective « d’en bas ». En voici quelques extraits.

Une vache pour Hillary

En avril 1995, quelques mois avant le début de la Conférence mondiale des femmes organisée par les Nations unies à Pékin, Hillary Clinton, alors première dame des Etats-Unis, a fait un voyage au Bangladesh. Elle est allée voir par elle-même si les projets menés par la Grameen Bank dans les villages du Bangladesh, projets dont elle avait tant entendu parler, étaient bel et bien un succès. Les microcrédits de la Grameen Bank avaient la réputation d’avoir remarquablement amélioré le sort des paysannes dans ce pays, et Mme Clinton voulait savoir si les femmes avaient véritablement gagné en autonomie [empowered] grâce à ces microcrédits. Pour la Grameen Bank et les organismes de développement, « l’autonomisation des femmes » revient à ce qu’une femme ait quelques biens et un revenu personnel en monnaie. Lire la suite »

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Veronika Bennholdt-Thomsen and Maria Mies, Subsistence and globalised economy, 1997

Maria Mies, 2011

Introducing their book The Subsistence Perspective: Beyond the Globalised Economy, Veronika Bennholdt-Thomsen and Maria Mies tell us what they learned from a conversation between women in a Bangladeshi village and Hillary Clinton, which they then use to explain their perspective on subsistence, a perspective “from below”. Here are some excerpts.

A cow for Hillary

In April 1995, some months before the beginning of the UN World Women’s Conference in Beijing, Hillary Clinton, the First Lady of the USA, visited Bangladesh. She had come to find out herself about the success stories of the Grameen Bank projects which were said to have so empowered rural women in Bangladesh. For the Grameen Bank and development agencies, “empowerment of women” means that a woman has an income of her own and that she has some assets. Lire la suite »

Veronika Bennholdt-Thomsen y Maria Mies, Subsistencia y la economía globalizada, 1997

Maria Mies, 2011

En la introducción de su libro La Perspectiva de Subsistencia: Más Allá de la Economía Globalizada, Veronika Bennholdt-Thomsen y Maria Mies nos cuentan lo que aprendieron de una conversación entre mujeres de una villa de Bangladesh y Hillary Clinton, que luego usaron para explicar su perspectiva sobre el subsistencia, una perspectiva “desde abajo”. He aquí algunos extractos.

Una vaca para Hillary

En abril de 1995, unos meses antes de que comenzara la Conferencia Mundial de Naciones Unidas sobre la Mujer en Beijing, Hillary Clinton, la Primera Dama de los Estados Unidos, visitó Bangladesh. Había llegado hasta allí para ver por sí misma los éxitos obtenidos por los proyectos del Banco Grameen, de los que se decía que tanto habían fortalecido económicamente a las mujeres de Bangladesh. Para el Banco Grameen y las agencias de desarrollo este empoderamiento de las mujeres significa que una mujer tiene un ingreso propio y que cuenta con algunos bienes. Lire la suite »

Roger Godement, Science, technologie, armement, 1997

Le lecteur innocent et beaucoup de mathématiciens confirmés seront probablement surpris de trouver dans mon livre quelques allusions très appuyées à des sujets extra-mathématiques et particulièrement aux relations entre science et armement. Cela ne se fait pas : la Science est politiquement neutre [1], même lorsque quelqu’un la laisse par mégarde tomber sur Hiroshima. Ce n’est pas non plus au programme : le métier du mathématicien est de fournir à ses étudiants ou lecteurs, sans commentaires, des instruments dont ceux-ci feront plus tard, pour le meilleur et pour le pire, l’usage qui leur conviendra.

Il me paraît plus honnête de violer ces misérables et beaucoup trop commodes tabous et de mettre en garde les innocents qui se lancent en aveugles dans des carrières dont ils ignorent tout. En raison de ses catastrophiques conséquences passées ou potentielles, la question des rapports entre science, technologie et armement concerne tous ceux qui se lancent dans les sciences ou les techniques ou les pratiquent. Elle est gouvernée depuis un demi-siècle par l’existence d’organismes officiels et d’entreprises privées dont la fonction est la transformation systématique du progrès scientifique et technique en progrès militaire dans la limite, souvent élastique, des capacités économiques des pays concernés. Lire la suite »

André Pichot, Des biologistes et des races, 1997

Ce qui est en question dans le racisme,
ce n’est pas la diversité des races

Les déclarations de J.-M. Le Pen sur l’inégalité des races et The Bell Curve de R.J. Herrnstein et C. Murray nous ont valu, de la part de grands biologistes et autres intellectuels, quelques considérations que l’on peut classer en deux groupes : l’un caractérisé par la réunion d’octobre 1996 au musée de l’Homme où François Jacob et al. ont déclaré que la race était un « faux concept » 1, l’autre par l’article de N. Block dans La Recherche 2, qui s’efforce de déficeler les arguments attribuant aux Noirs une intelligence héréditairement inférieure.

