Radio: Renaud Garcia, Anti-industrialisme ou anticapitalisme ?, 2020

Renaud Garcia, professeur de philosophie dans un lycée à Marseille, fait un exposé dans le cadre des rencontres du groupe Ecran Total qui entend résister à la gestion et à l’informatisation de nos vies, en octobre 2020.

L’anticapitalisme ou la critique du capitalisme, sous les formes de la dénonciation du profit, des marchés, de la finance et des banques, aussi légitime soit-elle, peut ne jamais toucher au cœur de la dépossession universelle qui s’étend depuis plus de deux siècles, à savoir le mode de vie fondé sur le salariat et l’industrie qui permet la production en masse des marchandises.

Il est donc nécessaire d’élargir la critique sociale, en lui adjoignant une critique culturelle des grandes organisations, du machinisme et de la représentation scientifique du monde.

Le document PDF adjoint à l’émission sur le site Archive.org contient le texte de l’intervention de Renaud Garcia, un glossaire de la WertKritik et quelques argument pour une critique de la WertKritik (24 pages au format A5). Vous trouverez ces documents ci-dessous.

 

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°71,
diffusée sur Radio Zinzine en décembre 2021.

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Radio Zinzine
2021: 40 ans de Radio Zinzine

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Anselm Jappe, Un monde bétonné, 2020

Entretien avec Anselm Jappe

Comment le béton a-t-il recouvert notre milieu ? Le livre Béton. Arme de construction massive du capitalisme, publié aux éditions L’Échappée, analyse l’histoire de ce matériau ravageur et critique à travers lui l’architecture et l’urbanisme modernes.

Pour une fois qu’un tenant de la fort abstraite « théorie de la valeur » (WertKritik) fait dans le concrete avec talent, ne boudons pas notre plaisir… Lire la suite »

Maxime Ouellet, Castoriadis et la critique de l’économie politique, 2019

Résumé

Nous analyserons le rapport qu’entretient Castoriadis avec la critique de l’économie politique élaborée par Marx et le marxisme. La théorie critique de la société capitaliste moderne formulée par Castoriadis demeure fortement inspirée par la pensée de Marx, pensée de laquelle il n’a jamais véritablement réussi à se détacher, et ce, en dépit de sa prétention à instituer une rupture définitive avec cette dernière. Cette première trame argumentative servira d’assise pour juger de la postérité de la pensée castoriadienne dans les sciences sociales contemporaines en général, et dans le domaine de l’économie politique et de la sociologie économique en particulier. Nous montrerons que certains éléments de sa pensée nourrissent la réflexion contemporaine en sociologie économique et en économie politique critique. Tant sa critique du marxisme traditionnel que sa réflexion sur le rôle des représentations dans l’orientation de l’agir économique trouvent écho dans certains travaux contemporains en économie politique critique qu’on pourrait qualifier de « post-marxistes ». Lire la suite »

Michel Barrillon, Faut-il refuser le progrès ?, 2004

Le mythe du progrès au regard de la critique sociale

Prélude

De la nécessité de sortir des faux dilemmes

Si nous étions un tant soit peu sensés, nous remiserions parmi les vieilleries éculées ces notions de progrès, tradition, développement, croissance…, abusivement traitées comme des concepts. Ou, si nous étions rigoureux, nous les considérerions comme des fictions chimériques constitutives de l’imaginaire capitaliste et de l’idéologie de la plupart des économistes, ses plus zélés propagandistes ; reconnues ainsi comme mythes fondateurs ou « significations imaginaires sociales » de la modernité, elles seraient assimilables à autant d’objets d’étude relevant de l’histoire des croyances ou de l’anthropologie culturelle.

Mais, comme le disait Serge-Christophe Kolm à propos de certains de ses collègues, il est difficile à un auteur très « engagé » dans sa discipline de « reconnaître avec égalité d’âme qu’il a perdu des années de sa vie, ou toute celle-ci, à pratiquer une activité stérile » [1]. La remarque s’applique à une communauté de spécialistes qui s’obstinent vainement depuis un demi-siècle à chercher « la » solution des problèmes de développement. Ils sont d’autant plus enclins à persévérer dans cette quête illusoire qu’ils y trouvent le moyen de « réaffirmer leur légitimité » [2], quand ce n’est pas un poste gratifiant, ou le statut honorifique et envié de conseiller du Prince, ou encore celui d’intellectuel organique de mouvements politiques. On n’abandonne pas aisément ce qui s’apparente à un fonds de commerce [3]. Lire la suite »

Jean-Baptiste Fressoz, La collapsologie: un discours réactionnaire?, 2018

Très en vogue, les théories de l’effondrement trouvent leur origine chez les élites industrielles et colonisatrices du XIXe siècle. Elles risquent aujourd’hui de négliger la dimension politique des enjeux écologiques.

