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Recension: M. Hawkins, Le darwinisme social dans la pensée européenne et Américaine, 1997

Mike Hawkins,

Le darwinisme social dans la pensée européenne et Américaine, 1860-1945

La nature comme modèle et comme menace.

éd. Cambridge University Press, 1997.

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Hawkins fournit une analyse fine du darwinisme social dans un travail important et stimulant qui va sûrement devenir un ouvrage de référence sur le sujet pour les quelques temps à venir. C’est un magnifique correctif à l’interprétation révisionniste assez populaire du darwinisme social propagé par Robert C. Bannister et d’autres. Cependant, son interprétation n’est pas simplement une réitération de la thèse classique de Richard Hofstadter.

Contrairement à Hofstadter, qui assimilait le darwinisme social au laisser-faire économique, au racisme, au le militarisme et l’impérialisme, bien des études récentes sur le darwinisme social ont mis l’accent sur ses différentes variantes, car souvent des penseurs ont appliqué le darwinisme à la pensée sociale et politique de façons contradictoires – les socialistes et les pacifistes ont également fait appel au darwinisme comme appui pour leurs doctrines autant que les promoteurs du laissez-faire et les militaristes. La beauté de l’analyse de Hawkins réside dans le fait qu’il tient compte de la diversité des opinions politiques et sociales adoptées par les darwinistes, tout en faisant ressortir les points communs sous-jacents. Il le fait en distinguant entre le darwinisme social comme une vision du monde fondamentale et les idéologies politiques et sociales construites sur cette vision du monde.

Il définit le darwinisme social comme une vision du monde comprenant les cinq credo suivants : 1) les lois biologiques régissent l’ensemble de la nature, y compris les êtres humains ; 2) la pression démographique malthusienne produit la lutte pour l’existence ; 3) les traits physiques et mentaux fournissant un avantage à des individus ou à des espèces se diffusent ; 4) la sélection et l’hérédité engendrent de nouvelles espèces et éliminent les autres ; et 5) les lois naturelles (y compris les quatre ci-dessus) s’étendent à l’existence sociale humaine, y compris la morale et la religion. Tous ceux qui adoptent ces articles de foi sont des darwinistes sociaux, qu’ils soient militaristes ou pacifistes, promoteurs du laissez-faire ou socialistes.

Hawkins admet dans son introduction que son travail n’est pas une histoire exhaustive du darwinisme social. Au lieu de cela, il fournit une analyse approfondie de darwinistes sociaux de premier plan, tels que John Fisk et William Graham Sumner aux États-Unis, Herbert Spencer et Benjamin Kidd en Angleterre, Clémence Royer en France, Ernst Haeckel en Allemagne, et Cesare Lombroso en Italie. Il couvre également les relations des socialistes, des racistes et militaristes au darwinisme social. Son chapitre sur l’eugénisme est conceptuellement riche et suggestif, mais pas aussi solide historiquement, car il ne mentionne même pas un grand nombre de figures les plus importantes du mouvement eugéniste.

Les quelques eugénistes qu’il analyse, cependant, donnent une idée assez juste du mouvement dans son ensemble. Dans son dernier chapitre, comparant la relation au darwinisme social des nazis allemands et des fascistes italiens, Hawkins soutient que les nazis adhéraient complètement au darwinisme social, tandis que les fascistes, à quelques exceptions près, n’y adhéraient pas.

Je m’attends à ce que l’interprétation que propose Hawkins de Spencer comme darwiniste plutôt que lamarckien créera une certaine controverse, car la plupart des spécialistes considèrent que Spencer est lamarckien. Hawkins produit suffisamment de preuves pour montrer que Spencer adhérait à l’idée de sélection naturelle après 1859, bien qu’il ait continué à mettre l’accent sur l’hérédité des caractères acquis dans une plus grande mesure que Darwin. Dans son chapitre sur Spencer et ailleurs, Hawkins est assez clairvoyant pour reconnaître qu’à la fin du XIXe siècle, la sélection darwinienne n’était pas opposée à l’hérédité lamarckienne des caractères acquis (comme certains chercheurs le supposent anachroniquement). Pour beaucoup de darwiniens – y compris Darwin – la sélection naturelle était associée à l’hérédité des caractères acquis. Malheureusement, Hawkins ne discute pas les vues pré-darwiniennes de Spencer, de sorte que la question demeure : Spencer était-il darwinien avant que Darwin ait publié sa théorie, ou bien s’est-il opéré un changement dans sa pensée après que la théorie de Darwin soit publiée ? Nous avons besoin d’éclaircissement sur ce point.

Parce son livre couvre une vaste étendue, les spécialistes de certains domaines (l’eugénisme, le nazisme, le fascisme, Spencer, etc.) pourront ergoter sur les choix de l’auteur et pourraient souhaiter plus d’approfondissements dans leur domaine d’expertise. Mais nous avons bon espoir que cela n’enlèvera rien aux mérites généraux de cet ouvrage. Une raison pour laquelle je trouve ce livre tellement passionnant est que Hawkins a fourni une définition utile et une analyse du darwinisme social sur lequel des études futures pourront se poursuivre. Même si l’on est en désaccord avec certains des exemples qu’il fournit (je le suis pour quelques un d’entre eux), ou que l’on pense qu’il ignore certains penseurs importants, son travail est toujours utile et peut servir de tremplin pour une étude plus approfondie. Cet ouvrage servira également comme un texte de référence dans différents cours sur l’histoire de la science et l’histoire intellectuelle.

Richard Weikart, septembre 1997.

Richard Weikart est professeur à l’université d’État de Californie, USA. Auteur de From Darwin to Hitler: Evolutionary Ethics, Eugenics and Racism in Germany [De Darwin à Hitler: éthique évolutionniste, eugénisme et racisme en Allemagne] en 2004. (The Discovery Institute, the hub of the intelligent design movement, “provided crucial funding” for the book’s research.)

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Mike Hawkins est historien de la pensée sociale britannique à l’université de Kingston, Surrey, Angleterre. Auteur de Social Darwinism in European and American Thought, 1860-1945: Nature as Model and Nature as Threat [Le Darwinisme social dans la pensée européenne et américaine, 1860-1945, La nature comme modèle et la nature comme menace] en 1997.

Richard Hofstadter (1916-1970) est un intellectuel et historien américain, professeur d’histoire américaine à l’université de Columbia. Auteur de Social Darwinism in American Thought, 1860-1915 [Le darwinisme social dans la pensée américaine, 1860-1915] en 1944.

Robert C. Bannister est l’auteur de Social Darwinism: Science and Myth in Anglo-American Social Thought [Darwinisme social: science et mythe dans la pensée sociale anglo-américaine] en 1979.

Source: Richard Weikart. Review of Hawkins, Mike, Social Darwinism in European and American Thought, 1860-1945: Nature as Model and Nature as Threat. H-NEXA, H-Net Reviews. September, 1997.

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Petite annonce:

Nous recherchons quelqu’un pour nous aider à traduire bénévolement cet ouvrage.

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