Tout d’abord, combattre le racisme en laissant entendre que les races n’existent pas est une ineptie. Tout un chacun sait d’expérience courante qu’il existe des Blancs, des Noirs, des Jaunes, et que l’on peut même faire quelques distinctions à l’intérieur de ces groupes ; et tout un chacun sait que ces groupes sont appelés « races ». L’existence même des métis, souvent utilisée pour conforter l’unicité de l’espèce humaine, implique la diversité de races. Sans races, pas de métis ; et sans possibilité de métissage, pas de races, mais des espèces différentes.Lire la suite »

André Pichot, Biólogos e raças, 1997

As declarações de J-M. Le Pen sobre a desigualdade das raças e The Bell Curve de R.J. Herrnstein e C. Murray nos valeram, da parte de grandes biólogos e outros intelectuais, algumas considerações que podemos classificar em dois grupos : um caracterizado pela reunião de outubro de 1996 no museu do Homem onde François Jacob et al. declararam que a raça é um “falso conceito” 1 ; o outro pelo artigo de N. Block em La Recherche 2, que se esforça para denodar os argumentos atribuindo aos negros uma inteligência hereditariamente inferior.

Antes de tudo, combater o racismo deixando entender que as raças não existem é uma inépcia. Todo mundo sabe pela experiência corrente que existem brancos, negros, amarelos, e que se pode mesmo fazer algumas distinções no interior desses grupos ; e todo mundo sabe que esses grupos são chamados “raças”. A existência mesma dos mestiços, frequentemente utilizada para apoiar a unicidade da espécie humana, implica a diversidade de raças. Sem raças, sem mestiços ; e sem possibilidade de mestiçagem, nada de raças, mas espécies diferentes.Lire la suite »

Recension: M. Hawkins, Le darwinisme social dans la pensée européenne et Américaine, 1997

Mike Hawkins,

Le darwinisme social dans la pensée européenne et Américaine, 1860-1945

La nature comme modèle et comme menace.

éd. Cambridge University Press, 1997.

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Hawkins fournit une analyse fine du darwinisme social dans un travail important et stimulant qui va sûrement devenir un ouvrage de référence sur le sujet pour les quelques temps à venir. C’est un magnifique correctif à l’interprétation révisionniste assez populaire du darwinisme social propagé par Robert C. Bannister et d’autres. Cependant, son interprétation n’est pas simplement une réitération de la thèse classique de Richard Hofstadter.

Contrairement à Hofstadter, qui assimilait le darwinisme social au laisser-faire économique, au racisme, au le militarisme et l’impérialisme, bien des études récentes sur le darwinisme social ont mis l’accent sur ses différentes variantes, car souvent des penseurs ont appliqué le darwinisme à la pensée sociale et politique de façons contradictoires – les socialistes et les pacifistes ont également fait appel au darwinisme comme appui pour leurs doctrines autant que les promoteurs du laissez-faire et les militaristes. La beauté de l’analyse de Hawkins réside dans le fait qu’il tient compte de la diversité des opinions politiques et sociales adoptées par les darwinistes, tout en faisant ressortir les points communs sous-jacents. Il le fait en distinguant entre le darwinisme social comme une vision du monde fondamentale et les idéologies politiques et sociales construites sur cette vision du monde.Lire la suite »

Review: M. Hawkins, Social Darwinism in European and American Thought, 1997

Mike Hawkins,

Social Darwinism in European and American Thought, 1860-1945

Nature as Model and Nature as Threat.

Cambridge University Press, 1997.

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Hawkins provides a keen analysis of Social Darwinism in an important and thought-provoking work that will surely become the standard work on the subject for some time to come. It is a superb corrective to the fairly popular revisionist interpretation of Social Darwinism propagated by Robert C. Bannister and others. However, his interpretation is not simply a reiteration of the classic Richard Hofstadter thesis.

