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Posts Tagged ‘William Morris’

Edward P. Thompson, Romantisme, moralisme et utopisme, 1976

le cas de William Morris

Présentation

L’ouvrage d’Edward P. Thompson, William Morris, Romantic to Revolutionary, a d’abord paru chez Lawrence & Wishart en 1955. Merlin Press à Londres et Panthéon Books à New York devaient publier une édition revue et corrigée en 1977. Les pages qui suivent, publiées dans la New Left Review n°99, septembre-octobre 1976, sous le titre Romanticism, Utopianism and Moralism : the case of William Morris, sont un extrait de la nouvelle postface, dans laquelle l’auteur réévalue son propre ouvrage vingt ans après, ainsi que des études plus récentes. La postface s’ouvre sur un résumé des études morrissiennes les plus récentes avant de traiter quelques questions fondamentales.

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Au cours des deux dernières décennies, on a fini par reconnaître dans mon étude sur William Morris une « mine d’informations », une mine d’ailleurs quelquefois suspecte, à n’exploiter que subrepticement pour l’avancement du travail doctoral. Rien à objecter : une mine se doit de fournir des matériaux à la fabrique générale de la science. Mais si mon livre n’était pas seulement une mine d’information, mais une construction qui mérite attention pour elle-même ? Et si les pierres qu’on en retire ne faisaient qu’ajouter à l’extension informe des quiètes banlieues universitaires ? On peut au moins se poser la question. Mais il faut faire attention à la façon dont on la pose. Plusieurs de mes successeurs, dans des volumes publiés par les presses universitaires les plus renommées, s’accordent à dire que la question ne peut se poser que d’une seule façon : ma recherche est viciée par un dogmatisme marxiste. Un travail « de recherche intelligent et exhaustif », selon un compte rendu élogieux, « mais gâché par le fort parti pris marxiste de l’auteur» : les activités de Morris y « sont examinées à travers le prisme de la lutte des classes et il en résulte une vision quelque peu déformée des idées de Morris ». Un autre trouve mon livre « défiguré » par la tentative malencontreuses de présenter son objet comme « un marxiste orthodoxe ». Un critique moins charitable note que mon livre a consacré « quelques 900 pages à démontrer que Morris était vraiment marxiste ». Lire la suite…

Edward P. Thompson, L’esprit whig sans l’élitisme, 1992

Entretien avec Edward Palmer Thompson

La Formation de la classe ouvrière anglaise a mis plus de vingt ans à être traduite en France : c’était à la fin des années 1980, sa lecture est restée un émerveillement. Pionnier de l’« histoire vue d’en bas », attentif aux processus et interactions individuelles plus qu’aux superstructures, militant pacifiste soucieux de politique non gouvernementale, Edward P. Thompson (1924-1993) compte parmi les figures intellectuelles dont l’œuvre sert de balise. Son parcours, ici retracé, mobilise les trois derniers siècles. Où il apparaît que, face à l’histoire courte, c’est d’une connaissance des possibles passés que nous avons besoin pour tenir et ouvrir le présent.

Cet entretien prend place dans une série d’interviews d’historiens par des collègues plus jeunes, lancée par l’Institute of Historical Research de l’Université de Londres. Il a été publié en français en 1993, à l’occasion du décès d’E. P. Thompson, dans Liber, revue européenne des livres, supplément au n°100 des Actes de la Recherche en sciences sociales, n°16, décembre 1993. Lire la suite…

William Morris, Recension de « Looking backward », 1889

16 mars 2013 Laisser un commentaire

On entend souvent dire que de nombreux signes manifestes témoignent de la propagation du Socialisme chez les anglophones. C’est exact ; il y a six ou sept ans, on connaissait le mot Socialisme dans ce pays ; mais même dans les couches sociales « éduquées », peu de gens en savaient plus sur ce qu’il signifie que M. Bradlaugh, M. Gladstone ou l’Amiral Maxse [1] maintenant – c’est-à-dire rien. Tandis qu’à présent, même au cours des dîners du West End [2], il est de bon ton d’affecter de s’y intéresser et de le connaître, ce qui prouve qu’il suscite fortement l’intérêt général. C’est en littérature que cet intérêt transparaît peut-être le plus, dans ce qui ne relève pas des tracts rédigés par les clubs et associations réellement socialistes. Par exemple, une certaine touche de Socialisme (généralement très diluée) est de nos jours presque indispensable dans un roman qui prétend à la fois au sérieux et au réalisme, alors que le sujet est assez fréquemment traité plus sérieusement par des personnes qui ne sont pas socialistes. Bref, la brume dorée de l’autosatisfaction et du contentement de la meilleure des sociétés possibles recule et se dissipe sous l’effet de la chaleur solaire du malheur et de l’espérance, et tous ceux qui sont dotés d’un minimum d’intelligence (à l’exclusion des vulgaires joueurs et des hommes d’État) surveillent cette nouvelle évolution, certains la craignent, elle en inquiète d’autres, et d’autres encore mettent en elle leurs espoirs. Lire la suite…

William Morris, « Looking Backward », reseña crítica, 1889

16 mars 2013 Laisser un commentaire

A menudo se oye decir que los signos de la extensión del Socialismo entre la gente de habla inglesa son a la vez abundantes y notables. Es cierto; hace seis o siete años la palabra Socialismo era conocida en este país, pero sólo algunos entre las clases educadas conocían algo más sobre su significado de lo que el Señor Bradlaugh, el Señor Gladstone o Admiral Maxse saben ahora -es decir, nada. Mientras que ahora está de moda incluso en las veladas del West End aparentar un interés y un conocimiento sobre él. lo que indica un amplio y profundo interés público. Este interés es quizá más evidente en literatura que en ninguna otra parte, dejando a un lado los panfletos propagandísticos editados por asociaciones declaradamente socialistas. Un cierto barniz de Socialismo, por ejemplo (generalmente muy aguado), es actualmente casi un ingrediente necesario en una novela que pretenda ser a la vez seria y real, mientras que algunos enfoques más serios sobre el tema por parte de no socialistas son bastante comunes. En breve la bruma dorada de auto- satisfacción y júbilo sobre la mejor de las sociedades posibles está desapareciendo ante el pan recalentado de la miseria y de la aspiración, y todo el mundo en el nivel más bajo de la inteligencia (especuladores y estadistas, presumo) mira hacia el nuevo desarrollo, algunos tímidamente. algunos de forma ansiosa, algunos con esperanza. Lire la suite…

William Morris, Lecture on Bellamy’s « Looking Backward », 1889

16 mars 2013 Laisser un commentaire

We often hear it said that the signs of the spread of Socialism among English-speaking people are both abundant and striking. This is true ; six or seven years ago the word Socialism was known in this country, but few even among the “educated” classes knew more about its meaning than Mr. Bradlaugh, Mr. Gladstone, or Admiral Maxse know now – i.e., nothing. Whereas at present it is fashionable for even West-end dinner-parties to affect an interest in and knowledge of it, which indicates a wide and deep public interest. This interest is more obvious in literature perhaps than in anything else, quite outside the propagandist tracts issued by definitely Socialist societies. A certain tincture of Socialism, for instance (generally very watery), is almost a necessary ingredient nowadays in a novel which aims at being at once serious and life-like, while more serious treatment of the subject at the hands of non-Socialists is common enough. In short the golden haze of self-satisfaction and content with the best of all possible societies is rolling away before the sun-heat bred of misery and aspiration, and all people above the lowest level of intelligence (which I take to be low gambling and statesmanship) are looking towards the new development, some timorously, some anxiously, some hopefully. Lire la suite…