Le thème de l’effondrement de la civilisation industrielle, très présent dans les années 1970, revient actuellement en force. Depuis la parution du best-seller Collapse de Jared Diamond en 2006 (Effondrement, Gallimard), il ne se passe guère un mois sans qu’un nouvel essai, un article ou une tribune, nous prédise un « effondrement » à court terme des grandes structures productives et politiques du monde industriel. Cette vogue de l’effondrement – à laquelle ne se réduit pas la pensée écologique contemporaine – est bien entendu liée à la crise environnementale : la sixième extinction des espèces, le réchauffement prévisible de 3 °C en 2100, et, plus généralement, la perturbation des cycles biogéochimiques, bref, ce que les scientifiques du système Terre appellent « l’anthropocène ». Mais « effondrement » est-il le bon mot ? Est-ce la bonne manière de désigner et donc de penser ce qui nous arrive ? Sans avoir une opinion tranchée, j’y vois au moins quatre problèmes.Lire la suite »

Gérard Noiriel, La question sociale revient au centre du jeu politique, 2018

Entretien. Historien et directeur d’études à l’EHESS, Gérard Noiriel a travaillé sur l’histoire de l’immigration en France (Le Creuset français. Histoire de l’immigration, Seuil, 1988), sur le racisme (Le Massacre des Italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893, Fayard, 2010), sur l’histoire de la classe ouvrière (Les Ouvriers dans la société française, Seuil, 1986) et sur les questions interdisciplinaires et épistémologiques en histoire (Sur la « crise » de l’histoire, Belin, 1996). Il vient de publier Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours (Agone, 832 p., 28 euros) et propose une analyse socio-historique du mouvement des « gilets jaunes ».Lire la suite »

Anselm Jappe, Capitalisme, 2018

Le capitalisme a toujours aimé se présenter comme une forme d’ « ouverture ». Son discours regorge de métaphores sur l’ouvert. Il faut ouvrir de nouveaux marchés et désenclaver les derniers territoires pas encore suffisamment reliés aux centres capitalistes. On cherche des employés avec une mentalité ouverte, et il faut surtout éviter les réalités qui se renferment sur elles-mêmes. La révolution scientifique du XVIIe siècle, une des bases historiques du capitalisme, a été définie comme le passage du « monde clos à l’univers infini », et le colonialisme a été décrit comme l’ouverture des Européens vers le reste du monde. Les villes ont abattu leurs murs, et les frontières, douanières et autres, ont été abolies peu à peu. Être ouvert aux nouveautés est la condition sine qua non pour participer à la société capitaliste, et l’autodéfinition préférée du capitalisme comme « société ouverte » lancée par Karl Popper.Lire la suite »

Recension: Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, 2003

Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise,
éd. Denoël, 2003, 298 pages.

« TOTAL – le totem de Tantale. »

Michel Leiris

Il y a deux choses que je trouve infiniment précieuses dans un essai de philosophie politique : la clarté et la précision. Ces deux qualités sont largement absentes du texte complexe et rebutant d’Anselm Jappe. Les Aventures de la marchandise prétendent formuler, à la suite de Marx (1818-1883), une nouvelle théorie critique de la valeur, dont l’actualité serait plus criante que jamais, et tirer les implications polémiques de cette reformulation, c’est-à-dire que Jappe entend confondre ceux qui imaginent une forme de critique sociale sans se référer à ce point central.

La théorie de la valeur de Marx n’est pas facile à comprendre. L’exposé le plus connu de la théorie se trouve au chapitre I du Capital (il existe d’autres sources, Jappe fait le point sur la question, pp. 72-73). L’intérêt de son livre aurait pu être d’éclaircir une question épineuse et centrale. Il se montre, malheureusement, très insatisfaisant sur ce point.Lire la suite »

Claus Peter Ortlieb, Objectivisme inconscient, 1998

Nous publions ce texte qui émane d’un des tenants de la critique de la Valeur allemand (Wertkritik) parce qu’il expose bien un certain nombre de présupposés de la méthode scientifique expérimentale. Notamment son lien étroit avec la technique et le caractère inconscient de son emploi, en rapport avec l’abstraction qu’implique l’exigence d’objectivité.

Nous ajoutons à la suite nos commentaires sous forme de quatre remarques.

 

On trouvera difficilement un autre sous-système de la société moderne qui, tant dans l’image qu’il a de lui-même que dans l’opinion publique, se montre aussi résistant à la critique que les sciences dures, la « science authentique » au sens de cette phrase de Kant selon laquelle « en chaque théorie particulière de la nature se trouve autant de science authentique que de mathématiques » [1].

Les sciences de la nature ne manquent pas d’être critiquées, surtout depuis les années 1970, notamment par le féminisme et les mouvements alternatifs. Le fait que l’utilisation sociale des découvertes scientifiques soit un sujet plus que délicat est évident pour beaucoup de scientifiques ; et de leurs rangs proviennent les critiques les plus rigoureuses et les plus compétentes de tels développements.

Mais que peut-il y avoir de critiquable dans la connaissance scientifique en elle-même, dans la découverte de lois naturelles et faits irréfutables ? Ainsi, la critique féministe ne prend pas au sérieux la question d’une autre science ni ne la perçoit comme problème : au contraire, elle la réfute avec la réplique moqueuse de savoir si par hasard, à partir de maintenant, la loi de la chute des corps ne sera plus valable ou si deux et deux cesseront de faire quatre ; réplique qui rend toute discussion ultérieure superflue.Lire la suite »

Jaime Semprun, Le fantôme de la théorie, 2003

Je voudrais exposer ici les raisons pour lesquelles divers essais récents de « théorie radicale » me semblent avoir quelque chose d’irréel, voire de creux, en tout cas de fantomatique, au sens où il y manque, selon moi, ce qui était la chair et le sang, le nerf si l’on préfère, bref la vie des théories révolutionnaires de la société. Cela m’amènera évidemment à dire un peu ce qu’est, ou plutôt ce qu’était, la théorie révolutionnaire, du temps où une telle chose existait ; et pourquoi je pense que ce n’est plus le cas.Lire la suite »