Unlike Hofstadter, who boiled down Social Darwinism to laissez-faire economics, racism, militarism, and imperialism, much recent scholarship on Social Darwinism has emphasized the varieties of Social Darwinism, since thinkers often applied Darwinism to social and political thought in contradictory ways–socialists and pacifists appealed to Darwinism for support as much as laissez faire proponents and militarists. The beauty of Hawkins’ analysis is that he takes account of the diversity of political and social views espoused by Darwinists, while bringing out the underlying commonalities. He does this by distinguishing between Social Darwinism as a fundamental world view and the political and social ideologies built on that world view. He defines Social Darwinism as a world view containing the following five beliefs: 1) biological laws govern all of nature, including humans, 2) Malthusian population pressure produces a struggle for existence, 3) physical and mental traits providing an advantage to individuals or species would spread, 4) selection and inheritance would produce new species and eliminate others, and 5) natural laws (including the four above) extend to human social existence, including morality and religion. Those embracing these fundamental points are Social Darwinists, whether they are militarists or pacifists, laissez-faire proponents or socialists.Lire la suite »

Stephen Jay Gould, Kropotkine n’était pas cinoque!, 1997

Stephen Jay Gould (1941-2002) est un distrayant personnage. Lorsqu’il se risque à évoquer des thèses qui entrent en contradiction avec les idées de Darwin, c’est avec le « deux poids, deux mesures » qui caractérisent l’idéologue dans son numéro de mauvaise foi. Dans le texte qui suit, on en trouvera plusieurs exemples.

Y a t’il lutte ou coopération dans la nature ? Gould précise entre parenthèses : « en réalité, [la nature] n’est ni l’une ni l’autre, car les concepts humains sont vraiment inappropriés ». Mais dans la suite, il soutiendra toujours que c’est la « lutte » qui prédomine. Autrement dit, pour rendre compte des rapports entre les êtres vivants, ce concept est inapproprié, mais Darwin a raison de l’utiliser…

En conclusion, Gould déclare : « si on nous présente la nature précisément sous le jour qui nous conforte dans nos préjugés, il faut être doublement méfiant ». Méfiance qui ne s’applique bien évidement pas à la nature que nous présente Darwin, qui précisément nous conforte dans les préjugés de la société capitaliste et industrielle… Lire la suite »

Pierre Thuillier, Science, pouvoir et démocratie, pour une science responsable, 1997

Nous reproduisons ce texte à titre de document. Les propos n’engagent que son auteur, et nous avons rajouté entre […] indications et commentaires.

Ce colloque est donc organisé en hommage à Martine Barrère. J’étais déjà chef de rubrique dans une revue dont j’ai oublié le nom [La Recherche] lorsqu’elle est arrivée place de l’Odéon. Nous nous sommes tout de suite retrouvés dans le même bureau, avec Jeanine Rondest, parfois avec quelques autres dont un comptable fou qui avait certainement tout compris avant nous puisqu’il a fini par jeter les meubles par la fenêtre… Catherine Allais en dira plus sur le travail de celle que j’appelais « Titine ». Pour ma part, je veux évoquer ici l’élan, la joie, la chaleur qu’elle apportait dans notre travail. Malgré de nombreux déménagements, nous avons continué à travailler ensemble, à pratiquer la lecture croisée de nos papiers, à débattre des heures durant sur tous les sujets. Je garde un excellent souvenir de cette collaboration fructueuse. Ainsi c’est sans doute parce que Martine avait elle-même abordé le sujet que j’ai été amené à écrire sur les expériences nazies sur l’hypothermie dans les camps de concentration. Je le dis ici sans complaisance aucune, je regrette son enthousiasme, sa curiosité, son esprit critique, son courage. Tout cela s’est terminé de bien triste façon, et je fais totalement miennes les paroles qu’a prononcées Catherine Allais au cimetière du Père Lachaise : Martine a bien été victime de quelques petits potentats dont on ne saurait qualifier la médiocrité.

Venons-en au colloque. J’avoue avancer ici tout tremblant tant le sujet paraît vaste. Je me contenterai donc de quelques remarques simplificatrices sans même aborder des sujets comme la vache folle ou le sang contaminé. Je souhaite vraiment que les interventions soient les plus pointues possibles. En effet, en trente ans de journalisme scientifique, j’ai connu bien des colloques sur le thème de la responsabilité, et j’y ai constaté que les personnes les plus complices du système, les journalistes les plus plats s’y régalaient. Il nous faut donc être pertinents, parfois méchants et ne pas nous satisfaire de la langue de bois.Lire la suite »